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Une épopée sportive: la France de Platini

De
226 pages
Durant plus d'une décennie, l'équipe de France de football représenta le fleuron d'un sport alors populaire. Ce livre propose de revivre une aventure humaine à la fois simple et grande. Cette période de gloire et d'insouciance fut la plus heureuse de l'histoire des tricolores qui, dans le sillage du joueur exceptionnel qu'était Michel Platini, participèrent à trois phases finale de la Coupe du monde et entrèrent par deux fois dans le dernier carré de l'épreuve, remportant, avec le championnat en 1984, leur premier titre international majeur.
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Marc Barreaud et Alain Colzy
Une épopée sportive : la France de Platini (1976-1987)
Une épopée sportive : la France de Platini (1976-1987)
Marc Barreaud et Alain Colzy Une épopée sportive :
la France de Platini
(1976-1987)
Des mêmes auteurs Marc Barreaud et Alain Colzy : La Coupe du Monde de football, miroir d’un siècle, Chiron, 1997 (avec Jean Mallaret). Sedan-Reims. Histoire d’un grand derby, Euromedia, 2006. Les Géants du Stade de Reims, Euromedia, 2012. Marc Barreaud : Tintin et Hergé, Arts, Rencontres et Créations, 1990. Dictionnaire des footballeurs étrangers du championnat professionnel français1998., L’Harmattan, Club Sportif Sedan Ardennes : les archives de la saison 1997-1998, SOPAIC, 1998. Au cœur du football sedanais. Chronique d’un retour, Pole Position Communication, 1999 Au cœur du football sedanais. Les portes de l’Europe, Pole Position Communication, 2000. Les Géants de Sedan. Cinquante portraits pour un siècle, Pole Position Communication, 2000. Au cœur du football sedanais. Le roman de l’Europe, Pole Position Communication, 2001. Sedan, il était une fois… la Coupe de France, Euromedia, 2005. Les Sangliers. Champions ardennais du football français, Euromedia, 2007. Dictionnaire des footballeurs sedanais. Joueurs, entraîneurs, dirigeants, Euromedia, 2010. Sedan 1961. L’épopée de la Coupe, Euromedia, 2011. Roger Marche. Un sanglier, un champion, un mythe, Euromedia, 2011. Alain Colzy : L’image au collège, Belin, 2002 (avec Raphaël Marchal et Fabrice Watteau). © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99719-6 EAN : 9782296997196
COUP D’ENVOI : UN PARADIS PERDU L’interminable hiver du football français  LorsqueMichel Hidalgo est nommé à la tête de l’équipe de 1 France de football, le 4 octobre 1975, la sélection nationale semble errer dans un vaste désert, où elle s’est égarée au début des années soixante et dont elle désespère de parvenir à sortir. Il faut en effet remonter trois lustres en arrière pour trouver la trace d’une formation conquérante et capable d’obtenir des résultats probants, autant que durables, sur l’échiquier du sport international. Depuis une quinzaine d’années, les déconvenues et les revers s’accumulent, navrant un public qui ne sait plus à quel saint se vouer et doit se contenter de cultiver le souvenir nostalgique, voire mortifère, des exploits tricolores ayant marqué la Coupe du Monde disputée en Suède durant l’été 1958. L’ombre de Raymond Kopa, chef de file de la première génération dorée du football français, n’en finit plus de planer au-dessus de celui-ci, qui attend vainement un nouveau messie susceptible d’entraîner dans son sillage une autre cohorte de champions enfin dignes de succéder aux Just Fontaine, Roger Piantoni, Jean Vincent et Robert Jonquet.  L’épopée« suédoise »de l’équipe nationale apparaît pourtant à cette époque comme une parenthèse glorieuse mais éphémère, sinon accidentelle, dans l’histoire du football fran-çais, tout comme les prouesses européennes du Stade de Reims auquel le onze bleu doit beaucoup, les deux formations étant d’ailleurs dirigées par Albert Batteux. Cette parenthèse tranche avec la médiocrité récurrente des résultats internationaux des clubs comme de la sélection, et de facto avec le relatif désintérêt que le grand public témoigne autant à celle-ci qu’à ceux-là. Durant les trois premiers quarts du XXe siècle, à tout le moins, le football ne constitue pas réellement un «fait social
1  Etcependant que la France doit encore jouer, sous la responsabilité de Stefan Kovacs, les deux dernières rencontres qualificatives pour les quarts de finale de la Coupe d’Europe des Nations. 5
2 total »en France, où il n’accède pas au statut de passion nationale qui est le sien en Angleterre, en Espagne ou en Italie, mais plutôt à celui de loisir de masse parmi beaucoup d’autres, ne parvenant que très épisodiquement à susciter l’enthousiasme d’un peuple encore raisonnable et mesuré dans ses élans vers l’idolâtrie sportive.  Lessuccès de Reims, finaliste de la Coupe d’Europe en 1956 et 1959 et alors principal pourvoyeur de l’équipe de France, et ceux de cette dernière, troisième de la Coupe du Monde en 1958, dépendirent largement du talent de Kopa, qui fut un grand technicien et le merveilleux ordonnateur du jeu champenois (1951-1956) avant de rejoindre le Real de Madrid, un club où il se couvrira de gloire pendant trois ans. La précision de ses passes et de ses tirs, la fulgurance de ses démarrages, le carac-tère déroutant de ses dribbles et la classe singulière que traduisaient les différents aspects de son jeu empreint de vitesse et d’inspiration firent de l’ancien galibot de Noeux-les-Mines, devenu le «Napoléon du football» au soir d’un triomphe tricolore en terre d’Espagne, le héros de l’aventure des Bleus de Suède. Mais le règne de Kopa, qui fut aussi une vedette cruelle-ment critiquée, ne fut pas toujours sans nuage, d’une part, et il ne doit pas occulter le rôle essentiel que tint dans cette aventure Albert Batteux, joueur (1937-1953), entraîneur (1950-1963) du Stade de Reims, et à ce titre père biologique du «football champagne », puis entraîneur de la sélection nationale de 1955 à 1962, d’autre part. Au-delà des compétences techniques de cet homme né dans la ville des sacres au sein d’une famille nombreuse et modeste, son sens de la mesure, son rayonnement, son savoir-vivre, son pouvoir de conviction et l’humanisme profond qui l’anima durant toute son existence exercèrent une influence considérable sur les joueurs qui servirent le football sous sa bienveillante direction. En un mot, l’intelligence de Batteux irradia tout autant que le talent de Kopa.
2 Selon l’expression de Marcel Mauss reprise par Alfred Wahl pour qualifier le « sport du siècle » (cette dernière formule est due à Jean Giraudoux). 6
 Aprèsavoir quitté la sélection (il démissionne en 1962) et le Stade de Reims (il est écarté en 1963), Batteux s’en alla se ressourcer dans les Alpes dauphinoises, puis il conduisit vers le succès les footballeurs stéphanois, triples champions de France (1968, 1969, 1970) et deux fois vainqueurs de la Coupe (1968, 1970), avant de passer plus brièvement par Nancy, Avignon, Nice et Marseille. Orphelins de leur guide, Reims (six titres de champion et deux triomphes en Coupe de France entre 1949 et 1962, plus rien ensuite) et l’équipe de France devaient rentrer dans le rang. Sans Kopa, le onze national allait encore se hisser en demi-finale de la première Coupe d’Europe des Nations (1960), mais n’allait plus cueillir ensuite que de très maigres lauriers internationaux. Si elle jouait, et perdait respectivement contre la Hongrie et la Yougoslavie, les quarts de finale de la Coupe d’Europe en 1964, commandée par Henri Guérin, et en 1968, sous la férule du rude Louis Dugauguez, l’entraîneur des non moins énergiques footballeurs-ouvriers sedanais, la France se montrait ultérieurement incapable de passer le tour éliminatoire de cette compétition, dominée à nouveau par la Hongrie (1971) et bientôt par la Belgique (1975). Elle échouait également à se qualifier pour la Coupe du Monde organisée en 1962 au Chili, en 1970 au Mexique et en 1974 en Allemagne Fédérale, devant alors s’effacer au profit, tour à tour, de la Bulgarie, de la Suède et de l’Union Soviétique. Qualifiés pour l’édition disputée en 1966 dans le berceau britannique du football, les joueurs français allaient y vivre une triste élimination dès le premier tour, ne parvenant à battre ni le Mexique (1-1), ni l’Uruguay (1-2), ni l’Angleterre (0-2). Et, entre 1968 et 1975, ils ne s’imposeront que sept fois lors des vingt-deux matches officiels qu’ils disputeront (Coupe d’Europe et Coupe du Monde), concédant dans le même temps six marques de parité et neuf défaites.  Deleur côté, les clubs français n’arrivent plus réellement à briller lors des différentes éditions des trois trophées mis en jeu par l’Union Européenne de Football-Association. Entre Reims (1959) et Saint-Etienne (1976), aucune formation du pays ne peut se hisser jusqu’en finale des différentes Coupes européennes. Durant l’intervalle menant de l’épopée des
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Champenois à celle des Foréziens, seul l’Olympique lyonnais parvient, en 1964, à entrer dans le dernier carré des prétendants à la Coupe des Vainqueurs de Coupe. Et l’histoire des compétitions interclubs foisonne de désastres ayant contraint les équipes françaises à baisser pavillon devant leurs rivales suisses, danoises, bulgares ou norvégiennes. Ces revers con-firment l’existence d’une crise sportive durable, les clubs n’étant pas en mesure de redorer un blason terni par les errements de la sélection.  Commentexpliquer cette litanie de déroutes? Le caractère empirique du modèle de développement choisi par le profes-sionnalisme français, qui le maintient depuis sa naissance en 1932 dans une sorte de crise économique structurelle, où le paternalisme et l’improvisation jouent un rôle important, n’est sans doute pas étranger à ces difficultés. Avant la naissance des centres de formation, au début des années 1970, et malgré l’autarcie imposée par les dirigeants de la Fédération Française de Football et du Groupement des clubs «pros »,l’élite nationale voyant ses frontières résolument fermées à l’apport étranger de 1955 à 1961, puis de 1963 à 1966, l’attention portée à la formation des jeunes joueurs n’apparaît guère soutenue, cependant que les clubs ne peuvent rivaliser avec leurs voisins espagnols, britanniques et italiens, qui jouissent de revenus (essentiellement liés au grand nombre de spectateurs présents dans leurs stades) incomparablement supérieurs à ceux des principales sociétés sportives françaises. D’autre part, une interminable querelle oppose, tout au long des années soixante et au début de la décennie suivante, les partisans d’un jeu où prédominent les aspects athlétiques et physiques, qui jugent que les footballeurs français sont inférieurs à leurs collègues étrangers dans ces domaines, et les adeptes d’un football basé sur la technique, la vitesse et la fantaisie, dont Batteux fut longtemps le chef de file, rencontrant un succès qui, aussi incontestable soit-il, ne suffit pas à lui garantir l’adhésion prolongée de ses pairs et des représentants de la presse spécialisée, les uns comme les autres ne lui pardonnant aucun de ses rares échecs, systématiquement imputés à son «petit jeu » et au romantisme supposé rédhibitoire de ses conceptions
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du football, sinon de l’existence. Le recours à Georges Boulogne (1970-1973), obsédé par la rigueur défensive et adepte d’un milieu de terrain renforcé aux dépens de la ligne d’attaque, puis à Stefan Kovacs (1973-1975), chantre de la « sériosité » (sic) comme du « football total » ayant fait la gloire du grand Ajax d’Amsterdam, que Kovacs mena à ses plus beaux triomphes continentaux, et qui inspirera ensuite la sélection hollandaise deux fois finaliste de la Coupe du Monde, est symptomatique des complexes dont souffre le football français. Ce dernier cherche dès lors à copier ce qui se pratique avec profit à l’étranger, sans réellement s’appuyer sur l’originalité et le talent de ses propres forces.  Ala tête des Bleus, la succession de Kovacs est ouverte dès 3 la fin de l’été 1975 . Parmi les entraîneurs pressentis, on relève les noms de Lucien Leduc, Helenio Herrera, du Stéphanois Robert Herbin, porté par la vague verte, de Michel Hidalgo, qui est l’adjoint de Kovacs après avoir été celui de Boulogne, et d’Albert Batteux, qui reviendrait ainsi aux commandes de l’équipe de France deux décennies après la saga suédoise de l’été 1958, mais n’est pas officiellement candidat. Herbin ne souhaitant pas lâcher les rênes de l’A.S. Saint-Etienne, Batteux et Hidalgo représentent bientôt les deux solutions les plus crédibles, et l’on rejoue durant quelques semaines la classique querelle des anciens et des modernes. Il est dès lors reproché au premier d’être un homme du passé, au second de ne pas en avoir. Le palmarès inégalable du Rémois, qui dirigea son cadet en Champagne pendant trois ans (1954-1957) et lui offrit son unique sélection en équipe de France (1962), ne suffit pas à faire pencher la balance de son côté. L’ombre des géants effraie toujours les nains: dédaigné sans grands égards par les entraîneurs des clubs professionnels (réunis et consultés à Paris, ils se prononcent en faveur d’Hidalgo par trente et une voix contre… une seule à son aîné et quatre abstentions), Batteux
3  LeRoumain est lié à la Fédération Française de Football jusqu’au 30 juin 1976. Mais la fédération de Roumanie exige son retour dès la fin de l’année 1975, afin de lui confier la responsabilité la sélection nationale, en vue de la préparation des Jeux Olympiques de Montréal. 9