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Pour l'honneur de la France

De
174 pages
"La situation a assez duré, reprit un autre. Je m'étais toujours demandé où étaient passés notre dignité et notre courage. Accepter de telles humiliations et de telles souffrances devant nos femmes et nos enfants ! Nous avons déjà perdu la face." : c'est le cri de cœur et de rage des populations du cercle de Siia en Afrique occidentale française, en 1914, face à la mise en place de l'administration coloniale française. Le commandant Bermot est envoyé à Siia pour pousser les populations à participer à l'effort de guerre de la France. Deux fortes volontés s'affrontent.
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Marius D.Sagnon
Pour l’honneur de la France
Autour du discours colonial
Roman
Pour l’honneur de la France
Ecrire l’Afrique Ecrire l’Afrique
Pour l’honneur de la France
Autour du discours colonial
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.Dernières parutions Guikou Bilet Zafla,Un enfant du village, nouvelles, 2016.Gaston M’BEMBA NDOUMBA,Escale à Brazzaville, 2016. Moussa CISSE,Tombouctou à tout prix. Récit d’une passion pour le Mali, 2016. Joachim OLINGA,Les métis de ma mondialisation, 2016. Gaston M’BEMBA NDOUMBA,Escale à Brazzaville, 2016. Mamadou DANTÉ,Moi, l’étranger… Le Mali en mémoire, 2016. Aimé NOUTCHÉ,La route de l’exil, La veste du demandeur d’asile, 2016. Prosper GUBARIKA WA MUDI-WAMBA VANELLA,Péril en la demeure, 2016. Michel Dieudonné VOHITO,Polokamba. Hippopotame et esprit sur l’Oubangui, 2016. Alfred Diban KI,L’œil ouvert. Nouvelles, 2016.Aichetou CAMARA,Au-delà des frontières, 2016.Adrien POUSSOU,Black bizarre, 2016.Jeanne de Chantal WODOBODÉ,? 50 ans aprèsest le pont  Où l’indépendance, 2016.Alphonse ONGAGOU-DATCHOU,L’oraison silencieuse, 2016.Stéphane SCRIVE,Quand le Niger marchait au pas…, 2016. Judicaël-Ulrich BOUKANGA SERPENDE,Dunia, 2016. Marilaure GARCIA-MAHE,Dignes, libres et puissantes, 2016. Jean-Yves EPAILLY, Bangui, Fauves, amour et chirurgie, 2016. Kouadio Koffi Richard KARA,Koléma, Itinéraire d’une femme de l’Afrique à L’Europe, 2016 Adama FANKÉLÉ TRAORÉ,Kady, une indigente chaste, 2016 Lucien BALOSSA,À Magniongui, un enfant est né,2016. Michèle MALDONADO,La bonne parole, Une coopérante en Afrique anglophone,2016.
Marius D. Sagnon Pour l’honneur de la France colonial Autour du discours
À mon père :
Sagnon Perthiou
À toutes mes mamans :
Mariam Traoré
Lamatou Touré
Lydia Lalèye
Awa Zato
Déma…
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10626-7 EAN : 9782343106267
CHAPITREI
La saison pluvieuse s’achevait dans cette partie de l’Afrique occidentale française située en zone tropicale humide. Elle avait été généreuse et la moisson à perte de vue était le témoin d’une récolte abondante qui bientôt remplirait les greniers vidés par une longue période de soudure. L’herbe, haute, gênait par endroits le passage d’une colonne militaire qui avançait difficilement sous le soleil déjà ardent de ce mois de novembre 1914. La co-lonne avait quitté Sikasso et se dirigeait vers Siia, située à 180 kilomètres à l’est. À sa tête marchait un soldat africain qui faisait office d’éclaireur et qui, muni d’un coupe-coupe, débroussaillait autant qu’il pouvait le chemin. Il était armé d’un fusil qu’il portait en bandou-lière. Derrière lui, suivait un Blanc. Il était coiffé d’un casque colonial et vêtu d’un uniforme militaire de cou-leur kaki. C’était un commandant français. Armé d’un pistolet et d’une carabine long rifle, il montait un cheval. Il rythmait la cadence de la marche. À sa suite venaient cinq autres sodats africains armés de carabines et une vingtaine de porteurs indigènes lourdement chargés de divers objets et de caisses de munitions. Deux autres soldats africains fermaient la marche. Le visage grave, la moustache conquérante, les yeux infiniment fixés sur l’horizon comme pour raccourcir la
distance qui le séparait de Siia, le commandant parlait très peu depuis le début du voyage ; il se contentait d’ordres très fermes que répétait le sergent Brahima Traore, le plus gradé des soldats de la colonne. — On accélère ! Halte ! En route !, ordonnait-il. Il forçait la cadence pour gagner au plus vite la ville de Siia, sa destination finale, où il devait prendre le commandement du cercle du même nom. En dépit de la fatigue des porteurs, il offrait très peu de repos. Avant le lever du jour, la colonne commençait sa marche for-cée jusqu’au coucher du soleil. Elle n’avait qu’une pause d’à peine une heure, à midi, moment durant lequel les hommes mangeaient et se soulageaient dans les buis-sons environnants. Après cette halte, pour aucune autre raison la colonne ne retardait sa marche. Durant ces moments de repos, le commandant se contentait d’un repas très sobre composé de pain sec, de saucisson et de quelques gorgées d’eau. Après cela, il écrivait longue-ment. La nuit, tout comme le reste de colonne, le comman-dant dormait à la belle étoile. Il refusait qu’on lui dresse une tente comme cela se faisait coutumièrement avec les autres Blancs. La première nuit il avait abondamment plu ; c’était une de ces tornades de fin d’hivernage avec bour-rasques, éclairs violents et grondements de tonnerre. Le commandant n’avait pas utilisé sa tente ; il l’avait refu-sée. Simplement muni d’un parapluie, il avait essuyé toute la fureur de la tempête et il était complètement détrempé. Il avait aussi interdit à ses hommes de s’abriter sous un grand néré car, le savait-il, dans les sa-vanes africaines, les hautes cimes sont des cibles potentielles pour la foudre qui fait de nombreuses vic-
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times. Les hommes étaient très mécontents de cette décision qui les exposait à la furie de la tempête. Quelques minutes plus tard, un éclair aveuglant s’abattit sur l’arbre, suivi d’un grondement de tonnerre sec et étourdissant. Sous la décharge électrique, l’arbre prit feu. Un mélange de crainte et de stupéfaction s’empara des hommes de la colonne qui, par la rigueur du comman-dant, venaient d’échapper à une électrocution et à une mort certaine. Ce commandant ne ressemblait pas aux autres ! Le commandant se refusa toute distraction. À plu-sieurs reprises la colonne débusqua de nombreux animaux sauvages : lièvres, biches, phacochères, trou-peaux d’antilopes, de cobas et de kobs de buffons étaient à portée de tir. Le commandant lui-même tomba en admiration devant un magnifique troupeau de buffles dont le mâle dominant était superbe. Splendide et fou-gueux, l’animal tournait sur lui-même et battait nerveusement ses flancs de sa queue. Il se déplaçait avec arrogance et régnait majestueusement sur son troupeau. Sa tête, ornée de larges cornes épaisses et rabattues, re-présentait un magnifique trophée à faire rougir de convoitise les braconniers les plus chevronnés. Pour une fois, depuis le début du voyage, le visage du com-mandant s’illumina ; mais il passa son chemin à la grande déception de la troupe qui aurait bien voulu améliorer son menu et emporter de la viande sauvage à la maison. Pour le commandant, la colonne aurait perdu trop de temps. Toute la colonne était intriguée par l’attitude de ce commandant-là. Les gardes-cercles connaissaient les habitudes des Blancs depuis qu’ils s’étaient établis par la force dans tout le pays il y avait de cela une vingtaine
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