Le Vivarium

De
Dans un hôtel de l'au-delà, un transit par lequel passent tous les êtres humains pendant des milliers et des milliers d'années avant de disparaître définitivement, deux catégories distinctes de personnages tuent le temps. Ceux dont le passé est irréprochable se voient allouer par la Haute Autorité un studio tout confort avec en prime un « serviteur-esclave » qui a malheureusement quelque peu déraillé lors de son passage sur notre terre. C'est la récompense pour les uns et la pénitence pour les autres : l'enfer et le paradis qui auraient été contraints de fusionner par manque de locaux. Dans cette société apparemment puissante, bien structurée et totalement aseptisée, une grève sans précédent des serviteurs et l'arrivée d'une inconnue viennent radicalement troubler la tranquillité et la sécurité de tout le système... une fêlure dans cette blancheur ! Mais quelle fêlure ?
Publié le : mercredi 2 avril 2014
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EAN13 : 9791022101608
Nombre de pages : 24
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Marcel Moratal
Le Vivarium
© Presses Électroniques de France, 2014
Personnages
Germain : Un homme moyen, ni trop jeune ni trop vieux. Il peut se situer entre 25 et 75 ans, porte un costume blanc 1900 sous une couverture blanche.
L'Inconnue : Jeune, belle, entre 25 et 30 ans. Elle est vêtue d'un tailleur rouge style 1900 aussi, serré à la taille. Elle tient un grand sac de voyage.
Victor : Entre 35 et 40 ans. Il est vêtu d'une tenue de travail noire.
Décor
Il ne s'agit ni d'une chambre, ni d'une salle à manger, mais peut-être d'un lieu réunissant les deux. Le mobilier 1900 (armoire, table, lit, etc.) peint entièrement en blanc, est réuni au milieu de la scène.
De chaque côté de celle-ci est posé un énorme chandelier dont les bougies sont presques consumées. Deux autres, plus petits, dans le même état, sur la table et la cheminée. Cette dernière n'a pas été alimentée depuis quelques jours. Autour, rien. Pas de murs, pas de rideaux, que la nudité obscure de l'espace.
On entend une musique. Les Gnossiennes d'Erik Satie. La scène baigne dans l'obscurité puis peu à peu une lumière douce éclaire le décor. Germain est à table, somnolant. La musique diminue progressivement jusqu'à l'arrêt total. Une clochette tinte en coulisse, côté cour. Après plusieurs coups, Germain se réveille.
Le Vivarium
Germain C'est vous Victor ?
(Personne ne répond) Victor, c'est vous ? Eh bien entrez !
Temps. Une jeune femme apparaît un sac de voyage à la main. Elle reste plantée, silencieuse. Germain, assis trois-quart dos, ne l'a pas encore vue.
L'Inconnue Bonsoir.
Germain (Se retournant, surpris par la voix de l'Inconnue) Bonsoir. Qui êtes-vous ?
L'Inconnue Pardon, je me suis trompée de porte. Je viens d'arriver.
Germain (Il se lève) Je vous en prie, entrez.
(Elle ne bouge pas) Vous êtes une nouvelle ?
L'Inconnue Oui. Avec cette obscurité on ne voit presque rien.
Germain Les becs de gaz sont éteints depuis quelque temps. Attendez.
(Il va chercher un brigadier sous le lit, puis tape plusieurs coups sur le plancher. L'Inconnue le regarde, intriguée) Victor ! Victor ! Mais qu'est-ce qu'il fait, où est-il passé ? Il connaît bien le secteur, je lui aurais demandé de vous accompagner. Il va revenir. Vous pouvez l'attendre ici si vous le voulez.
L'Inconnue C'est à dire que…
Germain Je comprends, vous êtes pressée, tout le monde est pressé en arrivant ici. On a envie de s'installer tout de suite, savoir si ce qu'on a imaginé correspond bien à la réalité. On en dit tellement du bien qu'on ne tient plus. On est impatient. Il serait plus sage d'attendre Victor chez moi, dans cette pénombre vous risqueriez de vous perdre. Regardez cette pièce, approchez, regardez.
(L'Inconnue avance d'un pas et regarde autour d'elle. Temps) Confortable n'est-ce pas ? Une table, un lit, une cheminée, des bougeoirs… tout le confort quoi. Je sais, vous tombez mal, d'ordinaire le studio a un aspect plus gai. C'est Victor qui est chargé de tout ça.
L'Inconnue
C'est lui que vous appeliez ?
Germain Oui, je ne sais pas où il est passé.
L'Inconnue Il vous a abandonné.
Germain Il reviendra. Il a du travail. C'est quelqu'un de très assidu. C'est impossible qu'il ne revienne pas. Il s'agit probablement d'un petit incident. Un petit retard, rien de plus. Le système est sûr. Peut-être même que ce petit retard est tout à fait normal.
L'Inconnue Vous êtes indulgent.
Germain Non. J'ai tout simplement la conviction que tout ce qui se passe ici, ou ne se passe pas, est fait dans le but de nous rendre la vie la plus agréable possible. Tout ce qui peut nous paraître dans l'immédiat comme un désavantage, devient avec le temps un avantage supplémentaire. Ce retard de Victor ne m'inquiète pas. Il a sans doute été retenu par la Direction pour de nouvelles consignes afin d'améliorer ses services, voilà tout. Donnez-moi votre sac, vous serez plus à l'aise.
L'Inconnue (Au moment où Germain lui prend le sac) Faites attention c'est très fragile, j'y tiens beaucoup.
Germain (Il s'arrête dans son geste, regarde l'Inconnue, prend le sac et va le déposer délicatement sur le lit) Voilà, là ça ne risque rien.
(Puis il range le brigadier) J'étais justement à table, vous devez avoir un petit creux ?
L'Inconnue Ne vous dérangez pas.
Germain Après un tel voyage on a tous un petit creux. Moi aussi j'ai eu un petit creux.
(Il se dirige vers l'armoire et sort une deuxième couverture) Je m'excuse de vous recevoir dans cette tenue, il fait si froid dans cette pièce.
(Une étiquette est accrochée à la couverture. Visiblement cette dernière n'a jamais servi. Germain lit à haute voix) Note : bien que la température des studios soit maintenue individuellement par les cheminées dans une moyenne jugée convenable, il est mis à la disposition de chaque usager, par mesure de sécurité et de confort, une couverture supplémentaire. La Direction.
(Il déplie la couverture et couvre le dos de l'Inconnue) Permettez, vous devez avoir froid.
L'Inconnue (Gênée par l'attention que lui porte Germain, elle s'assoit à l'autre extrémité de la table)
Merci. Tout est prévu.
Germain Tout. Absolument tout. Les haricots, vous aimez ? Malheureusement, ils sont froids aussi.
Il met un couvert de plus.
L'Inconnue C'est Victor qui fait la cuisine ?
Germain Oui, dessous. (Il sert l'Inconnue, lui remplit un verre de vin) Vous aurez le vôtre aussi.
L'Inconnue Le mien ?
Germain Oui, le vôtre. Un serviteur comme Victor.
L'Inconnue Ils font tout ici.
Germain Tout. La cuisine, la vaisselle, le ménage, les becs de gaz.
(Il va chercher sa pipe sur la cheminée. Elle, écœurée, repousse son assiette) Vous ne mangez plus ?
L'Inconnue Je n'ai plus faim. Merci.
[...]
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