Un petit clic et autres nouvelles

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Un petit clic : Faire le ménage dans son carnet d'adresse, tout le monde pratique cette activité de temps en temps. Les conséquences peuvent-elles en être dramatiques et irrémédiables ? Coïncidence ou réalité ? À vous de vous faire votre propre opinion à la lecture de cette passionnante nouvelle. La planche à repasser : Certains objets nous suivent tout au long de notre vie, de déménagement en déménagement, ils font partie de notre quotidien. On leur accorde plus ou moins d'importance, ils assistent à tous nos moments forts et subissent parfois nos déboires. Brigitte Lécuyer nous conte ici l'existence mouvementée d'une famille à travers les sentiments exprimés par sa planche à repasser. Eh oui, les planches à repasser ont parfois des sentiments...La fille sur la photo : Dimitri croyait tout savoir sur sa famille, une famille comme tant d'autres, avec des grands-parents que l'on visite chaque dimanche. À leur mort, un lourd secret refait surface. Dimitri ne renoncera pas, il découvrira celle qu'on lui a toujours cachée. Un départ à la neige : On a tous plus ou moins eu l'envie, un jour ou l'autre, de tout quitter, tout laisser derrière soi, pour aller s'installer au milieu de rien, loin de son petit confort quotidien. Birgit et Alan l'ont fait. Ils ont emménagé en pleine montagne, comme ils en rêvaient. Mais, entre rêve et réalité, la différence est grande. Birgit écrit ses mésaventures à son amie Chantal, une tranche de vie passionnante et pleine d'humour. Peut-être : Une séparation déchirante avec l'être qui lui était le plus cher, son Roméo. Pourtant, il faut poursuivre et inévitablement, le remplacer. Entre midi et deux : Deux amies, Alice et Bertille, cherchent à combler l'ennui de leurs longues pauses déjeuner quotidiennes. Elles deviendront complices et quelque peu délinquantes. Une tranche de vie admirablement décrite par Brigitte Lécuyer.

Publié le : vendredi 1 mai 2015
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782372221801
Nombre de pages : 27
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UN PETIT CLIC Et autres nouvelles...
Un petit clic La planche à repasser La fille sur la photo Un départ à la neige Peut-être Entre midi et deux
UN PETIT CLICET auTrEs NouvELLEs...
© BRIGITTE LECUYER
Tous droits réservés BOOKLESS EDITIONS MARS 2015
Un petit clic
Le jour où j’ai supprimé Violette Bisson de mes contacts mails, j’ai appris qu’elle était morte. C’était un jour ordinaire de janvier, un jour froid où la neige par intermittence assombrissait l’atmosphère et l’humeur des piétons. Je sortais d’un épisode grippal et mon ordinateur subissait diverses attaques de virus jugées inexplicables par mon informaticien de fils, lequel avait pourtant installé un antivirus de choc. Depuis on avait éradiqué les intrus mais ce capricieux PC ramait et je ramais aussi. Cette langueur, cette absence de réaction à mes clics débridés mettaient mes nerfs à vif. Et puisque la météo se plaisait à me cantonner dedans, entre deux envois de nouvelles, les corrections d’un futur roman, j’optais pour la défragmentation sans façon et dans la foulée, le grand ménage d’Outlook.
Normalement tout ce petit monde devait s’aligner par ordre alphabétique et par nom de famille, mais chez moi c’était la foire. Dans ma liste de contacts, on se mélangeait gaillardement, vieux barbons et jeunes ingénieurs, auteurs en mal d’éditeur et écrivains patentés, ventes privées.com à toutes les sauces, expatriés et amis d’enfance. On y voyait même le maire frayer avec des gens qui n’étaient pas de son bord, des élus se pavaner au milieu d’une nuée de copines variées et pas encore avariées, des peintres du dimanche côtoyer des artistes azimutés mais super doués, bref, une vache n’y aurait pas retrouvé son veau, un chien ses puces, il était temps d’y remettre bon ordre.
J’examinais la situation de près : mon œil fut attiré par une certaine Violette plantée entre une Rose fanée et une Eglantine sans épine, et va savoir pourquoi j’avais cliqué sur celle-ci, alors que je ne fréquentais plus aucune des trois. D’ailleurs je ne m’étais pas contentée de supprimer cette Violette qui n’avait rien d’impériale, j’avais aussi invalidé quantité de gens. Ça me revenait et je citais leurs noms mentalement, enfin ceux qui me restaient en mémoire. Il y avait Marie Derien, Joan Patel, Eddy Martinez et Janine Melba, la bien nommée, qui disait avoir épousé son mari pour son nom et parce que c’était son dessert préféré. Détail difficile à oublier. J’avais à peine réfléchi en exécutant ce geste, je voulais juste alléger ma boîte pour rentrer d’autres contacts. De nouveaux et tout frais amis pondus du jour, c’était tentant !
Depuis j’étais perplexe. Allais-je recevoir d’autres mauvaises nouvelles dans les heures, les jours qui suivraient ? Devais-je m’enquérir de la santé des effacés, aller à la pêche aux nouvelles ? Mais comment, puisque je n’avais plus ces contacts et encore moins leur téléphone. Je regardais désormais mon écran et compagnon fidèle comme un ennemi potentiel, traumatisée à l’idée de rayer quelqu’un de mes listes et de l’envoyer aussitôt ad patres.
 Je me posais la question : pouvait-on considérer ceci comme un avertissement, ou plutôt un affreux pressentiment ? Devais-je mettre mon index à l’index, même s’il continuait d’adhérer à la souris et de glisser mollement sur son tapis, sans se soucier du qu’en dira-t-on ? Devais-je me méfier de ma persane préférée, laquelle couvait ma souris optique autant qu’elle couvait ma main ? J’étais totalement sous le charme envoûtant de ses yeux d’ambre, lesquels me semblaient d’une profondeur abyssale. La belle Saba se fichait bien de mes petites manigances, elle était juste la grâce et l’innocence personnifiées et n’osait aucun mouvement qui put être malencontreux envers ma machine. Elle s’étalait sur mes papiers et si elle semblait me surveiller de son beau regard mordoré, je n’y voyais aucune malice, aucun message cabalistique. Par contre si j’avais le malheur de prononcer son nom ou de la fixer tendrement, elle s’autorisait une sortie. Elle s’approchait froufroutante, en robe d’automne et pas feutrés et venait se faire câliner. De sa queue touffue, elle caressait l’écran et me chatouillait le nez. Saba était ma vestale, la gardienne du temple, ma muse et je n’avais pas de raison de me méfier
d’elle, elle si adroite, si délicate qu’elle évitait de marcher sur le clavier et slalomait entre les touches fatales.
Je savais que c’était idiot et puéril d’avoir des idées pareilles, mon doigt était aussi innocent que mon animal fétiche, mon doigt ne faisait qu’obéir à mon cerveau machiavélique et il cliquait là où on lui disait de cliquer.
Mais comment savoir, comment savoir si je possédais des pouvoirs occultes, enfin des pouvoirs tout courts ! Je n’avais pas été prise en traître, on m’avait prévenue. J’avais reçu le message suivant: Voulez-vous vraiment supprimer Violette de votre carnet d’adresse ? Entre oui ou non, je n’avais pas hésité. C’était oui !
Si Violette était la maman d’une copine et qu’elle avait disparu de mon champ visuel depuis des lustres, elle n’avait pas pour autant disparu de la ville jusqu’à ce que je m’en occupe personnellement. J’avais peu de chance de la revoir si je ne la sollicitais pas et je n’étais pas tentée de renouer le fil.
Enfin dès que j’avais su l’horrible nouvelle, par superstition, j’avais conservé l’adresse mail de mon amie alors que je venais de zigouiller sa mère. J’hésitais à poursuivre mon entreprise de nettoyage de printemps, pourtant ce n’était pas le printemps, juste l’hiver glacial et austère, sauf peut-être pour les scribouillards de mon espèce qui oubliaient le temps, tant qu’ils avaient les pieds au sec et que les mots s’échappaient de leur carcan et se risquaient à la lumière.
Devais-je me manifester alors, écrire un mot gentil à mon amie, envoyer mes condoléances, des fleurs virtuelles, une carte, lui dire combien je regrettais, que j’étais bouleversée, lui avouer que peut-être j’avais ?
Mais non, je délirais, je n’avais rien à lui dire, jamais.
Quand l’informatique ne faisait pas partie de mes loisirs ni de mon vocabulaire, bien avant que l’objet me soit devenu cet indispensable outil, j’écrivais vraiment. Je noircissais de grands carnets à spirales de bouts de poésie, chroniques insolites, débuts d’histoires sans fin et puis j’entassais les coordonnées des gens, ceux de ma famille, amis, coups de cœur, restos préférés et toute cette smala dormait peinard au fond des tiroirs, sans faire la nouba. Ainsi il était facile de retrouver ce qu’on y cherchait. Il suffisait de prendre son temps et de savoir dans quel carnet c’était. On pouvait rayer un nom ou juste l’oublier et personne ne me demandait de trancher, d’exécuter un tel ou untel définitivement.
Les circonstances du décès de Violette se révélaient particulièrement tragiques. J’en découvrais le détail le surlendemain dans la gazette locale. Un bus avait percuté la pauvre femme, tandis qu’elle traversait sagement au passage piéton. Cette fois-ci, la météo n’y était pour rien, le ciel était clair, la visibilité parfaite, les routes asséchées. D’après les témoins, elle s’était engagée d’un pas ferme et résolu et elle ne s’était rendu compte de rien. On donnait l’heure du drame et c’était exactement le moment fatidique où j’entreprenais ma lessive virtuelle, l’heure pile où j’avais stoppé net dans son bel élan, cette pauvre Violette.
C’est alors que revenaient me hanter les beaux yeux verts de cette dame cultivée qui ne faisait pas son âge, mais dont le maquillage outrancier attirait l’œil. La dernière fois que je l’avais vue, elle parlait d’opération de la cataracte. Elle disait que ça lui avait changé la vie, qu’elle regrettait d’avoir tardé, qu’elle n’avait rien senti et que c’était entièrement pris en charge par la Sécurité Sociale. Et tandis que nous déjeunions sa fille, elle et d’autres gens, elle nous avait narré sa double intervention myopie cataracte et son bonheur de voir clair à nouveau, après des années à supporter de monstrueux verres à triple foyer.
Avait-elle vu la mort en face ou plutôt le bus foncer droit sur elle ?
J’espérais bien que non !
C’était si bizarre comme impression que je ne pensais qu’à ça. Je zieutais mon écran prudemment et une idée lancinante vrillait ma tête : Et si quelqu’un que j’avais connu naguère, jugeait que je n’avais plus aucune utilité sur sa planète et s’avisait de m’en faire autant. Me rayer de sa liste. La mort par clic interposé, est ce qu’on pouvait considérer ça comme un crime ?
 Le temps où je cliquais à tout va était révolu, ce temps où mon mari me qualifiait de « cliqueuse » folle ! J’étais bien forcée d’admettre que pour une fois, il avait raison. Et c’est pour cette raison que je me gardais bien de lui narrer l’épisode Violette et mes doutes. Des fois qu’il me fasse enfermer !
Je pensais au vaudou, à des rites sataniques, ça y ressemblait finalement.
Hop, ni vu ni connu, un clic et aux oubliettes machinchouette !
Un départ à la neige De la neige !!!Debirgit@free.fr àchantal@wanadoo.fr18 MaiMa Chantal. Combien de fois en avions nous...
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