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Ouverture médiatique, pluralisme et audiovisuel

De
214 pages
Comment faisait-on avant pour assurer l'expression démocratique ? Quand il n'y avait pas de réseaux sociaux en ligne, quand l'internet n'était pas démocratisé, quand les outils mobiles de communication balbutiaient, quand il y avait des monopoles de diffusion de la radio et de la télévision... L'auteur témoigne des divers ajustements qui ont été nécessaires dans le domaine de l'audiovisuel pour accompagner les politiques générales d'ouverture démocratique menées dans un pays comme le Sénégal.
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(
Guila THIAMOUVERTURE MEDIATIQUE,
PLURALISME ET AUDIOVISUEL
Ajustements au Sénégal, du monopole au numérique
Comment faisait-on avant ? Quand il n’y avait pas de réseaux
sociaux en ligne, quand l’internet n’était pas démocratisé, quand les
outils mobiles de communication balbutiaient, quand il y avait des
monopoles de diffusion de la radio et de la télévision. Comment
faisait-on pour malgré tout assurer l’expression démocratique, avoir O UVE R T U R E
un audiovisuel citoyen. Et avec parfois des pans entiers de territoire
non couverts par la radio et la télévision. M E D I AT I Q U E ,
Il importe de témoigner des divers ajustements qui ont été
nécessaires dans le domaine de l’audiovisuel pour accompagner les
politiques générales d’ouverture démocratique menées alors dans P LU R A L I SM E
un pays comme le Sénégal. Mais pas seulement. Savons-nous vers
quoi nous allons au plan mondial ? Quelle expression pluraliste dans ET AUDIOVISUELl’audiovisuel à l’ère du tout numérique, des via-TIC, des amas de
données ?
Ajustements au Sénégal,
du monopole au numérique
Guila THIAM, est Secrétaire général du CIRTEF depuis
2003. Il a occupé entre autres, les fonctions de Directeur
général de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise de
1992 à 2001. Il est Chevalier de l’Ordre National du
Lion du Sénégal. Il a participé à différentes conférences
internationales sur les télécommunications et sur la
communication audiovisuelle (de 1982 à 1999). De 1992 à 2001, il a
été membre du Conseil d’administration de Canal Horizons Sénégal. Il a
été conférencier aux éditions 2, 3 et 4 des Universités Africaines de la
Communication de Ouagadougou (UACO) et panéliste au premier forum
mondial 97 de la télévisiom a l’ONU.
ISBN : 978-2-343-05276-2
21 €
OUVERTURE MEDIATIQUE,
Guila THIAM
PLURALISME ET AUDIOVISUEL






OUVERTURE MÉDIATIQUE,
PLURALISME ET AUDIOVISUEL


Guiila THIAM





OUVERTURE MÉDIATIQUE,
PLURALISME ET AUDIOVISUEL

Ajustements au Sénégal,
du monopole au numérique





































© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05276-2
EAN : 9782343052762






À ma famille qui, pendant ce temps, m’espérait.







Avant-propos

ors d’une réunion en 2013 émergea une
proposition d’organiser une session d’échanges L d’expériences sur la couverture d’élections
démocratiques par les médias audiovisuels. Ceci pour un cadre
d’échanges professionnels entre des organismes de radio et/ou
télévision du Nord et du Sud. Des souvenirs des années 90 dans
mon pays, le Sénégal, et dans d’autres en Afrique remontèrent à
la surface.
Je me revis assis à Bangui dans la salle d’attente du ministre de
la Communication dont je venais de quitter le bureau. J’étais en
train d’écrire une procédure pour la couverture par les médias
radio et télévision des élections en vue en Centrafrique. En ce
jour de 2007, en réalité nous étions venus saluer le ministre
avant de prendre l’avion pour Paris quelques heures plus tard.
J’étais en compagnie du sous-directeur du ministère des
Affaires étrangères de la France en charge de l’audiovisuel.
L’idée d’écrire cette conduite médiatique naquit juste avant
dans le bureau du ministre. Nous en étions venus à discuter de
la meilleure façon d’envoyer un signal démocratique lors des
élections prévues.
La même réunion de 2013 évoqua aussi les parfaites élections
présidentielles qui venaient de se dérouler dans mon pays en
2012 comme douze ans plus tôt. Me revint aussi, alors, l’envoi
par mon collègue directeur général de la Radio-Télévision
9
Ivoirienne, la RTI, d’un émissaire à Dakar, au Sénégal, en 2000.
Il venait pour recueillir des informations sur la couverture
réussie de la campagne des élections présidentielles et sur la
préparation d’un débat de deuxième tour, même s’il n’eut pas
lieu. Des exemples existaient ailleurs, mais un tel exercice dans
le contexte africain de l’époque semblait intéressant.
Je me revis également, toujours en 2000, debout dans mon
bureau à Dakar en train d’attendre. L’on m’avait demandé
d’être à côté de mon fax à 10 heures ce 20 mars. A l’heure dite,
le télécopieur émit sa tonalité particulière et débita un
communiqué qui commençait par : «le Président Abdou Diouf a
appelé le Président Abdoulaye Wade pour le féliciter…». Le
document venait de la présidence de la République. Après
l’avoir parcouru en totalité, je faisais appeler le directeur des
services de la radio dans le bureau. Je lui remettais la feuille
avec pour instruction la lecture immédiate de son contenu sur
tout le réseau.
Entendre cette information sur le service public signifiait que
l’alternance politique venait d’être consacrée au sommet de
l’Etat. Cela mit fin à toutes les supputations et à toutes les
rumeurs, parfois lourdes de menaces, qui circulaient depuis la
veille, jour de deuxième tour de l’élection présidentielle.
Par ce communiqué, et principalement par l’appel téléphonique
du Président Diouf qu’il relate, le Sénégal subit un ajustement
démocratique majeur. A un degré moindre, des adaptations dans
l’audiovisuel ont été nécessaires pour accompagner, ou refléter,
l’évolution démocratique antérieure.
Aujourd’hui, les plateformes, les modes d’accès aux médias se
multiplient. Des nouveaux médias naissent, l’immédiateté et la
connexion continue se banalisent ; tout au moins dans certaines
parties du monde pour le deuxième concept. La production
individuelle de contenus audiovisuels se développe,
l’interactivité s’installe. Le tout contribuant à lier la soupe de
données où tous nos ingrédients préférés, les uns et les autres,
se retrouvent : nos traces de visite, de consultation, de vision,
d’écoute, de recherche, d’envoi, de réception, d’échanges, de
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connexion plus ou moins autonome de certains de nos appareils.
Constituant ce que j’appelle des amas de données. Avec une
entropie non nulle pour ce système global de recueil de
messages et d’informations. Et, pour le moment, certaines
grandes marques, des labels mondiaux en tiennent les cuillères.
Nous empêchant de goûter à la soupe et de savoir le devenir de
nos données. Problématique évoquée à ce stade juste pour
cadrer le contexte actuel. Car même si une grande question est
celle des droits des apporteurs de données sur le devenir de
celles-ci, autre chose m’interpelle. Toutes ces mutations et/ou
évolutions sont de formidables supports pour faciliter
l’expression démocratique, le pluralisme des idées et des
opinions. La mémoire de l’internet permettant même, au-delà
de la confrontation des opinions et adresses partisanes, la
vérification voire la possibilité de mettre chacun face à ce qu’il
avait fait ou dit avant ou ce qui en avait été posté ou avait fait
l’objet de «message sur le message» ou même de détournement
de message, dont les traces restent aussi. En sachant que la
superposition de message sur le message peut entraîner la
dilution de contexte. Qu’il faudra alors pouvoir resituer.
Au point qu’il faille se demander si c’est la naissance d’une
nouvelle forme de contrôle démocratique. Nous n’avions pas
tous ces outils dans les années 90. Mais le besoin humain de
l’expression démocratique dans la société était déjà là et n’a
toujours pas changé depuis. Tout comme l’on constatera que les
enjeux de la communication humaine restent quasiment les
mêmes au fil du temps mais que les moyens d’y répondre
semblent à chaque fois, eux, nous faire changer d’époque.
Alors la question est comment faisait-on avant ? Quand il n’y
avait pas de réseaux sociaux en ligne, quand l’internet n’était
pas démocratisé, quand les outils mobiles de communication
balbutiaient, quand il y avait des monopoles de diffusion de la
radio et de la télévision. Comment faisait-on pour malgré tout
assurer l’expression démocratique, avoir un audiovisuel
citoyen. Et avec parfois des pans entiers de territoire non
couverts par la radio et la télévision, comment faire alors de
manière la plus démocratique possible.
11
Il importe de témoigner des divers ajustements qui ont été
nécessaires dans le domaine de l’audiovisuel pour accompagner
les politiques générales d’ouverture démocratique menées alors
dans un pays comme le Sénégal. Ceci pendant une tranche de
temps très pertinente de cet avant, les années quatre-vingt-dix.
Un témoignage, pas une autobiographie, encore moins des
mémoires, comme quelques rares fulgurances auraient pu le
laisser penser. Ce n’est pas non plus un livre sur la démocratie
sénégalaise ou sa construction.
X
x x
En 2013 donc, à Bruxelles, sans mes archives dispersées au
Sénégal, et sous un ciel si gris qu’il faut, comme le chantait
Jacques Brel, lui pardonner, je pris une décision. Je me dis qu’il
faut témoigner en faisant appel à la mémoire et aux quelques
documents sous la main et pouvant être significatifs dans cet
exercice. Comme acteur, voire un médiateur ou un passeur, de
l’ajustement de la communication audiovisuelle aux contraintes
de la démocratie, mais aussi et surtout pour l’arrivée et la
consolidation du pluralisme médiatique dans les années 90.
Dans cette période, le Sénégal vécut donc l’’ouverture dans
l’audiovisuel pour systématiser le pluralisme médiatique et
initier l’expression politique plurielle dans le service public qui
avait jusqu’alors le monopole de la diffusion. Avec la recherche
de ce que j’appelle «service universel», la garantie de l’accès
pour tous les sénégalais; en tout cas la couverture de tout le
territoire et au-delà.
Je servis dans la mise en œuvre de cette politique. Quelques
années plus tard à Paris et bien après avoir quitté le pouvoir au
Sénégal, le Président Abdou Diouf le rappellera lui-même. Ceci
devant d’autres, ce qui m’autorise à l’évoquer.
Mais témoigner me donne aussi l’occasion d’exorciser quelques
hantises. Dont celle de la production de contenus pour un
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service public de l’audiovisuel. Pour ne pas y avoir assez insisté
lors de ces années. Beaucoup d’actions futures seront marquées
par cela. Comme une recherche de compensation.
Mais surtout, aujourd’hui, nous arrivons ou nous sommes à
l’aube d’une époque ou d’autres mutations sont en cours, de par
l’explosion née du numérique avec ses multiples opportunités.
Ce qui renforce la pertinence de témoigner sur les ajustements
d’hier, notamment au Sénégal. Donnant en plus l’occasion, tout
en revenant sur le passé, de naviguer dans le temps présent et,
voire, futur des médias. Et de trouver, enfin peut-être, des
réponses aux questions sur la maitrise des évolutions continues
des médias, partout en général et surtout dans le Sud, de leurs
mutations et de leur environnement. En ayant toujours, les
1meilleures interfaces homme-TIC , que j’appelle les via-TIC.
Par analogie avec la définition de la neutralité du Net en France,
à savoir que «toutes les données sont transportées et traitées
(sur Internet) de manière indifférenciée, de leur point d’origine
jusqu’à leur destination finale», les via-TIC devraient donner
un accès optimal neutre de manière indifférenciée, voire
transparente, aux moyens modernes de communications issus
des TIC ; je veux téléphoner, je l’exprime et de suite
l’application, le système, la méthode ou autre, fait l’interface et
m’offre la meilleure qualité, le meilleur débit, la meilleure voie,
le meilleur de mes outils connectés, le meilleur support. Je veux
regarder... et je vois ce que je souhaite. Sans plus d’opérations
ou de compréhension de ce que font les algorithmes pour me
satisfaire. Certains types de moteur de recherche configurent
quelque chose qui y ressemblerait plus encore avec plus de
neutralité et de transparence.
Donc arriver malgré la diversité croissante des moyens, des
outils, des technologies dans le monde numérique, à toujours
satisfaire au mieux les besoins humains de communication.
Notamment dans un espace, comme le Sud, qui ne s’implique

1 Technologies de l’information et de la communication
13
pas encore totalement dans la fabrication des biens
d’équipement associés. Gommer alors ou lisser le nouvel
analphabétisme dans le domaine des TIC. Afin de toujours
savoir quelles offres pour quels usagers et quel rôle nous
voulons pour les médias. Et simplement, par leur biais, arriver à
communiquer, dialoguer, rapprocher les cultures de manière
transparente, en dépit de la complexité des outils, des
applications et des procédures du numérique, dont la vitesse de
prolifération dépasse l’entendement humain. Satisfaire les
besoins de base de l’être humain pour le dialogue, qui restent
presque inchangés, même si les modalités muent en
permanence.
Alors, pouvoir penser que l’offre démultipliée de contenus et
de supports n’est, au fond, qu’une réponse à un besoin de la
société facilitée par l’évolution de la technologie.
Bruxelles, août 2014






Introduction

a politique du pluralisme avec, et dans, l’audiovisuel
pendant les années 90 mena vers beaucoup de premières L pour le Sénégal. L’avènement de la diffusion locale de
RFI (Radio France Internationale) et de Canal +, l’introduction
du MMDS ou «câble sans câble» pour la popularisation de
TV5 notamment, l’arrivée des radios privées sénégalaises, la
mise en place de la régulation audiovisuelle, la couverture
équitable des campagnes électorales, le «service universel» par
la couverture en radio et en télévision du territoire, des
émissions et l’expression directe des partis politiques, …
L’ouverture audiovisuelle fut, avec l’implantation du
multipartisme, un bouleversement considéré comme inéluctable
en Afrique dans cette période. Sauf qu’il fallait en accepter le
principe, et ensuite avoir la volonté politique et les médiateurs
adéquats pour la mise en musique. D’ailleurs vingt ans plus
tard, ce n’est ni achevé ni accompli partout sur le continent.
15
Au Sénégal, en plus du multipartisme intégral installé dès 1983,
bien avant le discours dit de La Baule, un cadre législatif
favorable s’est mis progressivement en place dans ces années
90.
En particulier, la loi de janvier 1992 créant la Radiodiffusion
Télévision Sénégalaise, RTS, a prévu la concession de service
public dans un contexte de monopole sur la diffusion. Et le
décret de mai 1991 portant sur le pluralisme à la
RadioTélévision fut transformé en une loi le 3 septembre 1992.
Donnant plus de poids à la régulation via le Haut Conseil de la
Radio-Télévision créé par la même occasion et pour le même
objet.
Au niveau politique, le début de ces années 90 a vu
l’instauration de discussions de tous les acteurs pour un code
électoral consensuel. La loi électorale en découlera et sera
révisée selon le même mode de concertation à la veille de
chaque consultation électorale de la période. Des organes
indépendants de supervision des élections seront mis en place
de la même manière.
Un environnement favorable donc aux avancées dans
l’audiovisuel aussi. Mais cela ne se fit pas sans difficultés et il
fallut le temps nécessaire de la maîtrise par tous des différents
enjeux.
Ces causes firent qu’en ce qui me concerne, je dus passer par
plusieurs ajustements audiovisuels menés comme un ensemble
de devoirs entrelacés dans le temps. Pas en stratège en chef ou
responsable de la stratégie, mais en soldat ; un soldat qui savait
la traduire en actes et rétroagir sur elle.
Tout cela s’étala sur une longue période, les années 90, tout
comme les effets induits bien après.
Ces années furent aussi celles du programme d’ajustement
structurel sous l’égide du Fonds Monétaire International (FMI)
et de la Banque Mondiale. Cadre qui ne facilita pas l’adaptation
du secteur de l’audiovisuel de par la réduction des dépenses
16
publiques. Mais le Sénégal sut maintenir des efforts importants
dans le domaine de la communication audiovisuelle aussi bien
avec des ressources propres qu’avec des appuis de partenaires
extérieurs. La volonté politique d’aller de l’avant dans ce
secteur pesa du poids de l’inspirateur au sommet du pouvoir
étatique. Cela fut encore plus notable, pour le secteur public de
l’audiovisuel, si l’on y ajoute l’impact du changement de parité
du franc CFA par rapport au franc Français en 1994, pour une
jeune société nationale qui importait la totalité de ses
équipements et la majeure partie de ses intrants. Cela s’était
traduit du jour au lendemain par un déséquilibre mécanique dû
à l’augmentation des charges de près d’un milliard F.CFA.
Conduisant à l’élaboration d’un plan d’ajustement avec pour
principal objectif de rétablir l’équilibre par des mesures internes
et par une mesure structurelle externe de réajustement de la
redevance.
Dans ce contexte, je jouais mon rôle d‘acteur de la mise en
œuvre de la politique d’ouverture médiatique dans ma période
de directeur général de la Radiodiffusion Télévision
Sénégalaise qui couvrit presque toutes ces années. Avec des
actions de conformation impactant le paysage audiovisuel, la
couverture légale des campagnes électorales, la couverture
radio télévisuelle du territoire, la diffusion hors d’Afrique, le
personnel, le financement, la régulation, la gestion.
x
x x
Bien avant, comme chef du service des études, j’eus au début
des années 80 à ausculter le service public de l’audiovisuel sous
tous les angles. Mais aussi à me faire ma place, à me faire
accepter à tous les niveaux intermédiaires comme d’exécution.
Pour pouvoir influer en connaissance de cause sur tous les
futurs besoins de travaux neufs dont j’avais aussi la charge.
Cette acceptation était nécessaire car je venais d’un autre cursus
que celui habituel, alors, des agents de l’audiovisuel. Cela
passait parfois par des preuves de connaissance de mon sujet
17
du plus simple au plus élaboré. Comme j’eus à le faire en 1982,
quand l’équipe en reportage chez le Cardinal à la Cathédrale de
Dakar vit son magnétoscope portable se bloquer. Le caméraman
2revint à l’ORTS , à moins d’un kilomètre pour chercher une
solution de rechange qu’il ne trouva, vu l’heure matinale, ni au
service de reportage télévision ni au service de maintenance.
J’étais un des rares à être dans la maison à ce moment-là. Et
c’est avec un sourire en coin qu’il me fit part de son problème
en me croisant dans un couloir. Il eut l’amabilité d’ajouter que
l’expert avait «sûrement une solution pour cela aussi». Je lui
proposais de repartir avec lui.
Le journaliste réalisateur du reportage me rapportera que c’est
le même qui passa par la suite son temps à raconter comment,
devant le Cardinal, je lui débloquais le pinch roller de son
magnétoscope portable libérant le mécanisme de la bande
magnétique, ceci après avoir démonté la plaque arrière. Je
connaissais la faiblesse de cette génération de machines et
comment elle se manifestait. Il ajoutait aussi que le même
réalisateur, de confession catholique, qui l’accompagnait avait,
plus tard, marqué un étonnement. Qui lui vint quand il vit le
salut respectueux que je fis au Cardinal, moi le musulman, en
plus du fait d’avoir accepté de me déplacer sans y être obligé
par mes fonctions d’alors. Tout ceci fut un des accélérateurs de
mon acceptation, avant mon intégration. Pas des plus
déterminants mais il compta. Ce réalisateur, un de ceux qui
accompagnèrent professionnellement le lancement de la
télévision au Sénégal, essaya aussi par ailleurs de m’initier et de
me faire saisir quelques us et coutumes de la maison de la radio.
Domaines dans lesquels l’irrationnel le disputait à l’esprit de
clan. La «radio» était connue pour cela. Je pus rester en dehors.
Mais j’eus d’autres atouts d’une intégration réussie en plus de
débloquer des machines. Comme le fait de savoir expliquer, à
un niveau plus élevé de complexité que celui du pinch, la
présence de l’effet de la super réfraction et son impact sur la
propagation des ondes métriques et décimétriques. Elle pouvait

2 Office de Radiodiffusion Télévision du Sénégal
18
permettre de recevoir, pendant une période de l’année, un
émetteur de télévision à des centaines de kilomètres, alors que
la limite théorique en analogique est en dessous de cent
kilomètres, de par la courbure de la terre. Les périodes de
l’année où ce phénomène n’était plus présent, parfois quelques
semaines ou mois, la portée des émetteurs de télévision
redevenait normale. Et dans ces moments des populations
lointaines pouvaient ne plus recevoir leur programme de
télévision. C’était le cauchemar des responsables de la
communication audiovisuelle à tous les niveaux. Et même à ces
responsables, il fallait pouvoir faire accepter que ce phénomène
existe sous nos latitudes et pas dans d’autres dans le monde.
Tout un programme pour un nouvel arrivant….
Cette préoccupation augmentera les contraintes de l’étude et de
l’urgence de la couverture du territoire du pays. Et ceci en
condition de propagation normale des ondes.
Mais au-delà d’essayer de me faire accepter je menais aussi
d’autres tâches qui eurent leur importance dans la période future
de l’ajustement audiovisuel.
Je me revois vers la fin de 1982 penché sur mes feuilles pour
monter le dossier d’exécution du financement pour une
couverture équitable et complète de la campagne des élections
générales, présidentielle et législatives. Elles étaient prévues en
1983, mais il fallait tout préparer à l’avance et je n’avais que
quelques jours avant de rejoindre la délégation sénégalaise à
Nairobi en tant que plénipotentiaire à la Conférence de l’Union
3Internationale des Télécommunications . Je dus m’atteler à la
tâche de produire un cahier des charges, entre autres, en termes
de caméras, de bandes magnétiques, d’enregistreurs audio, de
véhicules break, à répartir entre les candidats et les listes. Ce fut
ma première implication dans la volonté d’une couverture
équitable des campagnes électorales.
Je ne me suis pas frotté seulement à la super réfraction pour ce
qui est de la complexité. J’eus à mener de nombreuses études

3 UIT dont le siège est à Genève
19
sur la couverture du territoire national en radio et en télévision.
Et pour la radio, ce fut le cas à propos de la difficulté de la
propagation des ondes de sol dans cette partie de l’Afrique où
se situe le Sénégal. Par rapport à Dakar, les terres les plus
éloignées se situent dans le sud-est du pays et la nature du sol
est fortement différente de celle de l’ouest ou se situe la
capitale. Et les émetteurs principaux de grande puissance étaient
toujours installés non loin de la capitale.
J’eus à aborder aussi d’autres questions moins évidentes pour
l’époque pour un établissement à caractère administratif, le
calcul du coût de revient de la minute d’antenne produite et
diffusée en radio et en télévision. Cette étude de 1982, fut
presque prémonitoire, car bien que cadrant avec le mode de
gestion que voulait instaurer Marcel Ndione qui resta à la tête
de l’ORTS pendant neuf ans, elle ne m’était pas demandée à
l‘époque. Elle me semblait être un outil indispensable. Mes
quelques connaissances en commande optimale des processus
industriels me servirent pour établir une méthode. Par analogie,
avec l’absence de comptabilité analytique opérationnelle et de
données enregistrées sur les centres de coût, c’est en essayant
de résoudre le problème posé, par approche d’optimisation de
paramètres que j’avais retenus, qu’une méthode apparut. C’était
une première et le problème n’avait pas été formulé avant. Et ce
n’était pas un sujet de coopération non plus à l’époque.
Ce calcul servit pour la fixation de quelques tarifs. Mais c’est
surtout sa réactualisation qui importa dix ans plus tard.
Notamment pour l’évaluation des prestations à l’Etat, la
tarification de certains services commerciaux et pour déterminer
un tarif appliqué à RFI en 1991. En effet, en plus d’éléments
fournis par Télédiffusion de France, elle servit pour la
tarification dans le partage du temps d’antenne d’une chaîne
radio FM92 avant la cession totale de la fréquence à RFI seule
au cours de l’année 1992. Cession qui fut l’occasion de mettre
4en place le premier relais en FM de RFI en Afrique. Ce qui eut
quelques mois plus tard la conséquence indirecte de légitimer et

4 Modulation de fréquences
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