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ÉDUCATION SPORTIVE

De
336 pages
Maurice Baquet a été et restera l'une des grandes figures du sport français. Pratiquant et dirigeant, il s'est imposé en tant qu'entraîneur et éducateur au plus haut niveau et dans divers pays. Il a été, en outre, l'un des premiers à élaborer une " méthode sportive " qui deviendra une référence incontestée après 1945. La réédition de son ouvrage, publié en 1942, constitue à la fois un hommage à ce militant du sport éducatif et une occasion unique pour les éducateurs sportifs d'aujourd'hui de faire connaissance avec son œuvre.
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Collection Espaces et Temps du sport dirigée par Pierre Arnaud
Le phénomène sportif a envahi la planète. Il participe de tous les problèmes de société qu'ils soient politiques, éducatifs, économiques, sociaux, culturels, juridiques, ou démographiques. Mais l'unité apparente du sport cache mal une diversité aussi réelle que troublante: si le sport s'est diffusé dans le temps et dans l'espace, s'il est devenu un instrument d'acculturation des peuples, il est aussi marqué par des singularités locales, régionales, nationales. Le sport n'est pas éternel ni d'une essence transhistorique, il porte la marque des temps et des lieux de sa pratique. C'est bien ce que suggèrent les nombreuses analyses dont il est l'objet dans cette collection qui ouvre un nouveau terrain d'aventures pour les sciences sociales. Dernières parutions

Pascal CHARROIN,Thierry TERRET,L'eau et la balle. Une histoire du water-polo, 1998. Jean-François LOUDCHER, Christian VIVIER,Le sport dans la ville, 1998. Jean-Paul BESSE,Les boxeurs et les dieux, 1998. Pierre ARNAUD, James RIORDAN,Sport et relations internationales (1900-1941), 1998.

@ L'Harmattan, ISBN:

1998 2-7384-7247-8

Collection "Espaces et temps du sport" dirigée par Pierre Arnaud

Maurice BAQUET

EDUCATION SPORTIVE Initiation et entraînement

Nouvelle édition préfacée
par René MOUSTARD

et enrichie d'une présentation
des Stages Maurice BAQUET par Robert MERAND

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytcchnicjue 75005 Paris - PRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y I K9

Réédition intégrale de l'ouvrage Education sportive, initiation et entraînement, Paris, Godin, 1942. Avec l'autorisation des descendants de Maurice Baquet.

AVANT-PROPOS

Maurice Baquet. Un personnage incontournable de l'histoire du sport et de l'éducation physique en France. Au même titre que Georges Demeny, Georges Hébert, Philippe Tissié, Pierre Seurin, Justin Teissié, Jean Le Boulch, Pierre Parlebas, Robert Mérand... Mais un "inconnu célèbre" pour les étudiants de Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives qui le confondent avec son homonyme, violoncelliste-montagnard-acrobate-artiste ou le considèrent comme le père fondateur -et toujours en vie- des stages (de) Maurice Baquet... Enseigner c'est répéter dis-je souvent à mes étudiants... mais les croyances, les rumeurs sont tenaces et il faut bien quelques années pour rétablir les faits... La réédition de l'ouvrage de Maurice Baquet, publié en 1942 : Education sportive, initiation et entrainement se justifiait donc pleinement par ces seules considérations. L'ouvrage est introuvable, même dans les meilleures bibliothèques et seuls quelques collectionneurs passionnés ou d'anciens professeurs d'éducation physique en disposent d'un exemplaire. Mon objectif premier a donc été de permettre à toutes celles et tous ceux qui s'engagent dans les « métiers du sport et de l'éducation physique» de disposer de la version originale, version fondatrice des conceptions de l'éducation sportive, de la «méthode sportive ». Maurice Baquet a évidemment publié d'autres articles, présidé à l'édition d'actes de congrès importants (comme le Congrès de l'Institut National du Sport en 1945-1946), mais l'essentiel de l'oeuvre est dans cet ouvrage dont les extraits sont si souvent cités mécaniquement par les étudiants. De l'idée à sa mise en oeuvre germent d'autres idées. Et vous me permettrez de présenter quelques éléments auto-biographiques susceptibles de bien faire comprendre que dans le domaine de l'éducation physique, rien n'est simple. Pendant ma formation de professeur d'éducation physique et sportive G'ai obtenu le CAPEPS en juin 1965), je n'ai jamais entendu

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parler de Maurice Baquet, de Justin Teissié... encore moins de Jean Le Boulch ! Question de « programme» sans doute. Mais à cette époque, l'éclectisme méthodologique régnait: lors de ma première inspection pédagogique (mars 1966), l'inspecteur féru de «méthode naturelle» interrompit tout de go ma séance de plein-air sur le petit stade de La Sarra à Lyon pour m'imposer de lui présenter une « leçon en plateau» de « méthode naturelle» ! Il est vrai que les Instructions Officielles de 1967 n'étaient pas encore publiées alors même que la revue EPS nous informait des expériences de Corbeil-Essonnes et de la République des sports... Dès que l'inspecteur avait tourné le dos, le professeur d'EPS «nouvelle vague» s'empressait d'organiser dans l'établissement (c'est-à-dire dans la cour - les lois programmes d'équipements sportifs de Maurice Herzog n'avaient pas encore eu le temps de porter leurs fruits) des leçons d'initiation sportive et des calendriers de compétitions interclasses... au grand dam des professeurs des « disciplines intellectuelles» qui trouvaient ces initiatives trop bruyantes... Nommé jeune (j'avais 27 ans) à l'IREPS de Lyon, c'est au retour de mon service militaire que je fis la connaissance de tous ces personnages devenus célèbres. C'était donc au lendemain de 1968... Période extraordinaire d'effervescence pédagogique, de remise en cause des fondements de l'EPS et de... soi-même! Difficile de prendre le contre-pied d'une formation subie (même si ele fut excellente) partagé que j'étais entre les lectures de la revue Partisan, des oeuvres de Bourdieu-Passeron et Baudelot-Establet, celles de Rogers et de Neil, de Oury et Vasquez, etc... Difficile en outre de se situer entre les propositions de Pierre Parlebas (qui venait de publier « l'éducation physique en miettes» et de Robert Mérand qui alimentait régulièrement les chroniques de la revue Sport et plein air ou du bulletin du Conseil Pé-

dagogique et Scientifique de la FSGT (<<Mais quelle est donc la spécificité de l'éducation physique? »). C'est bien dans ces années 1969-1975 que je me suis personnellement construit mes «compétences» pédagogiques et scientifiques. Il serait évidemment trop long d'évoquer les noms de toutes les personnes qui ont contribué à ma formation personnelle continue lors de réunions et de discussions interminables et animées où chacun voulait refaire le monde de l'éducation et celui de l'éducation physique en particulier... mais comment ne pas citer Guy Avanzini professeur

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de Sciences de l'Education à l'Université Lyon 2 et Georges Guyotot, compagnon de cordée, équipier de rugby, qui fut mon professeur avant d'être mon collègue et surtout ami de plus de quarante cinq ans. Et si je n'ai jamais participé aux stages Maurice Baquet, j'en fus à deux reprises un auditeur attentif et... particulièrement critique! Robert Mérand, Raymond Catteau et bien d'autres se souviennent sûrement que j'étais bien loin de partager leur démarche et leur manière quelque peu « déductive» de s'approprier les travaux de Jean Piaget et d'Henri Wallon. Les années ont passé. Et j'ai eu la chance, à Lyon, de travailler avec Paul Goirand, un autre membre incontournable des stages Maurice Baquet. Les années soixante-dix furent riches de discussions, d'oppositions fondamentales. Au total, je dois bien reconnaître que c'est pendant cette période que j'ai progressé. Et si je ne dois pas tout, loin s'en faut, aux stages Maurice Baquet, à leurs animateurs, à leurs publications, ils ont été au principe même de mon évolution personnelle. C'est la raison pour laquelle je souhaitais leur rendre hommage. Et cet hommage passe par la nécessaire et indispensable contribution de ceux qui ont fait connaître Maurice Baquet, l'homme et son oeuvre militante pour le sport et l'éducation physique. La publication de son ouvrage a d'autant plus d'intérêt que René Moustard, président de la FSGT a gentiment accepté de présenter l'auteur et que Robert Mérand a répondu favorablement et spontanément à ma suggestion de retracer l'histoire des stages Maurice Baquet qu'il avait contribué à créer. Et cela par delà nos divergences et nos oppositions d'antan. Je les remercie donc tous deux très vivement. Je remercie également les enfants de Maurice Baquet sans lesquels cette réédition n'aurait pu se faire. Leur accord empressé et sympathique, leur aide (en particulier pour les illustrations photographiques) n'ont pu que renforcer notre enthousiasme et notre conviction. Puisse cet ouvrage contribuer à une meilleure connaissance de Maurice Baquet et à une compréhension plus affinée de l'histoire du sport et de l'éducation physique en France. Pierre ARNAUD

PREFACE

Maurice Baquet (1897 -1965) Un précurseur de J'éducation sportive.
Depuis 1965, des gymnases, des stades, un amphithéâtre à l'Institut national des sports, portent le nom de Maurice Baquet. Le stage FSGT d'innovation pédagogique, implanté à Sète en juillet 1965, portera son nom. Chaque année, le mémorial Maurice-Baquet, une épreuve d'athlétisme interclubs, est organisé par la FSGT. Né le 10 mars 1897 à Pont l'Evêque, près de Noyons dans l'Oise, Maurice Baquet était le 5e enfant d'une grande famille qui vivait pauvrement. Le père était maçon. A 13 ans, après le certificat d'étude, il vient à Paris et est employé dans une étude d'avoué comme apprenti clerc. "Je n'ai jamais oublié ni renié mes très modestes origines, dira-t-il à la fin de sa vie. Sans doute étais-je destiné, comme mon père et mon frère, à devenir maçon,. mais des circonstances modifièrent l'existence de ma famille et me transformèrent, au début de 1910, d'enfant et d'écolier en travailleur. Je n'avais pas encore treize ans lorsque je dus gagner ma "croûte" (l'expression est exacte) ainsi que celle de mes frères et soeurs plus jeunes. Ce n'est pas sans émotion, ni tendresse que je me souviens de

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cette époque où, sans bien m'en rendre compte, j'étais déjà chef de famille!" (1) Sa famille était venue se fixer à Enghien les Bains. Chaque jour, le jeune Baquet fait le trajet jusqu'à Paris et profite de ses longs moments en chemin de fer pour étudier. Très jeune, il se passionne pour les exercices athlétiques. Il pratique les sports au cercle sportif de la ville. En 1916, il est mobilisé dans l'infanterie. Il a 19 ans. La première guerre mondiale dure depuis deux ans. Il part au front, prend part à de nombreux combats. Désigné comme caporal "énergique et courageux", il recevra "la Croix de Guerre et la Médaille militaire" pour avoir, le 18 avril 1918, "montré le plus bel exemple de bravoure en entraînant ses hommes sous un feu très violent de mitrailleuses". Comme beaucoup d'autres mobilisés, il conservera de cette expérience une haine de la guerre. En 1919, n'exerçant aucune profession, il se réengage comme adjudant et reprend des activités sportives. Sélectionné dans l'équipe d'athlétisme des armées d'occupation, il devient champion de la 18ième division d'infanterie (100 m, saut à la perche et saut en longueur). Il est retenu pour suivre un stage de préparation aux Jeux interalliés. Il est finaliste du championnat de France militaire aux 400 m. Puis il participe au stage de moniteurs sportifs de l'Ecole de Joinville d'où il sort major. Créée en 1852, cette école militaire était destinée, à l'origine, à former des maîtres de gymnastique et d'escrime pour l'armée impériale. Devenue l'Ecole Normale de gymnastique de Joinville entre les deux guerres (1918-1940), elle poursuit son activité, sous l'autorité du Ministère de la Guerre, et jouit encore d'un grand prestige. Elle fut longtemps le seul établissement de formation des moniteurs de gymnastique. Parallèlement, est créée, en 1933, l'Ecole Normale d'Education Physique, installée boulevard Jourdan à Paris. En 1938, sur la lancée

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du Front populaire, est amorcée la création, dans le Bois de Vincennes, de ce qui deviendra après la guerre l'Institut National des Sports. Les années 1933-1940 sont marquées par cet entrelacement de plusieurs influences: - la tradition de Joinville - la création de l'Ecole Normale d'Education physique - l'amorce du futur Institut national des sports. Dans ce contexte, prennent racine les enjeux qui vont marquer au cours des décennies suivantes, les rapports entre l'éducation physique opposée (ou réticente) au développement des pratiques sportives et l'éducation physique et sportive. Au cours de cette période, l'itinéraire de Maurice Baquet le conduit de moniteur de l'Ecole de Joinville à professeur à l'Ecole normale d'éducation physique. 1920. A 23 ans, il est affecté au cadre mobile de l'école comme adjudant moniteur en athlétisme, boxe, football. A partir de ce moment, s'amorce sa vocation d'éducateur. Il est détaché en 1922 à la mission militaire française en Pologne, devient instructeur à l'Ecole des officiers de Varsovie et chargé de cours à l'Ecole militaire de gymnastique de Poznan. A ces divers titres, il participe activement à la réorganisation du sport polonais après la première guerre mondiale. Pendant quatre ans, de 1922 à 1926, il donnera des cours au lycée français de Varsovie, sera entraîneur national de l'équipe polonaise d'athlétisme aux Jeux olympiques de Paris, en 1924. Il recevra plusieurs décorations au titre de l'éducation physique en Pologne (Croix du Mérite polonais). Rentré en France en 1926, il entraîne le Paris-Université club en 1927 et le Racing club de France, de 1928 à 1939. En 1931, à 34 ans, il est nommé professeur d'EPS au lycée Hoche à Versailles. De 1931 à 1933, il est chargé de l'éducation sportive au cours supérieur de l'Université de Paris. En 1934, il entraîne

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l'équipe de France d'athlétisme pour les championnats d'Europe à Turin. En 1935, il enseigne au lycée Buffon à Paris. Il est alors nommé professeur à l'Ecole normale d'éducation physique. En 1936, il est entraîneur de l'Equipe de France aux JO de Berlin. Le parcours de Maurice Baquet est caractérisé par un va et vient incessant entre sa pratique d'athlète puis d'entraîneur et son activité d'enseignant. C'est probablement dans ce creuset que se forge une expérience qui le conduira à ne jamais séparer sport et éducation. Entre 1933 et 1935, il fait la connaissance de Jean Guimier qui, dira-til (1) l'a aidé à se dégager de la "technique pure". Jean Guimier, élève de la première promotion (1933-1935) de l'Ecole normale d'éducation physique où Maurice Baquet est chargé de cours, est, à l'époque, un militant engagé politiquement (à 20 ans, il avait adhéré au parti communiste français). En même temps, il participe aux activités de la Fédération sportive du travail (FST) qui va devenir, en 1934, la FSGT. Jean Guimier contribue à l'élaboration des projets sportifs du Front populaire dont la finalité est résumée ainsi par Léo Lagrange, soussecrétaire d'Etat à l'organisation des loisirs et des sports, dans son allocution radiodiffusée du 10juin 1936 : "Notre but, simple et humain, est de permettre aux masses de la jeunesse française de trouver dans la pratique des sports la joie et la santé et de construire une organisation des loisirs telle que les travailleurs puissent trouver une détente et une récompense à leur dur labeur. Dans les sports, nous devons choisir entre deux conceptions:

- la première se résume dans le sport spectacle et la pratique restreinte à un nombre relativement petit de privilégiés - selon la seconde conception, tout en ne négligeant pas le côté spectacle et la création du champion, c'est du côté des grandes masses qu'ilfaut porter le plus grand effort."
La rencontre de Maurice Baquet dans le contexte du Front populaire avec Jean Guimier et la FSGT va le conduire à intégrer pro-

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gressivement, dans sa vocation d'éducateur, la dimension militante de l'acteur citoyen engagé dans l'action, au-delà des objectifs d'ordre pédagogique. En 1937, il est directeur technique de l'Ecole normale d'éducation physique. A l'époque, la FSGT occupe une place importante dans le contexte sportif. C'est elle qui prend l'initiative d'organiser un stage de perfectionnement et d'entraînement d'athlètes qui, accepté par Léo Lagrange, est ouvert à l'Ecole normale d'éducation physique, en septembre 1937. Maurice Baquet va être le principal instructeur de ce premier cours d'éducateurs de la FSGT Pendant deux ans, 1937 et 1938, il donne à environ 70 auditeurs attentifs des notions élémentaires sur l'athlétisme, l'éducation physique, l'entraînement, l'anatomie, la physiologie, etc. 1939, comme tant d'autres Français, il est mobilisé une seconde fois. "La reprise de contacts avec de jeunes réservistes souvent sportifs, leurs confidences et leurs inquiétudes, me firent réfléchir et remémorèrent à mon esprit le souvenir de tant de jeunes camarades tués inutilement au cours de la première guerre mondiale" (1) Démobilisé, il reprend ses cours à l'Ecole normale d'éducation physique. Au cours des années 1940-1941, début de l'Occupation, une série de dispositions importantes sont décrétées par le Gouvernement de Vichy présidé par le Maréchal Pétain. Le 13 juillet 1940, est créé le Commissariat général à l'Education nationale et aux sports, rattaché au Secrétariat d'Etat à la Jeunesse et à la famille et confié à Jean Borotra. Le 20 décembre 1940, le Commissariat publie la Charte des sports qui constitue la loi "relative à l'organisation sportive" et vise à

concilier le principe d'autorité avec le maintien d'une large initiative
privée. Dans ce contexte de révolution nationale, selon l'idéologie pétainiste, les mots d'ordre sont hiérarchie et discipline. Les méthodes

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pédagogiques préconisent la défiance à l'égard de l'intellectualisme et la réhabilitation de la morale et des exercices physiques. L'Ecole supérieure d'éducation physique de Joinville cède la place au Collège national des moniteurs et athlètes d'Antibes. En 1941, l'ENEP devient l'Ecole nationale d'éducation physique et sportive et fonctionne à Paris. Ce changement de sigle est indicatif du passage de l'époque marquée par la méthode française (référence Demeny) à l'époque qui va officialiser la formulation "Education physique et sportive". Pour l'heure, en 1941, ce qui domine, c'est la méthode naturelle en référence à l'hébertisme imprégné de scoutisme et d'un style militaire pour la discipline. Maurice Baquet poursuit son activité orientée vers l'éducation sportive. En 1942, il publie son ouvrage (réédité dans cette publication) "Education sportive, initiation et entraînement". Sa conception met au centre non pas le sport en lui-même, mais l'importance du rôle de l'éducateur : "La grande difficulté pour le maître de sport, l'éducateur en général, qu'il soit moniteur, dirigeant ou même journaliste, est de faire en sorte que la pratique du sport conduise à appliquer en dehors de celui-ci des vertus développées par lui. Etre technicien ne suffit pas. Le problème consiste à trouver et à former des éducateurs plein d'enthousiasme et susceptibles d'agir tout à tour ou simultanément sur le corps, le caractère et l'esprit même des enfants. Sans dirigeant, sans maître capable et expérimenté, nulle réforme, nulle éducation ne peut réussir. " Maurice Baquet est présenté quelquefois comme l'auteur de la méthode sportive qui aurait pris progressivement le pas sur la méthode d'éducation physique non sportive. Or Maurice Baquet a toujours mis l'accent sur la notion d'éducation sportive.

XVII

En 1945 il devient directeur adjoint de l'INS, poste qu'il occuperajusqu'à sa retraite, en 1960. A la même date, il adhère à la FSGT. De 1947 à 1959, il écrit de nombreux articles dans la revue Héraclès, éditée de 1946 à 1950, dans la revue de l'INS et, à partir des années 50, dans les revues FSGT. "Répétons le, écrit-il en avril 1947 (Héraclès n013), le sport n'a de valeur formative qu'à la condition qu'enfants et adolescents y soient initiés et préparés par des éducateurs capables, faisant en sorte qu'il n'y ait, du fait de l'opposition des forces et des caractères, ni orgueil, ni vanité excessifs, ni haine, ni mépris, ni rancune chez les vainqueurs et les vaincus. Nous savons bien que le sport exaspère les passions, mais c'est à l'éducateur de les calmer, d'enseigner l'esprit du jeu et du sport et de montrer au futur citoyen la nécessité d'être honnête et de composer avec ses semblables. La séance d'éducation sportive a comme caractéristique la formation, l'initiation et l'orientation des adhérents à l'association. Elle vise: - à les débrouiller physiquement

- à les initier à la technique élémentaire des sports classiques et populaires - à les orienter vers la spécialité en rapport avec leurs aptitudes et leurs goûts

- à leur donner, en outre, le goût de l'effort et de la performance en respectant l'esprit du sport. "

tout

" Le sport est une forme supérieure du jeu, il se caractérise principalement par l'idée de lutte,. lutte contre soi-même (auto-émulation), lutte contre l'adversaire (compétition). D'où l'on peut en conclure qu'il n'y a pas de sport sans effet intense, sans émulation, ni compétition..." (N°l d'Héraclès, mars 1946). Revenant sur la méthode naturelle, il écrit: "Quoi qu'en pense G. Hébert qui a toujours dénigré le sport, j'estime que l'éducation sportive doit être placée au premier plan des activités qu'il faut offrir à la jeunesse. Malgré sa valeur incontestable, la méthode naturelle n'offre pas assez d'attrait à ses pratiquants..."

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En appui sur son expérience d'entraîneur, il a dégagé pour son époque, quelques grands principes de l'entraînement moderne: - travail continu, quotidien ou biquotidien avec alternance des efforts et importance du travail sur des sols et profils variés - répétition et fractionnement des efforts - importance du rythme d'exécution - importance au régime de vie, à l'alimentation, à la récupération par relaxation, massage, repos - précocité et individualisation de l'entraînement A partir de 1958, il participe aux travaux du Cercle d'étude central de la FSGT et contribue à la réflexion en s'impliquant dans des stages, les cours du soir et la commission fédérale d'athlétisme dont il devient président. "Je suis avec la FSGT pour une réforme du sport, car ce n'est pas ce dernier, mais sa commercialisation intensive qui en fait un élément de désagrégation morale et de corruption de la jeunesse. "(1) Dans une lettre adressée à Raymond Chanon qui fut son élève et participa, à ses côtés, à l'activité de la commission fédérale d'athlétisme de la FSGT, Maurice Baquet écrit, le 26 mai 1961 "Mon dévouement à la FSGT est la conséquence de la révélation, il y a une vingtaine d'années, d'un idéal que je ne soupçonnais qu'imparfaitement. Je ne peux m'étendre sur ce point, mais ceci explique pourquoi, bien qu'ayant une valeur d'entraîneur reconnue officiellement et par de nombreuses fédérations sportives spécialisées, on me tienne à présent à l'écart. La conspiration du silence à mon endroit, est bien
organisée. "

Cette conspiration du silence est l'une des conséquences de la guerre froide qui divise le monde en deux camps dans les années 1950-1960. Même si son activité reste ancrée dans la tradition de la culture physique ouvrière d'avant guerre, marquée par la période du Front populaire et de la Résistance, la FSGT est considérée comme faisant

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partie du camp communiste, rattaché à l'URSS et aux pays socialistes de l'Est. En 1952, le gouvernement décide de supprimer la subvention attribuée à la FSGT. Pendant 10 ans, une action persévérante sera menée pour obtenir du Conseil d'Etat l'annulation de cette décision gouvernementale. La FSGT sera rétablie dans ses droits à partir de 1965. Mais, au cours des années 1950-1960, ses militants et sportifs furent souvent victimes de discrimination. Ce fut le cas de Maurice Baquet. En 1964, âgé de 67 ans et étant à la retraite depuis quatre ans, il prend lui-même l'initiative d'une nouvelle mission en Algérie. "Après ma longue carrière, j'ai pris une retraite que je croyais bien méritée. Je viens de la quitter sur la demande de la Direction algérienne de la Jeunesse et des Sports qui désire me consulter sur différents problèmes, en particulier celui de la formation des cadres sportifs dont l'Algérie a grand besoin pour éduquer plusieurs millions de jeunes garçons et filles. " (extrait d'une interview à un journal algérien en juin 1964) Maurice Baquet va participer, durant une année, à une action directement sur le terrain en vue de l'élaboration d'un "projet d'organisation de l'éducation physique et du sport du futur citoyen de la République démocratique et populaire algérienne". Moins de deux ans après l'accession à l'indépendance, après huit années de guerre, l'Algérie est confrontée à de nombreux problèmes. Animé de son dévouement habituel et de son esprit militant désintéressé, Maurice Baquet va se lancer dans cette nouvelle expérience qui laissera des traces profondes dans les relations d'amitié et de solidarité avec les responsables sportifs algériens mais qui ne sera pas sans difficultés. Dans un texte en date du 14 juillet 1964 remis aux responsables algériens sur le thème "Définition des objectifs à atteindre en éducation physique et sportive", il écrit:

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"Observation préalable: Il s'agit de définir quel type d'homme (et de femme) algérien(ne) nous voulons et au service de quel genre de société nous devons leformer. L'apprentissage de la démocratie et de la pratique sociale commencera en Algérie dès l'enfance et l'adolescence. Pour sa réalisation, un moyen sera utilisé parmi d'autres: la passion de la jeunesse pour les exercices physiques et le sport. " Le 1er juin 1965, dans une lettre à Raymond Chanon, il écrit : "Je dois t'avouer que j'ai eu et que je continue d'avoir de très sérieuses difficultés de toutes natures. La superstructure de la République algérienne démocratique et populaire est en train de se créer. En sport, ils avancent à tâtons, dans un monde en gestation. Côté matériel, après quatre mois de séjour, je viens seulement de signer un contrat qui me permet juste de vivre. Je n'ai pas voulu obérer le budget algérien. Je me considère vivre au pair. En réalité, je n'ai encore rien touché. " Tel était Maurice Baquet. Rentré en France en juin 1965, il allait subitement décéder le 4 juillet 1965 à l'âge de 68 ans. La vie et la carrière de Maurice Baquet est celle d'un homme passionné, toujours en mouvement. Il fut athlète, entraîneur, éducateur, enseignant, dirigeant, militant. Une pensée sans cesse en interaction avec sa pratique. Une réflexion orientée vers le besoin d'apprendre et d'enseigner. Une volonté pour s'engager. Maurice Baquet connaissait bien la haute compétition de son époque. Il l'abordait avec l'attitude rigoureuse de l'éducateur. Il considérait le sport comme une "forme supérieure du jeu, une activité de synthèse qui sollicite l'être tout entier: corps, esprit, caractère, mais aussi sens moral et civique. " Pour Maurice Baquet le sport n'a jamais été une fin en soi car, dans ce cas, il y a le danger de glisser vers la course aux records et aux

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performances où l'homme devient un moyen au service de cette fin en soi. Partant d'une conception humaniste, il a toujours placé l'être humain au centre de ses préoccupations et fait du sport un moyen pour contribuer à son développement. Maurice Baquet n'a jamais séparé le sport des valeurs fondamentales qu'il s'agit de défendre. Il n'a jamais considéré le sport comme un espace neutre, autonome, c'est-à-dire indépendant des conditions de vie économiques et sociales. En ce sens, il fait partie des militants d'une conception éducative du sport. Son action a été, dans les conditions de son époque (de 1920 à 1960), celle d'un précurseur du chantier de la sportivisation des pratiques innovantes, en cherchant sans arrêt le lien entre théorie et pratique pour atteindre un but toujours humaniste. Maurice Baquet est mort deux années avant l'instauration des Instructions officielles de 1967 qui vont institutionnaliser la référence au sport comme moyen essentiel d'éducation physique. Son activité n'a jamais été exclusivement centrée sur l'enseignement. Il a travaillé à partir des pratiques sportives, en tant que pratiques sociales pour dégager de son expérience et de ses lectures, des idées pour fonder une conception de l'éducation sportive en phase avec l'évolution de son époque. En ce sens, il fait partie des praticiens qui ont cherché à innover pour élargir le champ éducatif dans le domaine des APS. Il a aussi participé, avant d'autres, au processus de sportivisation du milieu éducatif sans jamais s'éloigner des conditions à créer pour garantir les bases d'une culture sportive. C'est ainsi, qu'en 1950, il a participé, aux côtés de Joffre Dumazedier, aux travaux d'une commission nationale de culture sportive créée par Peuple et Culture qui a abouti à la publication de deux ouvrages "Regards neufs sur le sport" et "Regards neufs sur les Jeux olympiques". Mais cette amorce n'a pu être poursuivie. Il n'existe pas d'étude approfondie sur l'expérience et les travaux de Maurice Baquet dont la carrière bien remplie s'étend de 1920

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à 1965. Souhaitons que cette publication incite ceux qui voudraient entreprendre une telle recherche à s'y engager. Guillet 1998) René Moustard Coprésident de la FSGT

(1)

Extraits de textes publiés en 1970 dans la plaquette "Stages Maurice-Baquet"

Les Stages Maurice Baquet

Juillet 1965 Après avoir, au cimetière de Fresnes, accompagné Maurice Baquet vers sa dernière demeure, je rejoignis, à Sète, la cohorte d'une quinzaine de pionniers affrontés au défi de l'intégration d'un projet d'éducation sportive dans la vie d'une colonie de vacances. Il parut opportun de placer la tentative sous l'emblème de celui qui resterait, en dépit de l'absence, au regard des membres du Cercle d'étude de la F.S.G.T., une référence et un sujet de débats. Ainsi le « stage Maurice Baquet» advint à l'existence. Pourquoi le« STAGE MAURICE - BAQUET» ? Je remercie Pierre Arnaud de m'avoir encouragé à tenter un retour réflexif à propos de cet événement,. c'est à dire un fait auquel est venue aboutir une situation dont la finalité, l'orientation initiale, l'organisation, ne laissaient, en rien, prévoir ce qui allait marquer une époque d'innovation dans la pédagogie des activités physiques et sportives. Certes, la proposition de Pierre Arnaud fait courir de sérieux risques lorsque font défaut les compétences d'une bonne formation d'historien. Je me bornerai donc à évoquer des souvenirs dont, jusqu'à

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ce jour, je n'ai pas eu l'occasion de faire état.' En m'intéressant à l'avant du stage, je souhaite porter un éclairage sur les présupposés et les pré-requis de sa genèse; après quoi je me risquerai à en établir un bilan. Je m'efforcerai, pour ne pas en rester au témoignage incontrôlable, et, pour le lecteur soucieux de vérification, d'utiliser systématiquement la référence aux auteurs et aux acteurs qui ont contribué à l'élaboration du point de vue qui a finalement prévalu dans un contexte de débats conflictuels quant à la signification et au devenir du stage. Ce dont il sera question doit être entendu comme l'expression du point de vue d'un praticien, préoccupé d'adapter les contenus et les modalités des pratiques éducatives du sport aux transformations de la société.
Pierre Bourdieu, en analysant « la connaissance par corps»
Z.

nous permet de préciser en quoi cet essai d'effort réflexif ne devrait pas être assimilé à celui que des théoriciens ont mené ou mèneraient sur l'événement.

Pierre Bourdieu tient qu'à l'inverse des mondes scolastiques, certains univers, comme ceux du sport, de la musique ou de la danse, demandent un engagement pratique du corps, donc une mobilisation de l'« intelligence» corporelle, propre à déterminer une transformation, voire une inversion des hiérarchies ordinaires... Les entraîneurs sportifs cherchent des moyens efficaces de se faire entendre du corps, dans les situations, dont chacun a l'expérience, où l'on comprend d'une compréhension intellectuelle le geste à faire ou à ne pas faire, sans être en mesure de faire exactement ce que l'on a
Dans le cours même de l'événement, il m'est échu, de par la fonction de directeur du S.M.B., et de président du c.P.S. de la F.S.G.T, de prononcer des rapports introductifs ou conclusifs relatifs aux travaux du stage, de répondre à des entretiens, de participer à des rencontres et des débats. Des historiens ont étudié ces textes et développé des thèses sur les rapports de l'E.P.S. et de la F.S.G.T. Ce qui, ici, sera mentionné est à situer tout à fait en marge de ce contexte. 2 Bourdieu Pierre, Méditations pascaliennes, Seuil, Collection Liber, 1997, pp 165193.
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compris, faute d'être parvenu à une véritable compréhension par corps (p.172). De cette façon, en évoquant l'avant «stage Maurice - Baquet» nous tentons de décrire un processus de sédimentation d'éléments qui, de 1940 à 1965, auraient, croyons nous, contribué à la formation de ce qu'entend Pierre Bourdieu en posant «que les agents sociaux sont dotés d'habitus, inscrits dans les corps par les expériences passées» (p. 166). Selon l'auteur, ces manières d'être résultent d'une modification durable du corps opérée par l'éducation. L'habitus, comme système de disposition à être et à faire est une potentialité, un désir d'être qui, d'une certaine façon, cherche à créer les conditions de son accomplissement, donc à imposer les conditions les plus favorables à ce qu'il est. Sauf bouleversement important (un changement de position, par exemple) les conditions de sa formation sont aussi les conditions de sa réalisation (p.178).

Telle sera la démarche qui a semblé appropriée à l'élucidation du rôle de Maurice Baquet dans l'élaboration du point de vue en question. Périodisation de l'avant-stage
1941-19423 : création des Notes Techniques de l'E.N.E.P.S.

1945-1950 : contenu de la culture sportive contenu et pratique de la haute performance approfondissement du concept d'entraînement
1950-1956 : les stages de «type nouveau»,
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1942 : année de la parution de : Education Sportive. InitiationEt Entraînement.

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la technique n'est pas neutre; formation des cadres de la F.S.G.T., organisation omnisports. les sections-enfants, proposition des enseignants « techniciens », adhérents ou collaborateurs du Cercle d'étude central de la F.S.G.T. 1956-1965 : la formation à l'E.N.s.E.P. : l'enseignant E.P.S ? un éducateur physique en appui sur l'expertise dans une discipline sportive. l'Amicale des Anciens Elèves des E.N.S.E.P. organise un stage sur le thème: les jeux sportifs collectifs, moyens de l'éducation physique.

1941-1942 Maurice Baquet: l'initiation sportive, voie l'intégration du sport dans l'éducation physique de base.

de

En 1942, à Paris, Maurice Baquet enseigne à l'Ecole Nationale

d'Education Physique et Sportive 4 où je prépare le concours du
C.A.P.E.P.S. L'année précédente (1940-1941), avec ceux de ma promotion, séjournants de la «zone libre», convoqués au Collège National d'Antibes, nous y avions côtoyé les athlètes et les moniteurs en formation à l'enseignement de la Doctrine Nationale. Trois d'entre nous ont intégré la sélection des démonstrateurs qui, selon la tradition de l'Ecole de Joinville, débutaient leur prestation par un défilé, au pas cadencé, en chantant: Gloire au Sport! Paradoxalement, la Doctrine Nationale, contenu de notre formation, comportait l'étude du pamphlet de G.Hébert : Le Sport contre l'Education Physique!
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Sous le gouvernement de VICHY, en janvier 1941, L'ecole Normale d'Education Physique, créée en 1933, devient: L'Ecole Nationale d'Education Physique et Sportive. L'Ecole Superieure d'E.P.de Joinville devient le College National de Moniteurs et d'Athletes d'Antibes.

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Dans ce contexte particulier de la «Révolution Nationale», l'ouvrage et l'enseignement de Maurice Baquet, dépassant la juxtaposition antithétique: Méthode Naturelle I Sport, nous apportèrent l'articulation qui répondait à notre besoin de cohérence théorique et pratique. Nous en dégagions les éléments constitutifs d'un manifeste. La référence à son ouvrage permet d'en rappeler les grandes lignes:

Le Sport a des Vertus, mais des Vertus qui s'enseignent! 1. Un idéal: l'Homme beau, bon et brave (p.14),
maIS,

(p 13).

il importe de bien se connaître et ne pas se fixer un idéal au dessus de ses moyens; voilà l'essentiel (p.26). 2. Une stratégie: - sens, goût et habitude de l'effort (p.l?).
- seul, l'effort méthodique et dosé est éducatif (p.2l).

- obéir et commander (p.28). - école de discipline individuelle et collective (p.13). - esprit de mesure et harmonie (p.l?). 3. Des principes: - préconiser l'initiation à la compétition (p.25). - envisager un dualisme créateur d'équilibre: il s'agit d'exalter l'individu, de développer sa personnalité (sports individuels) et de le soumettre à une règle, celle de l'équipe, du groupe ou du club (p.18). 4. Des procédés: - l'initiation sportive, prolongement normal de l'Education Physique de base (p.53). - comparaison d'une leçon d'Education Physique, - entraînement généralisé - et d'une séance d'initiation sportive,- entraînement spécialisé - (p.52 à 61).

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5. un modèle de praticien: - l'éducateur sportif, tout comme l'arbitre, est une conscience qui s'impose et doit rappeler à l'ordre les enfants, les joueurs, le public même (p.ll) - être technicien ne suffit pas. Le problème consiste à trouver et à former des éducateurs pleins d'enthousiasme et susceptibles d'agir, tour à tour ou simultanément, sur le corps, le caractère et l'esprit même des enfants (p.13). - tout éducateur doit donc arriver à dégager par quel processus l'Education Sportive peut aider à la formation de l'individu (p.20). - pour appliquer cette pédagogie sur le stade, laquelle s'inspire autant des philosophes antiques que de nos Rabelais, Montaigne et Rousseau, il importe de choisir et de former des éducateurs possédant le sens des besoins de la jeunesse. La connaissance de celle-ci et de ses tendances, jointe au savoir technique, doit leur donner la compréhension de ce qu'il faut faire afin de contribuer à augmenter le bonheur humain (p.22). 6. Le technicien: quelle compétence? la technique d'un geste doit reposer sur des bases solides qui sont, d'une part, les données fournies par les lois mécaniques et physiques appliquées au corps humain; d'autre part, la nature même du sujet, c'est-à-dire ses qualités physiques et physiologiques, sa structure, son tempérament, sa mentalité, son intelligence même (p.30). Il convient de: - enseigner le processus suivant: démontrer :notion de forme exécuter globalement analyser et décomposer exécution synthétique :notion de rythme (p.32) - faire des observations ou des déductions judicieuses et connaître : la ou les techniques de la spécialité, les règlements en vigueur, la physiologie et l'anatomie appliquées aux exercices physiques, le mécanisme des mouvements et des forces en présence, la structure, la valeur physique, morale et

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intellectuelle du sujet à perfectionner (p.35) 7. La position de principe: Le Sport se conçoit en prolongement de l'Education Physique de base. Enoncée en 1907 par G. Démeny, acteur principal de l'élaboration du Cours Supérieur d'E.P., elle paraît, pour Maurice Baquet, encore indiscutable au regard de l'ouverture annoncée par la nouvelle formulation:
« Education Physique et Sportive ».

Sur le plan doctrinal G. Démeny ne doute pas: deux systèmes d'éducation sont en présence: la méthode sportive et la méthode scientifique.5 Pourquoi la méthode scientifique? Parce que les systèmes actuels sont incomplets et conventionnels. Les écoles supérieures d'éducation physique se créent, elles corrigeront, après un contrôle judicieux, au-dessus des opinions et des intérêts, ce que ces méthodes peuvent avoir d'incertain et d'empirique. Et qu'attendre de la méthode sportive? D'autres auteurs comprennent l'éducation physique en gentilshommes, en cela nous les approuvons, le perfectionnement humain est inséparable des grandes qualités morales. Développer mécaniquement l'homme sans lui donner ces qualités c'est résoudre à moitié le problème. Mais, on ne résout pas seulement avec des discours les difficiles problèmes de l'éducation et, pour ce faire, G. Démeny se prononce pour un éclectisme nuancé. Ne peut-on, sans rien exagérer, rester dans un juste milieu,. n'est-il pas vrai qu'une technique plus sûre doive faire acquérir plus rapidement la force et la vigueur, ce qui n'empêche pas d'utiliser cette vigueur au mieux en la mettant au service du gentilhomme? Traitant de l'Evolution de l'Education Physique, dans l'Ecole française, (L.Fournier, Paris, 1921, pA2), cet auteur justifie le bien fondé de ses travaux: Comme dans tous les arts et dans toutes les industries, la connaissance exacte de l'être humain sera la conséquence même de la
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G. Démeny. Les bases scientifiques de ['éducation physique. F Alcan. Paris. 1920, pp.325-327.

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pratique et des combinaisons infinies dans lesquelles les procédés d'éducation et l'entraînement aux exercices de toutes sortes mettront notre organisme à l'épreuve et nous permettront d'en constater les bons et les mauvais effets. G. Démeny étudiera donc des sujets d'élite rassemblés à Joinville; des moniteurs de sociétés de gymnastique; des sujets pathologiques. Ses travaux comporteront des recherches sur les effets de l'entraînement chez l'homme ainsi que des études consacrées à élucider les lois de la meilleure utilisation de la force musculaire. De fait, le Cours Supérieur d'Education Physique sera conçu pour un éducateur doublé d'un physiologiste. Il comportera un plan d'étude bien net et suffisamment vaste pour être le point de départ d'un art nouveau, la pédagogie de l'éducation physique, établi sur la connaissance des effets du mouvement en vue du perfectionnement de l'homme.

Au lieu d'être un simple virtuose, l'instructeur doit, avec une capacité physique réelle, connaître les résultats de l'exercice, afin de choisir les moyens appropriés et pour cela, sa valeur morale et pédagogique est indispensable. Son influence sur l'élève s'exerce par son intelligence et sa volonté; il doit être un professeur d'énergie et, en même temps un professeur d'économie de la force. Il doit savoir donner la compréhension de l'effort et éveiller la sensation de l'effort bien accompli. Ces qualités se rencontrent souvent plus chez des sujets de force moyenne que chez des sujets extraordinaires gâtés par les succès et peu enclins à l'apostolat. 6

Il s'en suivra un modèle d'enseignant plus proche du moniteur d'une section de gymnastique (USGF) que de l'entraîneur de l'athlète (USFSA).

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Cité par P. Lehalle, in L'Harmonie du mouvement, A. Legrand, 1952, p. 89.

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Par contre, dans le contexte des années 40, nous appréciâmes l'association, en Maurice Baquet, d'une Personnalité de l'Education Physique (de par sa formation au Cours Supérieur d'EP.) et d'un expert du haut niveau des pratiques sportives de l'époque. Il illustrait le modèle du praticien qui, en appui sur la tradition, s'adapte aux temps nouveaux, manifestant ainsi des capacités enviables d'innovation. L'apport novateur, nous le voyions dans sa conception de l'initiation sportive, composante de l'éducation physique de base, interface avec les pratiques sportives de l'époque: « il est bon, affirme-t'il, que l'initiation sportive commence à l'âge de dix ans, car il ne s'agit pas, comme certains l'entendent, de favoriser exclusivement la compétition (p.50). Initier l'enfant à un sport, c'est d'abord lui apprendre la forme des gestes à exécuter, c'est à dire la technique (ibid). Ces habitudes, ces automatismes, ne s'improvisent pas à 18 ou

20 ans, ils se créent dès le plus jeune âge. » (ibid).
Toutefois, Maurice Baquet introduit une distinction entre l'initiation sportive et l'initiation à la compétition. « La compétition a sa valeur. Elle permet de se connaître, de se mesurer et d'améliorer courage et volonté (p.260). Cependant nous ne sommes pas tous doués pour la compétition sévère etfréquente. Question de mesure là encore (ibid). L'éducateur a le devoir d'interdire à ses élèves la participation à des épreuves ou compétitions élémentaires s'ils n'ont pas subi le développement corporel de base (ibid). D'une manière générale, il ne les autorise qu'autant qu'ils ont subi l'initiation sportive à une spécialité déterminée et qu'ils ont reçu l'avis favorable du médecin ». En définitive, «ces formes d'activités, séparées par un entracte, Geux sensoriels et chants), devaient constituer l'ossature d'un après - midi de plein air» (p.53).

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Telle fut la réponse à notre question: que faire, avec une classe d'élèves, pendant les trois heures d'éducation générale? passées sur un stade? Il nous faut préciser comment cet ensemble de notions idéologiques, théoriques et pratiques, avaient reçu notre adhésion. Pour cela, nous rappellerons l'attrait des épreuves du concours d'entrée à l'ENEP, en vigueur en 1940, pour les élèves des Ecoles Normales d'Instituteurs (et Institutrices). Dans le cours des trois années d'études des ENI, il fallait obtenir le Certificat d'aptitude à l'enseignement de l'éducation physique (degré élémentaire). Nanti du Brevet Supérieur, il était possible de préparer, dans un Institut Régional d'Education Physique, le concours d'entrée à l'ENEP d'alors. L'admissibilité comportait trois écrits: anatomie; physiologie; pédagogie. L'admission était acquise à qui avait une bonne expérience de pratiquant dans une société de gymnastique et dont le profil correspondait au modèle d'éducateur prescrit par G. Démeny. Une épreuve de direction d'une leçon d'éducation physique et d'animation d'un jeu permettait au jury d'évaluer l'adéquation du candidat aux caractéristiques du modèle consacré par la tradition. En définitive, pour les candidats issus des E.N.!., la formation au professorat d'E.P. durait au moins six ans! La promotion 1940 - 1942 comprenait une majorité de ces candidats, désireux de participer, à leur manière, à l'orientation novatrice préconisée par Maurice Baquet. En appui sur une conséquente formation pratique à l'enseignement, nous voulions mettre en débat ce que nous prévoyions de faire, une fois admis dans la profession. A cet effet nous avons créé: «LES NOTES TECHNIQUES de l'ENEPS ». Cette initiative aboutira, en 1950, à la création de la revue «EDUCATION PHYSIQUE et SPORTIVE », sous l'égide de l'Amicale des Anciens Elèves de l'ENSEP.

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Le gouvernement de Vichy avait prescrit 5 heures hebdomadaires d'éducation, dite générale, pour la formation d'une jeunesse dans l'esprit de la «révolution nationale ».

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Intuitivement, nous entrions dans le processus de sportivisation du recrutement et de la formation des enseignants d'EPS, ce que s'efforcera de promouvoir, dès 1945, l'ENSEP. Au terme de l'évocation de la période 1941-1942, la question peut se poser de l'opportunité d'en rappeler tel ou tel trait dominant pour motiver l'attribution «Maurice Baquet» au stage programmé à Sète. En l'espèce, n'était-ce pas suivre la tradition de Joinville, de réserver à des stades, des gymnases, des piscines, voire des salles de cours, l'affectation de noms de sportifs que l'on honorerait ainsi? C'est, à l'évidence, pour une part, ce que nous souhaitions exprimer dans le prolongement des obsèques de Maurice Baquet. Mais, d'autre part, et quant au fond, nous voulions faire référence à sa démarche de praticien novateur, plutôt qu'au contenu de l'ouvrage qu'il avait publié en 1942. Par définition, l'activité du praticien novateur frappe d'obsolescence les propositions ayant assumé, à un moment daté, la fonction de transformation des pratiques dominantes.8 Nous verrons, plus avant, comment Maurice Baquet a contribué au dépassement de ce qu'il avait publié en 1942. Il n'était donc pas envisagé d'importer dans la vie de la colonie « Gai soleil », l'initiation sportive au sens d'apprentissage des techniques sportives. La scolarisation de cet enseignement, énoncée dans l'ouvrage de Maurice Baquet., certes devenue obsolète en 1965, était, de surcroît, non pertinente avec l'application des méthodes des CEMEA, en charge de la formation des moniteurs de colonie de vacances. Toutefois, conduire sur des installations sportives, des groupes de jeunes «colons », encadrés par leurs «moniteurs », c'était chercher comment dépasser, le niveau « cour de récréation» de la pratique des activités proposées.

La thèse de J. Marsenach: Les Pratiques Pédagogiques des Enseignants d'Education Physique. TRADITION? INNOVATION?, suggère de prendre la décennie comme unité de mesure de la durée d'un changement ayant le statut d'innovation.

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XXXIV

Par exemple, l'activité attendue des enfants, nageurs dans la piscine, devait être d'une autre facture que celle manifestée par leurs comportements ludiques observables à la baignade en mer. 1945-1950. Le chantier de la sportivisation: Maurice Baquet; la Commission Nationale de Culture Sportive; la collaboration avec la FSG T E. Frézot; l'Amicale des Entraîneurs de Basket. Pratique et Théorie de l'entraînement. Réunis, en 1944, au sein du Comité de Libération, des hommes passionnés de sport et d'éducation rêvent de fonder un Mouvement national: «les camarades du stade ». Ils organisent, en 1946, le Congrès National des Sports. Autant d'essais chimériques auxquels succède, dans le cadre de
« Peuple et Culture », la création d'une commission

nationale de cul-

ture sportive L'habitus n'est aucunement le sujet isolé, égoïste et calculateur de la tradition utilitariste et des économistes (avec, à leur suite, les « individualistes méthodologiques »). Il est le lieu des solidarités durables, des fidélités incoercibles parce que fondées sur des lois et des liens incorporés, celles de l'esprit de corps... adhésion viscérale d'un corps socialisé au corps social qui l'a fait et avec lequel il fait corps. Pierre Bourdieu (o.c.p.173). Dans ce contexte, Maurice Baquet va développer ses propres expériences et ses propres idées. En 1950, il co-signe, avec Joffre Dumazedier, le contenu des réflexions consacrées à l'entraînement sportif, publié dans « REGARDS NEUFS SUR LE SPORT >/, Retenons-en des éléments qui prendront place, en 1951, dans le compte-rendu d'un stage deformation d'entraîneurs de basket10,et, en
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Regards neufs sur le sport, Moyen de culture, Collection Peuple et Culture Editions R. Mérand, «Stages de type nouveau », La Vie de la ES.a.T, n° 110, 1951.

du Seuil, 1950.
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xxxv
1965, dans le projet d'intégration de l'éducation sportive dans la vie de la colonie « Gai Soleil ». A la menace du triomphe de l'attraction sportive, de l'exhibition rémunératrice, du sport spectacle, du sport commerce (o.c.p.4?)J1, est opposé un projet de défense du Sport, «divertissement sam, centre d'intérêt culturel, moyen d'éducation complète (o.c.p.222). Pour les militants de «Peuple et Culture », la pratique du sport est une condition nécessaire, mais insuffisante pour révéler au sportif toutes les ressources humanitaires du sport. Une culture sportive s'impose f...] (o.c.p.222). A l'encontre des utopies de la culture sportive, car le sport n'est ni une religion, ni une morale, ni une doctrine sociale, ... en soi, il n'est pas noble,. il peut servir l'argen t...etc (p.30), la culture sportive est alors décrite dans sa réalité. Comment articuler ce qui est de l'ordre des principes et ce qui rendrait réelles pour tous «les vertus éducatives» que certains se contentent de chanter? (p.?). Si l'on veut que les «vertus éducatives» du sport soient réelles pour des millions d'hommes dans une société où tout conspire contre elles, il serait temps d'employer les moyens d'une éducation appropriée. Il serait temps que tous les professeurs d'éducation physique se persuadent que la recherche de la qualité de médecin - gymnaste ne fait pas faire un pas, ni vers un contenu réel de culture sportive, ni vers une méthode
R. Vimard, dans le chapitre: Sport et civilisation, évoque «un témoignage très curieux qui nous est apporté en cette matière par le journaliste le plus compétent, par le leader en France du sport d'affaire; dans le numéro de l'Equipe du 5 novembre 1949 ce spécialiste de l'exploitation commerciale du sport s'exprime ainsi au terme de son enquête aux Etats-Unis: «chez nous en (France), on confère au sport un rôle noble. On prêche ses vertus morales. On vante gravement sa portée sociale. Il nous semble toujours que le mélange de l'argent aux jeux du stade soit un motif de corruption. Aux Etats-Unis il paraît simple que distraire soit un métier... L'individu américain veut échapper à ses préoccupations, rire, se détendre et s'il trouve de l'intérêt à un championnat de poussage de barbe, il ne cherchera pas à savoir si une telle manifestation sert la cause de l'humanité» (p.47).
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