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Une deuxième vie

De
104 pages

A peine sortie de l'adolescence, Maguelonne a été confrontée à une terrible épreuve qui a complètement bouleversé sa vie. Bien plus tard, l'arrivée d'un homme dans sa vie va tout remettre en question. Peut-elle oublier le passé et vivre une nouvelle vie?

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Ajouté le : 01 février 2012
Lecture(s) : 76
EAN13 : 9782296480995
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UNE DEUXIÈME VIE
© L’Harmattan, 20125-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55968-4 EAN : 9782296559684
Rose Péquignot
UNE DEUXIÈME VIE
Du même auteur aux Éditions L’Harmattan Dans la même collection Oriane, 2011Juliette, mon amour, 2010L’aventure autrichienne, 2010Myrto et les hommes,2009Le poison du doute,2009Les demoiselles de la maison des loups,2008Le démon du soir,2007L’oubli … peut-être ?,2006Nina, la nièce du curé,2006La croisière,2004Dans la collection « Graveurs de mémoire » Nous étions heureux,2004 Dans la collection « Contes des quatre vents » Abou et le léopard,2009La merveilleuse histoire de la petite Hou, 2006
CHAPITRE 1
La voix s’élevait harmonieuse et un peu chantante et le notaire bien qu’il y fût habitué ne pouvait s’empêcher d’être charmé par le timbre à la fois grave et pur qui résonnait dans la pièce bien close contre la chaleur du dehors. Car nous étions en pays d’Arles à la fin du mois de Juin. La voix reprenait insistante : Comment voulez-vous que je règle une telle facture ? Je n’ai pratiquement plus rien sur mon compte en banque et mon salaire me suffit juste pour vivre. Maître Arnoux hocha la tête : Ma chère enfant, il faut vendre. Vendre la villa Notre-Dame ! Vous n’y pensez pas ! Savez-vous que ma famille l’habite depuis plus de deux siècles ! Même la révolution de 89 n’a pu nous en chasser et vous croyez que ce
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maître tuilier avec ses factures exorbitantes va avoir raison de moi ! L’indignation faisait rougir le beau visage d’une jeune femme installée en face du notaire. C’était une jeune fille de 26-28 ans, grande, élancée, avec des rondeurs juste là où il le fallait, sobrement vêtue d’un tailleur de toile blanche. La peau sans défaut était dorée avec des reflets roses sur les joues. Les yeux verts ressortaient dans ce hâle d’une manière magique. De longs cils très noirs accentuaient l’étrangeté du regard : ce regard si clair dans ce visage de brune, car les cheveux étaient bruns avec toutefois des mèches plus dorées dues au soleil. Derechef le notaire hocha la tête et soupira : Votre père a été bien imprudent dans ses spéculations, il n’a pas voulu écouter mes mises en garde et vous a laissée presque sans rien. Et, bien sûr, on ne pouvait pas réparer ce toit vénérable avec des tuiles moulées en usine ! Seules des tuiles faites à la main pouvaient convenir, mais 20 000 euros, c’est quand même une somme. Il réfléchit un instant. Dans le silence de la pièce on entendait très distinctement le tic-tac d’une pendule. Maguelone rêvait à un miracle. Comment se procurer cette somme et celle qu’il faudrait encore ? Les volets devaient être repeints, certaines boiseries du salon avaient besoin d’être restaurées, sans parler des chauffe-eau à changer, des rideaux à
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remplacer un peu partout. A son tour, elle soupira et dit comme pour elle-même : Cette maison est un gouffre ! Je ne vous le fais pas dire ! Croyez-moi il faut vendre puisque l’occasion se présente. Oui, admit-elle, mais où irai-je ? Je ne peux vivre ailleurs. Et puis cela me brise le cœur de voir un étranger, peut-être vulgaire et mal élevé, dans la maison de ma famille. Des larmes vite refoulées, perlaient sous ses paupières et Maître Arnoux fut ému. Mais son devoir était de conseiller la vente avant qu’il ne soit trop tard, avant que la maison ne soit que ruines et sa cliente endettée jusqu’aux yeux. Dans un murmure la jeune femme reprit : Parlez-moi de cet acheteur. Eh bien, c’est un italien d’excellente famille qui cherche un endroit tranquille pour peindre. Il veut quitter momentanément l’Italie et a vu votre bastide en passant. Il en est tombé amoureux et il est entré en contact avec moi pour savoir s’il pouvait l’acquérir. Il laissa passer une minute et ajouta : Il paie comptant ; il a de l’argent frais après avoir vendu son appartement de Rome. Quelle sorte d’homme est-ce ? Oh ! C’est un homme entre deux âges, m’a-t-il semblé, mais il portait des lunettes noires et je n’ai pu juger exactement. Il était vêtu d’un jean et d’un polo mais cela ne veut rien dire ! Vous savez les
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artistes ! En tout cas il avait une Cadillac devant ma porte. Déjà la jeune femme fléchissait mais elle détestait d’emblée l’intrus qui la chasserait de chez elle. Où irai-je, répéta-t-elle, je ne peux habiter Arles, c’est trop loin de mon travail et rester au village, je n’en aurai pas le courage. Je ne veux pas de la pitié des gens, même s’ils m’aiment bien. Eh bien, je pense que vous pourriez garder le pavillon avec un peu de jardin autour. Je crois que je peux arranger cela avec cet Italien. Il sera difficile de clôturer et surtout cela défigurerait le jardin mais une bordure de pierres sèches suffirait. Rêveuse, la jeune fille fixait un tableau sans le voir, elle dit à mi-voix comme pour elle-même : Le pavillon, oui ce serait une solution. Je vais y réfléchir mais vous pouvez traiter avec ce monsieur. En attendant je vais régler cette facture et vous pouvez puiser dans ma bourse pour votre nouvelle installation. Émue par cette bonté, Maguelone tendit ses deux mains à Maître Arnoux et prit congé. Dehors la chaleur tomba sur elle comme une chape mais la jeune femme aimait cela et ce fut d’un pas rapide qu’elle regagna sa voiture, soigneusement rangée à l’ombre des grands platanes qui bordaient la petite place. Elle avait peur d’être en retard pour son cours de gymnastique.
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