Nuits de perles amères

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Paul passe son bac... Il vit avec sa mère Emma, adepte de musique heavy-metal qu'elle écoute à donf. Au dessus-d'eux, réside York, ours mélomane que le bruit dérange. Un drame vient mettre fin à la mésentente qui s'est instaurée entre voisins : le corps d'une jeune étudiante découvert sur le campus universitaire tout proche... S'agit-il d'un meurtre, d'un suicide ou d'une mort naturelle ? Paul et York vont enquêter.
Publié le : lundi 1 octobre 2007
Lecture(s) : 32
EAN13 : 9782296182363
Nombre de pages : 113
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Nuits de perles amères

Patrice Baluc-Rittener

Nuits de perles amères
Roman policier

L'Harmattan

(Ç)

L'Harmattan,

2007

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharrnattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04141-7 EAN: 9782296041417

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La main hésite à quitter la douceur de la couette, puis repousse mollement un coin du rideau avant de s'aventurer jusqu'à la poignée de la fenêtre... Une bouffée d'air frais se glisse dans la chambre, un air de début d'été, encore chargé des odeurs de la nuit et des promesses de la journée. Appuyé sur le coude, Paul étire son cou, posant un regard ensommeillé à travers les pelouses désertes qui séparent les tours jumelles de la résidence. Il aime bien cet endroit. C'est nettement mieux que le vieil appartement où il a vécu au centre-ville. Depuis qu'ils ont emménagé, six mois auparavant, il a pris l'habitude d'apprécier la hauteur des nuages, la couleur du ciel, la fraîcheur du vent. Ça lui permet de mettre les fringues les mieux adaptées pour se rendre au lycée, à moins d'un kilomètre de là. Le coude a cédé... Au bout d'un étirement salutaire, la main grappille un tee-shirt négligemment abandonné quelque part à côté du lit.S ur 101.1, une voix monocorde annonce qu'il va faire beau et qu'après une page de pub, la parole sera donnée au représentant d'une association locale qui s'active pour le recyclage des ordures ménagères..L 'œil se pose sur les chiffres rouges qui indiquent 7h17. La main interrompt la voix...

Avec une hâte mesurée, Paul enfile un vieux jean qui traîne non loin du tee-shirt, puis se glisse dans le couloir étroit.A vant de retrouver la machine à café dont l'odeur à elle seule est un appel au plaisir, il referme avec précaution la porte de la chambre mitoyenne où Emma sommeille. La vie n'a pas toujours été facile pour eux. Son père les a quittés sans qu'il ne sache trop pourquoi il y a quelques années. Depuis, il vit seul avec sa mère. C'est sympa..P arfois pourtant, il ressent une absence pesante. Un vide. Le soir surtout, quand Emma part à son travail.
«

Il faut bien manger!

», s'était-elle exclamée un jour, en

se moquant de sa bouille renfrognée à l'annonce du boulot qu'elle venait de trouver dans un night-club. Depuis, six nuits par semaine derrière le bar du Xéros, elle gère les noctambules et ne rentre qu'à l'aube. Alors, il n'est que silence...

York est content. Au rythme d'un empressement à peine contenu, sa silhouette trapue se glisse entre les haies bien taillées de la résidence. Dans quelques minutes, il sait qu'il s'affalera dans son divan colonial après avoir glissé un vieux Procol Hamm 1 dans son lecteur. Lentement, il laissera les sons

entrer en lui, le transporter... Il était sûr de mal vivre son quotidien de jeune retraité de la police, parce qu'il avait pris l'habitude d'une existence entièrement consacrée à son boulot. Un boulot comme une bouée de sauvetage.B ien sûr, parfois, l'inactivité lui pèse. Mais il se rend compte qu'il a désormais du temps pour lui,
1 Procol Hamm: groupe créateur de A Wither Shade of Pale en 1967. Slow immortel composé par Gary Brooker, inspiré par un thème de J.S. Bach. 8

ce temps précieux pour écouter la musique qu'il aime, celle des années 60 et 70 à qui il doit son deuxième surnom. Le fameux "Commissaire Walkman" qu'il a traîné tout au long de sa carrière! Aujourd'hui, il a la mélancolie solitaire, et s'imbibe à jet continu du pop-rock de sa jeunesse, accumulant les moindres vestiges sonores, qu'il empile et conserve comme autant de reliques.

Ce matin il a croisé son nouveau VOISllldu haut. Un beau gamin au regard franc. Ille trouverait presque sympa si sa mère n'écoutait pas de la musique ringarde à fond la caisse toute la journée! Un vrai calvaire. Pas dérangeante, souriante et tout la voisine du dessus, juste un peu trop bruyante. Et quel mauvais goût! York est impatient maintenant. Il a posé son sac de courses sur la table de la cuisine où s'attarde le bol du petit déjeuner, et s'agace à délivrer le Compact Disc de son sarcophage de cellophane. Ses mains malhabiles déchirent l'emballage récalcitrant, ses doigts s'agitent..ça y est, Pro col Harum est libéré, glissé dans le lecteur, savouré dès ses premières notes. Le son molletonné d'acide de l'orgue Hammond s'approprie le salon aux meubles spartiates. York respire, s'oblige à quelques réglages des basses, enlève enfin sa veste, se pose délicatement sur son divan, étire ses jambes et fait négligemment tomber ses chaussures. L'heure est à la délectation. Procol Harum. Enfin.de puis tout ce temps..Q uel bonheur. Des lambeaux d'images vieux de quarante ans se superposent aux premières notes. Le voyage d'extase peut commencer... - Non! Mais elle est dingue cette nana! York a sursauté. 9

Tiré de sa félicité nostalgique par la sourde vibration qui secoue son divan au rythme de 108 pulsations minutes, il lève les yeux vers le plafond avec un rictus d'exaspération. «C'est pas vrai! Elle recommence avec sa musique de

malade. Fait chier!

»

Emma s'est réveillée tôt. Enfin, dans son cycle temporel à elle.Jl h 30. Cinq heures et demie de sommeil, pas si mal. Ce soir, elle se reposera une demi-heure avant de partir au boulot, pendant que Paul fera ses devoirs. Elle sourit d'amour en voyant son bol et la cuillère près de la cafetière électrique. Dans un soupir, elle ferme les yeux en se disant qu'elle a de la chance d'avoir un fils comme ça. Du coup, elle s'est offert les Smashing Pumpkins2 à fond la caisse en prenant son petit déjeuner. Un délice.L es mini haut-parleurs déchirent l'air tiède de la fin de matinée, elle a A. ouvert 1 fenetres, respIre, s "aere, se bouge... es D riiiiiiiiiiiiiiiiiiiin g ! Tiens, c'est qui à cette heure? Driiing - driiing! La sonnerie insiste. Emma remonte ses cheveux bruns en vrac, en se bousculant jusqu'à la porte d' entrée.~<. Oui? »
Devant elle, un type costaud au visage buriné tente une grimace indéfinie, puis se fend d'un « bonjour, je suis votre voisin du dessous» et la fixe en attendant une réponse. Elle lui dit qu'elle est ravie de faire sa connaissance, s'excuse de sa tenue et lui demande enfin s'il a besoin de quelque chose. York grimace encore, les oreilles endommagées par le bruit infernal qui arrive de partout et l'autorise tout juste à
2 Smashing Pumpkins: groupe américain des années 90 mélangeant rock progressif, heavy metal et rock gothique. (Premier album, Gish en 1991).

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distinguer la voix de son interlocutrice. Il n'a besoin de rien, juste qu'elle baisse un peu le son de l'appareil qui fait du bruit et emmerde tout le monde dans la résidence. Surtout lui. Il fait passer le message à Emma qui le regarde un instant d'un air incrédule. Trop fort, vous rigolez? Mais non, il ne rigole pas. Pas du tout même. Il hausse un peu le ton, lui demande comment on peut vivre dans un tel enfer, la plaint d'exister dans un tel naufrage acoustique... Emma sent fleurir sa boule de contrariétés au creux de l'estomac, comme quand un "imbibé" s'excite après elle au bar du Xéros...E lIe écoute encore un peu les litanies du costaud qui gesticule sur le palier. Elle sent qu'elle va s'énerver. Elle s'énerve... - Vous voulez quoi, là, exactement? On est dans les heures légales, non? Ça vous emmerde la musique? Monsieur n'est pas mélomane peut-être... Appelez les flics! Portez plainte! Mettez des boules Quiès, déménagez, je sais pas, moi! OK, c'est bon, je vais baisser! Non mais, il me
gave, U1. 1 .,

Dans ses vêtements débraillés, le corps mince ressemble à une poupée disloquée. Sur le pallier de l'étage, l'antique téléphone collectif n'arrête pas de sonner.A ffalée sur le lit étroit, Andine le remercie instinctivement d'avoir brisé son cauchemar. Avant de replonger dans les abîmes de l'inconscient, son esprit croit apercevoir une escouade de "portables" en plein vol, puis les chiffres verts éblouissants de son réveil noyés dans des milliards de bulles d'aspirine effervescente... Le néant a duré... Bien sûr, elle a encore loupé le cours de littérature du XVIIJD ce matin. C'est Maya qui est venue la sortir de son
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