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Le Sport dans la Ville

De
352 pages
Dans cet ouvrage sont mis en évidence certains facteurs politiques, idéologiques, culturels, économiques, sociaux qui ont favorisé ou entravé la diffusion géographique différenciée des jeux, des sports et de l'éducation physique dans l'espace urbain qu'il soit français ou étranger.
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LE SPORT DANS LA VILLE

Jean-François LOUDCHER Christian VIVIER

LE SPORT DANS LA VILLE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Collection Espaces et Temps du sport dirigée par Pierre Arnaud
Le phénomène sportif a envahi la planète. Il participe de tous les problèmes de société qu'ils soient politiques, éducatifs, économiques, sociaux, culturels, juridiques, ou démographiques. Mais l'unité apparente du sport cache mal une diversité aussi réelle que troublante: si le sport s'est diffusé dans le temps et dans l'espace, s'il est devenu un instrument d'acculturation des peuples, il est aussi marqué par des singularités locales, régionales, nationales. Le sport n'est pas éternel ni d'une essence transhistorique, il porte la marque des temps et des lieux de sa pratique. C'est bien ce que suggèrent les nombreuses analyses dont il est l'objet dans cette collection qui ouvre un nouveau terrain d'aventures pour les sciences sociales.

Dernières parutions
Michel FODIMBI, ascal CHANTELAT, P Jean CAMY,Sports de la Cité, 1996. Jean-Pierre ESCRIVA,Henri VAUGRAND, L'opium sportif. La critique radicale du sport de l'extrême gauche à Quel Corps, 1997. Bernadette DEVILLE DANTU, e sport en noir et blanc. Du sport colonial L au sport africain dans les anciens territoires français d'Afrique occidentale (1920-1965), 1997. Pierre-Alban LEBECQ, Paschal Grousset et la ligue nationale d'éducation physique, 1997. Sébastien DARBON, rugby dans une ville defoot, 1997. Du Pierre ARNAUD,les Athlètes de la République, 1997. Luc ROBÈNE,L'Homme à la conquête de l'air. Des aristocrates éclairés aux sportifs bourgeois 1783-1918,2 volumes, 1997. Pascal CHARROIN,Thierry TERRET,L'eau et la balle. Une histoire du water-polo, 1998.

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6980-9

REMERCIEMENTS

La gestation de ce livre fut longue et parfois difficile. Les interventions se sont avérées multiples et diverses. Que soient ici remerciés chaleureusement:

Virginie Perron, secrétaire, pour sa gentillesse et sa compétence, sans laquelle ces actes n'auraient pu, concrètement, voir le jour; Gérard Vivier, pour son éternel disponibilité; Nathalie Mougin, Jean-Jacques Dupaux, Gilles Vieille-Marchiset, Anne Tatu, Camille Moreau, Virginie Feldman, Anne-Sophie et Jean-Luc Tinchant pour leur contribution constante; Etienne Muster, pour l'illustration originale de la couverture de cet ouvrage; François Marcot, responsable de la section histoire contemporaine du laboratoire des sciences historiques de la faculté des lettres de Besançon, pour son regard attentif et ses précieux conseils; Pierre Arnaud, pour sa confiance et son soutien indéfectible; Yvette Demesmay, ex-directrice de l'UFR STAPS, et toute l'administration qui ont donné sans compter leur temps et leur énergie lors de la réalisation matérielle du colloque et de ses actes.

AVANT PROPOS
Jean-François LOUDCHER Christian VIVIER Depuis 1991 (Chambéry), une session réservée à l'histoire des jeux et des sports était ouverte dans le cadre du Congrès National des Sociétés Historiques. Elle a montré, au fil des ans (Clermont-Ferrand (1992), Pau (1993), Amiens (1994)) une participation croissante des amateurs et spécialistes d'histoire des pratiques corporelles. C'est donc dans une période propice, à la suite du Congrès National d'Aix-en-Provence en octobre 1995, que le contrat quinquennal, liant le Comité des Travaux Historiques et Scientifiques (C.T.H.S.) à la session d'histoire des jeux et des sports, est parvenu à expiration. L' histoire des sports a dû laisser sa place à d'autres thèmes de recherche. Tel est le principe appliqué systématiquement par les responsables du C.T.H.S., à toutes les sections sous contrat. Dès lors, afin de ne pas suspendre une dynamique impulsée par Pierre Arnaud (Professeur S.T.A.P.S. à Lyon I), il a été décidé, pour l'année 1996, de reconduire le colloque Histoire des Jeux et des Sports. C'est ainsi que le 6ème Carrefour de l'Histoire du Sport, ayant pour thème Le Sport dans la Ville, s'est déroulé du 29 au 31 octobre 1996. Il a été organisé par l'U.F.R. S.T.A.P.S. (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives) de Besançon. Une trentaine d'intervenants ont apporté leur contribution à une histoire qui attire un public de plus en plus large (passionnés d'histoire des sports, enseignants d'éducation physique, universitaires et étudiants, ainsi que quelques historiens, géographes et sociologues). La présence de chercheurs belges et allemands, en conférant un caractère international d'une indiscutable richesse, confirme l'intérêt porté à ce type de rassemblement qui demeure encore confidentiel en France comme en Europel.
Le programme

Les contributions se sont rassemblées autour d'un projet visant à mettre en évidence les conditions d'émergence, de diffusion, de transformation, voire de disparition des pratiques sportives dans l'espace local (le quartier, le bourg, la ville). Elles se sont attachées non seulement à inventorier et à décrire les lieux d'implantation, les espaces sportifs, les équipements spécialisés, une activité corporelle particulière ou, plus généralement, le développement de pratiques d'exercices physiques et la ou les sociabilité(s) sportive(s) inhérente(s), mais surtout à analyser les facteurs explicatifs de leur essor ou de leur déclin. Comment les déterminants
Le le' séminaire européen d'histoire du sport organisé par le C.E.S.H. (Comité Européen d'Histoire du Sport) s'est tenu à Rome du 29 novembre au 2 décembre 1996 sur le thème L'héritage commun du sport en Europe. L'I.S.H.P.E.S., organisme concurrent au niveau mondial, a mis en place, à Lyon en juillet 1997, un colloque mondial sur la santé.
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politiques, économiques, sociaux, culturels, idéologiques,... ont-ils favorisé ou entravé la diffusion géographique différenciée des jeux, des sports et de l'éducation physique dans l'espace urbain qu'il soit français ou étranger? Le genre monographique apparaît comme l'un des moyens privilégiés pour rendre compte de la diversité des thèmes abordés par l'histoire du sport mais aussi comme l'étape indispensable permettant d'alimenter une vision plus large. Les recherches sur une pratique particulière ou un groupe de pratiques, une ville ou une région, les monographies d'associations, les biographies d'anciens champions ou les anthropologies sociales d'un groupe particulier, d'une corporation,... représentent des aspects fondamentaux de la constitution d'une histoire des spécificités sportives. Pourtant, le chercheur ne doit pas évincer le risque de donner la priorité à l'événement sur l'explication. L'étude conjuguée des influences et/ou des résistances relatives aux repères conjoncturels, d'une part, et des facteurs propres à chaque sport, d'autre part, devrait faciliter l'accès à cette forme historique particulière. Quelles interprétations de l'apparition du sport ? Depuis quelques années, l'histoire du sport semble avoir parcouru un long chemin lui permettant de s'extirper de la confusion qui entoure le phénomène sportif et plus spécialement les théories de son émergence. En effet, les participants du colloque semblent avoir largement retenus l'interprétation selon laquelle le sport moderne est né de la société technicoindustrielle2, laissant de côté deux autres catégories3. La première, la plus commune, consiste à développer l'idée que le sport est éternel. Les adeptes de cette théorie parlent du sport aux différentes périodes de l'histoire: du sport au Moyen Age comme du sport contemporain. Bref, le sport serait d'un genre spécifiquement humain, une activité purement naturelle ancrée dans les traditions et les origines très anciennes4. La seconde interprétation délaissée est plus élaborée et prétend avoir des fondements historiques en soutenant l'idée que le sport moderne
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THIBAULT (J.), Sport et éducationphysique (1870-1970), Paris, Vrin, 1972 ; ERHENBERG

(A.), Aimez-vous les stades, Paris, Recherches, 1980 ; POCIEI.LO (C.), Sports et société, Paris, Vigot, 1981 ; CHARTIER (R.), VlGARELLO (G.), «Trajectoires du sport», dans Le Débat, n019, février 1982 ; ARNAUD (P.), Le sportman, L'écolier, Le gymnaste, thèse d'Etat
Lettres et Sciences
3

humaines, Lyon 1, 1986, ... etc. ARNAUD(P.), «Sport et changements social. La méthode des modèles et l'histoire des

exercices physiques», pp. 717-734, dans Sport, relations sociales et action collective, Bordeaux, M.S.H.A., 1995. 4 Cette théorie est défendue par de nombreux auteurs au cours du XXème siècle: mSSERAND (J.J.), Sports et jeux d'exercice dans l'Ancienne France, Paris, Plon, 1901 ; BELLIN DU COlEAU (M.), PFEFFERKORN (M.), l'entraînement sportif, Paris, Flammarion, 1924 ; GILLET (B.), Histoire du Sport, Paris, P.U.F., 1948 ; CAILLOIS (R.), Les jeux et les hommes, Paris, Gallimard, 1958 ; UMMINGER (W.), Des hommes et des records, Paris, La Table Ronde, 1964 ; BOUET (M.), Signification du sport, Paris, Ed. Universitaires, 1968 ; JEU (B.), Analyse du sport, Paris, P.U.F., 1987 ; etc.

trouve ses origines dans l'Antiquité grecque. Cette thèse, soutenue par les représentants officiels de l'Olympisme et par de nombreux historiens, philosophes, sociologues français et étrangersS, se fonde à la fin du XVIIIème siècle lorsque la civilisation européenne est tournée vers la culture antique. Elle se concrétise dans toutes les tentatives de restauration des jeux olympiques antiques depuis les fêtes révolutionnaires de 1792, en passant par les tentatives des anglais, en 1844, à Montréal, jusqu'à la révolution «finale» par Pierre de Coubertin, Ce discours qui prône la continuité entre les sports antiques et les sports modernes est largement admis et amplifié par les médias qui en dressent finalement le culte. Comme l'explique Thierry Terret6, l'histoire du sport s'est fortement complexifiée depuis une quinzaine d'années ne se partageant plus, de manière caricaturale, entre deux grands types de publications. Les unes sont descriptives et anecdotiques (La fabuleuse histoire de ..,), Les autres, plutôt de type universitaire, sont davantage centrées sur l'éducation physique et visent une histoire plus critique et donc plus explicative7, Maurice Agulhon émet d'ailleurs l'hypothèse selon laquelle le retard ou la «marginalisation» de l'étude du sport ou plus globalement des exercices physiques serait dû à «une histoire de France exceptionnellement complexe et conflictuelle (qui) a accaparé les forces des historiens pour l'étude de nos guerres, de nos luttes politiques, institutionnelles et religieuses, plus tard pour l'étude de la transformation économique et des luttes qui s'en sont suivies>}. L'histoire du sport s'apparente, pour reprendre les termes de Thuillier et Tulard9, à une histoire «technique» comme celles de la médecinelO, de la pudeurll et, plus généralement, du corps.

S

COUBERTIN(P. de), Leçon de pédagogie sportive, Lausanne,La Concorde, 1921 ; BERGER

(M.), MOUSSAT (E.), Anthropologie des textes sportifs de l'Antiquité, Paris, Grasset, 1927 ; DE GENST (H.), Histoire de l'éducation physique, Bruxelles, A. de Boeck, tome l, 1947 ; MARROU (M.-l.), Histoire de l'éducation dans l'Antiquité, l, Le Monde Grec, Paris, Seuil 1964 (lète édition 1948) ; LE FLOC'HMOAN (J.), La genèse des sports, Paris, Payot, 1962 ; JEU (B.), Le sport, la mort, la violence, Paris, Delarge, 1975 ; MASSICOITE (J.-P.), LESSARD (C.), Histoire du sport de l'Antiquité au XIXème siècle, Québec, Presses de l'Université du Québec, 1984 ; LUCAS (J.), Futur oj the Olympic Games, Human Kinetics Books, Champaign, Illinois, 1992. Si l'on se réfère aux communications du colloque de Rome du 29 novembre au 2 décembre 1996, une partie non négligeable dans. . historiens dI

. sport allemands, anglais et italiens pourrait être associée à cette catégorie.' 6 TERRET (T.), «Présentation»,dans TERRET (T.) (sous la direction de), Histoire des sports, Paris, l'Harmattan, 1996, p. 9. 7 DURING (B.), «Histoire de l'éducation physique»,dans Travauxet recherchesen EPS, INSEP

n06, 1980. 8 AGpL.HON (M.), «Un entretien avec Maurice Agulhon», pp.11-15, dans Sport-Histoire, n01, La soCiàbilité par le sport, Toulouse, Privat, 1988. 9 THUILLIER (G.), TULARD (I.), Les écoles historiques, Paris, P.D.F., 1990.
10

LEONARD

(J.), La France médicale au XlJème siècle, Paris, Gallimard,

1978.

II

BOLOGNE (I.-C.), Histoire de la pudeur, Paris, Orban, 1986.

Les communications

Le thème général portant sur Le sport dans la ville a ouvert des travaux sur des chapitres nouveaux et passionnants montrant que la recherche dans ce domaine n'en est encore qu'à ses balbutiements. Les interventions ont été regroupées autour de trois axes principaux. La première journée a permis d'élaborer un grand tour d'horizon sur le thème des politiques sportives municipales. A l'issue de ce premier pôle de réflexion émergent deux constats dignes d'intérêts. D'une part, la somme des recherches devrait fournir à la fois des exemples et des éléments de comparaison relatifs aux stratégies prises par différentes villes françaises et étrangères dans le domaine sportif. D'autre part, l'exposé des résultats nous a permis d'identifier plus aisément quelques unes des problématiques majeures qui apparaissent en général lors de l'étude historique des politiques sportives municipales. Quel rôle peuvent jouer les manifestations sportives dans les transformations spatiales, sociales et politiques d'une ville? Qui impulse les choix municipaux ayant un impact direct sur le développement des pratiques, des compétitions et/ou des associations sportives? Elus, Conseil municipal ou organe permanent d'administration. Comment déjouer le piège constitué par ce noeud d'influences? L'analyse des arguments sur lesquels repose la logique de «rentabilisation» politique des aides directes décernées par une ville à ses champions sportifs ou à ses clubs-vedettes semble être systématiquement l'élément moteur de toute politique sportive municipale. Enfin, l'inventaire des dispositions municipales en faveur du sport ne peut pas faire l'impasse de l'étude précise des installations et des équipements, des subventions aux organismes associatifs et aux manifestations sportives et des reconnaissances officielles des athlètes représentant la Cité. Les sociétés sportives: lieux de sociabilité urbaine constituaient le thème de la seconde journée. L'ensemble des interventions de ce deuxième axe de réflexion montre la complexité de la sociabilité qui prend autant de formes qu'il existe, au sein du mouvement sportif, et plus encore à l'intérieur du club, de noeuds de relations entre adhérents, de sites de confraternité, de solidarité, voire d'amitié au sens de Maurice Agulhon12. Il semblerait que les chercheurs présents à Besançon aient choisi d'aborder l'étude de la sociabilité sportive à partir de trois catégories de modes d'entrée distinctes: les initiatives individuelles ou d'un groupe de sociétaires, l'activité physique et/ou la culture sportive informelle ou organisée au sein d'une institution et enfin les structures des sociétés sportives. Néanmoins, on peut se demander si la volonté de privilégier l'une de ces approches ne conduit pas à une intêrprétation réductrice. En effet, l'organisation administrative des clubs sportifs, l'origine sociale des adhérents (pratiquants et dirigeants), les modalités de pratiques, l'évolution du matériel et des règlements, l'insertion des clubs sportifs dans leur environnement sont autant de critères qui
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AGULHON (M.), «Un entretien avec Maurice Agulhon», op. cit.

permettent de dresser l'état d'une association et de sa sociabilité pour une période donnée. La conjonction de ces multiples voies d'accès pourrait peut-être donner naissance à de nombreux cadres d'analyse de la sociabilité sportive. Son approche historique nécessite un regroupement des modes d'entrée qui devrait peut-être favoriser l'élaboration de modèles d'interprétation. En définitive, l'étude historique de la sociabilité sportive présente un intérêt indéniable en ce sens qu'elle est une manière d'appréhender la sociabilité générale d'une collectivité humaine à partir de micro-sociétés relativement aisées à circonscrire. Une légère déception entoure l'apport de ce dernier thème consacré aux espaces sportifs. En effet, peut-être parce qu'il engageait à des analyses plus précises et surtout plus circonscrites, les intervenants semblent ne pas s'être satisfaits d'un traitement exclusif autour de l'espace. Ils ont donc préféré y associer d'autres approches et/ou d'autres interprétations sortant du thème initial et extrapolant largement à partir des pistes esquissées par le résumé original. Il faut donc s'interroger sur la pertinence de l'ensemble thématique que nous avions retenu. N'était-il pas trop exigu? Etait-il suffisant pour susciter des contributions exclusives pouvant s'insérer dans l'intitulé du colloque sans faire appel à d'autres déterminants de l' histoire du sport? Finalement ce thème consacré aux espaces sportifs a été abordé à partir d'un faible nombre de révélateurs. La localisation et le déplacement des installations sportives dans un quartier ou dans une ville"sont les deux plus classiques. L'appréhension de l'espace sportif à partir de l'étude de l'utilisateur constitue une voie d'analyse originale qui suscite des conceptions nouvelles (la ville comme espace sportif, ...) sans toujours mettre en oeuvre de méthodologies spécifiques et adaptées. On peut donc regretter que les équipements sportifs n'aient pas souvent été utilisés comme mode d'entrée permettant de répondre au thème choisi. Il en est de même pour la comparaison des équipements sportifs (terrains de jeu, gymnases, stades, vélodromes, ...) et leur utilisation entre quartiers, entre villes, entre communes ou régions. Les constructions et le matériel spécifiques aux pratiques d'exercices physiques précises ne sont jamais évoqués comme révélateur; preuve, une fois encore, des balbutiements de l'histoire du sport à partir d'une approche spatiale. En conclusion, nous pouvons dire que la tentative de synthèse des interventions réalisées à l'occasion de ce colloque appelle à la prudence sur les apports scientifiques d'une telle rencontre sans pourtant nullement remettre en question la qualité des travaux de chaque chercheur. En effet, si chaque intervenant essaie d'appréhender les facteurs qui président à l'avènement, la transformation ou la disposition d'une forme de pratique sportive, de sociabilité sportive à partir de l'étude monographique de sociétés, d'organisations sportives et/ou «festives», des équipements sportifs, des politiques municipales et des hommes de sport; il s'avère néanmoins que le thème du colloque portant sur Le sport dans la ville se montre insuffisant pour esquisser une réflexion d'un genre macroscopique (globale et heuristique).

Encore une fois, ce type de rencontre d'une richesse incontestable par les matériaux monographiques originaux qui sont exposés trouve ses limites dans l'éclatement des résultats montrant, à qui en douterait encore, que les déterminants du développement du sport sont divers. L'origine de la gymnastique n'est pas exactement la même que celle de la natation, du cyclisme ou du ski. Dès lors, pour une même pratique sportive, les facteurs peuvent différer selon les zones géographiques et les époques étudiées. Bref, si l'histoire du sport souhaite renouveler ses interrogations et les hisser au niveau d'un débat qui tenterait d'accéder à une histoire plus compréhensive, elle ne doit pas se contenter d'extraire des lignes de forces qui demeurent isolées les unes des autres simplement parce que les historiens du sport se satisfont de leur propre objet de recherches ou peut-être parce qu'ils n'ont pas l'occasion d'engager une histoire comparative. De ce point de vue, les débats qui ont suivi les communications semblent avoir été féconds. Néanmoins, ils restent informels, discussions ponctuelles entre deux chercheurs, sans réflexion organisée. C'est à la fois l'intérêt et la limite d'un tel colloque. Si une approche comparative de l'histoire des sports s'impose, elle doit se méfier des généralisations hâtives et réductrices. Elle doit refuser les cadres d'analyse-carcan afin de conserver ses spécificités; processus de «sportivisation», processus de démonstration des pratiques sportives, processus de professionnalisationldéprofessionnalisation du sport, processus de «spectacularisation» des rencontres sportives, processus d'émergence et d'évolution de la sociabilité sportive, transformations des formes de pratiques sportives (techniques, modes d'apprentissages, formes d'entraînement ...) processus d'institutionnalisation des sports, distribution spatiale des sports et leur évolution (en rapport avec la politique, l'économie, l'institution scolaire, ...). L'enjeu semble donc de réunir les lignes de force des recherches sur l' histoire du sport ou plutôt d'en lire les mécanismes responsables des plus troublantes distorsions à partir d'une réflexion comparative sans tomber dans une histoire généraliste du sport. En fait, pour réussir la construction d'une histoire des spécificités sportives13 sans crainte d'une dérive événementielle, il s'avère indispensable d'ouvrir un débat plus fondamental sur des manières spécifiques d'écrire l'histoire du sport en s'interrogeant, entre autres, sur le choix des objets, des concepts, des méthodes et des théories. Les historiens du sport ont sans doute encore beaucoup à apprendre des autres genres historiques et, d'une manière plus générale, des sciences humaines aguerris depuis plus longtemps aux difficultés méthodologiques. Ces remarques semblent avoir retenu l'attention des organisateurs des futurs Carrefours de l' histoire du sport.

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TERRET (T.), «Du sport aux sports. Plaidoyer pour une histoire comparée des sports», pp. 237-251, dans TERRET (T.) (sous la distribution de), Histoire des sports, op. cit.

PREMIERE PARTIE

LES POLITIQUES SPORTIVES MUNICIPALES

LE "GYMNASE DE LA CITE" LE DROIT AU SPORT POUR LES CITADINS SELON PIERRE DE COUBERTIN
OttoSCHANTZ Maître de Conférences, UFR ST APS Strasbourg 1996. Le monde entier vient de fêter à Atlanta le centenaire des Jeux Olympiques modernes avec beaucoup de pompe et de limonade caféinée. C'est en grande partie grâce à Pierre de Coubertin que ce spectacle sportif a vu le jour. Communément, nous associons le nom de Coubertin uniquement aux Jeux Olympiques. Et pourtant, selon ses propres dires, ses activités en faveur du mouvement olympique ne représentèrent "qu'une partie de [son] entreprise, la moitié à peu prèsl". Son engagement en faveur du sport pour tous fait partie de l'autre moitié de son entreprise, beaucoup moins connue. Le "gymnase de la cité" ou pour utiliser une autre dénomination de Coubertin, "le gymnase antique rénové" jouait un rôle clef dans sa stratégie de propagation du sport pour tous. L'objectif de cette communication est de présenter cette conception du "gymnase de la cité", de questionner son fond idéologique, de mettre en évidence les facteurs socio-économiques et politiques qui ont influencé l'engagement de Coubertin en faveur de cette institution qui finalement n'a pas abouti. Dans notre analyse, nous nous appuyons notamment sur les écrits de Coubertin ainsi que sur des documents des archives du Comité International Olympique à Lausanne, des archives communales de Lausanne et des archives Carl et Liselott Diem à Cologne. Vers le rétablissement du gymnase antique

Au cours du 19èmesiècle, le nombre des habitants de l'Europe (la Russie comprise) a plus que doublé en passant d'environ 190 millions d'habitants à 400 millions2. Cette explosion démographique3 a eu des répercussions considérables sur les villes, ces "gouffres de l'espèce humaine" comme Rousseau les avait appelées4. L'Europe comptait en 1870 environ 70 villes de plus de 100 000 habitants, à la fin du siècle plus de 200 villes dépassaient cette taille5. A peine plus de 2% de la population européenne habitaient en ville au début du 19èmesiècle; l'exode rural faisait monter ce
1 COUBERTIN (P. de), La Symphonie inachevée. 1936, Mirville, Archives de G. de Navacelle. Cité d'après BOULONGNE (P.-Y.), La vie et l'oeuvre pédagogique de Pierre de COUBERTIN 1863-1937, Ottawa, Leméac, p. 462. 2 Cf. BIDDISS (M. D.), Histoire de la pensée européenne (Tome VI), «L'Ere des masses»,

Paris., ...$euil,
3

1977,

p. 19.

Cette explosion démographique est essentiellement due au progrès de la médecine qui a notamment réussi à abaisser considérablement la mortalité des nouveaux nés. 4 ROUSSEAU, (J.-J.), Emile ou de l'éducation, Garnier-Flammarion, 1966 [1762], p. 66.
5

Ibid., p. 20.

15

chiffre à 15% en 19136. Cette poussée démographique était sur le plan politique accompagnée d'un large processus de démocratisation. C'est dans ce contexte qu'il faut voir le rôle pédagogique que Coubertin accorda aux villes. En 1887, lors d'un de ses voyages en Angleterre, Coubertin fut confronté à la misère des quartiers pauvres des grandes villes. A Londres, il visite le quartier de Whitechapel, dont il dit qu'il est «impossible de visiter cette ornière humaine sans en rapporter une pénible impression: on y sent l'impuissance, la fatalité, l'écrasement, et ce doit être le premier sentiment de celui qui y vient exercer la charité qu'autant vaudrait entreprendre de remplir le tonneau des Danaïdes >/. Dans ce quartier de misère Coubertin a été marqué par Toynbee Hall, un établissement privé, patronné par l'université, qui dispensait gratuitement des enseignements aux ouvriers8. Ce patronage social, basé sur une initiative privée, situé et adapté au niveau local, sans ingérence de l'Etat et sans contrainte a convaincu le jeune Coubertin qui, à l'époque déjà, était profondément influencé par les idées sociales de Frédéric Le Play, un fervent défenseur du paternalisme social9. L'année de sa visite de Whitechapel Coubertin note en dévoilant son attitude conservatrice: "les rapports sociaux pour avoir revêtu une forme plus démocratique n'en sont pas moins basés sur des principes anciens et immuables.. l'inégalité 'est plus qu'une loi, c'est un fait, et le patronage est plus qu'une vertu, c'est un devoir"lO. Dès lors, l'instruction des ouvriers devient une préoccupation constante dans sa vieIl. Trois ans après son séjour à Toynbee Hall, il lance l'appel pour la création d'un enseignement ouvrier,
6 7
8

REMOND (R.), Le XIX' siècle, Paris, Seuil, 1974, p. 159.
COUBERTIN (P. de), L'éducation en Angleterre, Paris, Hachette, 1888, p. 269.
Les cours y étaient dispensés par des étudiants dévoués qui y vivaient parmi les ouvriers.

9

Dès l'âge de 20 ans (1883), Coubertin était devenu membre des Unions de la Paix sociale, regroupement de différentes associations fondé en 1871 par Frédéric Le Play. Il se trouve sur une liste dans la Réforme Sociale comme admis avant janvier 1884 (Réforme Sociale 1984, n07, p. 24). D'après Le Play, il faut "conjurer le paupérisme, par le patronage qui initie les classes ouvrières à la prévoyance. Encourager, par la considération publique et par des récompenses honorifiques, la permanence des engagements entre les patrons et les ouvriers". (LE PLAY (F.), La réforme sociale en France. vol III, Tours, Marne, 1864, p. 511). En ce qui concerne l'influence de Le Play sur Coubertin cf. MAC ALOON (J.), This Great Symbol, Chicago, London, University of Chicago Press, 1981, pp. 83-93 ; BROHM (J.-M.), Le mythe olympique, Paris, Christian Bourgois, 1981, pp. 348-364. Brohm reprend en partie l'étude de Ulrike Prokop (PROKOP (U.), Soziologie d£r Olympischen Spiele, München, Carl Hanser) qui analyse l'influence du positivisme d'Auguste Comte sur Coubertin. 10 CPUBERTIN (P. de), Un programme, texte d'une conférence donnée le 14 novembre 1887 à
la Société Nationale COUBERTIN].
Il

Française

à Londres.

Lausanne,

Archives

CIO

[Section

P.

de

Selon Georges Rioux il commence à avoir la conviction, "quetoute Cité, pour mériter son

nom, doit être, avant tout, une communauté d'hommes autonomes, au service de valeurs supérieures [...J." (RIOUX, (G.), "Pierre de Coubertin éducateur", dans RIOUX (G.) (éd.), Pierre d£ Coubertin, Textes choisis, tome l, Révélation, Zürich, Hildesheim, New York, Editions Weidmann, 1986, p. 10).

16

afin de préparer "le quatrième état" à son futur rôle politique12. Mais la convocation adressée à une vingtaine de personnalités resta sans réponses, la réunion n'eut pas lieu13. Après cet échec, Coubertin se concentre essentiellement sur l'éducation scolaire14, Dans ses Notes sur l'éducation publique, parues en 1901, il aborde de nouveau in extenso le problème de l'éducation des adultesl5. Selon lui, elle devrait se distinguer de l'éducation des adolescents par l'initiative privée, et l'absence de contrainte16, En s'appuyant une fois de plus sur le modèle anglais, il considère que la structure idéale de l'enseignement pour les adultes est l'University
Extension17.

Dans son souci de populariser le sport et de le propager aussi parmi ceux qui ne possèdent pas "l'instinct sportif'18, il crée, en 1903, le Comité de Gymnastique utilitaire, qui deviendra, trois ans plus tard, la Société des Sports Populairesl9. C'est en 1905, dans son traité sur la "Gymnastique Utilitaire", premier tome de sa trilogie intitulée: Education des Adolescents au xxème Siècle qu'il exprime pour la première fois l'idée du "gymnase antique rénové" : <<Le jour viendra probablement où se créeront des établissements de culture physique comprenant manège, stand, piscine... ; [...J Ainsi pourrons-nous voir renaître une sorte de gymnase antique approprié aux coutumes et aux besoins du jour mais servant, comme jadis, aux activités fécondes de la jeunesse»20. Les activités de la Société de Sports Populaires n'ont guère duré. En 1911, le périodique "Sports Populaires" qui avait été son porte parole cesse
12 13

REYMOND (A.), et al. (Eds.), Anthologie, Aix en Provence, Roubaud, 1933, p. 165.

Cf. COUBERTIN(P.), "Entre deux Batailles", dans La Revue de la Semaine, 1922, 3/1,

pp. 306-307. 14 A partir de 1892 c'est surtout le rétablissement des Jeux Olympiques qui le préoccupe. 15 Il plaide pour l'initiative privée dans ce domaine ën argumentant que l'histoire de la France montre bien que l'Etat n'a pas réussi à s'occuper efficacement de l'instruction des adultes, négligeant "que la qualité d'adulte transforme l'écolier commandé en un auditeur volontaire" (COUBERTIN (P. de), Notes sur l'Education publique, Paris, Hachette, 1901, p. 273). 16 Contrairement à l'écolier, l'auditeur adulte prétend "choisir ce dont il veut être instruit et rester libre, son choix fait, de le suivre ou non: voilà pourquoi l'indépendance et la variété sont les caractéristiques indispensables des oeuvres post-scolaires, et pourquoi ces oeuvres ne sauraient échapper à l'initiative privée, sans dommage pour l'avenir." (Ibid.) 17Cf. Ibid., pp. 278-280. 18COUBERTIN (p. de), "La Psychologie du Sport", dans Revue des Deux Mondes, 1erjuillet 1900, pp. 167-179.
19

SCHANTZ(O.), MÜLLER(N.), "Préface",dansMÜLLER(N.), SCHANIZ (O.) (Eds.), Pierre

de Coubertin, Textes choisis, tome Ill, Pratique sportive, Zürich, Hildesheim, New York, . Editions Weidmann, 1986, pp. 1-22. 20 COUBERTIN (p. de), La gymnastique utilitaire, 4e édition, Paris, Felix Alcan, 1906. cité d'après MÜLLER (N.), SCHANTZ (O.)(Eds.), op. cit., p. 531. Coubertin se trompe, quand il dit "que sauf erreur, ce fut au Congrès de l'Union des Sociétés de Gymnastique de France tenu à Paris au début de l'hiver 1912 que l'idée en fut exprimée pour la première fois" (COUBERTIN (P. de), "Le «Gymnase antique» rénové", dans Bulletin du Bureau International de Pédagogie Sportive. n° 8, s. d. [1930], p. 4.

17

de paraître. Un an après, dans un discours prononcé à l'occasion de la remise de la Coupe Olympique à l'Union des Sociétés de Gymnastique de France, Coubertin réclame pour la première fois explicitement la rénovation du "gymnase antique" à laquelle, selon ses propres dires, il a travaillé et à laquelle il s'est préparé depuis 25 ans21 (depuis 1887, année de sa visite de Toynbee Ha1l22).La première guerre mondiale est une nouvelle et dernière occasion pour Coubertin de lancer une offensive en faveur de la gymnastique utilitaire23. Mais le mouvement du "débrouillard" a définitivement "mal tourné" pour utiliser les termes de Coubertin24. Ses efforts pour propager le sport pour tous vont alors se concentrer sur le "Gymnase antique". En pleine guerre, en 1915, il propose de nouveau sa restauration, mais sans nous livrer des détails sur son fonctionnemenes. Nous apprenons seulement que ce gymnase devrait servir de centre d'activités éducatives aussi bien dans les domaines des arts, des sciences, de la culture et du sport. Sous la forme de l'Institut Olympique de Lausanne qui, après deux ans de préparatifs, s'ouvrira en 1917, Coubertin réalisera cette idée de manière exemplaire26. L'objectif de l'Institut Olympique de Lausanne est de provoquer le «rétablissement du gymnase antique»27, des institutions qui devraient être «des foyers de vie municipale basés sur la coopération de l'art, de la culture intellectuelle, de l'hygiène générale et de l'activité musculaire et groupant autour de ce programme tous les citoyens d'une même commune, adultes aussi bien qu'adolescents»28. A cause du manque de clients parmi les citadins de Lausanne, Coubertin est obligé de s'adresser à des militaires belges et français internés en Suisse. La dernière session a lieu au printemps 1919. Afin d'assurer la suite des travaux de l'Institut Olympique, Coubertin s'adresse aux milieux
21

COUBERTIN (P. de), "Vers le gymnase antique", dans Le Gymnaste, 23 novembre 1912, pp. 905-907 ; aussi dans MÜLLER (N.), SCHANTZ (O.) (Eds.), op. cit., pp. 586-589.
22

A part Toynbee Hall, ce sont aussi les Athletic Clubs de New Yok, Boston, Chicago et à

Washington et le Tattersall de Stockholm qui ont eu de l'influence sur sa conception ill "Gymnase antique renové" (Cf. COUBERTIN (P. de), "L'athlétisme, son rôle et son histoire", dans La Revue Athlétique, 25 avril 1891, n04, pp. 193-207 ; SCHANlZ, MÜLLER, op. cit., . p. 12).
23
24

SCHANTZ,MÜLLER, op. cit., p. 10-11.

COUBERTIN (P. de), Le "débrouillard" a-t-il "mal tourné" ... est-ce la faute dn sport ?, Manuscrit, Archives du CIO. 25 COUBERTIN (P. de), "La restauration du Gymnase antique", dans Excelsior,S juillet 1915, p. 3. 26Cf. GILLlERON (C.), Les relations de Lausanne et dn Mouvement olympique à l'époque tk Pierre de Coubertin 1894 - 1939, mémoire, Faculté des lettres de l'Université de Lausanne, Lausanne 1992, pp. 47-64. 27 Sans auteur [COUBERTIN (P. de)], Notice sur l'Institut Olympique de Lausanne, Lausanne, Imp. La Concorde, s. d. [1918], Archives communales de Lausanne [225.3.4] ; Archives dl CIO [section P. de Coubertin, 51], p. [1] ; (italiques comme dans l'original). 28 Ibid. (italiques comme dans l'original).

18

médicaux et aux autorités du tourisme proposant des "cures de Sport"29. Mais ses efforts sont vains, la crise économique de 1918 à 1922 a certainement découragé les responsables de la ville de Lausanne d'investir dans un "gymnase antique rénové". Après la guerre, il accroît ses efforts en faveur de l'éducation populaire dont fait partie la rénovation du "gymnase antique"30. Traumatisé par les "grands spasmes sociaux [qui] se produisirent, secouant la Russie jusqu'en ses fpndements"31, et se méfiant d'une "menace prochaine d'un Bolchevisme" 2, il double ses efforts pour conserver "la paix sociale". Son appel au Comité International Olympique 80ur que celui-ci intervienne en faveur du sport populaire aura peu d'échos. Mal compris par ses collèSues

du CIO, il cherche le soutien auprès du Bureau International du Travail 4 et
de l'Union internationale des Villes3S. En créant l'Union Pédagogique Universelle, après avoir quitté la présidence du CIO, Coubertin peut s'appuyer, à partir de 1925, sur une institution internationale, certes assez modeste, pour propager son idée du "gymnase antique" rénovë6. Cette Union organise du 14 au 17 septembre 1926, une conférence à Lausanne, afin "d'étudier le rôle pédagogique de la
29

Cf. [COUBERTIN (P. de )], La cure de Sport, s. 1. [Lausanne], s. d., Archives du CIO, [Section P. de Coubertin] ; COUBERTIN (P. de), [invitation à une causerie sur la "cure de sport" au Casino Montbenon, le 21 novembre 1918], Archives du CIO, [Section P. de Coubertin]; COUBERTIN (P. de). "La cure de sport", dans Almanach olympique pour 1920, Lausanne [1919], aussi dans MÜLLER (N.), SCHANTZ (O.), op. cit. pp. 648-649.
30

Cf. COUBERTIN(P. de), «Ce que nous pouvons maintenant demander au Sport... »,

La!!sanne, Edition de l'Association des Hellènes Libéraux de Lausanne, 1918 ; cité d'après MULLER (N.), SCHANTZ (O.) (Eds.), op. cit., pp. 598-609 ; COUBERTIN (P. de), Almanach olympique 1919, Lausanne [1918] ; COUBERTIN (P. de), [Le gymnase de la cité] Gazette de Lausanne, 121èmeannée, 28 novembre 1918, n° 325, pp. 1-2 ; COUBERTIN (P. de), "Le dilemme", dans Tribune de Genève, 8 décembre 1919, page 1. JI COUBERTIN (P.), "Entre deux Batailles", dans La Revue de la Semaine, 20 janvier 1922, p. 305. 32 COUBERTIN à Godefroy de Blonay, lettre du 4 novembre 1918, Archives du CIO. 33COUBERTIN (p. de), Lettre à Messieurs les membres du Comité International Olympique, Lausanne, février 1920. Archives du CIO [Section P. de Coubertin]. Sa proposition de faire suivre le Congrès technique de 1921 d'un deuxième congrès ayant le sport populaire pour thème, et destiné à donner un caractère mondial au mouvement du sport pour tous, ne trouve pas l'intérêt nécessaire du CIO. Dans le procès verbal de la session d'Anvers on peut lire: «La politique afailli s'introduire parmi nous hier à propos de l'intrusion des sports populaires. Plusieurs de nous ont tenté de trouver une formule pour satisfaire tous. On supprimera alors le Congrès des Sports Populaires que l'on remplace par une Commission pour étudier la chose, simplement parmi nous, plus tard». (Procès-verbal de la 18ème Session du Comité International Olympique, Anvers 17 au 30 Août 1920, VII. Séance du 24 Août, p. [3]. (souligné dans l'original». 34 Cf. CHOILEY (P.), Pierre de COUBERTIN, La deuxième croisade, Lausanne, Comité International Olympique, 1995.
35

COUBERTIN(P. de), MAGNAT(G.E.), Lettre au président de l'Union Internationale des

Villes, 1927, dans: Union Pédagogique Universelle II, 1926-1927, pp 6-7. 36Cf. SCHANTZ (O.), MÜLLER (N.). op. cit., p. 13.

19

Cité modeme'037. Sous la présidence de Coubertin, elle proclame le droit à la culture générale et le droit au sport. Coubertin était convaincu que la ville prendrait une place de plus en plus importante à l'intérieur de l'Etat et que le progrès social dépendrait essentiellement de ses initiatives et de ses orientations38. Contrairement aux conceptions antérieures qui voyaient le "Gymnase antique rénové" comme un établissement où les lettres et les arts devraient côtoyer les sports et l'hydrothérapie, la conception nouvelle part d'une séparation de tâches. Assurer l'accès à la culture générale revient aux Universités ouvrières, pendant que c'est au "gymnase de la cité" de garantir le droit au sport. Tous doivent avoir le droit de pratiquer du sport et c'est à la Cité de permettre, le moins cher possible, à chaque citoyen adulte la possibilité d'acquérir et de garder une bonne condition physique39. Face à la propagation, un peu partout en Europe, des structures encourageant l'éducation populaire40, et face aux efforts depuis 1922 pour gagner le Bureau International de Travai141à ses projets, Coubertin était dès lors obligé de distinguer clairement entre "Gymnase antique rénové" et Université populaire, afin de ne pas entrer en concurrence avec des institutions déjà solidement installées. Le Bureau International de Pédagogie Sportive fondé par Coubertin en 1928 et dont le but est "de dresser le bilan de la santé du sport et de porter remède à ses défectuosités"42, reprend la revendication du rétablissement du "Gymnase antique" de l'Union Pédagogique Universelle qui, conforme au "principe de l'intermittence,,43, a cessé son travail en 1930. Au nom du Bureau International de Pédagogie ~ortive, Coubertin élabore et publie en 1932 un statut du "gymnase antique" . Ce statut nous renseigne en détail sur le fonctionnement du gymnase municipal selon la conception de Coubertin. 1 - devrait «être établi et entretenu par la Cité et, en tous cas, demeurer sous sa dépendance et son contrôle directs»45.
37

"La Conférence de Lausanne", dans Union Pédagogique Universelle, Piidagogischer Weltbund, Union Pedagogica Universal, I, année 1925-1926, p. 11. (gras dans l'original). 38COUBERTIN (P. de), MAGNAT (G.E.), op. cit., p. 7.
39
40

Cf. ibid.. p. 14.

Cf. STRZEILEWICZ (W.), "Erwachsenenbildung", dans WUl.F (C.), (éd.), Worterbuch dRr Erziehung, München, Piper, 1976, pp. 183-186 ; REBELE (A.), Geschichte dRr Piidagogik. Stuttgart, Klett, 1951. 4\ En ce qui concerne les relations de Pierre de Coubertin et le Bureau International du Travail, cf. le travail instructif de CHOLLEY (P.), op. cit. 42 BOULONGNE (Y.-P.), La vie et l'oeuvre pédagogique d£ Pierre dR Coubertin 1863-1937, Ottawa, Leméac, 1975, p. 376. 43 COUBERTIN (P.) Union Pédagogique Universelle, IV, Rapport Général et Conclusions, Lausanne 1929, pp. 18-19. 44 COUBERTIN (P. de), "Le «Gymnase antique» rénové", dans Bulletin du Bureau International de Pédagogie Sportive, na 8, s. d. [1930], p.S. 45 Ibid.

20

2 - «[...] Son rôle quasi exclusif consiste en effet à permettre à chaque citoyen ou résident adulte de se livrer individuellement, dans le minimum de temps et avec le minimum de frais, aux exercices sportifs de son choix, selon sa convenance...» 46 . 3 - «[...] il ne soit pas toléré dans le Gymnase de concours musculaire avec ou sans ,prix, non plus que de compétitions en vue de l'établissement d'un
record» 4

.

4 - Il «doit exclure de son programme sportif tous jeux ou sports collectifs et se limiter aux exercices individuels: sport gymniques - sports de défense . ] sports nautlques - sports equestres [ ...» 48. ' 5 - Le personnel consiste en un moniteur chef, des surveillants ainsi que des «moniteurs susceptibles d'assurer la pratique des sports de défense, mais point d'instructeurs chargés d'initier des débutants et donnant de véritables leçons. Le Gymnase devra posséder une installation de bains-douches»49. 6 - «Il est suggéré de limiter à dix-huit ans l'âge minimum de fréquentation du Gymnase. Un rè~lement intérieur devra fixer les conditions de fréquentation féminine" 0. 7 - Le temps d'utilisation devrait être limité à deux fois deux heures par semame. Afin d'attirer un maximum de clients, le "gymnase de la cité" doit, sans contrainte, selon le choix et la convenance, permettre l'accès rapide et facile aux pratiques sportives individuelles. En argumentant que "les spectateurs en seront tenus écartés puisque aussi bien nul concours n'y doit intervenir", Coubertin accorde aux femmes, généreusement, le droit de fréquenter le gymnase51. Le rôle et la responsabilité de la ville en ce qui concerne l'instauration et le fonctionnement du Gymnase sont soulignés. Coubertin est convaincu que «les institutions municipales vont jouer, dans le monde qui vient, le premier rôle»52.Et il pense que «l'État, qu'on s'en réjouisse ou non, est en train de faire faillite»53. Si le rêve du rétablissement des Jeux Olympiques est devenu réalité, bien qu'ils n'aient pas pu remplir un de leurs objectifs principaux (la sauvegarde de la paix internationale), la rénovation du "Gymnase antique" conçu pour stabiliser la paix sociale est restée au stade de l'utopie. Le manque de moyens financiers des villes mais aussi la concurrence des associations sportives furent certainement parmi les obstacles les plus importants qui se dressaient contre la réalisation d'un tel projet.
46 47
48 49 50

Ibid.
Ibid.
Ibid. Ibid. Ibid.

S!

"La Conférence de Lausanne", dans Union Pédagogique Universelle, Piidagogischer Weltbund, Union Pedagogica Universal, I, année 1925-1926, p. 17. e S2 COUBERTIN (P. de), "Lettre Olympique V", dans Gazette de Lausanne, 121 année, 28 novembre 1918, n° 325, pp. 1. 53 Ibid.

21

Les fonctions du gymnase selon Coubertin Au milieu du lsème siècle on peut, selon Edward Reichel54, constater en France un changement de paradigme politique qui va du social au biologique55. Hippolyte Taine, un des maîtres penseurs de Coubertin, se penche, dans son oeuvre qui traite de l'évolution de la France en plusieurs volumes, sur l'hexagone comme un médecin sur le chevet d'un mourane6. Coubertin participe à cette recherche des "remèdes" contre les maladies d'une société considérée comme dégénérée5? Le "gymnase antique" constitue un de ces remèdes. Par la mise en condition physique, le sport et l'hydrothérapie servent" à équilibrer l'organisme". Si l'homme néglige ce rôle de l'exercice physique, "ce sera au détriment, sinon de sa santé, du moins de celle de la génération suivante"58. Comme le sport de haut niveau, le sport au gymnase a une fonction eugénique: "[...J si l'on désire, que le sport cisèle vraiment une race, il faut que le besoin sportif individuel sy [au gymnase antiqueJ implante"59. Un autre argument dont Coubertin se sert régulièrement pour plaider en faveur du rétablissement du "gymnase antique" est la lutte contre l'alcoolisme. "Le sport sera l'unique remède contre l'alcoolisme. Car ce vice a le plus souvent une origine normale. Le cabaret est pour la plupart des travailleurs un lieu de détente et de repos légitime. Pour le détruire, il faut le remplacer. Le gymnase antique modernisé en est seul capable"60. En remplaçant le cabaret,
54

REICHEL(E.), "Nationalismus-Hedonismus-Faschismus. Der Mythos der Jugend in der

franzosischen Politik und Literatur von 1890 bis 1945", dans KOEBNER (T.), JANZ (R.-P.), 1ROMMLER (F.) (éds.), Mit uns zieht die neue Zeit. Der Mythos der Jugend, Frankfurt/M, Suhrkamp, pp. 150-173 ; cf. aussi HAlEY (B.), The Healthy Body and Victorian Culture, Cambridge, Harvard University Press, 1978, p. 59. 55 Ce changement est marqué, en 1857, par la publication du traité du psychiatre August Morel sur "des dégénéréscences physiques, intellectuelles et morales de l'espèce humaine et de ses causes qui produisent ces variétés maladives" et les idées de Charles Darwin, propagées en France à peu près au même moment. (MOREL (A.), Traité des dégéné-rescences physiques, intellectuelles et morales de l'espèce humaine et de ses causes qui produisent ces variétés maladives, Paris 1857). 56 Cf. TAINE (H.), Les origines de la France contemporaine, Paris, Laffont, 1986 [18761896]. 57 Cf. ALIŒMEYER (T.), "Die Wiederbegrundung der Olympischen Spiele ais Fest einer Bürgerreligion", dans GEBAUER (G.), (éd.), Olympische Spiele - die andere Utopie ckr

Moderne. Olympia zwischen Kult und Droge, Frankfurt/M, Suhrkamp, pp. 65-100.
58

COUBERTIN (P.), "Lettre Olympique VIII", dans Gazette de Lausanne, 14 décembre 1918, n° 341, p. 2.
59

COUBERTIN(P. de), "L'oeuvre de l'Union Pédagogique Universelle. La renaissance ill

gymnase hellénique", dans Le Messager d'Athènes, 5 avril 1927, p.3 ; Le sport sert aussi au même titre contre la pornographie: "Le sport épurera les Lettres et tuera l'érotisme en lui enlevant ses lecteurs" (COUBERTIN (P. de), "Le sport et la société moderne", dans Excelsior, 23 août 1915, p. 2. OC I, 617).
60

COUBERTIN(P. de), "Le sport et la société moderne", dans Excelsior, 23 août 1915, p.2.

22

"l'antre" de ce ''fléau des temps modernes", il aidera à exterminer ce problème61. La fonction essentielle du "gymnase antique rétabli" est le maintien de la paix sociale. Afin de guérir les blessures causées par les conflits sociaux, il n'y a, selon Coubertin, "rien de tel que le sport"62. En 1919, il proclame dans la Tribune de Genève: "L'heure a sonné d'ouvrir à toute la jeunesse ce domaine de l'activité sportive où résident la joie, l'apaisement et l'égalité et qui peut devenir par là un terrain propice au rétablissement de la
paix sociale"63.

Utopie ou idéologie? L'utopie du centre sportif à libre accès et gratuit, basé sur le modèle idéalisé du Gymnase grec, doit être questionné quant à son possible fond idéologique. Dans le sens de Karl Mannheim, le "Gymnase antique rénové" peut être considéré comme une "utopie relative", car il s'agit d'une idée qui ne correspond pas à la réalité actuelle, mais qui a été établie de façon éphémère et incomplète sous forme de l'Institut Olympique de Lausanne64. Pourtant, dans ses idées utopiques, Coubertin se réfère pour le "Gymnase antique" comme pour les Jeux Olympiques à l'histoire, à un hellénisme idéalisé. Selon Bernd Wirkus, c'est cette dialectique entre utopie et référence à l'histoire sous forme d'un historicisme pragmatique qui empêche la pensée de Coubertin de devenir dogmatique65. Ses conceptions restent souples pour pouvoir s'adapter aux exigences de l'époque, comme l'a montré l'évolution de son idée sur le Gymnase antique. Mannheim voit l'utopie en opposition à l'idéologie. Si nous considérons le "Gymnase antique rénové" comme utopie relative, il ne peut pas s'agir en même temps, au moins dans le sens de Mannheim, d'une idéologie. Les caractères idéologiques <tes idées de Coubertin se situent ailleurs. Le Gymnase n'est pas une fin en soi, mais un moyen qui doit remplir des fonctions spécifiques66. Si on analyse une de ses fonctions essentielles, la sauvegarde de la paix sociale, il est évident que l'idée de Coubertin devient un moyen à des fins idéologiques. Sans avoir besoin d'utiliser la définition large ou générale du terme idéologie (selon Mannheim par exemple), des traits idéologiques peuvent être décelés. Une
61

COUBERTIN (P. de), Ce que nous pouvons maintenant demander au Sport,..., Lausanne, Edition de l'Association des Hellènes Libéraux de Lausanne, 1918 ; cité d'après MÜlLER (N.), SCHANTZ (O.) (Eds.), op. cit., p. 608.
62

63 Ibid. 64 Selon Mannheim, la passation à l'action distingue l'utopie du désir ou du voeu (MANNHEIM (K.), Ideologie und Utopie, Frankfurt/M, Schulte-Blumke, 1969 [1929]).
65

COUBERTIN(P. de), "Le dilemme", dans Tribunede Genève, 8 décembre 1919,p. 1.

Cf. WIRKUS (B.), "Pierre de Coubertin's
The

Philosophical
Relevance of

Eclectisicm as the Essence of
Pierre ck Coubertin Today,

Olympism", dans MÜlLER (N.) (éd.), Niedernhausen, Schors 1987, p. 184.
66

On ne peut pas séparer l'idée de la rénovation du gymnase antique de l'engagement Coubertin pour l'instruction en faveur des ouvriers.

de

23

critique selon Marx et Engels verrait dans le fait de vouloir sauvegarder la paix sociale, le souci de légitimer les structures sociales existantes67. Car d'après Coubertin, "le sport enseigne le respect des inégalités fatales"68 et "la pratique des exercices sportifs n'égalise pas les conditions mais elle égalise les relations et il est probable qu'ici la forme a plus d'importance que le fond"69. En avançant de tels arguments en faveur du "Gymnase antique" qui justifient ses convictions d'une inégalité immuable et déterministe entre les classes sociales, son argumentation devient idéologique. Hobermann considère comme idéologique chez Coubertin son "effort d'adapter des instincts réactionnaires à des caractéristiques d'une société de masse émergeante qu'il jugea d'être aussi bien indésirable qu'irréversible70. Afin d'échapper à l'idéologie de la critique idéologique, une critique sémiologique de l'idéologie peut s'avérer utile. Partant d'une telle approche, nous pouvons constater qu'un fait social, dans ce cas l'inégalité entre les classes sociales, qui n'est pas forcément ressentie comme positive par tous les concernés, est désigné par le signifiant "paix" possédant une connotation positive. Une telle procédure est, selon Umberto Eco, le signe d'une idéologie71. Peu importe le type de l'approche critique, le but du "Gymnase Antique" n'échappe pas aux reproches d'être idéologique. Des structures relativement proches de l'utopique "gymnase antique" se sont développées dans les quinze ou vingt dernières années en forme de studios de mise en forme, mais sous des conditions différentes, notamment leur aspect commercial. Pourtant des parallèles existent, comme l'accès aux activités physiques avec un minimum de contraintes, selon son choix, dans son quartier ou du moins à proximité72. Dans ces clubs de mise en forme, il s'agit toujours d'activités physiques fonctionnalisées, mais les fonctions ne sont plus les mêmes, aussi bien que les idéologies dont elles émergent. Bibliographie
ALKEMEYER (T.), "Die WiederbegTÜndung der Olympischen Spie1e aIs Fest einer Bürgerreligion", dans GEBAUER (G.), (éd.), Olympische Spiele - die andere Utopie der Moderne. Olympia zwischen Kult und Droge, FrankfurtlM, Suhrkamp, pp. 65-100. BIDDISS (M. D.), Histoire de la pensée européenne, Tome VI, L'Ere des masses, Paris, Seuil, 1977.
67

Cf. MARX (K.), ENGFLS (F.), "Die deutsche Ideologie" Frühschriften, Stuttgart, Kroner 1953.

[1845], dans MARX (K.), Die

68

69COUBERTIN (P. de), "Le sport et la question sociale", dans Revue Olympique, août 1913, p. 120. 70 "[...] an effort to adapt reactionary instincts to certain features of an emerging mass society he deemed both undesirable and irreversible." HOBERMANN, (1. M.), Sport and Political Ideology, Austin, University of Texas Press, 1984, p. 133. 71 ECO (U.), "Semiotica delle ideologie", dans ECO (U.), Le forme del contenuto, Milano, Valentino Bompiani, 1971, pp. 147-155. 72 Des parallèles se trouvent même dans l'appellation, comme ici à Besançon, ou un tel établissement sous le nom de Gymnasium existe.

COUBERTIN(P. de), "Le sport et la société moderne", dans Excelsior, 23 août 1915, p. 2.

24

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25

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COUBERTIN (P. de), Le "débrouillard" a-t-il "mal tourné"

...

est-ce

la faute

du sport?

Manuscrit, Archives du CIO, 4 pp.

26

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27

LES ENJEUX DES JEUX L'IMPACT DES JEUX OLYMPIQUES DE 1932 SUR LA VILLE DE LOS ANGELES
Eva TRUMPP Doctorante, Université de Mayence Mon analyse de l'organisation des xèmeJeux Olympiques de 1932 se base sur des sources jusqu'alors inconnues des archives de la ville de Los Angeles'. A côté de ces documents ma recherche s'appuie essentiellement sur des articles de journaux contemporains ainsi que sur les publications officielles du Comité d'Organisation des Jeux. Mes considérations porteront sur la candidature, le financement, la publicité et le rôle particulier du village olympique. L'objectif principal de ce travail est de montrer l'enjeu que représenta l'organisation des Jeux Olympiques pour la ville de Los Angeles au lendemain de la crise économique mondiale. Candidature et obtention des Jeux

En 1919, une centaine de citoyens distingués créèrent la California Fiesta Association, pour faire renaître une coutume traditionnelle de la région: la fiesta espagnole. A la tête de cette association qui avait comme objectif d'attirer des touristes, des investisseurs et des nouveaux citoyens, se trouvaient les éditeurs des cinq journaux les plus importants de la ville. Consciente de l'attrait particulier de manifestations sportives, la Fiesta Association planifia la construction d'un grand stade qui pourrait en même temps servir pour ses fêtes2. Déjà le 26 novembre 1919, Maximilian F. Ihmsen, un des directeurs de l'association se prononça publi~uement pour une candidature à l'organisation des Jeux Olympiques (X! Olympiad Committee 1933, 33-35). L'année suivante, la Fiesta Association devient la Community Development Association avec à sa tête un certain William Garland qui devait jouer un rôle décisif dans la candidature de Los Angeles. «[...J the Community Development Association Ltd. was organized by public spirited citizens of Los Angeles, California, as a non-profit, cooperative corporation under the laws of the State of California, for the purpose of fostering and promoting the social and industrial welfare, business and commerce of the people of and the visitors to California, and of encouraging and inducing immigration to California and of engaging in activities incidental thereto»3.
1

Tous les documents des archives municipales de Los Angeles classés sous le mot-clé

"Olympic Games (1920-1936)". 2 RIESS (S.), «Power Without Authority: Los Angeles» Elite and the Construction of the Colliseum», dans Journal of Sport History, nOS, 19S1, p. 50. 3 Los Angeles City Archives (cité par la suite comme LAC.A) 6.5.1935 : 4 ; tome 23S, p. 7 , acte 1415.

29

La plus ancienne source des archives municipales documentant une candidature à l'organisation des Jeux Olympiques est datée du 24 juin 1920.4 Ce fut Garland qui présenta la candidature lors de la session du CIO en 1920, à Anvers. Malgré son grand engagement et la présentation du projet d'un stade conçu pour 75 000 spectateurs, les Jeux de 1924 furent attribués à Paris. Mais Garland impressionna les membres du CIO et il fut élu dans leurs rangss. Les califomiens renouvelèrent leur candidature pour 1928 mais, par malchance, ils arrivèrent trop tard à la 20e session du CIO en 1921, à Lausanne. A leur arrivée, la ville d'Amsterdam avait déjà été choisie comme organisatrice des Jeux de la IxèmeOlympiade6. La troisième tentative devait enfin aboutir. En 1923, lors de la session du CIO à Rome, Los Angeles fut choisie par acclamation comme lieu des Xème Jeux Olympiques en 1932. Dans ses Mémoires olympiques, Coubertin estime que: «Los Angeles, en plus de l'ardeur et du zèle de son avocat (notre collègue W. M. Garland), possédait trois atouts. D'abord l'état d'avancement de ces préparatifs olympiques [...J ,. ensuite sa situation privilégiée au point de vue des événements politiques ou sociaux [...J. Enfin, l'heure avait vraiment sonné de témoigner à la jeunesse sportive des Etats-Unis quelque reconnaissance pour l'effort fait depuis Athènes [...J»7. Du côté des Américains, cette décision ne fut pas accueillie à l'unanimité. Le Comité Olympique Américain, dominé par des membres de la côte Est des Etats-Unis, avait même déconseillé à Garland une candidature estimant qu'une petite ville de province sans importance n'aurait aucune chance de se voir attribuer les Jeux8. Après ce succès inattendu, on avança des doutes quant aux capacités et à l'expérience des califomiens de pouvoir organiser un spectacle sportif d'une telle envergure9.
Le financement des Jeux

C'est en 1927 que la Community Development Association fit les premières démarches pour financer les Jeux. Elle s'adressa à la ville et au canton de Los Angeles pour demander si les califomiens pouvaient voter pour un emprunt d'état d'un montant d'un million de dollars destiné au

4

L.A.C.A. 24.06.1920 ; tome 118, p. 493, acte 159 : Farmer resolution regarding holding Olympic Games of 1924. 5 LENNARTZ (K.), «The Presidency of Henri de Baillet-Latour (1925-1942)>>,dans IOC, (Ed.), The International Olympic Committe One Hundred Years. The Idea - The Presidents - The Achievements, Lausanne, T. I, 1994, p. 249.

-

6 7
8 9

LYBERG (W.), The IOC Sessions 1894-1955, Lausanne, T. l, 1989, p. 104.
COUBERTIN (P.), Mémoires Olympiques, Lausanne, 1975, p. 117.

RIESS (S.), ibid., p. 104.

BRUNDAGE (A.), Book Manuscripts, Notes and Sources for the Olympic Story, Avery Brundage Collection - 1908-1975, Box 330, Chapter 7, 1932, p. 2 ; GUTIMANN (A.), The Games Must Go On, New-York, 1984, p. 58.

30

financement des JeuxlO. Suite à cette démarche, le député Woolwine s'adressa à la législative de Californie afin d'obtenir un soutien financier, en argumentant que les Jeux étaient une bonne publicité Rour l'Etat et qu'ils promettraient de rapporter encore longtemps à l'Etat. Finalement, une proposition de loi fut ratifiée en forme de "State Bond Act"l2, qui permettait aux californiens de décider sur ce rajout à la constitution lors des élections générales du 6 novembre 192813. Les actions d'Etat furent vendues au prix de 35.733 dollars la pièce. La somme totale des actions vendues se chiffrait finalement à 1.053.733 dollars. Après déduction de 2.000 dollars de frais pour la California Olympiad Commission ~ui organisa la vente des actions, ce crédit pouvait être utilisé pour les Jeux 4. En élaborant le projet de la construction du stade et en assurant le bon déroulement des préparatifs, la Community Development Association deviendra de facto le Comité d'Organisation, fonction qui fut confirmée officiellement le 10 février 1928 avec l'attribution du titre "Xth Olympiad Committee of the Games of Los Angeles U.S.A. 1932 Ltd"15. La plupart de ses membres étaient des organisateurs confirmés ayant une bonne expérience comme manager, acquise par le travail dans la Community Development Organization. A part le directeur et le secrétaire général, tous les membres étaient des bénévolesl6. Mais on peut douter du désintéressement de ces membres, sachant qu'ils étaient recrutés parmi l'élite du monde financier, qu'ils ne furent pas élus de manière démocratique et qu'ils savaient bien défendre leurs intérêts à l'aide de leurs banques, leurs journaux ou leurs entreprisesl7. D'après le bilan officiel, les Jeux ont rapporté un bénéfice de 1.250.000 dollars. Tous les membres du Comité d'Organisation se mirent d'accord pour donner cet argent à l'Etat. La somme prêtée de 1.053.733 dollars résultant de la vente des actions devait être remise à l'Etat de Californie et le gain restant devait être distribué à la ville et aux cantons de Los Angeles1s. Afin de pouvoir donner cet argent, le Comité d'Organisation a dû mener une bataille juridique, car l'Association Olympique Américaine
10

LAC.A. 15.02.1927 et 2.04.1927 ; tome 177, p. 581, acte 1215 et 3.03.1927 178, p.206, acte 1215 : Hall resol. atty. submit to legislative bond issue.

; tome

Il

12
13

Los Angeles Times 19.03.1927, p. 1. Chapitre 313 des statuts de l'état de Californie de 1927.
Section 5 du paragraphe XVI de la constitution californienne.

14

IS Xth Olympiad
16 17

L.A.C.A. 6.05.1935 : 7, tome 238, p.7, acte 1415,22 p. sur l'histoire de l'emprunt d'état.
Committee, 1933, pp. 39-40.

L.A.C.A. 6.05.1935 : 10; tome 238, p.7, acte 1415.
Ceci est confirmé par une lettre de protestation d'un citoyen de Los Angeles du 2/8/1932 qui

critique les profiteurs du Comité d'Organisation. «Comme aucune station de radio pourrait payer les droits de transmission de 100.000 dollars et comme les prix d'éntrée seraient inabordables, ce serait le contribuable qui par son accord pour l'emprunt d'état a permis la réalisation des Jeux, qui serait puni et privé du plaisir des Jeux», L.A.C.A. 1932 ; tome 235, p. 639, acte 3743 : broadcast all games progress. 18 L.A.C.A. 6.05.1935:7 ; tome 238, p. 7, acte 1415.

31

estima que cet argent lui appartenait en argumentant que l'argent gagné grâce aux Jeux Olympiques devait revenir au sport olympique. Le 5 mars 1934, le tribunal de Los Angeles et, le 21 mars, la Cour Suprême de Californie accordèrent au Comité d'Organisation le droit de donner les gains des Jeux à Los Angelesl9. Finalement, le congrès américain garantit une exonération d'impôts au comité qui venait de payer 1.053.733 dollars à l'Etat et respectivement 103.107 dollars à la ville et au canton de Los Angeles20. Garland était fier de la manière dont les Jeux furent financés. C'était la première fois dans l'histoire des Jeux Olympiques modernes que les citoyens d'un pa~s avaient opté pour le soutien financier des Jeux à l'aide d'un crédit d'Etat I. La publicité pour et par les Jeux Les éditeurs des grands journaux, co-fondateurs de la Fiesta Association et de son organisation successive, utilisèrent leurs publications afin de faire de la publicité pour les Jeux. Lors de la journée mondiale de la presse, la ville de Los Angeles devait être présentée à la presse internationale pour faire connaître les facettes commerciales, industrielles et artistiques aux journalistes qui s'adressaient à un public d'environ. deux cents millions de lecteurs. Néanmoins, la demande d'une subvention de 1500 dollars pour ce projet formulée par la chambre de commerce fut rejetée par la ville22. Vu le fait que Los Angeles était peu connue et que l'Europe était loin, le Comité d'Organisation installa, dès 1929, un département de presse dont le service couvrait le monde entier, ce qui représentait une première dans la phase préparatoire des Jeux. Sur le plan régional, des comités de citoyens furent créés pour renseigner la population sur les Jeux. Comme la plupart des californiens avaient de la famille dans d'autres pays, l'objectif de cette campagne était d'inciter les gens à inviter leurs amis et leurs familles à venir voir les Jeux23. Les Jeux Olympiques représentaient une action publicitaire pour la ville de Los Angeles, mais ils servaient aussi de plus en plus comme soutien publicitaire pour des produits divers. Bien que les Jeux de 1932 n'auraient jamais eu le succès qu'ils ont connu sans la symbiose entre le commerce et le sport et sans la composition particulière du Comité d'Organisation, celui-ci affirmait toujours avoir pris soin d'épargner les Jeux de la

19 Ibid. 20 Los Angeles Saturday Night, 27/06/1936, p. 9.

21

Le parlementdes Pays Bas avait refusé la subvention des Jeux Olympiques d'Amsterdam en

1928. C'était alors à la population hollandaise de décider si elle voulait répondre à l'appel de don du Comité d'Organisation. LUCAS (J.), The Modern Olympie Games, South Brunswick, N. Y., 1982, p. 108. 22 L.A.C.A. 5.07.1932; tome 235, p. 188, acte 3215 : approp. $1,500 celebrate Press Day. 23X'h Olympiad Committee, 1933, p. 216.

32

commercialisation24. Mais en réalité, le Comité a souscrit des contrats avec de grandes agences publicitaires, en les convaincant que l'utilisation des symboles et emblèmes olympiques augmenterait l'effet des annonces25. Des hommes d'affaires, de:; hôteliers et des compagnies de voyage profitèrent des Jeux pour allécher les touristes26. Des compagnies pétrolières et des producteurs de pneus distribuèrent des autocollants avec des emblèmes olympiques. Des petites entreprises souhaitèrent à l'aide d'une annonce dans le Los Angeles Timei7la bienvenue aux touristes olympiques. Elles offraient, sous forme de 50 petites annonces, leurs services "olympiques" à commencer par les coupes de cheveux jusqu'aux gardiennages d'enfants. Des producteurs se vantaient d'être fournisseurs des athlètes des Jeux. La boulangerie Helms, par exemple, avait acquis le droit d'orner ses emballages avec les anneaux olympiques, en fournissant le pain pour le village 0lympique28. Voici un témoignage de Grix29 extrait de son livre Journées olympiques à Los Angeles (Olympische Tage in Los Angeles) : «La fièvre olympique a atteint Los Angeles. Partout on voit le petit drapeau triangulaire avec les anneaux entrelacés. On peut boire de la limonade olympique, manger des petits pains olympiques, assister à des manifestations culturelles olympiques, acheter des oreillers olympiques [...J on peut porter des épinglettes, des plaquettes en bronze,. partout où on va, on retrouve des gens qui profitent de l'enthousiasme olympique»30. Le village olympique Les préparations olympiques vont de pair avec l'amélioration des infrastructures et des constructions de sites sportifs. Les petites et moyennes entreprises de Los Angeles et ses alentours espéraient par conséquent avoir leur part du gâteau3). Dans les archives municipales se trouve une lettre de la Schumacher Wall Board Corporation, qui nous renseigne sur la situation de l'époque32. Dans cette lettre de trois pages, la corporation se plaint qu'on ait adjugé les contrats pour la construction du village olympique à des entreprises d'autres états ou même à des sociétés étrangères, sans avoir permis aux firmes régionales d'entrer en compétition. De telles pratiques seraient injustes et iraient à l'encontre de la politique de la ville qui avait
24

"It endeavored at all times to keep the element of commercialism Olympiad Committee 1933, p. 220. 25Xth Olympiad Committee, 1933, pp. 216-217. 26 Los Angeles Evening Express, 1931, p. 28.
27

out of the Games, xm

28 La boulangerie Helms vend toujours son pain sous le nom "Olympic Bread". 29 GRIX (A.), Olympische tage in Los Angeles, Berlin, 1932, p. 36. 30 Traduit par l'auteur. 31 Rien que sur l'illumination des rues et la décoration, on trouve 15 documents dans les archives municipales de Los Angeles (ex. 17.05. 1932 ; tome 234, p. 251, acte 2263: bid proposal light decorations et 19.05.1932 ; tome 234, p. 296, acte 2342 : street decoration during games). 32 L.A.C.A. 28.5.1931 : 1-3; tome 227, p. lOI, acte 3734: award contracts to localfirms.

Los Angeles Times, 1/8/1932, p. 10.

33

prévu cinq millions de dollars pour la lutte contre le chômage. Les signataires de la lettre demandaient la résiliation des contrats avec les entreprises qui n'étaient pas de la région. Comme il ne s'agissait pas de l'argent de la ville, mais d'un crédit de l'Etat de Californie, la chambre de commerce californienne a dû intervenir pour finalement approuver la démarche du Comité d'Organisation33. Dans son édition de mai 1930, la revue Olympie présente le projet du village olympique. Il était prévu d'héberger et de nourrir les athlètes dans un vaste terrain situé au centre des sites olympiques. Afin de respecter la sphère privée des athlètes, le village devait être surveillé. En ce qui concerne le programme de divertissements, le Comité d'Organisation profita de la proximité de Hollywood. En collaboration avec l'industrie du cinéma, non seulement des projections de films devaient avoir lieu, mais aussi des visites de vedettes du cinéma au villane olympique et des excursions aux studios de Hollywood étaient organisées. L'hébergement au village olympique avec pension complète fut offert aux athlètes et leurs accompagnateurs au prix de deux dollars par jour. Pour les athlètes féminines, on offrit aux mêmes conditions un hébergement séparé dans les bâtiments de l'U.S.e., l'université élitiste de la Californie du Sud35.Mais finalement, comme on peut le lire dans le rapport officiel, on préféra loger les dames dans le Chapman Park Hôtel situé au Wilshire Boulevard, qui offrait sans doute plus de confort36. A. Kruger? se trompe quand il prétend que le village olympique a été utilisé "comme foyer d'étudiant de l'University of Southern California, située à proximité". Fausse aussi, est sa remarque sur le village olympique de Los Angeles qui selon lui présente un "novum"38 dans l'histoire des Jeux Olympiques modernes. En effet, la plupart des publications anglaises soulignent cette "nouveauté"39. Les procès-verbaux de la 22ème session du CIO à Rome montrent par contre que c'est déjà lors des Jeux Olympiques en 1924 à Paris qu'un village olympique a été construit,40 Certes, le village

33 L.A.C.A. 28.5.1931 : 1-3 ; tome 227, p. 597, acte 3739-3793 buy materials in Calif. 34 Organizing Committee 1931, p. 2.
35

: Building Committee reo

36 Xth Olympiad
37

Ibid.

Committee,

1933,

pp. 292-294.

KRUEGER (A.), «Deutschland und die olympische Bewegung (1918-1945)>>, dans UEBEHORST (H.), Geschichte der Leibesübungen, T. 3, Berlin, 1982, p.1032.
38
39

Ibid., p. 1032.

Par ex. LUCAS (J.) : "The idea of the Olympic Village was born in Los Angeles», op. cit., p. 20 : ou aussi DEFRANTZ (A.), «The Village Concept Born and Re-Born: 1932 and 1984 in Los Angeles» ; dans Olympic Message, n09, 1985, pp. 12-24. 40 «Count Clary revealsfirst ever Olympic Village to be builtfor the Games in Paris 1924» .. LYBERG (W.), op. cit., p. 113. Lors des jeux intermédiaires en 1906 à Athènes on avait déjà essayé de loger les athlètes dans un hébergement commun (LENNARlZ (K.), op. cit., p. 253).

34

parisien n'a pas connu un grand succès41. Morlin042 cite Jean Taris, un nageur français, qui dit du village olympique à Paris: "C'est une prison de luxe". Et, plus loin, on peut lire: "Les athlètes, auxquels on avait fait miroiter un village olympique, ont trouvé logis dans de minables baraques en bois sans confort [...T3". Pourtant, ni l'idée, ni la réalisation de cette idée d'un hébergement commun des athlètes ne peuvent être attribuées aux organisateurs californiens. Grâce à son succès extraordinaire à Los Angeles, le village olympique deviendra une institution permanente des Jeux Olympiques. Le village olympique de Los Angeles est né de la nécessité économique d'offrir aux invités un hébergement bon marché dans la période de dépression. Contrairement à la session du CIO de 1923 qui était contre un tel village, en 1931, le CIO salua cette solution de loger tous les athlètes à peu de frais dans un village aménagé44. La misère financière pesa plus que le scepticisme4s. La vie des athlètes dans le village olympique suscita énormément d'intérêt de la part de la presse. Régulièrement, on y parlait de la vie en commun exemplaire de personnes originaires de différentes couches sociales, avec des couleurs de peau et des convictions religieuses et politiques différentes: «Olympic Village is a splendid example of a seething, swirling melting-pot, where, as the Associate Press puts it, a conglomeration of languages, colors, and creeds has blended peacefully»46. En comparaison avec la Ligue des Nations (League of Nations), le Los Angeles Times (6/8/1932, 4) accorde plus d'efficacité au village olympique en ce qui concerne l'entente mutuelle des nations41. Le terrain à bâtir pour le village olympique a été prêté par des propriétaires privés pour la période des Jeux48. C'est aussi la raison pour laquelle la proposition d'un citoyen qui voulait en faire un musée ("historical point of interest") afin d'attirer des milliers de touristes, n'a pas pu être retenue49. Une autre proposition appela aux sentiments humanitaires du conseil municipal. L'Association des Citoyens sans Travail (Los Angeles Unemployed Voters Association) argumenta que le gain par la vente de
41

LAGORLE (G.), PARIENTE (R.), Lafabuleuse histoire des Jeux Olympiques, Paris, 1988, MORLINO (B.), Un siècle d'olympisme, Lyon, 1988, p. 154.

p. 104.
42

43 Ibid. 44 L YBERG (W.), op. cit., p. 153. 45 Xth Olympiad Committee 1933, p. 233.
46

Literary Digest, 1932, p. 30.

"The Olympic Village has best served the ideal for which the modem Olympic Games were brought into existence" (l'escrimeur Piller, médaille d'or hongrois cité d'après PLATT (A.), The Olympic Games and Their Political Aspects, 1952 to 1972, doctoral dissertation, Kent State University, 1976, p. 114. 48XthOlympiad Committee, 1933, p. 256
49

41

L.A.C.A. 12.8.1932;

tome 235, p. 733, acte 3862: perpetuai Olympie village.

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