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Comment échapper aux scandales financiers ?

De
190 pages
La bourse a permis à des millions de personnes de s'enrichir au-delà de leurs espérances, en saisissant les opportunités offertes par la frénésie affairiste des années 1990. Au début du IIIème millénaire, la dynamique économique s'est inversée, et des scandales ont abattu de puissantes multinationales (Enron, Arthur Andersen, Vivendi Universal). Pourquoi tout a-t-il changé si vite ? Ce livre permet la compréhension des dérives et des fraudes massives, susceptibles de se reproduire dans les prochaines années.
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Comment

échapper

aux scandales

financiers?

Histoire récente de fraudes et de faillites dans les entreprises multinationales

Mare Balticum Collection dirigée par Viviane du Castel
La collection « Mare Balticum » vise à faire re)découvrir une région qui se trouve hors du champ traditionnel des intérêts politiques, économiques, voire culturels de la France. Or, depuis 1995, date d'entrée de la Suède et de la Finlande dans l'Union européenne (UE), celle-ci s'est élargie à la région baltique. Ce processus va encore s'amplifier en 2004, avec l'adhésion à l'VE et à l'OTAN de la Pologne, de la Lituanie, la Lettonie et de l'Estonie. La région concernée est définie comme l'ensemble des pays qui bordent la Baltique: Pologne, Lituanie, Lettonie, Estonie, Finlande, Suède et Danemark, ainsi que les régions russes de Kaliningrad et de Saint-Pétersbourg. Si cette collection n'a pas vocation à traiter des lander du littoral allemand de la Baltique, elle incluse la thématique liée à l'ancienne et profonde influence allemande en Lettonie et Estonie. Depuis la dislocation et la disparition de l'URSS, la région baltique connaît une métamorphose de sa situation géopolitique et géostratégique avec le retour de la Pologne à une véritable indépendance et la renaissance des trois Etats baltes. Ainsi, cette aire expérimente des recompositions politiques, économiques, sociales et culturelles. Les trois Etats baltes, notamment, développent des réseaux de coopération qui constitue autant de moyens pour leur réinsertion dans l'Europe, tout en cherchant à préserver les bases du développement de cultures et d'identités nationales trop souvent opprimées, voire niées. Si le monde francophone méconnaît trop souvent le monde baltique, l'inverse est beaucoup moins vrai. Aussi, à l'heure des retrouvailles entre Européens, les éditions L'Harmattan ont souhaité combler cette lacune en créant la collection « Mare Balticum ». Celle-ci se donne pour but de présenter les multiples aspects des peuples et des cultures de l'aire baltique en publiant des ouvrages abordant les domaines suivants: - Littérature (traduction ou bien éditions bilingues et unilingues) : des romans contemporains à la poésie et aux chants populaires ou épiques. - Histoire et géopolitique. - Géoéconomie. - Thèses et mémoires universitaires. - Ethnographie et linguistique.

Victoria

Turba

Comment financiers?

échapper

aux scandales

Histoire récente de fraudes et de faillites dans les entreprises multinationales

L' Harmattan

@

L'HARMATTAN,2007 75005 Paris

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-02967-5 EAN : 9782296029675

Sommaire

Remerciements. Introduction.

.. .......... .. .............. ...... .. .............. ............. .......... ..... ........ .......... . - 9 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. - Il -

Partie 1 : Raisons et leçons des faillites récentes

A.Les excès de la nouvelle
a. Le désastre financier

économie

- 19 - 21 - 24 - 29 -

L TCM

.......... ... .......... .. ........... .. ...... ..... ...... - 21 -

b. Explosion des scandales fmanciers en 2002 c. La Bulle Internet B. Innovation financière et fraudes comptables a. Naissance de l'industrie des produits dérivés b. Montages hors bilan c. Dissimulation des mauvais comptes C. Etudes de cas américain et européens

- 37 - 37 - 40 - 44 -

- 49 :

a. Enron -la plus grosse faillite des Etats-Unis
b. Vivendi Universal-Ie symbole de la nouvelle économie française c. Pannalat - le capitalisme familial à l'italienne Partie 2: Réformes du gouvernement d'entreprise

- 49-

- 54 - 60 -

- 67 - 69 - 69 -

A. Insuffisancesde la réglementation a. La notion de la Gouvernanced'entreprise
b. Dysfonctionnements de la Gouvernance d'Entreprise
c. Règles et pratiques à reformer

- 74 - 77 - 83 - 83 - 87 - 90-

B. Loi Sarbanes-OxIey a. La réaction des autoritésaméricainesaux scandalesen 2002 b. Dispositionsde la loi Sarbanes-OxIey c. Bilan et conséquencesde la Loi Sarbanes-OxIey

Comment échapper aux scandales fmanciers ? C. Réponse française et réaction européenne à la reforme américaine a. Réaction française aux scandales fmanciers de 2002 b. Dispositions de la loi sur la sécurité fmancière c. Réformes adoptées au niveau européen Partie 3 : Transparence de la finance mondiale

- 99 - 99 - 102 - 106 -

- 113 - <115 -

A. Paradis fiscaux a. Défmitionet utilité des paradis fiscaux
b. Activités de dissimulation dans les paradis fiscaux c. Les entreprises « décentes» dans les paradis fiscaux B. Chambres de compensations internationales a. Fonctionnement du système de compensation
b. Dissimulations et effacement de transactions fmancières internationales.

- 115 - 120-

- 127 - 131 - 131 - 134 -

c. Affaires Clearstream 1 et 2
C. Rôle des Etats et de la communauté internationale

138-

- 145 - 145 149-

a. Lutte contre le blanchin;1ent, l'évasion fiscale

et l'instabilité fmancière...
b.Complaisance des autorités fmancières, bancaires et politiques
c.Responsabilité des acteurs fmanciers

- 154 -

Conclusion Annexes Annexe 1. Liste des entreprises impliquées dans les scandales fmanciers Annexe 2. L'évolution des indices CAC 40 et Dow Jones depuis 10 ans Annexe 3. Les Résultats Financiers de Vivendi Universal depuis sa quasi-faillite Annexe 4. La Section 404, la plus controversée de la loi Sarbanes-Oxley Annexe 5. Cadre réglementaire comparatif: LSF et Sarbanes-Oxley Annexe 6. Exemple de la politique Whistleblowing (dénonciation), recommandée par Sarbanes-Oxley Act et incompatible
avec la culture française

- 159 - 163 -

- 163 168- 169 170- 171 -

- 173 -

Annexe 7. Liste des paradis fiscaux et fmanciers Annexe 8. Appel de Genève

- 174 - 175 -

-6-

Sommaire
Mini Glossaire fmancier
Bib

- 177 -

Ii 0 gra phi e . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. - 183 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. - 187

Index.

Sigles utilisés dans le texte

- 189 -

Table des illustrations Graphique Graphique Graphique Graphique Graphique Graphique 1: Indice du Nasdaq, 1993-2006 2: Evolution du Dow Jones depuis Mars 2001 3: Evolution du CAC 40 depuis Mars 2001 4 : Conflit d'intérêts des .Auditeurs 5 : Schéma du montage diminuant la dette visible de Parmalat 6 : Fonctionnement de la Chambre de Compensation - 30 - 45 - 47 - 53 - 64 - 133 - 21 - 25 - 32 -

Tableau 1: Les 10 plus importantes faillites aux Etats Unis en 2001-2002 Tableau 2 : Chronologie de scandales financiers aux Etats-Unis, année 2002
Tableau 3 : Exemples du parcours de 3 start -up. .... ... ............. ..... .... ... ....... ..

Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau Tableau

4: Enron: facteurs de la chute 5: Vivendi Universal: les facteurs de la chute 6: Parmalat: les facteurs de la faillite 7: Types du gouvernement d'entreprise 8: Les problèmes à résoudre en matière de la comptabilité 9: Rémunération des patrons français 10: Sanctions des autorités américaines Il: Le coût de la Section 404 de la Sarbanes-OxIey

- 50 - 55 - 62 -

- 70 - 79 - 81 - 85 - 94 -

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Remerciements

A L'ISEG (Institut supérieur européen de gestion) pour la pertinence des enseignements, A Viviane du Castel, Analyste géopolitique, pour son professionnalisme et l'attention portée à cet ouvrage, A Zouhaier Slimane pour son soutien, ses conseils et sa patience, Ainsi que tous ceux qui ont contribué et participé indirectement à l'apparition de ce livre: Rachid Maney, Isabelle Daudy, Paul Seabright, Alice, Edmond et Luke Seabright, Pauline Castaing, Julie Saint Bris, Abel et Oscar Saint Bris, Alla Kru glyak, Lucile Broz, Isabelle Patrix, Brigitte da Silva, Lubov Turba et Sergey Turba.

Introduction
Les récentes faillites des groupes, gigantesques et symboliques, ont sérieusement entamé la confiance du public à l'égard des comptes des sociétés. L'année 2002 restera comme celle des scandales financiers. Ces derniers sont peut-être à l'origine d'une véritable crise du capitalisme et du climat de défiance qui a prévalu aux Etats-Unis et dans le reste du monde. Pour la première fois depuis les années 30, les scandales qui se sont succédé ont contribué à mettre en cause quelques-uns des soubassements du capitalisme: équité, confiance, transparence, à travers des acteurs de la vie économique (auditeurs, commissaires aux comptes, analystes financiers, journalistes...) qui n'avaient pas respecté des règles essentielles et qui ont fermé les yeux sur certaines pratiques dans le contexte d'une envolée de la bourse et de l'explosion de la nouvelle économie. Le terme « nouvelle économie» définit aux EtatsUnis la croissance tiré~ par les nouvelles technologies et se caractérise par une absence d'inflation, le plein-emploi et une conquête du monde. Mais aujourd'hui nous savons que la prospérité de la nouvelle économie est fragile. Au point que le risque de faillite est très présent dans ce nouveau contexte économique. La faillite du géant italien Parmalat, après celle de la firme américaine Enron, les affaires Worldcom, Tyco, Xerox, les scandales de Vivendi Universal, du groupe Kirch, des opérateurs de télécommunications ou encore, du géant néerlandais de la distribution Ahold. Sommes-nous rentrés dans une ère de scandales à répétition? Quelles sont les raisons de ses faillites? Comment prévenir des pratiques douteuses d'entreprises? Comment empêcher que de telles affaires ne se reproduisent? Les scandales n'ont rien de nouveau en soi. C'est une affaire de concentration de pouvoir et de recherche de profit. Cependant, aujourd'hui, ils sont plus spectaculaires parce que les transactions jouent sur des sommes financières considérables et touchent un nombre beaucoup plus grand d'acteurs, petits actionnaires en

Comment échapper aux scandales fmanciers ?

particulier. En outre, le système financier est nettement plus vulnérable qu'hier, car les banques d'affaires et les juristes ont créé au fil des années des montages très complexes. Le système bancaire développe les technologies financières les plus innovantes, dignes parfois de diplôme en science nucléaire. Dans ces conditions, il est difficile de se faire une vision juste d'une situation financière surtout avec des transactions en temps réel. Prenez l'exemple d'Enron, deux mois. avant sa chute, les analystes financiers ont conseillé, en toute bonne foi, d'acheter des actions 1. Les analystes financiers, étaient-t-ils toujours de toute bonne foi? Après les révélations suite à l'affaire Enron sur les banques d'investissement, on découvre que les conseils de ces analystes faisaient objet du conflit d'intérêts. Un conflit d'intérêts est au cœur de l'affaire Enron. TI porte sur le rôle des analystes qui conseillent l'achat d'actions d'une entreprise parce que la banque qui les emploie lui fait crédit... La crise a clairement démontré que l'intermédiation financière était porteuse de conflits d'intérêts. Toutes les professions qui s'y rattachent y sont exposées: analystes fmanciers, commissaires aux comptes, cabinets d'audit, agences de notation et presse financière. La recherche de profit à tout prix a toujours existé, mais il semblerait que la tentation actuellement soit plus grande qu'hier. À la fin des années 90, le boom du marché des actions, la prééminence de la rémunération à base d'options sur actions, la poussée soudaine de la spéculation à très court terme et l'extraordinaire vitalité du secteur des télécommunications étaient autant d'éléments qui contribuaient à cette tentation. C'est ainsi, suite à ce développement des marchés de capitaux et à l'attractivité phénoménale de la bourse, que les entreprises ont tendance à avoir pour seule stratégie de séduire les marchés. C'était la stratégie d' Enron, alors que cela ne devrait être qu'une condition à satisfaire pour assurer la croissance à long tenne de l'entreprise. Les investisseurs attendaient d'un patron qu'il dégage à tout prix une rentabilité des fonds propres supérieure à la barre mythique des 15 % et en plus qu'il fasse aussi bien que ses concurrents. C'est une manière
1 Source: www.escp-eap.net.

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Introduction

d'exercer une contrainte concurrentielle très forte sur les sociétés. Enron, Worldcom ou même Vivendi Universal ne sont pas, en effet, des accidents, mais les conséquences inéluctables de la pression visant à dégager chaque année un profit égal à 15 % des capitaux propres des sociétés. Il n'était pas possible d'y parvenir sans « magouiller» les comptes. La défaillance de l'information comptable révèle, par exemple, la question particulièrement sensible de la comptabilisation des opérations complexes et hors bilan, qui ont largement contribué à jeter la suspicion sur la fiabilité des informations financières de grands groupes cotés. Il est vrai que certains mécanismes encouragent aujourd'hui les dérives. Les stock-options et les primes sont fonction du résultat de l'entreprise et du prix de l'action. La tentation est donc grande pour les dirigeants « d'aménager» les comptes pour augmenter leur part de rémunération variable. Dans l'entreprise, ces derniers sont tout puissants. Les contre-pouvoirs font défaut. Les employés n'osent pas dire non à leur patron, car ils ont peur pour leur place2. Les affaires récentes marquent ainsi la défaillance exemplaire de la gouvernance d'entreprise. Après le scandale Enron, on s'était demandé si l'Europe pouvait échapper aux scandales financiers. A

l'époque, on estimait - à tort - que l'Europe, sur la base d'un droit des
sociétés plus strict et d'un certain nombre de dispositifs, serait épargnée. Et puis il y a eu de fameuses défaillances de grandes entreprises en France, en Italie et en Allemagne. Il en est résulté un débat très vif pendant toute l'année 2002, et plusieurs décisions sont déjà entrées en application. La prudence et la sécurité semblent être désormais de mise concernant l'établissement de la comptabilité des sociétés. De nouvelles règles destinées à refondre les pratiques de contrôle et d'audit des comptes ont ainsi été établies aux Etats-Unis avec la loi Sarbanes-Oxley (SaX) (adoptée le 30 juillet 2002) et aussi en France, par la loi sur la sécurité

financière (adoptée le 1er août 2003).

2

Source: www.escp-eap.net.

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Comment échapper aux scandales fmanciers ?

La loi SOX s'attache à réformer le fonctionnement interne des sociétés cotées en bourse, en modifiant la composition et le fonctionnement de leurs comités d'audit. Ces comités doivent être composés de directeurs ne recevant aucune rémunération en provenance de sociétés d'audit. Dans le domaine de la comptabilité, les rapports annuels des sociétés doivent déclarer toutes les opérations

hors bilan d'importance significative, ainsi que les relations avec des
entités non consolidées qui pourraient à l'avenir avoir un impact financier matériel. Ils doivent aussi inclure un rapport sur le contrôle interne. Le Parlement français a adopté la Loi sur la Sécurité Financière (LSF) pour répondre à la crise de confiance des investisseurs. La volonté du législateur français est double: une information plus complète à destination des investisseurs et une plus grande appropriation du processus d'arrêté des comptes par les dirigeants. La loi sur la Sécurité fmancière exige du PDG et du Commissaire aux comptes des rapports sur les procédures de contrôle interne. L'application des nouvelles nonnes comptables va sûrement également changer la donne puisque les stock-options devrQnt être comptabilisées, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent. La loi Sarbanes-Oxley, et les reformes européennes de gouvemance d'entreprises, pourront-t-elles rétablir cette confiance perdue? Les modifications profondes des organisations et des nouvelles réglementations suffisent-t-elles pour prévenir les dérives? Y aura-t-il d'autres affaires Enron ? Les affaires de ce genre sont-t-elles inévitables? On s'interroge pour savoir si les nouvelles réglementations et les mesures prises pour une meilleure gouvernance corporative sont suffisantes pour prévenir les délits financiers à l'avenir. Plusieurs leçons sont tirées des affaires précédentes. Mais il y existe des facteurs externes à l'entreprise et à son fonctionnement. Ces affaires sont basées sur les multiples défaillances dans la chaîne informationnelle. Il semblerait que jamais nous ne pourrons supprimer les asymétries d'information, c'est-à-dire faire en sorte que tout le monde détienne les mêmes informations au même moment. Même si les marchés financiers, les analystes, les journalistes ou les auditeurs ont l'impression d'avoir à leur disposition des infonnations de plus en plus - 14-

Introduction

précises et abondantes. Mais il existe une face cachée, la finance mondiale qui est la finance offshore avec ces transactions intraçables. Obtenir des informations auprès d'établissements situés dans des paradis fiscaux est quasi impossible. Au secret bancaire se rajoute le secret des affaires qui en est une forme identique touchant aux sociétés: le gestionnaire d'un trust ou d'une société ne peut révéler les identités des bénéficiaires s'il est soumis au secret des affaires. Ainsi,

l'opacité des paradis fiscaux - souvent protégée par la loi - empêche
les autorités d'obtenir des informations sur des comptes bancaires ou des sociétés. L'opacité des finances transitant par les centres offshore est aussi due à la complexité des montages de sociétés: trusts, sociétés-écrans qui s'entremêlent.. . Cette complexité associée au secret des affaires rend quasi impossible toute remontée à la source. Les enjeux de la finance offshore, dont la délinquance financière utilise les facilités, sont plus que jamais au cœur du système économique international. D'autant que l'offshore ne fait plus aujourd'hui uniquement référence à quelques îles plus ou moins paradisiaques: les places offshore s'inscrivent au cœur même des grandes économies avec, par exemple, le cas de l'État américain du Delaware, où sont enregistrées la majorité des grandes sociétés des États-Unis... La grande adaptabilité, enfin, des dispositifs offshore s'est encore vérifiée ces dernières années: alors que progressait l'idée d'une transparence et d'une meilleure régulation de la vie des entreprises par le marché (nouvelles normes comptables par exemple), les territoires offshore développaient des offres permettant à leurs clients de dissimuler des informations capitales non seulement aux autorités publiques mais également au marché (affaires Enron et Parmalat)3. Le contrôle des places offshore passe par la régulation des pratiques opaques de l'économie onshore et une traçabilité des flux financiers. La lutte actuelle contre le blanchiment et les travers des paradis fiscaux se limitent pour l'essentiel à une lutte législative. Les législations sont analysées pour voir si elles correspondent aux standards du GAFI. Aucune mesure de rétorsion n'est envisagée contre les Etats

3

Source: www.rfi.fr.

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Comment échapper aux scandales fmanciers ?

particulièrement peu regardant sur la nature des fonds déposés dans leurs banques. On peut se demander dès lors si une réelle volonté de lutter contre les dérives criminelles existe. Cette lutte ne mobilise ni les médias ni les populations des pays industrialisés qui soit estiment que les centres offshore sont nécessaires au fonctionnement du capitalisme, soit pensent qu'il est illusoire de croire en la suppression de ces places financières. La criminalité fmancière est une criminalité en col blanc discrète qui, de plus, n'a pas d'effet visible sur la société comme la délinquance par exemple. Des actions ambitieuses dans le domaine sont envisageables mais c'est peut-être la volonté de prendre de telles décisions qui manque à l'heure actuelle4. C'est ainsi que nous allons essayer de comprendre au long de ce travail comment l'eldorado de la bourse et de la nouvelle économie a tourné au scandale. Car le retour aux scandales est envisageable même aujourd'hui. En mai .2006, nous vivons les actualités financières

euphoriques: la bourse de Paris a gagné 35 % depuis le 1er janvier

2005, les opérations de fusions-acquisitions ont dépassé le niveau de l'année 2000, les grandes entreprises multinationales affichent une santé financière étonnante. La majorité des entreprises françaises qui composent le CAC 40 peuvent se féliciter pour leur exercice 2005 de profits juteux, voire records. C'est AXA (4,1 milliards), BNP Paribas (5,8 milliards, +25 %), Sanofi-Aventis (6,3 milliards, +26%), Suez (2,5 milliards), EDF (3,2 milliards, + 102%), Renault (3,3 milliards), Danone (1,4 milliard, +215 %), EADS (1,6 milliard), Arcelor (3,8 milliards), France Télécom (5,7 milliards) et bien sûr le champion des champions, Total (12 milliards! +31 %), qui font chacun état de

4 Source: www.eleves.ens.fr

- 16 -

Introduction

résultats mirobolants5. Tous secteurs confondus, la tendance semble être de nouveau euphorique. Aujourd'hui donc les firmes ont du cash en abondance comme juste avant l'emballement de la nouvelle économie. De là une question simple: quelle sera leur politique d'allocation des ressources? Que vont-elles faire de tous ces bénéfices? Car il y a une tentation de se lancer dans des opérations risquées comme il y a dix ans. La nouvelle vague de fusions-acquisition inquiète aujourd'hui, compte tenu de conséquences destructives de telle vague dans les années 90 (l'exemple Vivendi Universal, qui démontre la destruction de valeur sera étudié dans cet ouvrage). Nous allons voir pourquoi des entreprises jugées saines et innovatrices par les médias et par les analystes financiers se sont révélées en faillites ou quasi-faillites. Nous allons découvrir les exemples emblématiques des quelques entreprises aux Etats-Unis et en Europe. Et nous allons comprendre que cela peut se reproduire encore même avec les entreprises citées ci-dessus, qui affichent d'excellents résultats pour l'année 2005. Des gains démesurés font perdre le contrôle de la réalité. Après les procès judiciaires et l'instauration des nouvelles lois, il serait légitime de se poser les questions sur leur suffisance et sur ce qui nous attend demain. Cet ouvrage va démontrer que les mesures prises ne tiennent pas compte de l'ensemble des facteurs qui ont déclenché de telles affaires. Ces mesures suscitent d'ailleurs la défiance de l'opinion. Selon un sondage réalisé à été 2005 par l'institut Roper, 72 % des Américains pensent que les entreprises pratiquent couramment la fraude. 2 % seulement jugent « dignes de confiance» les PDG des 500 plus grandes sociétés6. Et cela en 2005, après la mise en application de la loi Sarbanes-Oxley, la plus stricte réglementation de la communauté d'affaires depuis le Glass-Steagall Act de 1933 !
5

Source: L'expansion, Comment les pensionnaires du CAC vont-ils dépenser leurs
Le procès Enron, nouveau test pour le capitalisme amé-

profits? 14/03/2006. 6 Source: L'expansion, ricain, 27/01/2006.

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Comment échapper aux scandales fmanciers ?

Pourquoi alors cette défiance? Nous allons découvrir dans cette recherche que le monde des affaires demeure un grand désordre que personne ne maîtrise. Sans les paradis fiscaux, offshore et secret bancaire, les scandales analysés dans ce mémoire n'auraient jamais pu se produire. Nous allons voir le rôle de ces phénomènes dans la délinquance financière. La nécessité de la régulation en matière est évidente. Un effort commun des autorités internationales devrait bâtir un nouvel ordre public. Car, comme nous verrons ensemble lors de cette recherche, il y a du travail. Dans ce livre nous abordons la problématique des scandales financiers, des faillites frauduleuses et leurs raisons. Dans la première partie, lors de la présentation des cas de défaillances les plus spectaculaires et médiatisés seront traités successivement les problèmes comptables, les conflits d'intérêts dans les différents métiers de la finance, les problématiques du gouvernement d'entreprise. La deuxième partie sera destinée aux nouvelles régulations en matière de gouvernement d'entreprise où nous tâcherons d'analyser ces données et de mesurer les conséquences réelles sur la sécurité financière. Et enfin, dans la troisième partie, nous serons amenés à réfléchir sur l'opacité de la fmance internationale et le rôle des autorités publiques dans ce domaine.

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Partie 1: Raisons et leçons

des faillites récentes