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Histoire du golf en France

De
276 pages
Les conditions d'apparition et de développement du golf sur le territoire français au XIXème siècle restent méconnues. Cet ouvrage se propose d'éclairer ses années pionnières, de la naissance du premier club à Pau en 1856 à la Seconde Guerre mondiale. Dans une perspective mêlant histoire culturelle, sociale, géographique et institutionnelle, voici restituée l'atmosphère particulière de cette pratique sportive mondaine qui se distingue à bien des égards des évolutions qu'ont connues les autres sports.
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Histoire du golf en France

















Collection "Espaces et Temps du Sport"
dirigée par Jean Saint-Martin et Thierry Terret



Le phénomène sportif a envahi la planète. Il
participe de tous les problèmes de société, qu'ils soient
politiques, éducatifs, sociaux, culturels, juridiques ou
démographiques. Mais l'unité apparente du sport cache mal
une diversité aussi réelle que troublante : si le sport s'est
diffusé dans le temps et dans l'espace, s'il est devenu un
instrument d'acculturation des peuples, il est aussi marqué
par des singularités locales, régionales, nationales. Le sport
n'est pas éternel ni d'une essence trans-historique, il porte
la marque des temps et des lieux de sa pratique. C'est bien
ce que suggèrent les nombreuses analyses dont il est l'objet
dans cette collection créée par Pierre Arnaud qui ouvre un
nouveau terrain d'aventures pour les sciences sociales.





Dernières parutions

Jean-Yves GUILLAIN, Histoire du golf en France (1856-1939)
Volume 2, Le temps de l’institutionnalisation, 2013.
Laurence MUNOZ et Jan TOLLENEER, L’Église, le sport et l’Europe,
La Fédération internationale catholique d’éducation physique (FICEP)
à l’épreuve du temps (1911-2011), 2011.
Philippe GASTAUD, Sports et mouvements de jeunesse catholiques en
Guadeloupe au XXe siècle. Histoire de l'identité créole, 2010.
Guillaume ROBIN, Les sportifs ouvriers allemands face au nazisme
(1919-1933), 2010.
Florian LEBRETON, Cultures urbaines et sportives « alternatives ».
Socio-anthropologie de l'urbanité ludique, 2010.
L. MUNOZ, G. LECOCQ (dir.), Des patronages aux associations; 2009.
Xavier GARNOTEL, Le peloton cycliste. Ethnologie d’une culture
sportive, 2009.

Jean-Yves GUILLAIN



Histoire du golf en France


Naissance et essor
d’une pratique sportive mondaine
(1856-1939)

Volume 1

Le temps des pionniers








Ouvrages de l’auteur :

Quand le sport s’affiche. Affiches publicitaires et
représentations du sport en France dans l’entre-deux-
guerres (1918-1939), Biarritz, Atlantica, 2008.
Art & Olympisme, Histoire du concours de peinture,
Paris, Atlantica / musée national du Sport, coll. Sport et
Mémoire, 2004.
Badminton, an Illustrated History, Paris, Publibook, 2004.
L’histoire du badminton. Du jeu de volant au sport
olympique, Paris, Publibook, 2002.
La Coupe du monde de football, l'œuvre de Jules Rimet,
Paris, Amphora, 1998.










Illustration de couverture :
Arnaud Massy à Biarritz, carte postale, coll. Archives Golf de Biarritz (C)AGdB/DR
L'Harmattan, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-29349-3
EAN : 9782336293493




Pour Audrey


Introduction



Le golf, en France, est un sport aujourd’hui bien
établi. Fort de ses 420.000 licenciés, dont le nombre a
doublé en 20 ans, la Fédération Française de Golf
(FFGolf) s’affirme désormais comme la septième
1fédération unisport de France . La progression annuelle du
nombre de ses pratiquants se structure autour de la
création de golfs publics, du développement du golf
2d’entreprise et d’une politique de diversification et de
rajeunissement des publics. Pour démocratiser sa pratique,
la fédération soutient le développement de golfs compacts
urbains de 9 trous. Sa politique en faveur du golf scolaire
est également très active. Une cinquantaine de comités
départementaux golf ont conventionné avec les inspections
académiques pour mettre en place les conditions d’une
pratique du golf en EPS avec des dotations et fournitures
de matériel adapté, une aide à la formation des maîtres, la
délivrance de licences gratuites ou la mise à disposition
d’une documentation pédagogique. Dans le secondaire, les
relations conventionnelles établies avec l’UNSS
permettent un développement du jeu dans les associations
sportives d’établissements. Au niveau universitaire, les
relations s’établissent surtout avec la FFSportU pour le
championnat de France Elite et le championnat du monde
universitaire.

1 Recensement réalisé par la Mission des Etudes, de l'Observation et
des Statistiques, auprès des fédérations sportives agréées par le
ministère des Sports, juin 2012.
2 Le golf corporatif représente en 2012 près de 10% des licenciés.
9
D’un point de vue économique, la filière golf
représente un chiffre d’affaires de l’ordre de 1,5 milliard
1d’euros, 13.000 employés et plus de 1.200 entreprises .
Près de 8 .000 de ces emplois sont directement liés à
l’exploitation des parcours des golfs. Il s’agit d’empois
stables géographiquement et qui représentent un débouché
important pour les personnels non qualifiés puisque 40%
des employés n’ont pas le Bac. Enfin, l’activité des golfs
s’inscrit dans une démarche écologique et de
développement durable, de préservation de la ressource en
eau et de la biodiversité avec la signature de la Charte sur
l’Eau en 2006 et d’une convention pluriannuelle avec le
Muséum National d’Histoire Naturelle en 2007.
Mais le potentiel de progression du golf est encore
2fort, notamment du côté des femmes et des touristes férus
3de golf. Avec ses 670 terrains, dont près de 300
accueillent des touristes, la France dispose en effet
d’atouts considérables pour attirer cette clientèle
touristique étrangère à haute valeur ajoutée. Elle ne figure
pourtant pas aujourd’hui parmi les grandes destinations
golfiques internationales, contrairement au Portugal, à
l’Espagne ou aux Iles Britanniques. La désignation de la
France pour organiser la Ryder Cup en 2018 peut changer
la donne et constitue de fait une formidable opportunité
pour démontrer à l’international que la France est une terre
de golf attractive. Le retour du golf au programme

1 BIPE, Le poids économique du golf en France, rapport final, Issy-
les-Moulineaux, octobre 2007.
2 Celles-ci ne représentent que 30% du total de licenciés.
3 On estime le nombre de golfeurs à plus de 65 millions dans le
monde, dont 8 millions qui voyagent régulièrement à l’étranger pour
découvrir de nouveaux parcours (Atout France, Golf et tourisme. Etat
du marché et potentiel de développement, Editions Atout France, Coll.
Ingénierie et développement touristique, 2012).
10
olympique en 2016 à Rio devrait également contribuer à
accroître le nombre de pratiquants et de parcours en
France.

Alors que la Fédération Française de Golf a fêté
ses 100 ans en 2012, et en dépit son poids sportif,
économique et médiatique, le golf n’a pourtant guère
incité les historiens à se pencher profondément sur les
conditions d’apparition et d’essor de cette pratique
corporelle en France. Aucune thèse n’a été soutenue et
aucun article dans une revue académique n’a été publié à
ce jour sur ce thème. Au niveau des ouvrages, s’il existe
1de nombreuses monographies de club, les travaux
généraux sur l’histoire du golf en France restent minimes
et partiels. Il s’agit le plus souvent de compilations de faits
et d’anecdotes déjà connus, non problématisées et non
contextualisées. Les approches chronologiques se
contentent généralement de répertorier les grands jalons de
l’essor du golf en France (Georges Janneau, Le Golf en
France. Quelques siècles d’histoire, 1999 ; Georges
Janneau, 2002. Le livre du centenaire, 2012). Les autres
ouvrages dignes d’intérêt (Alain Bocquet, Le Golf des
origines à nos jours, 1988), André-Jean Lafaurie, Le Golf,
son histoire de 1304 à nos jours, 1988) adoptent une
approche thématique – histoire, matériels, champions,
parcours, compétitions, golf féminin, etc. – qui rend
difficile la compréhension des conditions d’émergence et
de développement au cours du temps de la pratique
golfique. Quelques travaux plus fouillés éclairent
pertinemment l’histoire précise de tel ou tel événement, de
2tel ou tel champion .

1 Cf. élément bibliographiques du volume 2.
2 Voir notamment : Jeanneau Georges, Le golf et les Jeux olympiques,
FFGolf, 2003 ; Jeanneau Georges, Les chemins de la liberté. Variation

11
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RQFHUQ TXL FH HQ QRWDPPHQW IUV QoDL ROI GX O?KLVWRLUHclimatiques et balnéaires, où le golf est souvent mal
compris, voire décrié, sans arrêter pour autant son
irrésistible progression.
Le jeu de golf reste, entre 1856 à 1939, une
pratique encore confidentielle et élitiste, même si la presse
spécialisée évoque le nombre de 90.000 joueurs
permanents ou occasionnels à la fin des années 1930.
Depuis son émergence en France, la discipline a ses règles
d’intégration, son étiquette de jeu, ses adeptes, sa forme de
sociabilité, son matériel et tenues spécifiques, ses propres
débats internes, ses modèles (étrangers) de
développement, ses techniques d’enseignement, ses
règlements, etc.. Tous les thèmes précités auraient mérité
d’être finement étudiés afin que le pratiquant de golf
d’aujourd’hui, comme le simple passionné d’histoire ou de
sport, soit à même de mieux connaître les racines et
spécificités institutionnelles du jeu.

Dans le cadre d’une approche chronologique,
l’histoire du golf que propose le présent ouvrage recouvre
quatre axes majeurs de recherche. D’abord, une
« géographie historique » à travers l’étude des conditions
et modalités d’apparition et de fonctionnement de la
centaine de clubs de golf apparus au cours de la période
étudiée : il importe en effet de connaître en détail les
territoires et villes d’émergence de ces premiers parcours
pour être à même d’apprécier les motivations des
initiateurs, les soutiens dont ils ont bénéficié (notamment
de la part des acteurs politiques et économiques locaux), le
profil de pratiquants habituels ou occasionnels ou encore
l’impact des parcours construits sur l’aménagement des
territoires. Ensuite, une « histoire institutionnelle » passant
en vue la structuration de la discipline tant au plan de
l’organisation interne des Golf-Club que de la lente
émergence d’une organisation fédérale nationale. Par
13
ailleurs, une « histoire sociale et culturelle » de la
discipline mettant en lumière aussi bien l’origine des
fondateurs du golf en France que les milieux
d’appartenance des joueurs et la place spécifique, mais
néanmoins prégnante, du golf féminin. Enfin, une
« histoire sportive » proprement dit, qu’il s’agisse de
l’apparition des premiers matches de club, de la création
de grandes compétitions « internationales » susceptibles
d’attirer les meilleurs joueurs ou de la naissance et de
l’influence des premiers champions français : sous cet
angle, il est possible de mieux comprendre la dynamique
de diffusion et de médiatisation du jeu de golf tout au long
du quasi siècle étudié.

Le grand golfeur Jack Nicklaus rappelait que « le
défi du golf, c’est d’accepter d’être imparfait » : Il en est
de même de l’histoire du sport. Compte tenu de l’ampleur
des quatre thématiques précitées, d’autres sujets n’ont été
qu’effleurés, comme la transformation des techniques
d’enseignement, l’évolution de l’équipement et des tenues
vestimentaires, la préparation physique et mentale et
l’évolution des règlements. Les choix ainsi effectués
offrent ainsi de belles et nouvelles perspectives de
recherche à tous ceux qui souhaiteront compléter le
présent travail dont le fil rouge consiste à identifier les
différences et points communs entre le golf et les autres
activités sportives : rôle des Britanniques, origines sociales
des dirigeants et joueurs, audience médiatique du jeu,
processus d’institutionnalisation, participation féminine,
débats autour de la question du professionnalisme ou de la
« spectacularisation » du sport, etc. La conclusion de cet
ouvrage rend compte précisément et longuement des
décalages, notamment chronologiques, entre l’univers
golfique et les autres sports sur tous ces points. Les
14
spécificités du golf, à maints égards, y apparaissent
patentes.
D’un point de vue méthodologique, ce travail s’est
appuyé principalement sur les archives des clubs étudiés
(du moins lorsqu’elles existaient) et sur une analyse
exhaustive de la presse de l’époque – journaux,
magazines, revues -, qu’elle soit française ou étrangère,
nationale ou locale, générale ou spécialisée. Ces fonds ont
permis de largement compenser, d’une part, la quasi
inexistence d’archives fédérales pour la période étudiée
(notamment antérieure à 1914), d’autre part,
l’impossibilité logistique d’accéder à l’ensemble des
archives municipales potentiellement concernées.
L’ensemble des ouvrages sur le golf écrits par des joueurs,
des dirigeants ou des observateurs avertis entre 1890 et
1939 a par ailleurs été exploité. Enfin, ce travail s’appuie
1sur d’importantes archives iconographiques , variées et le
plus souvent inédites. Ainsi, texte et témoignages illustrés
se complètent et se renforcent pour permettre au lecteur de
mieux « visualiser » les espaces et temps de cette pratique
èmesportive mondaine entre le milieu du XIX siècle et la
Seconde Guerre mondiale.



1 Nos remerciements vont à tous les dirigeants de club, aux
collectionneurs et passionnés de l’histoire du golf qui ont collaboré à
cette quête iconographique, et tout particulièrement à Martine
Bidegain, Raphaël Rossoni, André Dartiguepeyrou, Gérard Bourge,
Sébastien Laffage-Cosnier, Lydie Ballerat et Antoine Monfort.
15

Chapitre 1
Le temps des origines.
De l’émergence du golf



Retracer l’histoire du golf en France passe
préalablement par un examen des racines possibles de ce
jeu. En effet, si le golf prend son envol en France au
ème milieu du XIX siècle avec la fondation du Pau Golf
Club, sa pratique, sous une forme ou une autre, est bien
plus ancienne. Mais où a-t-il pris naissance ? Qui l’a
inventé ? Comment s’est-il diffusé ? Bien entendu, les
Ecossais refusent toute autre forme d’interprétation qui
viserait à leur dénier l’acte fondateur du jeu de golf. L’un
des premiers défenseurs de cette théorie, le révérend Kerr,
œuvrant à son ministère dans l’église de Dirleton (North
Berwick, Ecosse), affirme clairement au milieu des années
1890 que « le putting (c’est-à-dire le fait de pousser une
balle dans un trou), qui est la caractéristique majeure du
golf, et qui le différencie de tant d'autres jeux avec clubs et
balles, n’a été en aucune manière une idée empruntée,
mais une idée originale », et que l’Écosse, « à qui revient
le mérite du développement du golf avant que le reste du
monde ne soit venu pour le considérer comme digne
d'adoption universelle, peut aussi être créditée de l’avoir
doté de ces caractéristiques originelles qu'il n'a jamais
1complètement perdues » .
On trouve quelques années plus tard la même ligne
de défense chez les historiens du golf Hilton et Smith pour

1 John Kerr, The Golf Book of East Lothian, Edinburgh, T. & A.
Constable, 1896. Trad. de l’Aut.
17
lesquels « le golf est un pur produit écossais. Au-delà des
preuves évidentes disponibles, littéraires et illustrées, qui
s’opposent entièrement à une origine hollandaise ou d’un
autre pays du continent, le jeu est intrinsèquement
1écossais » .
Pourtant, depuis longtemps, d’autres hypothèses
sont avancées, allant d’une origine française à une source
chinoise ou hollandaise. La revue Tennis & Golf évoque
en 1937 cette dernière piste, compte tenu du fait que de
nombreux rapprochements peuvent être faits entre l’actuel
golf et le vieux jeu hollandais connu sous le nom de
« kolf ». Elle reprend en fait un article de Brongers qui,
s’appuyant sur les représentations d’anciennes céramiques
de Delft, datant de 1650 à 1750, constate qu’avec ce jeu de
kolf, « les Hollandais pratiquèrent un jeu qui pouvait être
rapproché du golf actuel… La vieille Hollande a joué un
rôle de première importance dans le développement d’un
2jeu dont la prodigieuse vogue s’accroît de jour en jour » .
Cependant, la question reste non tranchée pour ce
chercheur : « Hollande ou Ecosse ? La question demeure.
Je crains qu’il ne soit jamais possible de la résoudre
3d’une façon définitive » .
Vingt ans plus tard, à l’occasion du centenaire de la
création du club de Pau, est même évoqué un véritable
« match Ecosse-Hollande » en ce qui concerne le lieu
d’origine du golf moderne, sans que les arguments
avancés puissent permettre d’arbitrer définitivement entre
les deux camps : « Comment le golf est né ? Où est-il né ?

1 Harold H. Hilton and Garden G. Smith, The Royal and Ancient
Game of Golf, London, Golf Illustrated, 1912, p. 33. Trad. de l’Aut.
2 « Le golf a-t-il pris naissance en Hollande ou en Ecosse ? » (repris
d’un article du Sporting Review, Australie), Tennis & Golf, n°344, 16
septembre 1937, p. 13 et p. 17.
3 Ibid., p. 17.
18
Répondre à ces deux questions serait en quelque sorte
arbitrer un match entre l’Ecosse et la Hollande. De
savantes études, nombre de documents ont permis à
chacun des tenants de serrer de près la question et
d’opposer des arguments, il faut le reconnaître, assez
1convaincants dans les deux camps » . D’autres historiens
préfèrent mettre en avant le rôle joué par le médiéval jeu
de mail dans la naissance du golf actuel, soulignant leur
proximité technique, notamment la gestuelle consistant à
« pousser » une balle sur de longues distances comme
2dans le « mail à la chicane » . Ou encore le jeu le chole /
choule des Flandres et du Nord de la France, qui consiste à
frapper une boule en bois en direction d’une cible, et qui
aurait aussi pu franchir la Manche pour être transformé,
3plus tard, par les Ecossais .
Au final, les sources écrites ou picturales sont rares
pour se faire une opinion définitive quant à l’origine du
golf moderne. Cela signifie-t-il pour autant qu’il faut
accepter sans discussion l’affirmation suivante de David
4Stirk : « Où et quand le golf est-il né ? Personne ne le sait
exactement » ? La réponse est négative dans la mesure où
examiner les différentes hypothèses d’émergence du jeu

1 Paul Chadourne, « L’origine du golf : un match Ecosse-Hollande »,
in Françoise Debaisieux, Histoire du golf. Centenaire du Pau Golf-
Club, catalogue de l’exposition du Musée des Beaux-arts de Pau (23
mai-26 août 1956), p. 1.
2 Jonathan Rice, Start of Play. The curious origins of our favourite
sports, London, Prion Books, 1998, p. 196.
3 « La paganica, la crosse, la chole et le mail apparaissent
aujourd’hui comme les ancêtres possibles de ce qui deviendra le golf
» (Georges Jeanneau, « Golf », in Michaël Attali et Jean Saint-Martin
(dir.), Dictionnaire culturel du sport, Paris, Armand Colin, 2010, p.
61).
4 David Stirk, Golf. Histoire d’une passion, Paris, Gallimard, 1987, p.
9.
19
de golf permet d’y voir plus clair, notamment en écartant
les pistes les plus erronées, voire de proposer in fine une
théorie crédible, à défaut d’être définitive.

L’origine asiatique du golf : le chuiwan

Et si le golf venait de Chine ? C’est du moins une
des possibles origines du golf défendue par les historiens
chinois. Très tôt, Hao Gensheng tenta de montrer
l’antériorité d’un jeu chinois, le chuiwan, sur le golf :
« D’après les données historiques dont nous disposons,
l’histoire du chuiwan remonte à l’an 943, alors que les
premières traces de l’apparition du golf datent, elles, de
1457. Nous avons là plus de cinq siècles de différence.
Considérant que nous sommes face à deux types de jeux
très similaires, on peut légitimement se demander lequel
des deux est à l’origine de l’autre. La chronologie nous
renseigne à la fois sur leurs origines et sur leur
développement. En Hollande, la peinture sur céramique
de motifs liés au golf a précédé de près de cinquante ans
la première mention historique de ce sport en Grande-
Bretagne. Ceci permit au Grand dictionnaire japonais des
sports d’affirmer l’origine hollandaise du golf. Cette
approche est valide. Et lors de nos recherches, nous avons
vu que notre chuiwan est apparu en Chine avant d’exister
1en Hollande et en Grande-Bretagne» .
èmeIl est vrai qu’un ouvrage datant du XIII siècle
rédigé par Wan Jing évoque un jeu de balle, dénommé
chuiwan, « pratiqué originellement à la période des états

1 Hao Gensheng, Physical Education in China, English edition,
Commercial Press, 1926, p. 28.
20
ème 1combattants de 475 à 221 avant JC » . Au X siècle, il
semble que les joueurs utilisaient non un trou mais une
assiette comme but, comme une peinture murale du temple
de Hungtung (province du Shanxi) le montre. Des vases de
la période Song (960-1279) montrent que le jeu est très
populaire à cette période parmi le peuple. Un tableau
célèbre montre l'empereur Zhu Zhanji (1426-1435)
frappant la balle sur un terrain de son palais. Des drapeaux
indiquent la position des 10 trous à atteindre.


Du Jin, Femmes jouant au chuiwan, Dynastie Ming,
encre et couleurs sur soie,
coll. du Shanghai Museum ©SM/DR

A la même époque, une autre peinture représente
des jeunes femmes pratiquant le chuiwan, des servantes
portant leurs clubs. Traces d’un jeu de balle proche du golf
ème 2figurent également dans un livre du XVI siècle où l’on

1 Linqi, « Did Yuan dynasty Mongols bring golf game into Europe ?
», Golfika, n°8, septembre 2011, p. 40. Classic of Chi-Wan est publié
pendant la dynastie Yuan en 1282.
2 Explanation of Chinese language, par Pioa Tongshi.
21
apprend qu’une dizaine de clubs différents est utilisée, que
les joueurs partent d’une sorte de « tee » appelé ji, et que
le but du jeu est de faire entrer sa balle dans un trou creusé
dans le sol. Balles, trous, clubs et drapeaux utilisés dans
cet ancien jeu laissent à penser à certains historiens
chinois que « le chuiwan en Chine en comparaison des
autres jeux proches du golf est sans aucun doute une
1forme pionnière » .


Anonyme, L’empereur Ming Xuangzong jouant au
èmechuiwan, XV siècle, coll. part. ©DR

Pourtant, rien n’indique une connexion quelconque
entre le chuiwan et le golf européen, et aucune explication
n’est vraiment avancée quant à la manière dont l’antique
jeu chinois aurait été « exporté » sur le continent
européen. L’opinion prévaut plutôt que ces travaux

1 Ling Hongling, « Verification of the Fact that Golf Originated from
Chuiwan », ASSH Bulletin, n°14, juillet 1991, p. 19.
22
chinois, développés à partir des années 1920 dans le cadre
de préoccupations manifestement nationalistes, visaient
surtout à « déconstruire de façon très grossière l’origine
occidentale des sports pour établir une antériorité
chinoise. Avec cette sinisation forcée des origines des
sports, s’adonner à ces derniers ne revenait plus à céder à
1la ‘barbarie’, mais à célébrer une histoire nationale » .

L’origine franco-belge : les jeux de crosse

La choule est également citée comme l’un des
précurseurs possibles du golf, même si la variante
originelle de ce jeu reste fort éloignée du golf moderne.
De nombreux jeux, consistant à taper un ballon, une balle
ou une boule avec une crosse, se retrouvent en France et
en Belgique sous des dénominations diverses : soule à la
crosse, chôle, choule, crossage, cholle, baz tostu, croches,
etc. Sur le territoire français, des formes originales et
variées de crosse se pratiquent depuis des siècles en
Haute-Bretagne, en Normandie, dans le Beauvaisis, dans
le Valenciennois, dans l'ancien Hainaut et dans la Flandre
française.
A l’origine, ces jeux souvent violents se disputaient
entre deux équipes opposées, essayant d’amener la balle
dans le but de l’adversaire. L’activité était, à ce titre,
proche du hockey moderne ou du jeu de lacrosse Nord-
américain. Plus tard, il fut décidé de faire jouer les deux
équipes à tour de rôle, l’équipe attaquante d’abord, dans la
direction du but, l’équipe de défense ensuite, dans la
direction opposée. Et l’on se rapprocha davantage du golf

e1 Aurélien Boucher, « Le sport en Chine au début du XX siècle. La
difficile introduction d’une pratique corporelle nouvelle »,
Perspectives chinoises, dossier « Sport et Politique », n°1, janvier
2008, p. 55.
23
actuel « lorsqu’on décida que chacune des équipes devait
1jouer avec sa propre balle vers un même but » .
èmeIl faut attendre le début du XII siècle pour
trouver les premiers documents relatifs à des jeux de
crosse, sans que l’on sache clairement de quelle formule il
s’agit. Une miniature du livre de Vincent de Beauvais,
Speculum doctrinale, témoigne de l’existence d’un jeu de
crosse vers 1244. Le chroniqueur Jean Froissart liste dans
son poème « Espinette amoureuse » (composé entre 1365
et 1372) des jeux typiques du Hainaut, et se réfère
explicitement au jeu de crosse, très populaire dans cette
région. Le jeu de choule est évoqué dans des lettres de
rémission datées de 1353 de l’abbaye du Moncel, près de
Pont-Sainte-Maxence (Picardie), et transmises par Jean le
Bon au bailli du Vermandois en faveur d’un dénommé
Arnolph Villebaut qui « s’était joint à plusieurs garçons
2qui jouaient à lancer une balle et à la suivre » . Selon
Louis Gougaud, la soule à la crosse est aussi « attestée
dans des lettres de rémission de 1361, 1381 et 1387 par
les expressions « ad soulam crossare », « chouler à la
crosse »… On trouve notamment cette variété du jeu dans
3le Beauvaisis, en Normandie, en Haute-Bretagne » . Un
jeu « à la crosse » fait partie de la liste des activités

1 Jacques Temmerman, Golk & kolf. Sept siècles d’histoire,
Labor/Martial & Snoeck, 1993, p. 9.
2 Alexandre Sorel, « Le jeu de la Choule. Recherches sur son origine,
sa signification et la façon dont il se pratiquait », Bulletin historique et
philologique (extrait), 1894, p. 10.
3 Louis Gougaud, « La soûle en Bretagne et les jeux similaires du
Cornwall et du Pays de Galles », Annales de Bretagne, numéro 4,
1911, p. 574.
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ème ludiques du Gargantua de Rabelais au milieu du XVI
1siècle .
Plus tard, l’abbé Lebœuf, dans son Histoire du
diocèse de Paris, rapporte une tradition très ancienne
suivant laquelle le voyageur arrivant dans la capitale
rencontrait un grand nombre de Parisiens occupés à jouer
à la crosse près des remparts : « On crosse la balle vers un
but et, chacun ayant sa boule, il faut atteindre le but en
2moins de coups possibles » . L’objectif à atteindre est
variable : il peut s’agir d’une borne comme les détails
èmed’une affaire juridique du milieu du XIV siècle
l’évoquent : un laboureur raconte que «lui estant jeune
enffant, il a joué à la crosse et autres jeux esquiez il
convenoit frapper la borne ». Cette borne, la pierre de
Saint-Benoît, qui marque la limite des terres de l’abbaye
de Sainte-Geneviève (Paris), est un lieu de rendez-vous ou
de repos, mais sert donc également pour des jeux
3d'enfant . Dans d’autres variantes il peut s’agir d’un bâton
fiché dans le sol comme pour la chôle originaire du Nord
de la France et de Belgique.
Les enluminures du Livre d'Heures dites de la
4duchesse de Bourgogne (c.1450) sont particulièrement
instructives. Elles mélangent des scènes de soule à la

1 Ouvrage publié en 1534. François Rabelais, La vie très horrificque
du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M.
Alcofribas, abstracteur de quinte essence. Livre plein de
pantagruélisme, Paris, Léon Pichon, 1921, p. 72.
2 Jean Lebœuf, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris,
ère
Paris, Féchoz et Letouzey, 1883-1893 (1 éd. publiée de 1754 à
1757).
3 Simone Roux, « Bornes et limites dans Paris à la fin du Moyen Âge
», Médiévales, n°28, vol. 14, année 1995, p. 135.
4 Les Heures de la duchesse de Bourgogne, vers 1450, MS 76/1362,
Musée Condé, Chantilly.
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crosse, dans lesquelles deux camps se disputent une balle,
avec des représentations d’un jeu à cible s’apparentant
plutôt au « pallemail ».
A une époque où de nombreux fabricants de clubs
et de balles sont déjà référencés à Paris (livre de la Taille
de 1292) pour des jeux de paume, de billard ou de crosse,
ces miniatures restituent l’atmosphère d’un jeu non
violent, utilisant des clubs de formes différentes, et visant
à pousser une balle en bois en direction d’un piquet fiché
dans le sol.


Partie de pallemail, Heures de la duchesse de Bourgogne, c.1450,
coll. Musée de Condé (Chantilly) ©MdC/DR

L’historien Michael Flannery en conclut que
« cette image contient les éléments que nous associons au
golf aujourd'hui - un jeu à plusieurs clubs consistant en un
bâton introduit dans une autre pièce de bois, une balle,
une cible, un trou et aucune opposition physique. Cette
image nous mène à croire que les Français jouaient au
1golf tel que nous le connaissons » .



1 Michael Flannery, The Scotsman, 24 décembre 2003. Trad. de l’Aut.
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