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Solitudes Ordinaires

De
128 pages
Dans la quotidienneté de la vie, le malheur est presque invisible, et, comme celui de solitude, sans voix: les nouvelles de ce livre s'attachent aux séparations à bruit feutré d'êtres qui se sont rencontrés, aimés, et qui se perdent irrémédiablement.
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Solitudes ordinaires
Regards d'or du début, sombre patience de la fin

G. Trakl

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Paule Plouvier

Solitudes

ordinaires

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

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Collection Écritures dirigée par Maguy Albet et Alain Mabanckou Dernières parutions
LABBÉ Michelle, Exit indéfiniment, 1997. TÉODOSIJÉVIC Michel, Toutdépend de Dieu, 1997. RAMOND Michèle, Les nuits philosophiques du Doctore Pastore, 1997. BADUELAndrée-France, Des oiseaux pour Antigone, 1997. MONTERO Andrée, «Le refus, une vie de femme», 1997. REGNIER Michel, Kamala, 1997. DAVOUS Dominique, Capucine. A l'aube du huitième jour, 1997. GENTILHOMME Serena, Villa Bini, 1997. DUVIGNAU Marie, Aufur et à morsure, 1997. GREVOZ Daniel, Les orgues du Mont-Blanc, 1997. LUGASSY F. , Contes de l'autreface ou l'envers des destinées, 1997. MARTIN Anne-Denes, Comme un éclat de phare, 1997. TROTET François, Les Chants du Griot, 1997. DUBREUIL Bertrand, Les yeux de Saül, 1997. FAVRET René, Le retour de Pantagruel, 1997. MAALOUF Antoine, Sur la source d'Adonis, 1997. JACQUET Roger, En un midi sans soir et sans matin, 1997. GOUTALIER Régine, Le chevalier d'Avrieux, 1997. FAYARD Pierre, Le tournoi des dupes, 1997. CHEVALLEY Bernard, Nicodème, 1997. CUVELIER Fernand, Les cousines de Rome, 1997. DRAPPIER Hughes, Les Voyageurs, 1997. GUILLET Christian, Chapelle ardente, 1997. DE POLI Luigi, La maison de vitrail, 1997. JACQ Jean-François, Heurt Limite. Récit incantatoire, 1997. LAM.BIOTTE Maurice, Le chemin de fer de Bagdad, 1997. BAKR Salwa, Des histoires dures à avaler, 1997. NARnSS, Cahier d'empreintes. Lettre à toi, 1997. MARINIE Ariel, La petite fille rouge, 1997. HIRLET Michel, Pivoines, marins et enfants, 1998. SMITH Franck, Là où la nuit se veut, déjà, 1998. CARRARA Marianine, Le fil du désir, 1998. MORIN Jean-François, Orgeville-Alger, 1998.

@ L'Harmattan,

1998 ISBN: 2-7384-6468-8

Préface

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Un petit couteau d'obsidienne

Voici un livre où il ne se passe rien. Enfin, presque rien. Ce sont le plus souvent, dans chacune des nouvelles qu'on va lire, deux êtres en train de partir chacun de son côté après avoir, plus ou moins longtemps, cheminé l'un à côté de l'autre, ou mieux, l'un vers l'autre. Ils se sont rencontrés, ils se sont aimés, ils se sont parlé, véritablement parlé, ils se sont désirés: ils vont se séparer. L'objectif du photographe les saisit à l'instant précis où la fissure vient de se produire, la secrète, l'irrémédiable fissure. Cette fissure, ils ne la voient pas encore mais tout d'eux indique qu'elle les traverse et, le plus souvent, c'est l'un des deux, celui par qui passe le regard qui la voit le premier et qui (l'autre étant celui qui va s'en aller mais qui ne le sait pas encore) se raconte à lui-même la tombée douce, douce mais inexorable, du malheur. Ce malheur est inscrit dans la loi du monde, dans la beauté des villes et des saisons qui entourent le couple en train de s'effilocheroui, plutôt que d'une fissure à la Nathalie Sarraute c'est d'un effilochage qu'il s'agit, un peu, parfois, comme chez Henry James. Car à la tendre beauté des villes (Paris, Montpellier, Barcelone, Bologne), se superpose la mélancolique indifférence des jours de lumière sereine ou d'obscure neige, jours qui enserrent ces deux-là dont l'un 7

seulement va traverser la fin de l'amour et c'est pour lui le commencement de la mort. La fin du désir est probablement, dans la plupart de ces nouvelles, l'expérience qui cel1tre, dans l'éclair apparu de la conscience douloureuse, le destin de chacun des protagonistes devant qui soudain un voile est retiré pour le mettre face à deux miroirs à la fois, l'un dans l'autre. Miroir de l'aimé (e),miroir de l'aimant{e), l'un devenu aveugle et gris, comme vidé de sa lumière - et pendant qu'il se vide c'est le cœur qui se vide avec lui -, l'autre encore réfléchissant, avant que ne disparaisse définitivement dans la nuit qui monte et que, il ne s'éteigne, tel instant d'une grâce qui fut grâce partagée, bientôt évanouie comme l'oiseau coloré des îles paradoxalement apparu en plein froid. Il y a d'ailleurs, ici ou là, porteurs de paix admis à nous visiter au crépuscule, signes avant-coureurs de la nuit close, une chatte, un cheval, un garçon blond, un peu de couleur rose dans l'image d'un pommier, couleur longuement cherchée et revee. Ai-je parlé de photographie? Il se pourrait bien que ce soit là tout l'art de Paule Plouvier, qui est fait de prise immédiate et de surprise - une surprise venue de loin et , , I I preparee -, et c est un art doux-amer comme d une entomologiste émue qui ne veut pas seulement les personnages, ni même seulement éclairer leurs agissements, fussent-ils minuscules, fussent-ils imperceptibles, mais qui veut aussi réussir à capter les frémissements en eux et autour d'eux, ce suspens du temps qui sera suivi d'une précipitation à l'image d'un tremblement de terre intime, cette halte avec un peu de parole avant le silence du précipice. Cela que je dis, qui apparente l'auteur à quelques quêteurs aigus de la nuance évasive dans la filiation de Proust mais aussi de la
A I

retenue enseignée par la récente objectivité inattendue et combien subtile convergence -

narrative, oui, cela que

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je dis, sur le point de terminer cette courte présentation, je constate que Paule Plouvier, au tournant de son récit, l'avait

dit:

«

ils se retrouvent l'un en face de l'autre comme deux

insectes pétrifiés par une catastrophe géologique, arrêtés dans l'élan de leur vie, la table de bistrot entre eux, les tasses à moitié pleines, car ils n'ont pas soif, ce n'est pas pour boire qu'ils se sont assis là, bien qu'ils l'aient cru, mais pour provoquer cet instant qui couvait, se préparait depuis longtemps, dès l'imperceptible fêlure causée par tel ou tel petit geste répété du quotidien, ce sac posé au ras bord de la table donnant l'impression qu'il allait tomber, ces paquets négligemment jetés dans tous les coins de l'appartement, ces objets faussement égarés... » Ce sont, aussi, objets faussement égarés que les quelques destins qui nous sont racontés ici, noués et dénoués par l'élan et par la détresse qui parlent différemment la même langue. Celle de Paule Plouvier suit le tracé de ces déchirements et de ces dérives avec la minutie archaïque et tremblée, mais décisive, d'un couteau d'obsidienne.

Salah Stétié

9

Une soirée réussie
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Il