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Quatre nouvelles Antillaises

De
329 pages
La romancière Mme Charles Reybaud (1802-1870), jouit de son vivant d'un grand succès. Elle s'intéresse à la femme et à l'histoire, fidèlement représentée, de la France aux Antilles. Cette réédition comporte quatre de ses nouvelles situées à la Martinique et à Saint-Domingue/Haïti à des moments clés de leur histoire : 1657, 1720, 1791 et 1831. Ces longues nouvelles, souvent appelées « romans » lors de leur première publication, offrent une perspective peu étudiée de la question coloniale : quel rôle la Française doit-elle jouer dans les projets coloniaux de son pays ?
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LLES ANTILLAISES
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Présentation de Lesley S. Curtis
Q UAT RENO U VE L L E SAN T I L L A I S E S
COLLECTIONAUTREMENT MEMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l’ordre national du mérite, Prix de l’Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc. Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits en tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établisse-ments d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique humaniste, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte. « Tout se passe dedans, les autres, c’est notre dedans extérieur,les autres, c’est la prolongation de notre intérieur.»Sony Labou TansiTitres parus et en préparation : voir en fin de volume
Fanny Reybaud QUATRE NOUVELLES ANTILLAISES MARIE D’ÉNAMBUCLES ÉPAVES SYDONIE MADAME DE RIEUX
présentation de Lesley S. Curtis
L’HARMATTAN
L’image de la couvertureaccompagne une version deMarie d’Énambucpubliée dansL’Écho des Feuilletons(Paris : Imprimerie de J. Claye, 1853) p. 17.
© L’Harmattan, 20145-7 rue de l’École-Polytechnique, 75005 PARIS http://www.librairieharmattan.com harmattan1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02624-4 EAN : 9782343026244
INTRODUCTION par Lesley S. Curtis
AUTRES ÉTUDES DE LESLEY S. CURTIS Traduction (avec Christen Mucher) : Bergeaud, Émeric,Stella, New York : New York University Press, 2014 «Vite elle se referme: L’Opacité dansLe Livre d’Emmade Marie-Célie Agnant »,Women in French Studies(à paraître, vol. 20, hiver 2014) « Excluded from Paradise : Race, Romance and Haiti in the Colonial Novels of Madame Charles Reybaud »,Lingua Romana, 11 : 1 (printemps 2013), p. 49-63 «Man, are you capable of being just ?”: Fighting for Women’s Rights Then and Now »,The 18th-Century Common : A Public Humanities Website, July 2013 «Africanin Early Haiti, or How to Fight Stereotypes »,The 18th-Century Common : A Public Humanities Website, November 2012
INTRODUCTION En 1657, sous le soleil des Tropiques, Marie, une jeune Française et son mari dévoué mais malade regardent tranquillement leurls qui joue avec un jeune esclave. Ils parlent de la jeune et belle colonie de la Martinique, que dirige le vieux mari et que dirigera bientôt la jeune femme. Ainsi commence la nouvelleMarie d’ÉnambucMadame Charles Reybaud (1802-1870) qui paraît de 1 en feuilleton en 1840 . Lorsque Marie quitte la colonie, le narrateur annoncequ’«on ne se souvenait que de la bonté, de la justice, des nobles qualités de Marie; ceux-là même que l’idée d’être gouvernés par une femme avait le plus révoltés, la pleuraient maintenant » (p. 78 ci-dessous). Ce thème de la Française au pouvoir dans les Antilles françaises revient souvent dans les nouvelles coloniales de Reybaud ; elle en 2 a écrit sept dont six se déroulent dans le «Nouveau Monde » . Sa première nouvelle antillaise estLes Épaves, publiée dansLaRevue de Paris1838. Elle est tellem enent bien reçue qu’elle inspire plusieurs pièces, y comprisMulattende Hans Christian (1840) 3 Andersen. La nouvelle raconte l’histoire de Cécile deKerbran, 1 «Marie d’Énambuc»,Revue des Deux Mondes,t. XXII(le 15 mai 1840), p. er 672-700 et (le 1juin 1840), p. 749-803. La nouvelle est republiée la même ie année à Bruxelles chez Méline, Cans et Cet chez Jamar. Elle paraît aussi sous le titre « Marie » dansL’Écho des feuilletonsen 1853. Une version dont le titre est « La Petite Reine » est publiée chez Dumont à Paris en 1841 et puis à Bruxelles chez Méline la même année. 2 Ses nouvelles coloniales sont:Pierre (1836),Les Épaves (1838),Mézélie(1839),Marie d’Énambuc (1840),Madame de Rieuxet 1840), (1839 Mademoiselle de Chazeuil(1841 et 1844), etSydonie(1846 et 1852). L’action dePierre sedéroule au Vietnam et celle deMézélie auMexique. Dans Mademoiselle de Chazeuil, qui ne fait pas partie du présent recueil de ses nouvelles antillaises, il s’agitd’une Française qui retrouve à Cubala famille de sa mère disparue. 3 Une pièce de Louis Lefebvre a même annoncé l’influence de Reybaud dans son titre :Béatrix: drame en quatre actes, imité d’une nouvelle de Mme Charles ve ReybaudDondey-Dupré, 1839. Eugène Scribe aussi, Paris : Imprimerie de V aété influencé par cette nouvelle lorsqu’il écritLe Code Noir : opéra-comique en 3 actes;: France Musicale. Selon Théodore Vauclare) en1842 (Paris plusieurs textes de Reybaud ont été adaptés. Voir «Théâtres de Paris. vii
jeune Française qui se marie avec «un [sic», un homme] épave dont la liberté est menacée. Pour sauver son amour, elle cite le Code noirle premier code légal de ce type en Europe, signé par Louis XIV en 1685 quieut pour but de régler la vie et le traitement des esclaves. Cécile annonceèrement au maître cruel que «tout esclave qui épouse une femme libre est libre de droit » (p. 133). En même temps que Reybaud imagine l’épouse française au pouvoir à la Martinique, elle pense aux Antilles de son époque et à la colonie que la France ne possède plus: Saint-Domingue. 1 Madame de Rieux (1839-1840)raconte l’histoire d’une jeune Française qui se marie avec un cousin beaucoup plus âgé, le seul de sa famille qui ait réussi à survivre aux révoltes des esclaves de e Saint-Domingue à lan duXVIII siècleque nous appelons ce aujourd’huile début de la Révolution haïtienne (1791-1804). Dans les années 1830, Christine de Rieux suit son mari et son père en Haïti où la famille se retrouve pauvre et humiliée. La réaction de Christine devant le paysage haïtienn’est pas très différente de celle de nombreux Français du début du dix-neuvième siècle. Elle déclare qu’Haïti est «le paradis d’où nous avons été chassés » (p. 228). Ces mots renvoient, par exemple, aux écrits de François-René de Chateaubriand (1768-1848); penser à la puissance coloniale de la France aux Amériques au début du siècle provoque chez cet auteur célèbre un sentiment d’angoisse: «Nous possé-dions autrefois d’immenses contrées outre-mer[…]; nous sommes 2 exclus du nouvel univers où le genre humain recommence » . Le regret de l’époque qui précéda la perte de cette colonie esclavagiste continue à inuencer la pensée de Reybaud même dans les années 1840lorsqu’elle écritL’Habitation Kernadec. La nouvelle est d’abord publiéesous ce titre dansLa Revue nouvelleen 1846 ; le titre devientSydonieen 1852.Sydoniedécrit l’histoire d’une jeune femme, Sydonie de Kernadec, qui a réussi à échapper aux «désastres de Saint-Domingue» (p. 138). Même devenue vieille en Bretagne, elle rêve de son habitation perdue. Le passé Premières Représentations. Revue dramatique»,Le Monde dramatique(1839), p. 44-46. 1 Madame de Rieux paraîten feuilleton dansLe Siècle endécembre 1839 et en janvier 1840. La nouvelle est vite republiée à Bruxelles en 1840. 2 François-René de Chateaubriand,Œuvres de Chateaubriand, tome 13:Essai sur la littérature anglaise, Paris: Dufour, Mulat et Boulanger, 1858.viii
colonial de la France ainsi que la présence de la femme française aux Antilles sont des thèmes qui relient les quatre nouvelles présentées dans cette édition. L’auteure, la femme, et sa réception Madame Charles Reybaud, qui écrit sous le nom de H. Arnaud et aussi de Claude Ahlvan, est née Henriette-Étienne-Fanny Arnaud à Avignon. Fille d’Henri Arnaud, «ofcier de santé» dans l’armée de Napoléon, elle a sans doute été inuencée par l’espoir qu’a inspiré l’Empire pendant sa jeunesse.Son pères’est occupé de son éducation. LeJournal des demoiselles décritune jeunelle qui «puisa au foyer paternel le goût de l’étude, la curiosité de 1 l’histoire et des recherches. À vingt ans, ellearchéologiques » épouse Charles Reybaud, originaired’Aix-en-Provence. Le couple 2 a unls . Reybaud se fait connaître comme romancière dans les années 1830 à Paris à un moment de transition pour le champ littéraire français ;le nombre de publications augmente avec le nombre de personnes lettrées et ces nouvelles publications deviennent de 3 moins en moins chères . En plus, Reybaud fait partie du grand nombre de femmes qui commencent à écrire pendant la Monarchie de Juillet (1830-1848). Ce fait ne l’empêche pas de choisir deux pseudonymes androgynes et son identité de femme fait toujours question pour les critiques. Lors de la publication de la première version de son romanSydonie,L’Habitation Kernadec(1846),elle choisit le nom de Claude Ahlvan. C’est la seule fois que l’on voit ce pseudonyme qui, comme H. Arnaud, ne révèle pas son identité 4 en tant que femme . Même le nom de Madame Charles Reybaud rend hommage à son mari qui lui ouvre les pages duConsti-1 e « MadameCharles Re baud»,Journal des demoisellesmaiannée, n° 2, 39 1871 ,. 38-39. 2 Ibid. 3 On lira avec profit l’étude de Christine Haynes:Lost Illusions : The Politics of Publishin inNineteenth-Centur France, Cambrid: Harvarde Mass. University Press, 2010. 4 Barbara T. Cooper, «Madame Charles Reybaud etL’Habitation Kernadec(Sydonie): histoire d’une auteure et d’une nouvelleeu connues», inFemmes e nouvellistes rançaisesdu XIXsiècle, s.l.d. Concepción Palacios et Pedro Méndez Robles (Berne : Peter Lang, 2013) p. 125-138.
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