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Fajria, une vie

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Du même auteur
Les médecins militaires au service des populations civiles. In Intervenir ? Droits de la personne et raisons d’Etat (Forum International sur l’Intervention) Académie Universelle des Cultures, Grasset 1993.
Les fistules obstétricales.In Camey 1998.
« Colonisation : une œuvre médicale humanitaire.»Le Quotidien du Médecin. 2006
À toutes les centaines de milliers de femmes, rejetées, humiliées, sans voix, que la honte et la souffrance déchirent, dans le profond silence du désespoir, de la solitude et de l’indifférence…
I
Un vent sec et chaud soufflait au dehors, un de ces vents venus du désert qui soulèvent les sables et les emportent jusqu’aux nuages. C’était une fin d’après-midi de saison sèche, à Menassongo au bord du Niger, village reculé de la région des Dallols sur la piste qui conduit à Faramango. Le soleil achevait sa course, mais la chaleur brûlante demeurait. Les pêcheurs avaient rangé les filets au fond des pirogues, au-dessus desquelles des nuées d’insectes bourdonnaient. Au centre du village, sous les flamboyants et les fromagers aux feuillages généreux, les enfants à la peau sèche et aux visages couverts de poussière jouaient. À quelques pas, derrière une table, les femmes aux odeurs de sueur forte, les surveillaient. Elles versaient du riz dans les récipients qu’on leur présentait. Arrivés comme à l’habitude en milieu d’après-midi, trois ou quatre vieux, rarement plus, toujours les mêmes, étaient réunis un peu à l’écart, à l’ombre d’un manguier à la frondaison luxuriante. Assis là, jusqu’au soir, les visages tannés, marqués du poids des outrages des ans, ils regardaient fuir le temps monotone. Un fleuve coulait paisible, sur les terres immenses de sable, brûlées par le soleil. Vu de sa berge haute, sur laquelle était située le village, il décrivait une longue courbe, où se reflétaient des grappes de piments rouges et d’épis de maïs séchés. Charriant çà et là herbes et branches arrachées, il s’élargissait et se prélassait près du village, pour devenir un beau fleuve calme, roulant ses eaux sablonneuses, au milieu des vastes étendues de champs de mil et des collines de dunes, dont on devinait au loin les premiers reliefs. Sur la rive opposée, vers le couchant, des oies sauvages prenaient leur envol, majestueuses, dans une eau couleur safran, que les derniers rayons du soleil illuminaient. Dans un paysage uniforme de sable et d’épineux,
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SAWABA
d’ocres et de fauves, la savane semi-désertique s’étendait à l’infini. Le temps semblait se fondre et se répandre dans un instant d’éternité. Décor statique et immuable où la mélancolie douce du crépuscule laissait seulement flotter des voix de femmes derrière les murs du village. Celles-ci revenaient sans cesse et s’évanouissaient au milieu des beuglements et bêlements, mêlées aux aboiements des chiens et autres chants de coqs, qui résonnaient de loin en loin. Une clameur soudaine s’éleva, d’abord sourde, puis de plus en plus forte, jusqu’à ressembler à des cris, dont le calme du soleil mourant semblait amplifier les sons : Allah k’a balo ! k’a fama mô ! k’a ké maa yé ! k’a kè mogo sèbè ye ! Sois le bienvenu ! Que Dieu te fasse vivre ! Qu’il te fasse grandir avec ton père et ta mère ! Que tu deviennes un homme ! Un concert de voix de femmes, aux bras levés, reprenant le même refrain, pénétrait jusqu’au moindre recoin du village, où le nom de Dieu, à peine évoqué, semblait aussi étrange qu’irréel : — Voici notre enfant ! Il est chezlui au milieu des siens et que Dieu lui donne longévité, santé, fortune ! Et même si, dans le village, il en était encore qui doutaient, la rumeur eut tôt fait de devenir nouvelle, et les commentaires de l’événement, plongés dans une joie vive, n’en finissaient plus. K’a fajiri jira ! — Que ce jour nous trouve en bonne santé ! Clamait-on à l’envi à ceux qui semblaient bouder le divertissement et la gaieté. La bonne nouvelle avait une odeur de fête. Dans l’une des cases au toit couvert de paille, dans l’ombre bleutée des manguiers, allongée sur une natte, aux côtés d’une femme ronde et vive, une jeune mère venait d’accoucher. Allongée Dans l’une des cases au toit couvert de paille, dans l’ombre bleutée des manguiers, sur une natte, aux côtés d’une femme ronde et vive, une jeune mère venait d’accoucher. Allongée de côté, elle regardait son enfant encore relié à son placenta. Elle était lourde et