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Soudain l'été...

De
146 pages
Armand, Delphine, se voir, se perdre, se retrouver. Le chemin de chacun des deux est une initiation et une répudiation des violences modernes. Le fil de l'histoire se déroule à la manière des romans fantastiques : des événements contradictoires se présentent ; où est la réalité et où est le roman ?
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SOUDAIN L’ÉTÉ...
Du mêmeauteur
Le sentiment d’identité,Éditions Universitaires,1987 et L’Har-mattan, Paris, 1992. Anges et Fantômes, Ombres, Toulouse, 1993. Mary Shelley, du monstre au sublime, L’Âge d’Homme, Lau-sanne, 1997. Le Présent de l’Analyse, L’Harmattan, Paris, 1998. John Milton, Le Paradis Perdu, des Ténèbres à la Lumière,L’Âge d’Homme, Lausanne, 2005. L’Aigle blessé inMilton, Rights and Liberties, II,Christophe Tournu et NeilForsyth eds, Peter Lang,Berne, 2008. Trois textes : le récit, le paysage, les sonorités – essais sur P.B. Shelley, Henry James, JosephConrad, John Milton, préface du professeur Tournu, Peter Lang,Berne, 2008.
Traductions
MaryShelley,La JeuneFille Invisible et autresContes, Ombres, PBO, Toulouse, 1994. MaryShelley,Valperga ou la vie et les aventures deCastruccio Castrancani da Lucca, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1997. P.B.Shelley,Zastrozzi et St Irvyne,postface deNicole Berry, « Petites pensées inspirées parSatan», L’Âge d’Homme, Lausanne, 1999.
En cours
Imprévisibles signes de vie dans le cabinet du psychanalyste. À Contre-jour, roman
Nicole Berry
Soudain l’été...
roman
Collection «Écritures » dirigée parDaniel Cohen
L’Harmattan 2008
© L’Harmattan, 2008 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-05110-2 EAN : 9782296051102
illeurs. Un chant venu d’ailleurs m’appelle, un cri Apeut-être, un cri soudain venu qui contourne mon cœur. Les bleutés du soir se posent sur les collines, un rayon d’or éclaire quelques minutes les deux visages pen-chés sur le livre du peintre. L’ombre emplit la maison si-lencieuse. L’écart est bref sur la presqu’île entre l’été et l’hiver ; on voit son commencement sur les ailes des mouettes revenues. Parties ailleurs, mystérieusement.Des oiseaux de nuit tournoient, invisibles, l’ombre s’insinue dans la chambre. Une insidieuse peur se dissout dans l’ardent désir d’être ailleurs.Alors je ne suis plus moi-même, je ne suis plus ni même ni moi, enfin ! Au matin, les ailes des mouettes glissent sur le vent soyeux, entre leurs cris j’entends le silence.Entre les cris il s’étend comme un voile léger et les tambours des hommes s’éloignent : je suis seule avec les oiseaux. Les contours des visages s’estompent Je ne sais déchiffrer le livre, je ne peux m’envoler dans un pays aux odeurs étranges, ail-leurs. L’ombre derrière moi ne peut attraper l’univers, elle me suit, empêchant mon envol. Arpenteur de la terre, je voudrais que se taise l’été et me laisse au silence. L’été m’a saisie comme une proie et me tient dans ses griffes. Il éveille une fureur, alors la
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chambre est rouge, entièrement. La robe de l’été je vou-drais jeter, la douleur éviter. Mais elle s’étire pour être palpée avec douceur, couvée dans une connivence ou broyée avec violence, échevelée dans la danse des visages qui font battre mon cœur. Un air lancinant me déchire. Une lueur enfin jaillit du refrain obsédant et s’étire, volup-tueuse, dans les sombres stries des nuages. La lueur est sans contours, évanescente et libre. Mais dans la chambre close le soir dit que l’ailleurs est illusoire.
Les ailes du moulin battent le silence, le vent souffle et chante sur deux notes, une quiétude s’insinue entre les herbes drues. Le monde est vaste comme une mer où ne serait jamais venu aucun bateau.Aucun vaisseau n’est en partance, je vois l’écume, j’entends le jaillissement de l’eau. Après l’éblouissement de l’été, sous le sol dur, l’hiver couvre de secrètes germinations. Je vois maintenant le contour des choses et j’entends des sons distincts, un cri d’oiseau, une feuille sèche et légère : le silence est habité, profond. Le cri porte loin l’appel.Entre les craquements du gel, dans le silence de la lande, rien dans la terre ne bouge, nue mais dure, elle n’a plus souci de rien. Le
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souffle de l’homme et le crissement de son pas sur le gra-vier se mêlent au silence. Il est dense. Un coup de fusil a rompu la tranquille atmosphère.Comme une question. Soudain j’entends une cadence. Les soldats sont en partance et les mères ont sorti leurs mouchoirs de toile. Bleus étonnés, bleus, lavés par les pleurs, les plus âgées ont une transparence. Le silence vibre avec la cloche de l’église.Alors il m’entoure de ses bras et me dit de m’asseoir enfin. Dans la chambre à côté, un léger ronronnement de moteur : je vois les hommes médusés, je ne suis pas de leur monde, doucement, je vais fermer la porte. Du sang, des tanks, des poings levés, des bras bais-sés, des hommes en masse, des blessés isolés, entassés ou bien disséminés, des jurons proférés suivi d’un silence lourd, des camions, des bastions, toute cette fièvre, toutes ces pierres tombées du lourd jardin du ciel. Ils avaient tout prévu, ils avaient même pensé aux hommes imprévus. Une voix monocorde énonce sans frémir, l’indifférent constat des violences haineuses.Et le champ de la guerre, des misères, des exodes est une muette horreur à nos yeux exposée. « Nous apprenons... nous apprenons », la voix mécanique répète sans indignation, raisonne sans intona-tion et résonne indéfiniment. «D’ores et déjà... »
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D’ores et déjà ?D’or et de jade est un pays silen-cieux où l’on rêve, bleu comme la gentiane, vert comme la forêt profonde.Dors où les geais caquettent comme les politiciens, au pays d’or troublé seulement par les conver-sations des oiseaux.D’or et de jade bleu est ce pays loin-tain, de l’autre côté de la porte qui sépare le bruitage et les simples paroles.De ces jargons tu ignores l’orgueil, les affiches et la publicité, les fichiers, les classeurs, les casiers judiciaires et l’idée d’un destin. Dors, dit le jars, je te veillerai et je t’emporterai dans mes ailes, loin, très loin dans l’air infini. Des mots, des livres et des journaux, tu lis. Les mots des journaux racontent les mots des livres et les livres disent les maux des émissions.C’est une urine noire qui coule et verse son poison, se répand dans les veines. La peine, on ne peut la dire. Les livres fermés, tu regardes le glaïeul ou bien le lourd fauteuil où, depuis longtemps, l’aïeule s’est endor-mie. Les journaux pliés, tu te laves les mains de l’encre imprimée ; dans l’eau claire tu vois tes mains blanches, blanches comme le réséda, tu sens l’odeur chaude, étran-gement pénétrante. Réséda, jasmin, magnolia, un jardin couvre tes mains adoucies pour les caresses. Tu retrouves le pays de jade, tu rêves encore, la porte s’ouvre, une