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Un hennin pour deux rois

De
284 pages
"La gloire elle-même ne saurait être pour une femme que le deuil éclatant du bonheur", a écrit Germaine de Staël en toute connaissance de cause. Excessivement jolie et intrigante, supérieurement intelligente, Antoinette de Maignelais est la parfaite illustration d'une femme ambitieuse qui, grâce aux deux souverains dont elle fut l'égérie, parvint au faîte de la gloire, et sa chute n'en fut que plus lamentable. Elle maintient sa domination en fournissant jeunes et jolies filles à Charles VII, qui lui offre châteaux et terres. Elle meurt seule et abandonnée de tous. Un hennin pour deux rois est le deuxième roman historique de Paul-Jacques Lévèque-Mingam.
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Un hennin pour deux rois
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Paul-Jacques Lévèque-Mingam Un hennin pour deux rois
L’Harmattan
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13154-5 EAN : 9782296131545
Aux Dames d’Uzage qui ne sont plus et à Celle qui reste
LE II° JOUR DE DÉCEMBRE DE L’AN DE GRÂCE MCCCCXLVIII
Montant insidieusement du cours torrentueux de l’Indre, une brume glaciale recouvre les terres marécageuses qui séparent la ville de Loches du bourg de Beaulieu, estompant comme un voile funéraire les maisons à colombage qui en bordent la rue principale. Seuls de ce linceul de brouillard, émergent le formidable donjon du Faucon Noir, et les toits hérissés de lucarnes, d’échauguettes et de cheminées du Château Royal. Chacun, bourgeois, manant, seigneur, paysan, s’est barricadé qui dans son hôtel, qui dans sa chaumière ou dans son logis. Seules les colonnes de fumée qui jaillissent droit des cheminées, répandant dans les airs une délicieuse odeur de chêne brûlé ou de soupe au lard, donnent à ce paysage glacé, un semblant de vie nocturne. Un groupe de cavaliers, suivi d’un fourgon attelé de quatre chevaux, descend de la route boueuse qui mène à Bourges. A sa tête, un tout jeune homme au visage imberbe encapuchonné de fourrure, s’engage suivi de ses compagnons dans la ruelle du Puy-Mourier, et fait halte devant un logis aux allures de manoir dont l’entrée en forme d’arc brisé est trop basse pour laisser passer un homme à cheval. Le plus âgé d’entre eux, l’aide avec déférence à mettre pied à terre, tandis que la petite troupe et le fourgon s’engagent sous la voûte d’un bâtiment de servitude, Au-dessus de l’entrée, une fenêtre à meneau cruciforme surplombe un panneau de pierre rectangulaire timbré d’armoiries que l’obscurité rend à peine lisibles. S’agit-il de fleurs de lis ou d’une sorte d’arbuste ? Il semble, tant la pierre en est tendre et blanche, qu’elles viennent d’être ajoutées là, afin de conférer au logis une allure de maison forte et signaler au passant que ces lieux appartiennent à un noble personnage. — Restez assise, ma Mère. Vous paraissez encore épuisée après un aussi long voyage. Quand êtes-vous arrivées ici, et toi, Antoinette ma cousine, comme tu as changé ! Ne m’en veuillez pas de ne pas vous avoir accueillies, dans ce modeste logis, mais le Roi m’a envoyée à Bourges la semaine dernière, et comme je ne connaissais pas le jour exact de votre arrivée, j’ai pensé revenir à Beaulieu la première. Tant pis, cela vous aura donné le temps de vous installer et de découvrir mes trois filles. Depuis la naissance de Jeanne, j’ai l’impression de devenir chèvre, car mon service auprès de la Reine, et les missions dont me charge le Roi, accaparent tout mon temps. Et encore, j’ai la chance de ne pas être logée à leur côté, dans ce château que vous avez dû apercevoir de loin en arrivant ici. Maintenant, il faut que je vous quitte pour troquer ces habits d’homme contre une pelisse chaude et confortable. Je sais, j’ai vu de la
réprobation dans votre regard, ma Mère, lorsque je suis entrée dans cette pièce. D’ailleurs, je ne vous ai même pas embrassée, mais il faut que vous sachiez que je n’aime guère ces effusions familiales. Bien que je sois devenue l’un des plus importants personnages du royaume, j’ai appris à dissimuler mes sentiments. Cet accoutrement qui vous a choquée, est beaucoup plus pratique et confortable lorsque je voyage de par les routes peu sûres du royaume, même escortée de gens d’armes. De plus, chaque fois que je me rends en Berry, Charles me demande de lui ramener les fonds dont il a besoin, afin de renflouer les finances royales, et pour me témoigner sa gratitude, mon grand ami Jacques Cœur remplit mes malles d’étoffes, de bijoux et de fourrures. Je vous montrerai cela demain. Demandez que le dîner nous soit servi céans devant la cheminée. Vous répondrez à mes questions lorsque je reviendrai. Et Agnès Sorel disparaît dans l’escalier en vis de pierre qui permet d’accéder au premier étage du manoir. Antoinette et sa tante Catherine de Maignelais, la propre mère d’Agnès, étaient arrivées la veille de Picardie, après quinze jours d’un voyage épuisant. Elles avaient été escortées par François de Montbron, seigneur de Mortagne et favori de Charles VII, qu’Agnès leur avait dépêché un mois plus tôt, leur enjoignant de la part du Roi, de se rendre à Beaulieu, où elles habiteraient dans la jolie maison qu’il lui avait fait aménager. Elle s’était bien gardée de leur écrire qu’elle comptait sur sa mère et sa cousine pour élever ses trois filles. Les deux femmes, trop heureuses de quitter cette Picardie ravagée par un demi-siècle de guerre, avaient accepté d’emblée. Plus rien ne les y retenait : Jean II dit Tristan de Maignelais, le père d’Antoinette était mort à présent ainsi que Marie de Jouy, son épouse, la laissant orpheline sous la protection de sa tante paternelle Catherine de Maignelais, la mère d’Agnès. Quant à Jean Soreau, sieur de Coudun, son père, lui aussi avait disparu. Elles croyaient toutes les deux dans leur naïveté, qu’Agnès les avait mandées pour profiter avec elle des fastes de la vie de cour, loin d’imaginer qu’elles seraient ravalées au rang de nourrice sèche et de gouvernante des bâtardes royales. — Je regrette, ma chère fille, que vous ne puissiez nous accorder davantage de votre temps, mais j’imagine votre fatigue après ce long trajet et vous laisse vous changer. Antoinette et moi allons faire de même de notre côté, et nous nous retrouverons tout à l’heure pour le souper. Une heure après, les trois femmes se retrouvent dans la grande salle du manoir, où une servante a dressé des tréteaux et des planches qu’elle a recouverts d’une nappe, en guise de table, sachant que sa maîtresse refuse de prendre ses repas dans la cuisine en présence de ses serviteurs. Quelques meubles de chêne sculpté sont alignés le long des murs. Le plus imposant est une cathèdre dont le haut dossier est orné d’un écusson semé de fleurs de lis, accosté de cerfs ailés. On devine sur-le-champ que le Roi lui-même a fait transporter ici ces pièces du mobilier royal, afin d’agrémenter l’ordinaire de sa maîtresse. De même, sur le grand mur aveugle perpendiculaire à la cheminée, est accrochée une somptueuse tapisserie qui en réchauffe la pierre apparente :
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sur une pelouse semée de lis, les armes royales sont entourées d’une palissade sur laquelle grimpent deux rosiers ; sur les deux phylactères, on peut déchiffrer l’inscription « Ci sont les armes de hault prix et de grande excellence du très haut Roy de France Charles septième de ce nom ». Le tout se détache sur un fond de gueules semé de soleils d’or et confère à la pièce, dont tous les sièges, et même le banc situé perpendiculairement à la cheminée, sont garnis de carreaux de tapisserie brodés de mille fleurs, un air de somptuosité inhabituel dans une aussi rustique demeure, mais digne ainsi du séjour d’une maîtresse royale. Loin au fond, une vieille femme vêtue de noir, s’est installée avec sa quenouille, ses fuseaux, ses fusées, son dévidoir, vertoiles et tourets. — Ramasse tes agoubilles et va te coucher. Ma mère, ma cousine et moi avons des choses importantes à nous dire, et je n’ai aucune envie que tu ailles ensuite caqueter à la cuisine. Et la pauvre vieille, qui était venue là se réchauffer et profiter de la lumière répandue par les nombreuses torchères accrochées au mur, se lève avec peine et s’enfuit en clopinant avec tout son attirail. Sur la table improvisée, on a disposé des écuelles en argent, car on est ici chez la favorite du Roi qui se doit d’honorer son Seigneur lorsqu’il lui rend visite. Les serviteurs eux, se contentent à la cuisine d’une boule de pain coupée en deux, évidée de sa mie ; ce « tranchoir » est en général partagé entre un homme et une femme assis côte à côte. On les appelle alors « compains », d’où le mot « compagnie ». Des fourchettes à deux dents permettent aux convives des tables raffinées, de goûter aux plats disposés sur la table sans avoir à s’essuyer les doigts aux bords de la nappe. Lorsque Agnès revient dans la grande salle, vêtue d’une ample robe de laine dont les bords sont ourlés de zibeline, ses cheveux d’un blond cendré, épars sur ses épaules et lui descendant dans le dos jusqu’à la taille, elle se place à la haute table, laissant au maître d’hôtel qui se tient impassible debout à sa droite, le soin de « toucher » les plats avant de se servir elle-même. Elle a trop d’ennemis à la cour, de la Reine au Dauphin, pour ne pas prendre le risque de goûter un plat la première, de peur d’être empoisonnée. Puis c’est au tour de sa mère de se servir. Ce soir-là, elle avait fait préparer, sachant que sa fille serait affamée après de longues heures de chevauchée à travers le Berry et la Touraine, un premier service composé d’un poulet aux herbes, accompagné d’un brouet au verjus et à la volaille ; le deuxième service devait présenter un poisson à la galantine garni d’une sauce blanche, le troisième un pâté de vache et de feuilles de chou cuites au vin blanc. Pour l’issue, un potage appelé gelée et des épices confites.
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— Il est temps à présent, ma Mère, que vous me racontiez par le menu quelle a été votre vie en Picardie depuis mon départ lorsque j’avais treize ans. Pour vous délier la langue, buvez de ce vin que le Roi fait livrer de Bourgueil à mon intention.
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— Point n’est besoin ma fille, de ce breuvage, pour que je m’exprime. Mais sachez qu’il s’agit pour moi de regrets trop amers pour que je puisse les évoquer sans larmes. La mort de votre père, la ruine de notre hôtel de Coudun et la destruction de notre manoir de Froitmantel où vous naquîtes, sont trop de souvenirs cruels à ma mémoire. Aussi, pour vous éviter le spectacle de mes pleurs, car vous me paraissez bien insensible, vais-je laisser à Antoinette, votre cousine, le soin de parler à ma place. — Bien des malheurs nous ont atteintes depuis ton départ, et… — Par la mort Dieu, Antoinette, personne ne me tutoie ici, et tu ne seras certes pas la première. J’exige que tu me voussoies selon l’honneur dû à mon rang. — Mais tu, je veux dire vous, me tutoyez ! — C’est normal, car tu es à mon service. Tu n’imagines quand même pas que je t’ai conviée à venir ici pour faire le joli cœur. Maintenant, commence ton récit ! — Antoinette, ma chère nièce, ne te fais pas prier. Tu m’as dit toi-même que ton père t’a souventes fois commenté les malheurs de notre terre picarde, depuis que la défaite de Crécy, en 1346, a obligé le Roi à l’abandonner aux Anglais. Je te laisse le soin de continuer. — Hé ! bien, puisqu’il le faut, voici ma cousine, ce que j’ai retenu des leçons de mon père : la domination anglaise a mis notre pays à feu et à sang, si bien que d’une terre riche et fertile, ils ont fait une contrée dévastée dont les châteaux, les fermes, les monastères, les villages, ont été rasés, pillés, brûlés. Nos amis, nos proches parents, nos serfs ont été massacrés, leurs filles et leurs femmes violées par ces sauvages. Lorsqu’il y a quinze ans, vous êtes partie pour la Lorraine et que fût signé le traité d’Arras, nous eûmes l’espoir d’une accalmie quand les Anglais cédèrent notre pays aux Bourguignons. — Je t’interromps, Antoinette, pour rappeler à Agnès que c’est à ce moment précis que son père et moi, nous avons pris la décision de l’envoyer à la cour de Lorraine. Je m’y suis tout d’abord farouchement opposée, mais c’était le seul moyen, ma fille, de vous donner une chance de survivre à l’horreur que nous vivions alors ; nous savions qu’en devenant suivante d’Isabelle de Lorraine, votre vie serait plus facile, plus agréable, et que vous auriez peut-être la chance de trouver un mari digne de l’intelligence et de la beauté que nous pressentions déjà en vous. D’ailleurs, le résultat est probant, vous avez fait à la Cour de Lorraine, puis à celle du Roi René, enfin auprès de Charles VII, un cheminement digne de nous et de votre naissance. Je m’étais moi-même en épousant votre père, mariée en dessous de ma condition, car les Maignelais sont de bien meilleure et plus ancienne souche que les Soreau, malgré le titre de Seigneur de Saint Géran que s’est octroyé votre père. Mais voici que grâce à vous, notre nom est devenu célèbre et que nos armes parlantes ornent la vaisselle d’argent dans laquelle le Roi prend ses repas. J’ajoute, car je sais qu’Antoinette a toujours été jalouse de sa cousine, et a reproché à ses parents de ne pas avoir su se séparer d’elle pour lui assurer un brillant avenir,
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