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Un petit roi

De
75 pages


Au petit matin, la délivrance se produit enfin.


- C'est un garçon !


Elle est heureuse, Claire. Épuisée, des cernes noires sous les yeux mais pleine d'un bonheur indescriptible.


Leur fils, Alexandre est né.


C'est un solide gaillard de presque cinq kilos. Vigoureux et souriant, totalement inconscient des difficultés de sa mère à le mettre au monde.


- C'est notre petite merveille, souffle Claire.


Jean-Louis opine de la tête, il est sur un nuage lui aussi.


- Oui. Notre petite merveille, répète-t-il.


Il se dit qu'ils avaient tort de douter. Que la vie récompense ceux qui savent se montrer patients.


À cet instant, ni l'un ni l'autre n'imagine à quel point leur petite merveille va leur en faire baver.




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UN PETIT ROI
Du même auteur : Aux Editions du Seuil : «Le vieuxnouvelle dans « » Les crimes de la rue Jacobrecueil collectif 1999 » (épuisé)Aux Editions Jacques Flament : «Instinct de survie en milieu hostile» nouvelles 2011«Une gueule d’ange» roman 2012«Pères et fils» nouvelle 2012«Comment devenir écrivain Anti-mode d’emploi» roman 2014Avec CreateSpace Independent Publishing (version papier ) et Bookless-Editions (version numérique) :«Comment faire pour rencontrer quelqu’un» nouvelles 2014
UN PETIT
ROi ROMAN er 1 trimestre 2015© Eric SCILIEN – BOOKLESS-EDITIONS Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le cons entement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contref açon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
I GENÈSE Et Dieu dit à la femme : « J'augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur. » LA BIBLE Le péché des origines
1 Enceinte  Pour se comprendre, il faut se pencher vers celui ou celle à qui l’on souhaite parler, comme pour l’embrasser dans le cou. Et forcer sa vo ix : - C’est trop fort ! - De quoi ? - La musique ! L’autre grimace son incompréhension. Jean-Louis re nonce à se répéter, fait signe que c’est sans importance. Il finit son verre de pétillant, envisage déjà le suivant. Ce soir, il a décidé de se lâcher.  Pas trop, pas au point de ne plus être en capacité de ramener la voiture. Claire n’apprécierait pas. Mais un peu quand même. C’est vrai, la vie n’a pas été simple ces derniers temps. Mais l’a-t-elle jamais été ?  Rentrée compliquée au lycée – Jean-Louis est prof de maths. Le niveau des élèves semble diminuer d’année en année, inversement prop ortionnel à la montée des incivilités.  Claire continue de jongler d’un emploi précaire à un autre. Pour l’heure, elle fait de la saisie dans un pôle administratif.  Tout ça ne serait que péripéties s’il n’y avait pa s eu cette fausse couche quelques mois plus tôt.  La troisième. De loin la plus douloureuse et une i mmense déception. Pour tous les deux.  Si Claire a alterné moments d’abattement et périod es d’hyperactivité – parfois à la limite de l’hystérie - lui s’est efforcé de se montrer discret dans sa peine. Inutile d’en rajouter. N’empêche qu’il a passé des heures, des soirées en tières sur Internet pour essayer de savoir, comprendre le pourquoi de ces fausses couch es à répétition. Des soirées pour rien puisqu’au final, il n’est pas plus avancé. Jean-Louis veut croire que tout cela est derrière eux. Aujourd’hui, Claire est à nouveau enceinte et l’entretien de ce matin avec leur médec in aura eu le mérite de les rassurer. Au moins un peu. La majorité des fausses couches interviennent avan t deux mois et demi de grossesse. Et Claire vient de passer le cap des trois mois. Ce tte fois ils tiennent le bon bout, Jean-Louis en est persuadé. Ils le veulent tellement, cet enfant. « Vous savez, il n’y a aucune raison de ne pas vou s montrer optimiste. »  Le toubib a raison. Cesser d’imaginer le pire, ref user de s’enfermer dans la spirale de l’angoisse et vivre l’instant présent, voilà la bon ne attitude ! Une blonde souriante lui présente un plateau où trônent trois coupes qui ne demandent qu’à trouver preneur. D’un regard, elle l’invite à se servir. - Merci !  Ça fait vraiment du bien de décompresser. Au retou r, Claire conduira. Ils n’en ont pas encore parlé mais elle ne lui refusera pas. Les flics rôdent dans le coin, tout le monde sait ça. Ils font la chasse aux joyeux drilles
qui ont le tort de boire un verre de trop. Le gouve rnement n’a pas trouvé d’autre solution pour renflouer la dette et combler le trou de la sécurité sociale. Tout à coup, Jean-Louis réalise une chose. Il n’a pas vu Claire depuis un moment.Tout à l’heure, elle était assise à côté de lui su r le canapé. Elle s’est levée et n’est pas reparue. Elle est peut-être en train de discuter da ns la cuisine avec Marie, la maitresse des lieux ? Jean-Louis se lève, la cherche des yeux. Quelqu’un a la bonne idée de baisser le son, place aux slows. Jean-Louis reconnait les premières notes de 10cc, «I’m Not In LoveÇa lui rappelle des souvenirs, de vieux ». souvenirs.Pas si vieux, tout de même.  Dans la cuisine, il fait frais. Ils sont une demi- douzaine à discuter en fumant leurs clopes, fenêtre grande ouverte sur la nuit étoilée.  Marie parle avec Bruno. Assis sur le bord de la ta ble, Bruno semble en équilibre instable. Il en tient manifestement une bonne. Jean-Louis les interrompt : - Excusez-moi, vous avez vu Claire ? - Claire ? Je crois qu’elle est partie avec un autre mec, elle en avait marre de toi ! Mort de rire, Bruno. - Très drôle. Marie fait signe qu’elle ne sait pas.  Jean-Louis se sent gagné par un sentiment de crain te diffuse, comme un mauvais feeling. Il prend sur lui pour garder son calme. Retour dans la pièce principale. Où Claire reste invisible. La chercher. La trouver, surtout ! Le couloir. La salle de bain, plongée dans l’obscurité.  Il allume la lumière, elle est là. Assise par terr e dans un coin, entre la baignoire et le lavabo. Le cœur battant, il s’agenouille à sa haute ur, l’inquiétude dans sa voix : - Claire, qu’est-ce qui se passe ?! Elle tourne vers lui un visage ravagé de larmes. - Quelqu’un t’a fait du mal ? Dis-moi !  Les mots manquent, se soustraient. Claire semble e n état de choc. Jean-Louis lui prend la main, l’invite à se relever. Elle le laiss e faire, sans forces. Une fois debout, pour toute explication elle retro usse sa jupe jusqu’au nombril. Stupeur. Sa culotte est rouge de sang. - Je vais crever… - Non, ne t’inquiète pas ! Tu fais une fausse couch e, je vais t’emmener à l’hôpital. Ils vont s’occuper de toi… - Tu ne comprends pas… je vais crever si je ne peux pas avoir d’enfant.
2 Avis médical Claire pleure.  Elle renifle et se mouche bruyamment. Des mots, de s phrases s’échappent de sa bouche en ondes douloureuses. Pourquoice qui devrait être si simple et naturel pour chacun – avoir un enfant – pourquoi cela lui est-il refusé ?- Et pourquoi nous ? - Vous n’êtes pas le seul couple à ne pas réussir tout de suite, Madame de Brez. - Tout de suite ? Mais c’est ma quatrième fausse co uche ! Qu’est-ce qui cloche avec moi ?! Les examens ne révèlent rien d’anormal. Claire pleure encore. Le médecin n’a aucune véritable réponse à lui donn er. A la façon d’un professionnel -sans s’impliquer plus que nécessaire - il s’emploie à la rassurer : - Il faut savoir accepter les choses pour les dépas ser.  Ce n’est pas une injonction ni un message, juste u n fait. Le toubib aurait eu exactement la même voix, les mêmes intonations s’il lui avait proposé un verre d’eau ou fait remarquer que le soleil était revenu après l’averse. L’acceptation des faits comme seul et unique moyen d’avancer. Parce qu’il n ’y a rien à discuter ou négocier avec qui que ce soit, le Créateur ou la faute à pas de chance. Il n’existe pas de service après-vente ni de bureau des réclamations. Et pour le mur des lamentations, les patients sont priés d’aller voir ailleurs. - Je vous conseille d’attendre deux à trois cycles avant d’essayer de retomber enceinte. Je vous le conseille mais ce n’est pas une règle ab solue. De toute façon, la nature décidera.
3 Plan d’action  Jean-Louis s’interroge. Comment Claire va-t-elle r éagir ? Le lendemain de son curetage, elle a refusé de se lever. Elle est resté e au lit toute la journée sans même songer à se laver – ce qui ne lui ressemble pas. Au moment des repas, elle s’est montrée d’un appétit de moineau, picorant à peine d ans son assiette. Jean-Louis redoute les signes avant-coureurs d’une possible dépression.  Le toubib propose de prolonger son arrêt maladie m ais Claire refuse. Elle préfère reprendre le cours de sa vie. Aussi vite que possib le. Elle enchaine les contrats intérim dans un pôle ad ministratif. A son retour, Claire s’isole quelques minutes avec son chef de service pour lui expliquer les raisons de son absence. Hors de question de passer pour une dilett ante - quelques élues auront peut-être la chance de se voir proposer un CDI et les pl aces sont chères. Les intérimaires se regardent toutes en chiens de faïence. Pas de cadea u, c’est chacun pour soi. Fuite ou maladresse, très vite les malheurs de Cla ire se propagent. Et les suites ne se font pas attendre. Dès le lendemain, l’une des fill es tapisse le mur près de son ordinateur des photos de son dernier-né. Dans les c onversations, il n’est bientôt plus question que de layettes et de couches-culottes. Cl aire sent les regards mauvais et les injonctions muettes converger en ondes maléfiques d ans sa direction :« Qu’elle craque ! Ça fera une concurrente de moins si une pl ace se libère. »Claire ne cille pas. Mais à la pause déjeuner, elle s’isole dans les WC pour pleurer. cement. Le soir même, elle décideClaire ne veut pas d’une vie de douleur et de renon de repartir de l’avant :- Je refuse d’attendre plus longtemps pour avoir no tre bébé. Je veux qu’on réessaie tout de suite. Jean-Louis se montre circonspect. - Tu es sûre ? - Certaine. On va utiliser la méthode des températu res. - Avoir un rapport au moment de ton ovulation… - Non, pas un rapport. Plusieurs ! On fera l’amour le plus souvent possible entre le troisième jour avant et le troisième jour après, co mme c’est indiqué. - Il ne sera quand même pas interdit de s’aimer en dehors, sourit Jean-Louis. - Si. Tu dois garder toute ta fertilité pour notre enfant. Et comme il en reste interdit, Claire enfonce le c lou : - Tu le veux cet enfant, oui ou non ?! - Oui, bien sûr… - Alors on fera comme ça. Et je te préviens, c’est non négociable !
4 Discipline En Claire sont ancrées les certitudes de celle à q ui l’assurance a toujours fait défaut. Peut-être la faute à une enfance déstructurée, éca rtelée entre un père volage souvent absent et une mère peu aimante sous antidépresseurs .  Plusieurs années sur le divan d’un psy n’y ont rie n changé. Faute de mieux, Claire s’arc-boute sur ses convictions. Sans être toujours en capacité de faire la différence entre volonté et obstination. Fonder une famille, avoir un enfant – il n’y a rie n qu’elle souhaite davantage. C’est son Graal à elle, presque sa raison de vivre. Dorénavant, elle prend sa température tous les matins. Oubliée, la petite chose fragile aux yeux rougis. L’épreuve semble lui avoir fait prendre conscience de la nécessité de se transformer en gue rrière. En combattante de la procréation.  Claire ne jure plus que par la ligne de conduite q u’elle s’est fixée. Et lorsque Jean-Louis exprime de subtiles velléités de rapprochemen t, si le moment n’est pas opportun, elle le lui fait vertement savoir : - Non, je ne veux pas. - Mais pourquoi ? - Parce que ce n’est pasle bon moment, voilà pourquoi. Je te l’ai déjà expliqué. Maintenant c’est le thermomètre qui décide si on fa it l’amour ou pas.Jean-Louis ne comprend pas cet absolutisme. D’auta nt que s’il s’avise d’insister, Claire a tôt fait de sortir de ses gonds : - Tu te souviens qu’on a le projet d’avoir un enfan t, oui ou non ? - Oui mais… - Alors on doit se donner les meilleures chances de réussite. Et toi, tu dois te réserver pourle bon moment !Elle lui montre...