Vivaldi

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Venise, printemps 1709 : la ville bruisse de toutes ses rumeurs musicales. Une petite fille de six ans, Camille, vient d'être recueillie à la Pietà, institution charitable, où l'on enseigne aux orphelines la musique et le chant. Très vite, ses talents de violoncelliste lui permettent d'entrer dans cette élite anonyme des musiciennes de la Pietà. Elève d'Antonio Vivaldi, avec qui elle tisse une amitié filiale, elle porte témoignage dans son journal, des fêtes solennelles et des petits bonheurs du jour, de ce qui reste quand s'évanouit l'or des faux-semblants.
Publié le : mardi 1 octobre 2013
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EAN13 : 9782336326689
Nombre de pages : 242
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Roger Baillet
VIVALDI OU L’ÉVANESCENCE DE L’ÊTRE Roman
collection Amarante
©L’Harmattan,20135Ȭ7,ruedel’Ecolepolytechnique,75005Parishttp://www.harmattan.frdiffusion.harmattan@wanadoo.frharmattan1@wanadoo.frISBN:978Ȭ2Ȭ343Ȭ00985Ȭ8EAN:9782343009858
VIVALDI ou L'évanescence de l'être
AmaranteCettecollectionestconsacréeauxtextesdecréationlittérairecontemporainefrancophone.Elleaccueillelesœuvresdefiction(romansetrecueilsdenouvelles)ainsiquedesessaislittérairesetquelquesrécitsintimistes.Lalistedesparutions,avecunecourteprésentationducontenudesouvrages,peutêtreconsultéesurlesitewww.harmattan.fr
Roger Baillet
VIVALDI ou L'évanescence de l'être
L’Harmattan
Dans la pièce obscure aux volets fermés s’infiltrent des rais de lumière où palpite la vie dans une danse de poussière. Dehors, les hirondelles de juillet lancent leurs cris suraigus de victoire. Dedans, la mort est là, simple et tranquille. Couchée sur un grand lit, dans une longue robe de pourpre écarlate. La pièce est simple, presque austère. Un intérieur banal de bourgeoisie modeste. À chaque bord du lit, deux femmes à genoux prient en silence. Une troisième, assise un peu plus loin, un chapelet à la main, semble somnoler. Juillet 1741. Antonio Lucio Vivaldi vient de mourir, à Vienne, à l’âge de 63 ans. Aucune annonce officielle, même pas à Venise, de la disparition d’un des plus grands musi-ciens de ce siècle, dont les œuvres ont pourtant été au som-met des saisons musicales de l’Europe. Disparu comme par enchantement de la scène internationale. Il faudra attendre les recherches patientes de quelques érudits de notre siècle, pour découvrir de minuscules documents d’archives fai-sant savoir, à Vienne, qu’il a été enterré dans la fosse com-mune des anonymes, avec, pour tout accompagnement charitable, la "petite sonnerie" réservée aux indigents, et, à Venise, que les scellés ont été apposés sur sa maison ; seule
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preuve officielle que sa mort était connue. On ne sait pas, ou à peine, pourquoi il en était parti, et ce qu’il était venu chercher dans la capitale autrichienne. Heureusement, le passé a laissé des traces écrites, et c’est vers elles que je me dirige: j’ai rendez-vous avec le conservateur des archives de ces institutions vénitiennes où la musique s’est épanouie dans un miracle qui a duré plus de deux siècles. La Pietà est la plus célèbre, mais il y en avait trois autres. La plus imposante est encore facile à visiter, puisque c’est l’actuel hôpital de Venise, campo San Polo, placé sous la protection hautaine de la statue équestre duColleone. L’ospedaletto, où je me rends, est d’apparence plus modeste. Une fois passée la porte en verre coulissante de l’entrée, si bizarrement moderne, je me trouve dans le hall d’entrée d’un hospice de vieillards. De longs couloirs aux perpendiculaires labyrinthiques révèlent une profon-deur que l’extérieur ne laissait pas deviner. Tout est propre, mais triste. N’était-ce pas déjà un peu comme ça, au XVIIIème siècle? Cela s’appelaitOspedale dei derelitti. Une institution charitable pour accueillir les "délaissés". Mendiants, vieillards, malades. On y soignait la lèpre, la teigne, la syphilis. Mais on y recueillait aussi les orphe-lines. C’est même d’abord pour elles que furent créés ces hospices, à la fin du XVIème. Uniquement pour les filles, toujours plus menacées, dans ces sociétés gouvernées par les hommes. Lesputtecomme les appelaient avec tendresse les Vénitiens. Le féminin d’un mot connu pour désigner les amours ailés des fresques grecques et latines, dont les Italiens surent faire, avec la Renaissance, des anges musi-ciens…Putte: le mot sonne mal en français. Dommage.
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Déjà que les mauvaises langues, au siècle de Casanova, ne se gênaient pas pour médire sur ces pauvres filles et leurs protecteurs. Des anges au féminin. Une musique et des voix d’anges. On les recueillait à 5 ou 6 ans ; toutes appre-naient à lire et à écrire. Pour les pluscommunes: des tra-vaux manuels. Un métier. Pour les plus douées: la mu-sique. Je me suis un peu perdu, et je me retrouve dans une grande cour rectangulaire, enfermée par des façades hautes et un peu austères. Mais le soleil vient étonnam-ment scintiller sur une immense toile d’araignée dont les fils dansent entre quatre statues dont la pierre s’effrite au rythme des saisons… Hypnose de lumière où je m’oublie, dans un temps suspendu par la perception d’une absence pleine d’un sens mystérieux. "Venga ! Venga ! Professore !" : du haut du balustre d’un escalier aussi élégant que la fameuseScala del Bovolo, mon hôte m’appelle et m’accueille. Avec cette gentillesse cor-diale que savent pratiquer les Italiens, il me fait tout voir, il m’explique : "La création de ces hospices était une initia-tive laïque, et l’administration l’est toujours restée, même si des accords ont été passés avec des congrégations reli-gieuses, pour l’éducation des filles. Ici, pas de bonnes sœurs, pas de moines. Rien que des laïcs. C’est l’Etat véni-tien qui subventionne et contrôle. Bien sûr, la religion est omniprésente et domine tout. C’est ce curieux accord, si ca-ractéristique de Venise, entre une religion d’Etat et un Etat indépendant des religieux. Surtout de Rome. Ici vous êtes dans la cour desputte. Leurs dortoirs, leurs salles d’études étaient à l’étage. Mais un administrateur a pensé que ces filles avaient besoin de bouger, de courir. Il a fait faire cette
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