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Ces petites légendes olympiques oubliées

De
188 pages
Nous découvrons ici des moments de vie qui, bien qu'ayant forgé l'histoire des Jeux Olympiques modernes, ont disparu des mémoires collectives : Karoly Takacs, valeureux soldat devenu champion olympique de tir en apprenant à se servir de la main gauche après avoir perdu la droite au combat, Bill Havens, qui renonce à son rêve olympique pour rester aux côtés de sa femme enceinte sans se douter que cette dernière donnera naissance à un futur champion olympique…
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Ces petites légendes
olympiques oubliées

Vincent Di Serio






Ces petites légendes
olympiques oubliées




































































































































































































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96741-0
EAN : 9782296967410
À Julie et HugoJe remercie l’équipe
du Centre d’études olympiques,
ainsi que Dominique, Yvette et Laurent
pour leur professionnalisme.SOMMAIRE
Avant-propos ............................................................... 13
Spyridon Loúis et Spyridon Belókas :
le héros et le tricheur ..................................................... 19
Len Tau et Jan Mashiani :
les premiers Africains des Jeux ..................................... 25
Dorando Pietri :
la gloire du vaincu ......................................................... 29
Jim Thorpe :
« Monsieur, vous êtes le plus grand athlète du monde ! » 35
Hannes Kolehmainen : le « bourreau » des Français . 43
Oscar Swahn : médaillé olympique à 72 ans ............... 49
Le concours d’art de 1924 :
Montherlant, Prévost, Claudel et Valéry aux Jeux ........ 53
Kusuo Kitamura :
champion olympique de natation à 14 ans .................... 59
Bob Mathias : le « Mozart » de l’athlétisme ............... 65
Micheline Ostermeyer :
lanceuse de poids et pianiste émérite ............................ 73
Karoly Takacs : le gaucher contrarié ........................... 77
Frank Havens : la gloire de son père .......................... 83
Lindy Remigino : la surprise du siècle ........................ 87
Bain de sang dans la piscine ....................................... 93
Équipe de France, « année zéro » ............................ 103
11Abebe Bikila : il gagne le marathon les pieds nus ..... 109
Vera Caslavska :
4 médailles d’or après le Printemps de Prague ........... 121
John Stephen Akhwari : hommage au dernier ......... 125
Victor Saneyev : dans l’ombre de Bob Beamon ........ 129
John Akii-Bua : l’inventeur du tour d’honneur ......... 137
Boris Onishenko :
champion olympique de la tricherie ............................ 147
Wladyslaw Kozakiewicz :
le bras d’honneur de la victoire ................................... 151
Shan Zhang : plus forte que les hommes .................. 161
Vitaly Scherbo : six médailles d’or dans l’anonymat 165
Sylvie Fréchette : erreur fatale du juge ..................... 173
Éric Moussambani : l’interminable course ............... 177
Bibliographie .............................................................. 181
12Avant-propos
Ma passion pour les Jeux olympiques remonte
précisément à 1992, suite à un formidable documentaire de
près de dix heures diffusé par Canal Plus sur la fabuleuse
histoire des Jeux. Je découvrais que le sport ne se limitait pas
au football, au basket ou bien encore aux grands meetings
d’athlétisme. Le sport a une histoire. Il recèle de belles
légendes mais aussi des destins tragiques. Je me souviens
encore de ces vieux flms d’archives, datant du début du
eXX siècle à l’heure où naissait au même moment le cinéma.
J’étais frappé par l’allure des sportifs de cette époque,
portant des shorts longs et de drôles de couvre-chefs. La
critique est facile, mais je les trouvais maladroits. Certains
tombaient avant la ligne d’arrivée, d’autres envoyaient le
marteau derrière eux au lieu de le propulser vers l’avant.
Ils étaient pourtant les pionniers du sport moderne. Il y
a 100 ans, on se moquait d’eux, on les prenait pour des
amuseurs. Les Jeux olympiques, de 1896 à 1908, étaient
plutôt considérés comme des attractions en marge d’autres
grands événements comme l’Exposition universelle. Au
grand regret du baron Pierre de Coubertin, père des Jeux
modernes, qui a dû se battre avec obstination pour faire de ce
rendez-vous la plus importante manifestation sportive de la
planète. Rares étaient les journalistes et autres observateurs
qui s’intéressaient à ces premières olympiades où étaient
programmées, en plus des sports traditionnels, des épreuves
que l’on retrouve habituellement dans les fêtes de village :
tir à la corde, nage en apnée…
D’emblée, ma curiosité m’a poussé à en savoir plus
sur ces « pères » du sport moderne. Quelles étaient leurs
13performances, le déroulement de leur carrière, mais
aussi, leur vie personnelle, autrement dit, les raisons
pour lesquelles ils avaient choisi de s’entraîner dans une
discipline pour devenir champion olympique. Je fus saisi
d’un profond respect envers ces hommes. J’ai vite compris
ce que la notion d’esprit olympique signifait. Car, jusqu’en
1912, il fallait vraiment être armé d’une motivation de fer
pour faire partie des Jeux et y concourir. Les déplacements
à l’étranger, les frais importants que cela occasionnait
en des temps où le sport olympique était strictement
amateur, l’éloignement du milieu familial (pour les sportifs
américains notamment, qui devaient accomplir un grand
périple de plusieurs jours pour se rendre aux Jeux qui, pour
la plupart, se déroulaient sur le continent européen et ce,
ejusqu’à la première moitié du XX siècle). Tous ces efforts
pour une couronne de laurier, un diplôme et, surtout, peu de
reconnaissance. L’important pour ces gens-là était vraiment
de participer. Ils offraient une magnifque démonstration de
l’amour du sport. Ces sacrifces m’ont touché.
Je me suis amusé à parcourir de nombreux ouvrages sur
les Jeux. Je suis tombé alors sur les premières légendes :
Spyridon Loúis, vainqueur du marathon des Jeux de 1896 à
Athènes, Jim Thorpe et ses médailles d’or du décathlon et du
pentathlon (17 épreuves tout de même) à Stockholm en 1912
et disqualifé quelque temps plus tard pour professionnalisme
(il avait touché 25 dollars pour des matchs de base-ball !),
ou bien encore Hannes Kolehmainen, qui remporta le
5 000 mètres à la suite d’un duel épique et tragique face au
Français Jean Bouin. Plus tard, mes lectures m’ont amené
à découvrir d’autres athlètes aux performances incroyables.
J’ai été marqué par la destinée de certains, comme Abebe
Bikila, l’Éthiopien vainqueur du marathon les pieds nus,
ou la Tchèque Vera Caslavska qui devint la reine des Jeux
de Mexico en 1968 en décrochant quatre médailles d’or en
14gymnastique, quelques semaines après avoir dû se cacher
durant l’invasion des chars soviétiques lors du Printemps de
Prague.
J’ai lu des récits plus douloureux, comme le « bain
de sang de Melbourne » de 1956 où, à l’occasion d’une
rencontre de water-polo, les équipes soviétiques et
hongroises en sont venues aux mains. Cet épisode faisait
suite à l’invasion des chars russes à Budapest peu de temps
auparavant. Je me suis aussi arrêté sur des faits insolites
ou « extraordinaires » au sens propre du terme, comme la
tricherie grossière de Boris Onishenko à l’épée lors des
Jeux de Montréal en 1976, la victoire incroyable de John
Akii-Bua sur 400 mètres haies à Munich, le triomphe de la
Chinoise Shan Zhang en 1992 au tir devant cinq hommes
à l’occasion de l’une des rares épreuves mixtes, ou encore,
le prodigieux Hongrois Karoly Takacs qui décrocha une
médaille d’or au tir après avoir appris à s’exercer de la
main gauche, quelques années après avoir perdu l’usage
de sa main droite suite à un grave accident.
Aussi, j’ai été très étonné de constater que la plupart
de ces hommes et femmes, y compris ceux et celles ayant
remporté plusieurs médailles olympiques, étaient quasiment
inconnus du grand public. Je me suis rendu compte que le
sport n’a pas de mémoire, ou très peu.
Récemment encore, je me suis aperçu que des grandes
légendes, pourtant très médiatisées à leur époque,
comme Carl Lewis ou Sergeï Bubka, n’étaient plus que
des noms qui disaient « vaguement quelque chose »
aux nouvelles générations. Je ne les accable pas, la
mienne était tout aussi ingrate avec les Edwin Moses
(double champion olympique du 400 mètres haies à
Montréal en 1976 et Los Angeles en 1984), Sebastian
Coe (double champion olympique du 1 500 mètres aux
15Jeux de Moscou en 1980 et de Los Angeles en 1984) ou
Evelyn Ashford (vainqueur du 100 mètres en 1984) dont
les noms étaient également étrangers à mes amis de lycée.
Oui, le sport a peu de mémoire. À long terme avec les
exemples précédents, mais aussi à court terme. Pour en être
convaincu, il sufft par exemple de voir les résultats d’un
club de foot qui enchaîne les bonnes performances et qui,
pour une raison x ou y, se met à perdre deux matchs de
suite. On parle, dès lors, de crise, de problèmes tactiques, de
guerres internes, on oublie les semaines précédentes. Autre
exemple en tennis. On parle de la saison 2011 du Serbe
Novak Djokovic comme de la plus belle jamais accomplie
par un joueur : trois titres du Grand Chelem pour un total
de dix titres et seulement cinq défaites. C’est oublier – une
fois encore – la saison du grand Roger Federer qui, en 2006,
a également remporté trois levées du Grand Chelem, sans
plus de défaites que le Serbe, mais aussi une victoire en
Masters (tournoi fnal réunissant les huit meilleurs joueurs
du monde) et un total de 12 titres !
C’est pour toutes ces raisons que je souhaite, humblement,
contribuer à raviver cette mémoire des Jeux qui dort depuis
plusieurs années dans les placards à archives. Souffer, à ma
façon, sur les braises de l’esprit olympique.
En poussant les portes du Musée olympique de Lausanne,
je savais que je ne serai pas déçu. J’avais ma liste de sportifs
et d’histoires dans la tête. En feuilletant les nombreux
ouvrages et archives de l’institution, j’ai découvert à mon
tour de nouvelles légendes oubliées comme celle de Frank
Havens, en 1952, dédiant sa médaille d’or à son père qui
renonça, quelques années plus tôt, à son rêve olympique
pour rester aux côtés de son épouse enceinte… du futur
médaillé en question, ou celle du Soviétique Victor Saneyev
aux Jeux de Mexico, en 1968, qui atomisa le record du
16monde de la discipline de la même façon que Bob Beamon
à la longueur mais qui, étrangement, restera dans l’ombre
du sauteur américain. J’ai fait la connaissance de certains
personnages aux carrières aussi brillantes qu’un Usain Bolt
ou un Mark Spitz, comme le gymnaste biélorusse Vitaly
Scherbo qui remporta aux Jeux olympiques de Barcelone,
en 1992, pas moins de six médailles d’or dont quatre la
même journée !
À la fn de mes recherches, qui furent passionnantes
de bout en bout, j’ai décidé de conserver une liste de 26
thèmes. 26 héros et autres petites légendes oubliés que j’ai
voulu faire revivre dans ce modeste ouvrage. Ils offriront au
lecteur la face cachée des Jeux olympiques. Celle inscrite
dans l’histoire. C’est une part d’elle que j’ai souhaité faire
découvrir. Pour ne pas oublier les racines du sport moderne.
Pour se souvenir de ces champions, raconter leur vie
fantastique, mais aussi leur tragédie. Enfn, pour remettre
au goût du jour l’esprit de Pierre de Coubertin. Ce tenace
Français convaincu qu’il était possible de mettre en œuvre
cette manifestation dont la dimension est aujourd’hui
universelle. Actuellement, nos grands champions sont
des modèles pour nos sociétés, en particulier auprès de la
jeunesse. Par leur force de caractère, leurs entraînements
acharnés pour atteindre les sommets de l’Olympe, leur
confance et leur volonté inébranlables pour conquérir la
victoire, ils sont devenus les héros de notre époque. Mais
leur popularité et leur respectabilité n’existeraient pas sans
ces pionniers des Jeux, dont les sacrifces furent encore plus
grands et que beaucoup, jadis, snobaient.
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