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Nous les parias

De
259 pages
A travers cet ouvrage l'auteur aborde des sujets divers d'ordre collectif et personnel: la question de l'histoire africaine confisquée pour des motifs inavoués, les raisons profondes de la colonisation et ses méfaits visibles et invisibles,l'impossibilité des Africains à s'unir autour des choses concrètes, le racisme etc.
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NOUS LES PARIAS

DE L’AFRIQUE ET DES INJUSTICES

TALIBO SYLLA

NOUS LES PARIAS

DE L’AFRIQUE ET DES INJUSTICES

© L’Harmattan, 2009
5-7,rue de l’Ecole polytechnique,75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanado.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-10425-9
EAN: 9782296104259

Ce texte a été déposé et est protégéen vertu de l’article
er
L.111-2 duCode de lapropriété intellectuelle, loi du1
juillet1992

QiQoS &=z&zH

Les circonstancesontprécipité l'élaborationdecet
essai.Certesl'idée d'écrire m'atoujourshabité,ce depuis
mes annéesdecollégien.Conscient audemeurantdu
capital decultureque nécessitecetexercice,surtoutavec
lesouci d'écrireàlaperfection, la choses'annonce
malaisée.D'autantpluscomplexeque l'auteureut un
parcours scolairetronqué.Enréalisant que lesAfricains
dansleurmajorité, pour s’exprimer, n’ontd’outils que les
languesoccidentales,tantdeconsidérations rendentalors
lechemin long etardu.Malgrétoutjechoisisde me lancer
àl'aventure.
C'est un petitouvrage danslequelsontcondensés
des sujetsdiversd'ordrecollectif etpersonnel.Loin d'être
une œuvre despécialiste des questionsévoquées, mais
d'un passionné d'histoire etdesavoiren général.Cette
passion estlerésultatde la curiosité d'esprit qui me
caractérise, me pousseàmieuxconnaître davantage et
toujours.L'erreurétanthumaineun jugementneserait
sainquesi lesujetpeutprétendreàla connaissance
parfaite.La connaissance,c'estlaquiétude même, parce
qu'elleanéantitlesbarrièresetdétruitlesapparences.Elle
n'estpas seulementcesavoir que l’onacquiertàl'école,
maisc'estaussi lesexpériencesdupassé, du quotidien et
autres.
Lesujet qui netient qu'al'un decesaspectsdevient
ostensiblement sectaire etlesectarismecrée plusde
conflits qu'il n'enrésout.
Ce nesontpasdes révélations que le lecteur
découvre dansce livre.
Ainsibeaucoup desujets relevantdumythe oude
laréalitésontpassésàlaloupe.Laquestion de l'histoire
africaineconfisquée pourdesmotifsinavoués, figure en
7

bonne place.Lesraisonsprofondesde la colonisation et
sesméfaits visiblesetapparemmentinvisibles ;
l'impossibilité desAfricainsàs'unirautourdeschoses
concrètes,alors quec'estleseulcontinentaumondequi
peut sesuffireàlui même,commesicecontinentest
condamnéàêtreàlamerci detouslesprédateurs.
Hierc'étaitl'Occident,aujourd'huic'estl'Asie; une
impossibilité d'oùdécoule le désespoirde millions
d'africainsnesouhaitant que fuirpourdescontréesoù
l'herbesemble plus verte.Etl'onsait quecertains
AsiatiquesoucertainsEuropéensnesouhaitent vraiment
laprésence nègresurleur sol.Onsaitégalement que le
racisme dontcesNoirs sont victimesàtraversle monde
esten grande partie liéàlafaiblesse de leurcontinent.La
puissance politique, économique etculturelle ducontinent
noirferatremblerplusd'une nation etcela aucun pays
riche ne le permettraitàl'Afrique.C'estpourquoi onse
gène pasd'amadouer voireàsoudoyernos roitelets quiy
trouventbien leurcompteaugrand dam desmasses.Ce
qui estintéressantdeconstaterc'estlalangue deboisde
ceux-làmêmequi dénoncentlaprésence d'Africains sur
leur sol eten mêmetemps soutiennentdespratiques
machiavéliquesenAfrique.
Considérant que lavérité estabsente dansle discoursdes
politiquesafricainseteuropéens, ilrevientalorsaux
migrantsde prendre laparole etde direcequ'ilspensent,
viventet voient.
L'ouvrageque j'intitule «Nouslesparias» (atoute
sasignification danslespages quivont suivre)comprend
unevingtaine dechapitres.Detoutcequi précède plus
l'histoire familiale,rien dansce livre n'estfictif.
Toutefoisj'ai modifié le nom dequelques
personnagesen particulierceuxde mes frèresTombon
l'aîné etmon demi frèreAlpha.Aussi le nom de mon père
est supplanté parKramoquisignifie enseignant.Le
Wangranavec capitaleKoumbi etleCabouayantpour

8

capitaleKirinasontdesnomsdevillesetderoyaumes qui
existaient enAfriqueauMoyenâgeque j'ai faitrevivreà
traverslespays visités.
De mêmetouteslespersonnes rencontrées sont
présentées sousdesnomsd’emprunt,seulcelui de mon
amiKramadyDiabyestauthentique.Quesalecturesoit
pour tousdélectation et sujetderéflexion.

9

=2d2=q82d2oSH

Toute magratitudeauSeigneurpourm'avoir
insufflé l'idée etlecourage de fairecetravail de mémoire,
tantce momentestdifficile.Entoutcasc'estdans
l'incertitude dulendemainque l'ouvragevoitle jour.Mais
il mesemblequec'estdanslespériodescritiques que
prenne formetoutechose.
Ne disposantpasdetouslesnécessairesàla
consécration dece projetambitieux, noble etfastidieux,
j'ai euà compter surletempsetàladisponibilité de
nombreuxproches.
Letempsm'a apporté leconcoursdesmédiasdontles
émissionsetarticlesontété précieux.Jecite en
l'occurrenceunquotidiensénégalais(Matin ouSud
quotidien) , les radiosRFIetFranceInter, des télévisions
France5 etdeArte.Atous, je leurdoismon inspiration et
leurencourage dansl'objectivité etle professionnalisme
dontilsfontpreuve.
L'ouvrage neseraitqu’intentionsi l'amabilité des
amis telsMamadouSavané ditNTAFE,Fatoumata
GassamaditeDiakhoumbadesasœurCoumba, deson
mariMoussa Tandian de mesneveux CisséMohamed et
de sasœurTiguidane l’avaientaccompagné .A chacun et
à chacune mesremerciementslesplus sincèrespourleurs
conseilsetleurs tempslibresconsacrésàlasaisie de
l'ouvrage.Et surtoutmon père et une grand-mèrequi me
renseignèrent surl'histoire familiale.Je n'oublie pasnon
pluslesouvragesd'autresauteursconsultéspourmeservir
d'argumentsetd'élémentsde preuves,s'ilsnesontpasdes
référencésdansceslignes.Ils'agitbien «devoyage en
Syrie etenÉgypte »deVolney, de «nationsnègreset
cultures»duPr.CheikhAnta Diop, de la« delathorade
l'évangile etducoranàlalumière de lascience »de
11

MauriceBucaille , de la«SIRA» deMohamedHussein,
de la«sagesse deConfucius»deLIN YUTANG, des
livres sacrés quesontla Bible etleCoran, et tantd'autres
encore...Laliste estlongue ontrouvera ceux qui manquent
enannexes des textes lesconcernant.
Ensommeunvéritabletravail de puzzle m'aété
nécessaire.

1

2

Chapitre 1:

Emigration de lafamille
i
ambougou, en paysmalinké, fondé pardes
adepBtesde lapérégrination ne pouvait queseviderdeses
habitantsdeDiadevintpetitetlevillagequi
contenaitessentiellementdesmusulmansetdes
érudits.
Levillage enquestion demeuraitalorsleberceaudes
Diakhankés,une ethnie forgée parletempsaufuretà
mesure de laformation duMalinké etduSoninké.
En plus, desfamillesfondatricesdu village, d’autress’y
trouvaient, jouantdes rôles secondaires.
L’ambiance d’alors,créée parles unsafin de pérenniser
leursinfluences, ne faisait que développerdesclivagesau
sein desfamilles quiavaientchacuneson guidespirituel.
L’émulation deces populationsrestaitl’érudition dansla
religion islamique.
C’était lapréoccupation majeure de lapetitecommunauté
de l’époque.Avantle départmassif et soutenudesgrandes
familleslecomposant.
Pourcausebeaucoup detalibésaffluèrentde la bourgade.
On organisaitannuellementdesconcours(composition de
poèmeset récitation des versetsduCoran)afin d’évaluer
le niveaudechaquetalibé.Al’issue desquelsle lauréat
devenaitlafierté et une distinction particulière pour son
maître.
Une distinctionsignificative puisqu’elle permettaitau
maître de disposerde plusdetalibés, faisantainsisa
renommée.
C’est danscet exercicequeFodéLassana Syllaencore
dansl’anonymat fitreconnaîtreses talentsde pédagogue.

1

3

Etantjeune etnouvellement venu, samarge de manœuvre
demeuraitétroite dans un milieuoùlesmammouthsne
faisaientaucuncadeaudansl’attribution des rôles.
Il lui fallaitde la compétence, de lapatience, de l’humilité
devant sesaînés, et unconcoursdecirconstancescomme
ce fut soncas.En effet, lorsduditconcours, le gagnant
était son élève.Cesuccèsfit son prestige.
Lasituation devenueconfortable ne lerenditnullement
prétentieux.Toutefois, il eut l’idée
dequitterBambougouDiakhadanslebutde fonder unvillageàlui etàtousceux
qui l’entouraient.Outresapropre famille, lesélèvesetles
leursmaisaussi desdomestiques y résidaient.
Son initiative laissades traces,carbeaucoup de familles
suivirent son exemple.Pourla circonstanceune prière
solennelleadresséeauSeigneurfutfaite,afinqueces
séparationsplusoumoinsinattenduesnese
transformassentensédition.
Ilsprirentladirection ducouchant,sanspourautantavoir
une idée exacte dulieud’installation.Dans un premier
temps, ilsfirentescaleà Khaïrawan,unvillage dontle
bâtisseurempruntale nom d’une ville duMaghreboùil
menasesétudes.
SituéaucœurduBoundou, levillage étaitdominé parles
Peulhs qui leuraccordèrentl’hospitalité enattendant le
filonconvenable.
Boundou fut unroyaume inféodéàl’empire duMali,
aujourd’hui intégréàlarépublique duSénégal.Le
royaume étaitdirigé parladynastieSyetce jusqu’à
l’occupation française;mêmeau-delà, puisque leur
influencetouterelative pritfinàl’indépendance du pays
de la Téranga.
Lesjours sesuivirentet seressemblèrent, donnant
l’impressionàtous queKhaïrawan étaitlesien,tant
l’hospitalité des hôtes faisait enchantement.Ce sentiment
étaittrompeurpuisqu’encoulisse les hommes duclan
cherchaientlesite pouvantlesabriterpourdebon.Chaque

1

4

responsable menait sarecherche desoncôté entenant
compte decritèresbien précis(fertilité du sol pourla
culture et surtout un pointd’eau non loin des habitations)à
lasuite dequoi le sujet venait exposerlesdétailsà Fodé
Lassana Sylla.Plusieurspropositionsluiauraientété faites
mais un endroit repéré par un desesdisciplesobtint sa
faveur.MohamedDramé, disciple etneveudumaître,
égalementhabilechasseurfutl’auteurde l’exploration.
Lorsquetard danslasoirée,MohamedDraméarrivade la
brousse, on s’empressadeserenseignerauprèsde lui de
cequ’ilavaitapportécomme gibier.Ce jourlà, il n’y eut
de viande fraîche nià bouilliretniàgriller.Laissantles
gens surleurfin,Mohamed ne leurfit qu’une promesse
pourlaprochaine fois.
Enattendantlafin de l’entretien duchefavecd’autres
personnes, il étaitdanslasatisfaction intérieure et
l’assurance d’être l’homme de ladécouverte.Dèsleretrait
dugroupe de la chambre,Mohamedse précipitadevantla
portequ’il frappapourfairevaloirdesaprésence.Une
voixl’invita àentrer.Les salutationsde politesse
effectuées,Mohamed s’excusad’avance d’un éventuel
désagrément quecettevisite imprévue pouvaitcauserà
son oncle.
Celui-ci luirépondit que nonseulementil ne le gênaiten
rien mais qu’il serait toujourslebienvenu.Après uncourt
instantdesilence,Mohamed pritlaparole:
-Lebutde mavisite ici maître,c’est de te faire partd’un
siteque j’airepéré dans un endroitnon loin deKhaïrawan.
Aladifférence de meshabituellesincursions,ce lieua
attiré monattention, ducoupaujourd’hui, la chasse est
passéeau second plan.Jusque là,aucun des sites visités ne
t’asatisfait, maiscelui-ci,àmon humbleavis pourranous
conveniràmoins que leSeigneurenveuilleautrement.
Outresaproximité j’yai découvert unesourcequiallégera
sansdoute nosdifficultésd’approvisionnementen eau.

1

5

-En effet,réponditle maître, depuisdeslunesnous
sommesici malgrétousleshonneursobtenusdes
villageois, nousnerestons que des«sans-toits».Par
conséquent, jesuis trèsfierde mevoirpartagerlesmêmes
soucisavectoutle monde.Commetulesais, nousétionsà
laveille de lasaison despluies, s’occuperen mêmetemps
deculture etdeconstruction est une mission impossible.
Enraison de plusieursfacteurs, letemps que jeviens
d’évoquer,ajoutéà celale nombre limité d’hommes
devant menerà biences travaux conjointement.
Naturellement,tousles sites visités sontpresque
identiques, maisladécision finaleappartientauSeigneur,
que je prie en leconsultant surmesentreprises.J’espère
commetoiquece lieu soitenfin lebon et queSon possible
choix coïncideavecl’échéance desrécoltes.L’installation
dans un milieu s’ilalieu, devrase faire dansdetrès
bonnesconditions ;aucunrisque inutile neserapris,vu
notresituationrelativementconfortable ici, doncpas
d’urgence.Pour terassurer, dèsdemain, je me pencherai
sur tonsite.Et vendredi,aprèslagrande prière,
j’appelleraitouslesmembresde notre délégation envue
d’exposerl’issue de l’affaire.

L’airétaitfraisencette période d’automne.Les récoltes
battaientleurplein.Sous unarbreaufeuillageclairsemé,
les responsablesde famillevenaientles unsaprèsles
autrescomme ilavaitété prévu.Sitôt,ce futletourdu
maître de fairesonapparition.Saluantetappelantchacun
par son nom, ils’assit sourireauxlèvresetmitdece fait
touslesparticipantsàl’aise.Lecontentementde
l’assistance,accompagné de murmurescédalaplaceàla
sobriété de l’orateurlorsquecelui-ci pritlaparole pour
annoncerla bonne nouvelle.
-Jevous remercie devotre présence ence lieuet vous
demandetoutautantpardon,carle momentestmalchoisi.
Parmi nous,beaucoupsetrouvent trèsoccupésparles

1

6

multiplestravauxde lasaison, toutefois ne vous inquiétez
pas, je ne serai paslong.Certesdepuisnotrearrivée dans
leBoundou, nousavions touslamême préoccupation,
disposerd’un lieuànous et personne ne ménageses
efforts.Tantmieuxpournotre groupe.Sachant que
l’insécuritérègne partoutetle nomadisme necroîtraque
notrevulnérabilité;Grâceà Dieuetla bonnevolonté du
roique nousavonsaverti de notre présence, nous sommes
ensécurité.De nombreuxsites ont été visités et jusque là
aucun deceux-làn’ont étéretenuspourdiverses raisonset,
commevouslesavez, dansde pareillescirconstances, le
hasard ne doitnullementdécider.Notre frère,Mohamed
Draméaexploréun endroit, oùlui etmoi-même nous
sommes rendus.C’est un siteadmirable etmerveilleuxpar
notre observation, maiscelan’apas suffi.J’ai doncmisà
nos servicesnotrecroyanceauxsciences occultes.Ainsi,
leSeigneurd’aprèsceque j’ai pu voiroucomprendre de
Sonsigne, l’endroitestprenable, mieuxnousretrouverons
sécurité etprospérité,conditionsnécessairespourlasurvie
d’un peuple.Enattendant lafin desrécoltesje merendrai
auprèsdu roiSy, pournousaccorderl’autorisation de
construire.
Pourdes raisonsprotocolaires, ilse fitaccompagnerparle
ii
chef du village peulhchezle «Mança»Sy.
Danslagrandecour royale,toujoursbondée de gens
venantd’horizonsdivers, pourmaintesaffaires,tous
attendaientleseulroiqui jugeaitet réglaitdescas
litigieux.Desaffairesde mœursallantaux crimesdesang
oud’abus deconfiance, tout y passaient.Avecdes séances
auxnombreslimitésdanslajournée,ceux qui n’avaient
pas la chance d’êtrereçusparleroi étaientdans
l’obligation de patienterjusqu’au lendemain.
L’attente en principe devaitêtre longue pourlesnouveaux
arrivés.Usantd'astuceauprèsdescourtisansduMança Sy,
le maître et sadélégation obtinrent très vite l’audience.En
se présentant, ilss’inclinèrentdevantleroicomme il était

1

7

decoutume.Un mirador spécialementconçu servaitde
salle d’audience.Des siègesassezbasréservésaux
visiteursfaisaientfaceau trône du roi.Confortablement
assis, il fit signe de lamainaux visiteursde s’asseoir.
L’hôte peulh et leroi échangèrentles salutationsde
politesse pourenfin entrerdanslevif du sujet.
-Majesté,commetulesais,FodéLassana Sylla,
honorable personnalité, originaire duMandé et sagrande
famillesontcheznousdepuisdeslunes,une présence dont
tuesconsentant.Sanspourautantchoisir spécifiquement
Boundoucomme destination finale, il s’avèreque le
royaume leurconvient.Parconséquent, ilscomptent
trouverasileauprèsdetoi.D’ailleurs, ilsontchoisi
l’endroit susceptible de lesabriterà conditionquetu
donnes suiteàleurattente.
FodéLassana Sylla ajouta àsontour une justificationàla
demande.
-Majesté,sacheque nous sommesheureuxde découvrir
tonbeauetaccueillant royaume.Nous serionshonorés
iii
d’avoirla citoyennetéboundounka,car y règnent stabilité
politique et sociale, élémentessentiel detoutprogrès.
Nouscontribuerons siDieuleveutàlasauvegarde des
acquisdu royaume,toutefoisle derniermot terevient.

Le griotdu roi,témoin desactivités royalesetgardien de
latraditionse leva,chantantlesméritesetlagloire du
royaumeainsique la bienvenueauxétrangers.Une
interventionqui prélude l’approbationcertaine du roi.
Mança Sy seredressadesonsiège etpritlaparole.
-Merci devotrevenue etladémarche estjudicieuse;en
effet, jeviensderecevoir un message du roi duFoutaqui
annoncequ’entre nosfrontièrescommunesdesbrigands
s’attaquent aux voyageurs.Pirequecesgens vontmême
au-delàdesexactions d’aprèsnosinformations, ils se
livrentauxenlèvements de jeunes hommes et filles, un
fléau dont est victime larace noire.Pour sécurisernos

1

8

populations et leursbiens, les royaumesduBoundouetdu
FoutaessentiellementpeuplésdePeulsetd’uncôté et
d’autres tribusontdécidé de faire frontcontre lamenace.
Pour quecettevolonté d’union soit efficace, nous ne
devons enaucuncas faiblirdansla communication:par
exemple dénoncer tout suspectàlagarderoyale,signaler
chaque intention devoyageretmieux, se faire
accompagnerouêtretoujoursen groupe.C’est les
dispositionsqui s’imposentcarl’heure estgrave.
Considérant votre nombre etlarichesse dubétail,sans
escorte,vouscourezlerisque d’un suicidecollectif.
D’autre part toi, l’hôte deFodéLassana Sylla, j’allais te
convoquerpourdiscuterde lasituation.Bientôt
l’acquittementdes impôts, un fils deBoundou n’est pas
aussi taxéqu’un étranger.Aujourd’hui masatisfaction est
grande deconstater que desgensde lanoblesse etcultivés
cherchent refuge dansmon pays.Fodé,tues venumevoir
pourdevenircitoyenboundouka, jete l’accordeainsiqu’à
toutetasuite encontrepartie d’un moudé d’or(unité de
mesure équivalentàplusoumoins un kilogramme).Pour
cequi estdupaiement, je peux vousaccorder un délai de
unàtroisans. »
-MarchéconcluditFodé, nous rentronsmaintenantet si
Dieuleveut,tunous trouveras solvablesd’ici peu.
-Comptantsur votre disponibilité dansnos rapports, le
Boundou toutentierestdésormais sous vospieds.Son
évolution dépend doncde la contribution detouset surtout
desespilierset tufaispartie deceux-là.Tonvillage,tu
peuxen faireunecitadelle,une faveur que je t’accorde
comptetenuduclimatactuel.Jeseraicontentdeconsigner
le nom deton futur village dansmaliste de nomsafin d’en
avoirla comptabilitéconclutMança Sy.
-Excuse-moiMajesté, d’oublierdete livrerle nom de
notrevillage, il s’appelleBanny.

1

9

Une foisàlamaison, sans tarder,Fodéconvoquales siens.
Il leur rapportalecontenude l’entretien.Parlantde lataxe
définie en or, il précisaque mêmesicelle-cicoûterades
têtesdevaches, il lesconsacrerasanshésiter.
Lasolidarité dugroupe étaitindéfectible.Comprenant que
son maître ne disposaitpasde laquantité d’ordemandée,
AbdoulayeSakho,un desesdisciples se proposade lalui
prêterpour sauverl’honneur.Joignantle gesteàlaparole,
ilalléguaque l’engagement de son maître etl’acceptation
duroiàleur requêteavaientété déterminantdans sa
décision,que parconséquentlataxe imposée incombaità
eux tous.
Etant libre,un homme doit se le justifier voire le mériter
tantdanslesactes que danslaparole.Ainsi, leMança Sy
éprouvaladignité duclan deFodé parlecoûtélevé de la
taxe.
Fodé, sansbroncher,acceptale prix.Il savaitqu’en se
livrantaumarchandage, il offrirait une occasionau roi de
revenir sur sasupposée largesse oude laréévaluer.
C’estainsiqueBanny fut fondé.

Fodéavaittroisfemmes.Chacune lui donnadesenfants.
Cesenfants,ayantatteintleurmajoritésortirentdufoyer
parental pourfonderle leur.Dece fait, deuxnouvelles
maisons deSyllavirentle jour,ajoutéesà celle dupère
fondateur.Pourdésignerles troisdemeuresconstituées, on
utilisalesprénomsdesmèresdesenfantspossédantla
leur.Celle dupèreserahérité desenfantsde latroisième
femmeavec commeappellation «Babaya» (chezle père,
en diakhanké), etnon de lamèreàladifférence desdeux
autres.DepuislesSylladeBanny sereconnaissent sousles
appellations:«Hawaya» (chezHawa) «Dianamarya» et
«Babaya» en étantattachésàlatradition dupère.Du
vivantdeFodé, etmême desdécenniesaprès samort,
enfantsetdisciples secontentaientde lavie menéeà
Banny.

2

0

Maiscequi devait arriverarrivaindubitablement.Les
similitudesde l’histoire deBambougouDiakharefirent
surface.Levillagecommença alorsàvivre l’exode de ses
espritsbrillants, descourantsplusoumoinshostiles se
formèrent.Ladirection laplusprisée étaitl’ouest.Ainsi,
la Gambie et les deuxrépubliquesdeGuinéevirent
l’arrivée decertainsdecesSylla,tandis que d’autres
quittaientpours’établirailleursdansleSénégal.
Trois sièclesetdemi plus tard,c'est-à-dire depuisla
1
fondation deBanny vers1528 ,une fraction dugroupe
Babayaet une proportion dechaque famillecomposantle
village débarquèrentà Wounly,unroyaumevoisin du
Boundou.
LeBoundou,comme dans toutleSénégal de l’époque était
sous domination française.Lecommandementetle
jugementdesdifférendsdeceshabitantsdevenaientla
prérogative de l’administrationcoloniale.Alasuite d’une
altercation mouvementée mortelle entrevillageoisautour
d’une parcelle deterre, on mitaucourantl’autoritéqui fit
arrêterKolikéSylla.Après untempsde détention et un
non-lieuconstaté, on le libéra.Cette incarcérationqu’il
considéra commeune humiliation l’incita àne plus
retournerà Bannyauprèsdes siens.DeBakel,ville desa
détention, il partitpourBambadinka,unvillageaux
confins duBoundou et duWounly,chez lesbeaux-parents
de l’un de ses frères, lesDiakhaby.De là, il envoyaune
missiveàlafamillerestéeà Bannyen faisantpartdeson
intention de fonder unvillage.
En guise desolidarité,une délégationconstituée par
FadiaméSylla,son grand frère, lerejoignit.Une
satisfaction personnelle desevoir sisoutenumaismêléà
latriste nouvelle de lamortd'un frère dontlesbeaux
parentsl’avaientaccueilli.Cependant l’émotionquoique
grande devaitcéderle pasàlaréalité.

1
Jeudi 1er rabiaoulanwal de l'an 935 ducalendriermusulman.
21

Adouze kilomètresdeBambadinka,un lieu retint son
attention etilcomptait ybâtir son futur village.Une fois
quetoutle monde futmisaufait, les travauxpouvaient
commencer.
Al’exemple des précédentesescales, leshabitantsde
Bambadinkafurent trèshospitaliers.Ilspourvurentla
délégation devivrespendant unan, letemps quecelle-ci
mità construireMissirah, le nouveau village.

2

2

Chapitre2:

Fondation deMissirah
olikéavaitdesdonsmystiquesefficientsetil en
planKd’exécution ;lerôle défini dechacun etenfin et
usaitentoutescirconstances: avantle
commencementdes travaux, on seconcertasurle
surtout,à cause de leursespritsempruntsde mysticité, il
fallaitdésignerceluiàqui ilappartiendrale premierde
défricherce lieu.Ilsavait qu’étant leresponsable deces
travaux, onattendaitde luiqu’il fûtle premier.
iv
D’abord, il défialesgensde la caste des«Niamakala»
decommencerle défrichage pourqu’ensuite, ilsechoisît
lui-même lorsde lapose de lapremière pierre dufutur
village.
Cesgensde la caste lui opposèrent quec’estauclan des
maîtresde faire le premieracte.Ce jeudecache-cache
étaitàlafois saruse etlerésultatdesapratique
d’occultiste, faite pourla circonstance.En effet, il lui fut
ressorti decette opérationque lapremière personnequi
poseraitcette fameuse première pierre decevillage en
seraitle premierdéfunt.Ducôté desgensde la caste, on
avaiteu recoursaumême procédésaufque là, le devin
leurpréditlamort subite dupremierhommequi donnerait
le premiercoup de hache dudéfrichage.
Saisissantlaposition dechacun,Koliké,àtitresymbolique
commença à couperlesarbusteset toutle mondesuivit
son exemple.Leterrain jugésuffisantpourcontenirles
maisons, on s’occupade la construction.Maintenant que
quelqu’un s’était désignéàporterlamainaux arbresdecet
endroiten premier, il fallut quequelqu’un le fît surlesol.
Telle futlarésolution desdeux camps.Etchacun joua

2

3

pleinement le jeu enattendant lasuite.Alors que le milieu
n’étaitquebroussetouffue debambousetd’arbres, le
malheureuxhommequi fitlapose de lapierre s’éloignadu
groupe pour unbesoinquelconque.Sanss’enapercevoir,
une panthèrebondit surlui etletuadupremiercoup.Le
Seigneurlechoisitcomme premierdéfuntdeMissirah,
ainsi ilrendit véridique lavision deKolikéSylla.Unsigne
quivenaitconfirmerlesprérogativesd'antan desSylla
danslevillage.Le drame étaitdanslesmémoires,bien
avantetaprès saréalisation, larésignation gagna
rapidementlescœurs.Un deuil d’une journée futobservé
etjusteaprès, les travauxsuivirentleurscourshabituels
carilsne devaientenaucuncasdépasserdouze lunes.
Seulsleshommes venaient touslesjours travaillerpour
rentrerà Bambadinkalesoir.En plusdes relations
fraternellesdupointdevuecultuel, lesliensde mariage
entre habitantsdeBambadinkaetBannyétaient séculaires.
L’une des femmes deKolikéqu’il héritadeson frère
décédé et qui lui donnal’essentiel de ses enfants était
native dece village.Fortdececonstat, les unsetlesautres
sevoyaientdansl’obligation et le devoirde s’assister
mutuellement.Dèslafin des travaux,un pacte solennel
d’assistance mutuelle dans tous les domaines futalors
établi entre lesdeux villages.
Contrairementà Bannyoù uneautorisation de s’installer
auprèsdu roiavaitétérequise,Missirah, neseconforma
pasà cetterègle pourlasimpleraisonque l’administration
française étaitprésente et quecette présence étrangère
avaitcommeconséquence deconsidérerles roisetprinces
comme desimplescollaborateursetinterlocuteursde
l’administrationcoloniale.Pourceux quivoulaient
entretenir unsemblantde pouvoir surleurs semblables
africains,c’était lamortoulaprison pour« non
soumissionàl’autorité en place ».
Latradition importée deBannyne devaiten principe être
changée.Bienqu’il fût àl’origine de l’idée,Koliké ne

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pouvaitprétendreàla chefferie du village.Cette fonction
était un droitcoutumieret une prérogativequirevenaitau
plusâgé de lafamilleSylla.Saufàquelquesexceptions,
notammentquand le sujet seconsidéraitinapte oupar
courtoisie,aprèsconcertationavecsesfrères, onarrivait
par uncommunaccordà confierl’autoritéàuneautre
personnalité issue de lanoblesse du village jusqu’àlamort
decelle-ci.
FadiaméSylla, le plusâgé,celui-làmêmequi organisala
délégation, futle premierchef du village.Quantà Koliké,
il ne leseraquequatrième.
Sous sonrègne il dirigea Missirah d’une main de fer,
refusatoute implantation desymbolescoloniauxetl’école
notamment.Supprimantlesloisirsde jeunesse:
interdiction de jouerdesinstrumentsde musiquecomme la
kora, lebalafon et tam-tam.Lesartistesdesontemps
n’avaientque leurs yeuxpourpleurer.Des tentationsde
construction d’édifices publiquesavaient eu lieu en son
temps mais n’aboutissaient guère.Levillage dispose
encore des vestigesdecesconstructionsavortées.Par quel
phénomène obligeait-ilceshommesà abandonnerles
travaux ?Mystère pourles unsetcertitude pournous
autresàqui lesmanœuvresoccultes sontparvenues.
Koliké n’avait jamais pardonnéauxBlancs de l’avoir
emprisonné desannéesauparavant.Ilvoyaitd’un mauvais
œil le villagequ’ilavaitconçuetbâti, échapperàson
contrôleauprofitd’étrangers.
Même s’il ne possédait de force militaire pourfaire faceà
l’adversaire, ilcomptait sur sonDieuet son pouvoir
mystiquequecelui-ci leconféra.Dece fait une guerre
froide s’installaentre l’administrationcoloniale etce
dernier.Chaque fois qu’unebâtisse émergeaitdeterre, il
partait surleslieuxen pleine nuitpouraller yfairecequ’il
comptaitréaliser.Aulevée dumatin,àleurgrand désarroi,
cesouvriersdécouvraientdesfentes surlesmurs quand ils
ne les trouvaientpas totalementécroulés.

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