Comment (re)faire de la France un pays entreprenant ?

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Comment relancer l'économie française et en exploiter le formidable potentiel ? Le pays a déjà été confronté à des situations semblables fin du 19e siècle ou après 1945, et chaque fois il a su se réinventer. Après Friedman et Keynes, voici venu le temps de Schumpeter et de la "destruction-créatrice". Loin du déclinisme actuel, ce livre montre au travers d'exemples précis que les initiatives se multiplient pour créer un nouveau "modèle français", original et performant.
Publié le : samedi 1 juin 2013
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EAN13 : 9782296537491
Nombre de pages : 186
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Laurent Daniel et Franck Lirzin Avec la contribution de Hubert LévyLambert
Préface de Claude Bébéar
Comment (re)faire de la France un pays entreprenant ?
Comment (re)faire de la France un pays entreprenant ?
Laurent Daniel Franck Lirzin Avec la contribution d’Hubert Lévy-Lambert Comment (re)faire de la France un pays entreprenant ? Pour un nouveau modèle économique français Préface de Claude Bébéar, Président d’honneur d’AXA X-Sursaut, 2013 L’HARMATTAN
Autres ouvrages des auteurs Taux d’intérêt et marchés financiers, Laurent Daniel et Michel Ruimy, L’Harmattan, 2013 Les douze travaux d'Hercule du nouveau Président, sous la direction de Hubert Lévy-Lambert et Laurent Daniel, L’Harmattan, 2012 La finance carbone : de la régulation à la spéculation ?Laurence Pico et Laurent Daniel, éditions Arnaud Franel, 2010
© L'HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00992-6 EAN : 9782343009926
Préface
La question que pose cet ouvrage est cruciale : comment (re)faire de la France un pays entreprenant et innovant ? Elle sous-entend que la France a été entreprenante, mais ne l’est plus vraiment, ce qui est magnifier le passé et ne pas rendre au présent tout ce qu’il a de bien. Nous avons des réussites remarquables et il ne faut pas les oublier. Mais ce qui compte est de faire en sorte qu’elles continuent et qu’elles soient plus nombreuses. Pour développer l'activité d'un pays, deux choix sont possibles : par l'innovation et l'invention, c'est-à-dire la méthode schumpétérienne de destruction-créatrice, ou bien par la consommation, selon l'approche keynésienne. Il y a d'un côté ceux qui, comme Bill Gates, inventent un nouveau produit technologique qui révolutionne les systèmes existants et transforme le paradigme, et de l'autre ceux qui, comme Steve Jobs, misent tout sur le marketing pour pousser à la consommation. Aujourd'hui, lorsque l'on observe le mouvement général des affaires et de la recherche, ce sont les technologies nouvelles qui l'emportent et changent le monde. À côté des services et du marketing, qui ont leur importance bien sûr, il faut d'abord une industrie et des technologies qui évoluent efficacement. Dans la situation actuelle de l'économie, je préfère parler de Schumpeter plutôt que de Keynes en me demandant comment nous pouvons innover et entreprendre. D'abord, c'est une évidence, mais trop vite oubliée, un pays entreprenant est un pays qui a besoin d’entrepreneurs. Et être entrepreneur n’est pas quelque chose que l’on peut apprendre à l’école. Il y faut bien plus que des cours et des leçons, il faut un tempérament, quelque chose que l’on a en soi, dans les tripes. Les entrepreneurs sont des hommes et des femmes qui ne travaillent pas trente-cinq heures par semaine, ils sont prêts à travailler soixante-dix heures par jour ! Ce sont des gens qui donnent tout ce qu’ils ont pour réussir, des gens qui ne dorment pas tous les soirs sur leurs deux oreilles. La France a besoin d’eux pour sortir de la crise et pourtant on ne cesse de les dénigrer. La campagne présidentielle en a donné un exemple flagrant : à force d’accuser certains mauvais entrepreneurs, ce sont tous les entrepreneurs en général qui sont devenus des figures honnies. Il faut cesser d’accuser les entrepreneurs de tous les maux. Il leur est reproché de vouloir gagner de l’argent - la richesse est le grand sujet tabou de notre société. Et
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pourtant, qui pourrait croire que la croissance n’est pas tirée par des hommes et des femmes ambitieux qui ont envie de faire fortune ? Comment s’étonner que la France ait du mal à susciter les vocations ? Un jeune qui veut créer son entreprise a envie de jouir de l’estime de ses proches et de la population. Écoutant tous ces reproches injustifiés, il préfère se tourner vers les pays prêts à l’accueillir à bras ouverts, comme le Royaume-Uni ou le Canada. C’est l’un des drames que nous avons à l’heure actuelle : beaucoup trop de jeunes Français talentueux et ambitieux quittent notre pays. J'ai vécu deux ans au Canada et j’ai vu comment ils attirent les talents. Nous ne savons pas attirer les chercheurs, car nous ne savons pas de quoi ils ont besoin. La France a du mal à retenir les talents. Beaucoup de créateurs quittent notre pays car ils ont l’impression qu’il ne les aime pas. Pourtant, ils sont nombreux sur la ligne de départ. Nous avons en France un nombre de création d’entreprises considérable. Rapporté au nombre d’habitants, il est presque aussi élevé qu’aux États-Unis. Mais, quelques années plus tard, la situation aura changé du tout au tout : alors qu’une entreprise américaine aura plus que doublé ses effectifs sept ans après sa création, son homologue française n’aura augmenté les siens que de 7%. Le système français n'est pas capable de supporter ces créateurs d'entreprises. Il ne faut pas gaspiller le talent de nos éventuels futurs entrepreneurs. 180 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans qualification ni diplôme, sans savoir ni lire ni compter. Beaucoup viennent des « quartiers ». Je m’occupe beaucoup de ces jeunes de quartier. La plupart d’entre eux a la « niaque », l’envie de faire des choses, de se dépasser, mais le système les a laissés tomber. Il faut prendre le problème à la racine, c’est-à-dire dès le primaire. Il est beaucoup question du secondaire et du supérieur qui préparent les futurs ingénieurs, cadres ou chercheurs, mais c’est au primaire que tout se joue. Afin de pousser une partie des jeunes dans des formations supérieures, nous devons d’abord nous assurer d’utiliser toutes les ressources que nous avons au départ. Sur 800 000 jeunes, nous en laissons près de 20% sur le bord de la route tous les ans. Près de la moitié d’entre eux se retrouve au chômage trois ans après sa sortie du système scolaire. Il faut s'y atteler, les gouvernements de gauche comme de droite s’y essaient avec une certaine difficulté, faisant face à un blocage des syndicats de l’éducation nationale. Les ministres successifs veulent prendre ce problème à bras le corps, j'espère qu'ils vont réussir. Aider ces jeunes qui veulent créer et faire en sorte qu'ils restent chez nous, voilà ce dont nous avons besoin pour relancer l’économie. L'Institut Montaigne a réalisé une étude en profondeur sur ce phénomène, proposant de créer un environnement favorable à l’accueil de jeunes peu qualifiés dans
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les entreprises, d’assurer une gestion décentralisée de l’insertion professionnelle des jeunes et de refonder l’orientation à l’école en valorisant les métiers requérant peu de diplômes. Et que dire de nos élites ? Leur formation, à dire vrai, n'est pas très bonne. Elles ont appris beaucoup de choses qui ne servent à rien. Nous en avons fait des têtes bien faites, au carré, mais l'innovation ne naît pas de là. Il faut savoir penser hors de la boîte logique. L'intégration de stages de recherche dans la formation des Polytechniciens est à ce titre une avancée importante. C'est une nouveauté. Il y a quelques années, la recherche était l'affaire de quelques rares professeurs à laquelle personne ne s'intéressait. Maintenant, ces stages forcent les étudiants à sortir des cadres existants et à chercher quelque chose qui n'existe pas encore. De même, les voyages d'étude ou les stages à l'étranger donnent à voir ce qui se passe ailleurs alors qu'auparavant, la formation était très franco-française. Nous étions enfermés dans notre France, qui est très belle, mais qui n'est que la France. Apprendre l'anglais est une nécessité, c'est l'esperanto moderne. Le français est beaucoup plus beau que l'anglais qu’il faut tout de même maîtriser parfaitement. Les talents ne suffisent pas, il faut ensuite des entreprises et il faut qu'il soit facile d’entreprendre. Et nous en avons, de brillantes entreprises. Il y a trente ans, parmi les cinq meilleurs mondiaux des différents secteurs économiques, il n'y avait pas de français. Il n'y avait que Michelin et Air Liquide. Dans les autres domaines, personne. Aujourd'hui, dans les cinq premiers mondiaux, quel que soit le secteur, il y a presque toujours au moins un français, que ce soit dans les services ou dans l'industrie. Les entreprises françaises ont fait des progrès tout à fait considérables. Nous savons donc faire des entreprises, mais aujourd’hui, elles ont de graves difficultés et beaucoup d’entre elles envisagent de délocaliser. Pourquoi ? Il est beaucoup question du coût du travail, mais je n’aime pas du tout cette formule, car elle laisse penser que nos ouvriers et nos employés sont trop payés alors que ce n’est pas le cas. Le problème n’est pas celui des salaires, mais de tout ce qui pèse sur l’entreprise. Les cotisations de sécurité sociale représentent plus de la moitié du salaire brut d’un travailleur gagnant le revenu moyen en France, seulement 40% en Allemagne. Cela fait une différence énorme : l'entreprise n'a pas les moyens de sa compétitivité et de son efficacité et elle préfère donc aller ailleurs. Il faut retirer tout ce qui pèse trop sur les entreprises. L'Institut Montaigne a proposé un allègement de charges de 50 milliards d'euros, le même montant que celui envisagé, au départ, par le rapport Gallois. Depuis des années, et
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