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Silences

De
70 pages
Les mots sont impuissants et gouvernent le monde. Nous les suivons des yeux quand parfois ils s'envolent, Et nos yeux s'illusionnent de quelques battements d'ailes Qui ne font que décrire en de savantes courbes La froide solitude, éternelle et tranquille, D'une ombre qui explore un désert en plein ciel. Une écriture et un univers ascétique pour un recueil, signé B. Giusti, qui donne à lire la solitude et le désenchantement, la cruelle lucidité et l'isolement du poète. Œuvre exigeante, où le vers peut se faire tour à tour ample et acéré, délié ou fragmentaire, "Silences" est de ces opus crépusculaires qui offrent un regard sans concession, terrible, sur l'existence et le monde.
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Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0119595.000.R.P.2014.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2014
à Pascale Cherrier
Préface L’écriture se situe au point de rupture, au point de déséquili-bre où tout sans cesse se transforme en son contraire; tout est insaisissable et le négatif de soi-même, tout est absence, silence et néant.Silencesest une œuvre de déconstruction permanente d’un univers désincarné dont il ne subsiste que les reflets dans la pensée, des images confuses et trop nombreuses qui engor-gent et se dilapident en mille brisures, mille morcellements d’un passé agressif, violent et indifférent qui paralyse la présence. L’écriture s’épuise dans un effort inutile pour dire cette “vague rumeur d’un monde obscur” et souvent hostile parce que la mémoire s’est vidée par le trop plein et que l’oubli est cepen-dant impossible. Les mots qui cherchent à matérialiser le monde sont impuissants et traduisent une amnésie causée par un excès de souvenirs. Rien ne passe la conscience, rien n’existe hors d’elle. Le monde, après s’être éreinté dans un jeu de miroirs avec la conscience, se vide comme un maelström, et cet écou-lement incessant se pétrifie dans la parole vaine, la brume des pensées. Traces, traces légères qui s’effacent dans la fuite du temps, fuite à la fois subie et voulue, fuite qui glace le poète et le fige dans l’absence terrifiante et refuge, la froidure mortelle (où l’on assiste à son propre enterrement comme une masca-rade, un rituel vidé de son sens), la solitude inquiétante et vitale et le dénudement. Le thème de la nudité, du dépouillement, est récurrent (lambeaux, guenilles, mains vides…) ; nudité qui elle-même s’estompe. L’élément liquide est le signe souvent de cet évanouissement et de cet écœurement perpétuels. Tout n’est qu’esquif qui ne parvient pas à s’ancrer, les rivages se fragili-sent au contact de la mer et l’exorcisation du monde vient s’échouer “sur le sable des tempes”. Du feu il ne reste que des cendres, de l’eau il reste le tarissement ou la seule rumeur de la terre demeure le sable mouvant. Le poète s’efforce de réinvestir son désir, de clamer sa volonté de saisir, de modeler avec un
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peu d’eau et de sable, mais tout surgissement n’est qu’étincelle fugitive, éblouissement fugace, aveuglement plein d’ombres, embrasement aussitôt consumé, tout est fantomatique et la vie fuit, fuit et s’écoule en pure perte. Le monde tant désiré est vide et terne : les murs sont gris, les rues sont désertes, l’autre a disparu ; les mots labourent la lan-gue comme des silex, cassent la voix et la main qui s’épuise à en retrouver la musique, la beauté, et l’harmonie est comme une griffe tétanisée au-dessus de la page blafarde. Le poète en sort exsangue à force d’épuisement dans le rêve saturé. L’idéal est nausée, stérilité et immobilisme (“mon rêve est de marbre / plus pesant que la mort”). Le rêve s’accomplit dans l’extase contem-plative, la fascination se fait sortilège et l’humilité absolue a pétrifié le poète jusqu’à la moelle épinière. Le poète est dépos-sédé de tout, du monde, de la vie, de lui-même; son sang n’étanche plus sa soif, son visage a pris la rigidité du masque, les mots ne fixent que le vide. Son silence bavard arrête le temps et le poète, impuissant à désirer, tourne inlassablement sur lui-même, dans la clôture d’une ronde enivrante et vaine, manège éternel qui engourdit et hypnotise. Il se laisse bercer par le scintillement illusoire des étoiles déjà éteintes, illusion fatale, sommeil léthargique où “le temps effleure sans jamais meur-trir”, fausse éternité. Des cendres de l’écriture, le poète renaît ; il fallait faire table rase pour retrouver la pureté de l’émergence de tout ce qui est en dehors de sa conscience. Chaque poème devient alors une esquisse, une épure; des lignes s’ébauchent, se tissent, s’entrecroisent. Le silence imposé fait ressurgir l’écho lointain d’un monde inconnu et si familier, la parole contenue apporte enfin la délivrance. De la prison qu’étaient l’infini sans horizon et l’indéfini sans nom, le poète émerge enfin, tout ivre et vacil-lant de ces vertiges des contraires qui le faisaient trembler de froid au cœur du brasier. “Le malheur a deux faces: il isole et libère”. Que reste-t-il au bout du compte, à force d’éreintement et d’humilité ? Il reste la pudeur, le don de soi dans la souffrance, un silence peuplé, au-delà du cri étouffé, il reste des mots extraits de leur gangue rigide auxquels le poète a redonné la pureté originelle, il reste un sourire qui s’ébauche avec maladresse, une lueur de ten-dresse qui vacille, l’envol encore fragile, une ombre douce et
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