UN ALLER SIMPLE POUR MOSCOU (En cours)

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UN ALLER SIMPLE POUR MOSCOU Par DEWAEST Romain 28 AOUT 2017 [Nom de chapitre] « Katya, je t’en prie, ne pleure pas. J’aimerais que tu n’aies pas à lire ces lignes, j’aimerais pouvoir t’écrire une simple lettre, une lettre qui t’aurait donné le sourire à l’idée de bientôt me revoir. J’ai échoué. J’ai tenté de respecter ma promesse, je t’ai cherché partout, le jour comme la nuit, je suis venu à Yaroslavl pour pouvoir te serrer dans mes bras, mais tu étais déjà partie. Je suis tellement désolé. J’aurais dû être plus rapide. Je n’aurais pas dû m’arrêter, je n’aurais pas dû t’abandonner. Katya, Je t’aime tellement. » Romain déposa son stylo, la main tremblante. Ses yeux parcouraient la feuille comme pour s’assurer qu’il n’y manquait rien, et une larme roula le long de sa joue pour venir marquer le papier d’une légère auréole. Romain savait la lettre incomplète, imparfaite, et regrettait amèrement son inspiration passée. S’il n’était âgé que d’une trentaine d’années, son visage affichait déjà les traits d’un vieil homme, sculpté par les épreuves que la vie lui avait infligées. En dix années, il avait connu toutes les joies et toutes les peines qu’un homme pouvait endurer. Romain leva les yeux vers le plafond délabré. Les tâches d’humidité témoignaient de l’insalubrité de l’appartement autrefois celui de son épouse. Katya.
Publié le : mardi 21 octobre 2014
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UN ALLER SIMPLE POUR MOSCOU
Par
DEWAEST Romain
28 AOUT 2017
[Nom de chapitre]
« Katya, je t’en prie, ne pleure pas. J’aimerais que tu n’aies pas
à lire ces lignes, j’aimerais pouvoir t’écrire une simple lettre, une
lettre qui t’aurait donné le sourire à l’idée de bientôt me revoir. J’ai
échoué. J’ai tenté de respecter ma promesse, je t’ai cherchée partout,
le jour comme la nuit, je suis venu à Yaroslavl pour pouvoir te serrer
dans mes bras, mais tu étais déjà partie. Je suis tellement désolé.
J’aurais dû être plus rapide. Je n’aurais pas dû m’arrêter, je n’aurais
pas dû t’abandonner. Katya, Je t’aime tellement. »
Romain déposa son stylo, la main tremblante. Ses yeux
parcouraient la feuille comme pour s’assurer qu’il n’y manquait
rien, et une larme roula le long de sa joue pour venir marquer le
papier d’une légère auréole. Romain savait la lettre incomplète,
imparfaite,
et regrettait amèrement son inspiration passée. S’il
n’était âgé que d’une trentaine d’années, son visage affichait déjà les
traits d’un vieil homme, sculpté par les épreuves que la vie lui avait
infligées. En dix années, il avait connu toutes les joies et toutes les
peines qu’un homme pouvait endurer.
Romain leva les yeux vers le plafond délabré. Les tâches
d’humidité témoignaient de l’insalubrité de l’appartement autrefois
celui de son épouse. Katya. Il visualisait la jeune femme aux longs
cheveux bruns, et se rappelait son visage doucereux. La chaleur de
ce souvenir arracha un sourire discret au jeune homme. Il fixait d’un
regard vague le petit révolver couché à côté de la lettre. Il ne lui était
pas utile d’ouvrir le barillet pour connaitre le nombre de balles
restantes. L’ironie du moment était accablante. Après avoir tout
perdu, il lui restait une unique balle, juste de quoi mettre un terme à
tout cela.
Romain se saisit lentement du revolver quand une porte claqua
violement, faisant entrer trois hommes armés dans la pièce, prêts à
faire feu. Romain ne les entendait qu’à peine, et le sang tapait
violement contre ses tympans.
Un coup de feu était parti.
04 AVRIL 2011
Romain s’avança vers le poste de contrôle des passeports. Il
détestait perdre son temps dans ces procédures, mais il savait que
c’était une opération nécessaire en aéroport. Il déposa gauchement
son passeport sur le rebord du guichet avant que le douanier s’en
saisisse pour effectuer son contrôle routinier. Après quelques
regards sur son moniteur, l’homme remua rapidement les lèvres.
Avec le brouhaha des environs, Romain n’avait pas compris un seul
mot de ce qui avait été prononcé.
Agacé, l’homme repris plus fort :
Vous allez-où ?
En Russie, répondit immédiatement
intimidé.
Romain, un peu
L’individu lui rendit le passeport mécaniquement pour faire
signe au suivant de prendre la place du jeune homme.
Romain ne se fit pas prier et récupéra ses papiers pour
s’engouffrer dans ce qu’il espérait être le hall du terminal « 1 » de
l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Mais s’il n’aimait pas les
contrôles douaniers, il haïssait davantage la phase qu’il qualifiait de
« fouille au corps ». Il faut dire aussi que sa silhouette « athlétique »
ne permettait pas à son pantalon de tenir en place sans ceinture,
élément qu’il fallait évidement remettre dans la petite bassine grise.
Il avait aussi la fâcheuse manie d’éparpiller sa monnaie dans toutes
les poches que ses vêtements pouvaient accueillir, ce qui lui donnait
immanquablement le droit de recevoir une fouille personnelle. Le
plaisir fut à son comble quand on lui demanda d’ouvrir son sac pour
en sortir un tube à dentifrice. Le contrôleur ne laissa pas le temps à
Romain de protester et désigna une poubelle derrière lui, lui faisant
comprendre que le tube s’y rangerait désormais.
Romain acquiesça simplement, les yeux au ciel, imaginant mal
comment un tube à dentifrice pouvait se montrer potentiellement
dangereux.
Après s’être débarrassé de son arme de destruction massive, le
jeune homme pu enfin entrer dans le hall du terminal, attendant avec
hâte l’ouverture des portes d’embarcation de son vol à destination de
Moscou.
Romain sentit son pouls s’accélérer. C’était la première fois
qu’il se rendait dans le pays qu’il avait toujours rêvé de visiter, et il
savait que sa jeune correspondante l’attendrait à Yaroslavl, une
petite ville située à trois cent kilomètres de la capitale. Ekaterina.
Elle lui avait permis de s’améliorer grandement en russe, bien qu’il
craignait encore de ne pas être capable de tenir une discussion
basique une fois arrivé en Russie.
Ils ne se connaissaient que depuis peu de temps, mais Romain
sentait qu’Ekaterina, Katya par son diminutif, lui inspirait bien plus
qu’une simple correspondance. Il savait aussi que le ressenti
s’avérait dans les deux sens. Mais tout cela lui semblait tellement
ridicule. Ils ne se connaissaient pas réellement, seulement quelques
coups de téléphone, quelques lettres ou messages sur internet. Il
s‘agissait plus d’une relation épistolaire que d’autre chose, et il était
nécessaire de garder la tête froide. Le fait est qu’il ne pouvait
s’empêcher de sourire en pensant à la jeune fille. Ils avaient souvent
traversé des moments de disputes, la majeure partie du temps causés
par des détails, ou des incompréhensions dues aux barrières de la
langue. Romain se plaisait à penser que ces réactions reflétaient un
sentiment plus profond, même si jamais il n’avait souhaité que la
jeune femme souffre de quelque manière qui soit. Et c’était
seulement après une année de correspondance entre les deux jeunes
gens que la rencontre était possible. Romain avait signé un contrat
par alternance dans une entreprise d’équipements de manutention, et
le salaire mensuel qui lui était versé lui permettait enfin de réaliser
ses rêves. Le salaire n’avait rien d’extraordinaire, mais le fait que
Romain fut apprenti le protégeait des impôts, ce qui lui permettait
d’économiser une somme suffisante pour rejoindre la Russie tous les
trois mois. Du moins, c’est ce qu’il prévoyait si Katya se montrait
d’accord, elle aussi.
Une annonce de l’aéroport sortit le jeune homme de ses songes.
Mesdames et Messieurs, embarquement immédiat pour le
vol 3495 à destination de Moscou. Ladies and gentl…
Sans écouter la suite, Romain suivit la foule qui se dirigeait
indisciplinée
vers
les
portes
d’embarcation.
Tous
donnaient
l’impression de craindre le départ de l’avion. Et si le jeune homme
se plaisait à critiquer ce comportement, il n’en était pas moins réduit
aux mêmes réactions.
Il posa un œil distrait vers un sachet que portait une vieille
femme devant lui. « Duty Free » était inscrit en gros caractères.
Quelque peu curieux, Romain se rapprocha davantage du sac pour
apercevoir quelques vêtements et une petite Tour-Eiffel posée par-
dessus le tout. Si cette femme n’était pas une touriste, alors il
s’agissait d’un cadeau. Mais le visage de la vieille femme lui
rappelait vaguement les traits de José, la tante par alliance de son
père. José était Ukrainienne, et nul doute que la femme qui se tenait
devant lui n’était pas Française, ou tout du moins d’origine
française. Les rides étaient profondes, le visage marqué par la vie.
Un rapide coup d’œil du hall lui fit rapidement comprendre que le
stéréotype du russe n’était peut-être pas si erroné que cela, et
certainement au même titre que le stéréotype du Français.
Romain s’avança vers les portes d’embarcation pour présenter
son passeport et son billet. Sans même jeter un regard sur le
passeport, la jeune hôtesse passa le billet sur une borne lumineuse
avant de sourire à pleines dents.
— Bon voyage
Le jeune homme la remercia gentiment avant de suivre le
couloir qui menait à l’avion. Il n’avait pas même pensé à regarder de
quel type d’avion il s’agissait. Un Boeing ? Un airbus ? Cela n’avait
que très peu d’importance pour Romain, mais il espérait secrètement
qu’il fût Boeing. Il connaissait une femme de son âge qui travaillait
au sein d’Airbus, et il avait encore une certaine colère à son égard.
L’histoire était ancienne, et très surement injustifiée, pour une
confiance mal placée, avec un brun de frustration. Quelques années
auparavant, il avait fomenté un mensonge avec pour seul objectif
d’écrire un bouquin au réalisme irréprochable dans le domaine de
l’espionnage. Mais le déroulement n’avait pas été celui prévu, et
malgré maintes explications, cette fille le discrédita auprès de ceux
qu’il croyait encore comme des amis. Il savait que ce mensonge
pouvait faire voler en éclat la confiance des autres, mais il savait
aussi que s’il avait une idée en tête, il se donnait tous les moyens
nécessaires, et qu’un ami pouvait comprendre cela. Il avait déjà écrit
un livre, et il savait la qualité médiocre. Il fallait faire mieux. Et par
simple esprit de revanche, aussi mince et dérisoire soit-elle, Romain
préférait voler en Boeing plutôt qu’en Airbus. Il en fallait très peu
pour le mettre rogne, mais lui-même était incapable de faire du mal
à qui que ce soit.
L’histoire était compliquée, et il savait que son attachement
inconditionnel à la Russie était sans nul doute construit sur son
imaginaire. Tout cela ne lui importait que peu désormais. Il volerait
vers Katya, il réaliserait un vieux rêve, et que celui-ci soit basé ou
non sur une fable, ça n’en restait pas moins un rêve.
En pénétrant dans l’avion, il sentit comme une douce chaleur lui
parcourir le corps. Romain ne tarda pas à gagner son fauteuil, en
milieu d’avion, contre un hublot ensoleillé. Il enfonça son bagage à
main sous le fauteuil devant lui, vérifiant qui lui restait la place
suffisante pour tendre les jambes. Calmement, un homme d’une
quarantaine d’années s’installa à ses côtés en lui esquissant un
sourire sincère mais timide.
A l’annonce du
décollage, Romain avait remarqué que
l’individu serrait énergiquement les accoudoirs, au point que ses
mains deviennent plus blanches que ceux-ci. Apaisant, Romain
proposa de la pâte à mâcher que l’homme accepta volontiers, avant
de sortir un mouchoir de sa veste pour s’essuyer le front déjà
trempé.
Merci beaucoup, jeune homme.
L’homme avait un accent qui ne lui était pas difficile à reconnaitre.
Je vous en prie, il n’y a pas de quoi.
Pierre, dit il en tendant la main. Vous allez à Moscou ?
Enchanté, moi c’est Romain. Eh bien pour être franc, je me
rends à Yaroslavl, rejoindre une amie.
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