Sur la route de Kiev

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Tout ce que l'Homme a de meilleur : sa vie amoureuse, sociale, professionnelle, nous est décrit ici empesé, alourdi par cette maladie rare et peu connue qui affecte le personnage : une narcolepsie. La semaine, il vit dehors, du mieux qu'il peut. Le dimanche, dans son cloître, il s'abandonne à sa maladie. La force résolument poétique du récit, oscillant entre première et troisième personne, rend compte de ce balancement entre le dedans et le dehors, entre l'intimité avec les effets de sa maladie, et les rêves d'une vie normale.
Publié le : mardi 1 juillet 2008
Lecture(s) : 51
EAN13 : 9782336258850
Nombre de pages : 95
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SUf la foute de Kiev~ L'Harmattan, 2008
5-7, rue de l'Ecole polytechnique;75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan 1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-05733-3
EAN : 9782296057333Noël Guillard
SUf la foute de Kiev
ROMAN
L'HarmattanÉcritures
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Directeur: Daniel Cohen
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utopia. Nouvelles traduites du portugais par Joào Carlos
Vitorino Pereira. Edition bilingue, 2007.
Collectif (concours de la nouvelle George Sand), Dernières
nouvelles du Berry, 2007.
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Jean BENSIMON, Récits de l'autre rive, 2007.
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François AUGE, Lumière cachée, 2007.
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Liliane ATLAN, La bête aux cheveux blancs, 2007. Les portes, 2007.
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maladies nouvelles, 2007.
Liliane ATLAN, Les ânes porteurs de livres, 2007.
Hanania Alain AMAR, Le livre inachevé et autres textes, 2007.
Thomas KARSENTY-RICARD, Les poings serrés, 2007.Chapitre l
on plus bel amour est entré dans ma vie par la porteM du salon, un Inatin de Bretagne, avec ses deux filles
sous le bras. A une heure où le soleil promettait déjà la
marée à la cime des arbres, où la bruyère dans la pénombre
des sous-bois attendait son heure, où les vacances, elles,
prenaient le temps de s'étaler à pleines tartines, et moi, un
soin très appliqué pour penser à pleine bouche, mais
lentement, au jour qui vient.
Ces vacances-là ne devaient jamais finir. Les efforts
conjoints des marées, de la lune et du soleil, des bruyères,
des enfants eux-mêmes, les miens comme les siennes,
devaien t y veiller.
Déjà il était convenu que l'annuaire des marées
resterait toujours dans la voiture, pour le cas où... Quant à
nous, nous étions saints, nous étions sûrs: nous resterions8 SUR LA ROUTE DE KIEV
toujours ensemble, car' il n'était pas dit possible que ce
puisse être autrement. Tout homme a le pouvoir
merveilleux hérité d'enfance, de penser qu'il tient dans ses
bras, la femme de sa vie. Ainsi se disent à lui ces choses-là,
si peu raisonnées.
C'est à peine si je me retiens de mettre, parlant
d'elle, des majuscules. Le soir, sous les draps, elle avoue:
elle aime mes Depuis toujours elle en rêvait:
être enfin une majuscule dans le désir d'un homme!
. Ensemble, elle et moi avons déchiffré en quelques
années, tous les caractères, toutes les écritures, tous les
alphabets : celui de l'amour, celui du sexe, de la tendresse, de
la ferveur, celui de la fureur aussi, celui du matin câlin,
celui du soir de tous les jours, celui des dimanches sans
enfants, au lit toute la journée, celui des rires, celui des
promesses, celui des douleurs aussi, celui que parlent nos
enfants : les siennes et les miens n'ont pas le même; celui qui
écrit l'inquiétude quand l'un d'eux est malade, celui qui
partage les visites à l'hôpital, celui qui téléphone pour
rassurer, celui qui ne dit rien au-devant de son chagrin quand
meurt son père, parce qu'il ne sait pas.
De tous, celui qui nous allait le mieux, était celui
d'être ensemble.
Jusqu'à l'assassinat de mon frère.
Le raz-de-marée a tout ravagé ce soir-là de ce que
nous avions projeté sur l'écume, tracé dans le sable,
construit dans le texte. Pour la première fois nos lexiques ceSUR LA ROUTE DE KIEV 9
soir-là ne se correspondent plus. Nos livres ouverts ne le
sont plus aux mêmes index. Notre vocabulaire bousculé,
pêle-mêle s'étale devant nous. Déchirée la syntaxe, laminée
la patience, diluée l'attention. De ce soir-là, la lecture ne
nous sera plus jamais commune. Pour l'un et pour l'autre,
l'ordre des choses n'est plus le même.
Le sien est à l'urgence: celle de devoir vivre en
italique. Le mien, de devoir vivre en marge. Souffrir, à en
perdre le sommeil.
Ne plus dormir. L'accepter serait sans trop de peine
pour elle, si je n'étais si fatigué, si loin.
Quelques prédateurs guettaient depuis toujours.
Bientôt ils viendront, ses amis, qui s'avanceront l'un après
l'autre sur la grève, lui dire qu'elle mérite d'autres joies que
celles que je ne peux plus lui donner, rires que
ceux que je ne peux plus répandre, d'autres caresses sans
doute...
C'est vrai qu'elle mérite tout çà. Et plus encore.
C'est vrai aussi que la dernière chose que je puisse
lui donner à cette heure, c'est raison. Raison de chercher
ailleurs sa vie: la sienne.
La mienne déréalise.Chapitre II
epuis la mort de mon frère, j'ai perdu la capacité deD discerner le jour de la nuit, le vrai du faux, parce que
j'ai totalement perdu le sommeil, du moins le sommeil de
nuit, celui, tranquille, qui repose, répare et rassure.
Le sommeil, cet état ordinaire si simple quand il va
de soi. Depuis la grande nuit qui précède notre naissance, il
ponctue notre temps à chacune de nos nuits adultes d'un
délicieux retour, d'un merveilleux glissement où corps et
esprit à l'unisson se relâchent, et pour quelques heures
dérivent en silence dans l'obscurité, avant de nous déposer
dans la lumière remontante du petit matin. Frais comme
linge propre. Attentif et solide face au jour qui lève.
Ce sommeil-là, il y a longtemps que je ne le pratique
plus. Ce que j'en connais alors depuis quinze ans déjà, ce ne
sont plus que ses caprices de nuit, ses exigences de jour:
peu et mal dormir chaque nuit impose à chaque journée de

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