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Comprendre le nouveau monde de l'énergie

De
292 pages

Le début du XXIe siècle a été marqué par une formidable mutation du secteur énergétique. Ce nouveau monde de l’énergie se traduit chaque jour, non seulement par l’évolution des réglementations et des perceptions des décideurs politiques quant à l’efficacité énergétique mais aussi par des changements concrets sur le terrain, au travers d’initiatives publiques, entrepreneuriales ou associatives.

Dans ce livre remarquable qui a bénéficié de la collaboration des plus grands experts, et enotamment de Jean-marie Chevalier et Michel Derdevet, l’auteur dresse un tableau général du monde de l’énergie moderne, en faisant le point sur les grands défis et les grands enjeux géopolitiques et climatiques liés à l’énergie, et sur la question centrale du choix des énergies (avantages et inconvénients des différentes sources d’énergies fossiles, non renouvelables et renouvelables ; quel mix énergétique ?). La seconde partie de l’ouvrage aborde le thème, crucial, de l’efficacité énergétique et des économies d’énergie, piliers de la transition énergétique en cours.

Parallèlement à cette étude de fond, ce maître-livre donne l’avis et les prises de positions de personnalités incontournables du monde de l’Energie 2.0 et de la transition énergétique en cours, qu’il s’agisse de chefs d’entreprises, de personnalités politiques fortement impliquées dans les questions énergétiques et environnementales, ou de dirigeants d’institutions publiques, syndicats professionnels ou associations.

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Myriam Maestroni (MBA ESADE), a débuté à 24 ans dans le secteur de l’énergie, qu’elle n’a a jamais quitté depuis. Après avoir passé huit années à la tête de Primagaz France (2003-2011), elle a pris en 2011 la présidence de la société Economie d’énergie (EDE) qu’elle a fondée, ainsi que de la Fondation E5T (Energies, Efficacité Energétique, Economie d’Energie et Territoires, www.E5T.fr). Elle est l’auteur de plusieurs articles sur l’énergie et l’efficacité énergétique et elle a écrit deux ouvrages : Intelligence émotionnelle (2008, Maxima), avec Luis Huete, puis Mutations énergétiques (Gallimard, 2008) avec Jean-Marie Chevalier. Vous pouvez la joindre à : myriam.maestroni@maxima.fr

infos-nouveautés : www.maxima.fr

Maxima 8, rue Pasquier 75008 Paris

© Maxima, 2013

ISBN : 9782818804490

Direction éditoriale et recherches : a. Delvalle - Géopol Consulting

Maquette et mise en page : Lettre & Image - lettre-et-image@wanadoo.fr

Relecture et correction : Juralangues

Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales

À tous mes collègues d’hier, d’aujourd’hui et de demain avec qui j’ai tant plaisir à travailler et à innover; à tous ceux et celles qui m’ont tant appris ; à tous ceux et celles qui continuent à construire au quotidien le monde de « l’énergie 2.0 » ; à tous les clients qui honorent de leur confiance Économie d’Énergie ; à mes maîtres que je respecte profondément, dont Jean-Marie Chevalier et Michel Derdevet, et à Marco, qui me soutient sans faille.
« Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion »
Friedrich Hegel
Chapitre 3 - Efficacité énergétique et économies d’énergie : piliers de la transition énergétique
Chapitre 4 - Les principaux gisements d’économies d’énergie à exploiter et à valoriser
Chapitre 5 - L’efficacité énergétique en Europe et dans le monde ?
Chapitre 6 - Transition énergétique et territoires
Chapitre 7 - Une démarche d’innovation continue
Postface
Glossaire
Remerciements
Notes
PRÉFACE
Michèle Sabban
Dans les années à venir, la part des énergies renouvelables dans l’énergie totale consommée devra être beaucoup plus élevée qu’aujourd’hui, si l’on veut conjurer de terribles catastrophes climatiques liées aux conséquences des émissions de gaz à effet de serre. Je suis convaincue que les énergies renouvelables peuvent nous garantir à la fois une économie plus respectueuse de la planète et une indépendance par rapport aux fluctuations des prix des matières premières. Certes, les investissements nécessaires pour développer ces énergies non polluantes sont énormes. Et la période de crise actuelle ne semble pas être la plus propice pour dégager de tels financements. Mais le retour sur investissement dans les énergies renouvelables n’en sera alors que plus élevé ! Précisons par ailleurs que le prix des énergies fossiles ne cesse d’augmenter du fait de leur raréfaction et des énormes coûts sociaux et environnementaux qu’elles entraînent, ce qui va rendre à terme les renouvelables plus compétitives. D’évidence, pour opérer de tels choix stratégiques sur le long terme et mettre en œuvre la transition énergétique, il nous faudra une forte volonté et un réel courage politique. Il est par conséquent grand temps de se poser les bonnes questions sur notre modèle économique, qui a montré de sérieuses limites durant ces dernières années marquées par la crise financière et...
AVANT-PROPOS
L
e
J’ai ensuite souhaité explorer de façon plus concrète les différents textes, pistes, propositions, lois, etc., qui constituent le creuset d’une période d’innovation qui permettra de construire ce « nouveau monde de l’énergie 2.0 ». Celui-ci se décline déjà aux niveaux international, européen, national ou local, non seulement par le fait de cette évolution réglementaire et des perceptions des décideurs politiques concernant l’efficacité énergétique, mais aussi et surtout par des réalités concrètes, de terrain, au travers d’initiatives publiques, entrepreneuriales, locales ou associatives et d’innovations technologiques (chapitres V, VI et VII).
Mais parallèlement à cette étude de fond, j’ai également souhaité recueillir, tout au long de cet ouvrage, l’avis et les prises de positions de personnalités, sociétés ou associations incontournables du monde de l’énergie qui contribuent de façon significative, au travers de leurs propositions et actions, à l’émergence du nouveau monde de l’énergie. Ces personnalités sont des dirigeants d’entreprises innovateurs, comme Éric Parayre, directeur général de Pétrovex-Auchan ; Jacques Pétry, président d’Albioma (ex-Séchilienne-SIDEC), Florence Tantot, présidente d’Ergelis, Marc Teyssier d’Orfeuil, président de Com’Publics ; des personnalités politiques fortement impliquées dans les questions énergétiques et environnementales, comme Gabriele Albertini, ex-maire de Milan et député européen, Christophe Bouillon et Michel Havard, députés, Chantal Jouanno, sénatrice et ex-ministre de l’Environnement, Jean-Claude Lenoir, député, Corinne Lepage, ex-ministre, député européen, Michèle Sabban, vice-présidente du Conseil régional d’Île-de-France et présidente du R20 ; des dirigeants d’institutions publiques, syndicats professionnels ou d’associations comme Jacques Allard, président d’Éco CO2, Daniel Cappe, président de l’ATEE, François Loos, ancien ministre et ancien président de l’ADEME, Gérard Magnin, président d’Energy Cities, Michèle Pappalardo, conseiller-maître à la Cour des Comptes, ex-présidente de l’ADEME et ex-haut-commissaire au développement durable, Gilles Ricour de Bourgies, président de la FNAIM Ile-de-France, ou encore Hugues Vérité, adjoint au délégué général et directeur des Relations institutionnelles du GIMELEC, etc. Nous ne citons là que quelques-unes des nombreuses personnalités que nous avons rencontrées et interrogées au cours des dernières années et des derniers mois. Nous tenons à toutes les remercier pour leur précieuse contribution.
Enfin, le dernier chapitre et la conclusion de l’ouvrage évoqueront quelques pistes qui permettront de se faire une idée des changements envisageables dans l’avenir. Ceux-ci sont sans doute encore nombreux, qu’il s’agisse par exemple du projet « Luna Ring », défendu par la Shimizu Corporation, qui consiste à transformer la lune en centrale solaire, ou encore du projet Volt Gaz Volt que nous avons le plaisir de voir développer par Robert Bell dans la préface de cet ouvrage.
INTRODUCTION
l’énergie au cœur des sociétés modernes
« Nous aurons le destin que nous aurons mérité. »
Albert Einstein
Depuis le début de l’humanité, l’énergie a toujours constitué un élément vital pour l’évolution et le développement des sociétés. Au fil des grandes révolutions qui ont marqué l’histoire des civilisations humaines, l’énergie a pris des formes différentes. Après l’invention du feu, qui fut fondatrice, elle a pris une forme humaine et animale, avec la révolution agricole, puis fossile ensuite, avec le charbon, le gaz et le pétrole, lors de la révolution industrielle. Et elle est encore en cours d’évolution, notamment avec les énergies renouvelables, qui devraient, à minima, permettre de couvrir les nouveaux besoins liés à la révolution en matière de communication.
L’histoire des énergies, au plan mondial, fut longtemps celle de conquêtes, de découvertes et d’ambitions collectives. Que ce soit à la fin du XVIIIe siècle avec l’essor du charbon, moteur de la révolution industrielle, ou quelques dizaines d’années plus tard avec l’extraction des premiers barils de pétrole à Titusville ou à Bakou, l’énergie moderne fut d’abord considérée comme le vecteur du progrès et du développement économique, au service de la collectivité. Et les découvertes de filons et de filières faisaient le tour de la planète comme autant d’espoirs d’un avenir meilleur.
Les six grandes catégories d’utilisation de l’énergie
Depuis l’homme préhistorique, qui avait découvert que les aliments étaient meilleurs cuits que crus, jusqu’à notre génération, pour qui il devient difficile de vivre sans être connecté au reste du monde, via Internet, les réseaux sociaux et les téléphones portables notamment, on a vu se succéder sans s’éliminer les différentes utilisations de l’énergie. Dans nos maisons, nous en dénombrons jusqu’à six grandes catégories, qu’il est, sans doute, plus facile de mémoriser en les citant dans leur ordre d’apparition. Au début de l’humanité donc était la cuisson, première catégorie. Les Romains inventèrent ensuite, beaucoup plus tard, la « boucle à eau chaude », et avec elle, le besoin en eau chaude sanitaire (ECS en jargon technique) et en chauffage/climatisation – respectivement deuxième et troisième catégories. Avec Thomas Edison, à la fin du XIXe siècle, on passa directement de la bougie à la lampe à incandescence, avec son filament en carbone puis en tungstène, et à l’éclairage nouvelle génération qui dépend d’une alimentation en énergie, qui formaient la quatrième catégorie. Puis vinrent les années 1960, avec la génération que nous Français, pourrions appeler « mère Denis », tant le passage des tâches ménagères à l’électroménager s’est cristallisé dans notre inconscient collectif autour de cette grand-mère ravie de nous présenter machine à laver le linge ou la vaisselle. La cinquième catégorie de besoins énergétiques était née...
CHAPITRE 1
Enjeux et défis énergétiques
« Un problème sans solution est un problème mal posé. »
Albert Einstein
Du réchauffement climatique aux émissions de GES*
Nos sociétés doivent aujourd’hui faire face à une situation dont les traits dominants sont la complexité et l’incertitude. Comme l’a justement rappelé l’économiste en chef de l’Agence internationale de l’Énergie (AIE), Fatih Birol, « notre avenir énergétique n’a jamais été aussi incertain »6.
En premier lieu, on peut évoquer le réchauffement climatique, qui est sur une trajectoire accélérée, en raison de l’absence de décision durant les dernières réunions internationales. Les émissions de GES proviennent essentiellement de la combustion des énergies fossiles mais aussi, pour une faible part, de la déforestation et des changements d’affectation des sols (un peu plus de 10 % seulement) : charbon 42,9 % du total des émissions de CO ; pétrole 37 % ; gaz 20 % ; déchets divers 0,4 %. Depuis la fin des années 1990, la communauté internationale (Nations Unies, GIEC, etc.) s’est fixé pour objectif (ambitieux) de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre avant 2050, à l’échelle de la planète. Mais cette ambition louable s’est heurtée à deux principaux obstacles : premièrement, les pays en développement ou émergents ne se sont pas vraiment sentis concernés et ont continué à émettre davantage de GES, prétextant que les mesures de réductions des GES sont un luxe que peuvent se permettre les pays déjà développés, essentiellement occidentaux, eux-mêmes responsables de la détérioration de la planète et de la couche d’ozone, ce qui n’est pas entièrement faux… 2
Ensuite, les pays industrialisés occidentaux, plus « vertueux », tout comme les Nations unies et les organismes internationaux en charge des questions climatiques, n’ont pas les moyens de contraindre les autres nations à être aussi vertueuses qu’eux. Il appartient par conséquent à ces mêmes pays industrialisés de fournir l’effort principal pour atteindre le but initial : d’où l’objectif visant à diviser par quatre leurs émissions de GES en moins de cinquante ans, c’est-à-dire bien plus que les autres pays. C’est ce que l’on a appelé le « facteur 4 ». En fait, la notion de « facteur 4 » est l’objectif visant à produire autant de richesse en utilisant quatre fois moins de matières premières et d’énergie. Son interprétation varie : « diviser par 4 les consommations d’énergie » ou « diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre dans un bilan global, les processus de production, les services, les bâtiments, etc. ».
Des sommets environnementaux peu suivis d’effets
Force est de constater que les sommets infructueux de Copenhague en 2009, Cancun en 2010, Durban en 2011 ou les engagements limités de la COP de Doha en 2012 n’ont pas donné pour faire évoluer réellement cette situation. La conférence de Copenhague (décembre 2009), qui devait prévoir un nouveau protocole faisant suite à celui de Kyoto, lequel s’achève en 2012, s’est conclue par un échec, imputable au manque de détermination environnementale de la plupart des États. Car la défense de l’environnement, promue par les Nations Unies depuis 1992, s’est toujours heurtée à la souveraineté nationale et aux intérêts géopolitiques, économiques et de politique intérieure des États, souvent réticents à construire une vraie gouvernance mondiale. Et des pays comme les États-Unis, la Chine et d’autres pays émergents (dont bien sûr les BRICS) refusent de signer et/ou de ratifier un traité international qui les obligerait à mettre en œuvre dans l’ordre juridique interne des normes de réduction des GES. Les pays en développement, souvent hostiles à ces mesures contraignantes, estiment qu’elles entraveraient leur croissance et que les pays occidentaux devraient financer l’effort mondial au nom de leur responsabilité passée. Ce refus des pays non européens de suivre le principe des « 3 x 20 » et l’échec du sommet de Durban en 2011 pour cette même raison ont fortement déçu les plus engagés dans la réduction des émissions de GES et dans la défense de l’environnement. Il est vrai qu’étant donné leur responsabilité historique passée dans l’augmentation des émissions de GES, les pays industriels occidentaux (plus le Japon) devraient diminuer leurs rejets non de 50 %, mais de 80 % au moins, ce qui impliquerait que des pans entiers des économies d’Europe soient entièrement décarbonées. Pour relativiser la difficulté de la tâche, il faut garder à l’esprit qu’entre 1990 et 2005, le PIB de l’Union européenne s’est accru de 40 %, tandis que les émissions baissaient de 16 %.
Certes, à l’issue de la conférence de Doha, le 8 décembre 2012, le Protocole de Kyoto fut prolongé – de justesse – jusqu’en 2020. Cette dernière conférence ouvre ainsi « l’Acte » II de ce protocole, la seconde période d’engagement s’étalant du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2020 ; Doha engage aussi les pays développés à accroître l’aide financière aux pays du Sud afin de les aider à faire face au changement climatique. Mais le texte de Doha reste vague : il « presse » les pays développés à annoncer de nouvelles aides financières « quand les circonstances financières le permettront » et à soumettre au rendez-vous climat de 2013, à Varsovie, « les informations sur leurs stratégies pour mobiliser des fonds afin d’arriver à 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 ».
Sont également renvoyés à Varsovie d’éventuels « arrangements institutionnels, comme un mécanisme international, au sujet de la question des pertes et dommages liés aux impacts du changement climatique dans les pays en développement particulièrement vulnérables ». Ce point a été très disputé entre les pays du Sud, qui s’estiment victimes des actions du Nord ayant déréglé le climat, et les États-Unis, qui craignent qu’un « mécanisme » ne mène un jour à des actions en justice et ne veulent pas débourser plus que ce qui a déjà été prévu dans les divers accords de l’ONU sur le climat.
Enfin, l’accord de Doha réaffirme l’ambition d’adopter « un protocole, un autre instrument juridique ou un accord ayant force juridique » à la conférence de l’ONU prévue en 2015, pour une entrée en vigueur en 2020, et rappelle l’objectif de parvenir à limiter la hausse de la température à + 2oC. Contrairement au protocole de Kyoto, cet accord ne concernera pas que les nations industrialisées, mais tous les pays, y compris les grands pays émergents et les États-Unis. Un texte devant servir de base pour les négociations doit être disponible « avant mai 2015 » et l’accord de Doha « accueille favorablement » la proposition du secrétaire général de l’ONU Ban Kid-Moon de réunir les dirigeants mondiaux en 2014 sur cette question.
Bref, il faut reconnaître qu’en dépit de la lenteur des progrès, les sommets sur la terre et les conférences internationales contribuent à faire progresser la prise de conscience environnementale. Par ailleurs, on découvre toujours de nouvelles méthodes visant à réaliser des progrès en matière d’économie d’énergie et de réduction des émissions de GES.
Absence de gouvernance mondiale et de concertation entre les États
En 2010, la consommation énergétique a augmenté de 6,5 % dans le monde, de 3,5 % en Europe et de 7,5 % dans les pays en voie de développement. La réduction de la consommation de combustibles fossiles est certes reconnue par tous, mais aucune gouvernance mondiale n’est capable de l’imposer. Par ailleurs, la catastrophe écologique de Fukushima a alourdi le bilan, puisqu’elle a conduit des pays comme l’Allemagne ou l’Italie à renoncer totalement au nucléaire civil, et d’autres, comme le Japon, à réduire considérablement le parc de centrales nucléaires. La chancelière allemande, Angela Merkel, a ainsi décidé de fermer immédiatement sept centrales nucléaires, tandis que le Japon va maintenir seulement cinq centrales nucléaires en marche sur 54. Or tout cela implique – par compensation – une hausse de la part des énergies fossiles qui émettent le plus de GES, notamment du gaz et du charbon, comme on le voit déjà en Allemagne. Fait aggravant, ces décisions ont été, dans la plupart des cas, prises sans concertation. Les objectifs européens contenus dans le Paquet énergie-climat, notamment la réduction de 20 % des émissions de GES, vont donc être très difficiles à atteindre.
Par conséquent, les mêmes interrogations subsistent : qui va subir les conséquences du changement climatique ? Qui va payer les dommages collatéraux ? S’ajoutent les incertitudes technologiques, notamment concernant les réacteurs nucléaires de la génération IV (surgénérateurs). Cette génération fonctionnera-t-elle ou pas ? Par ailleurs, saurons-nous stocker les déchets et démanteler les anciennes centrales si nécessaire ? On parle aussi beaucoup des solutions technologiques pour capturer et séquestrer le carbone, mais les considérations sur leur financement restent en suspens.
La difficile résolution de l’équation énergie/climat consistera par conséquent à conjurer le risque grandissant de précarité énergétique et d’augmentation générale du prix de l’énergie, tout en inventant de nouveaux systèmes énergétiques plus vertueux, plus sobres et moins dangereux pour la planète. Cela impliquera d’accorder une place plus importante aux énergies renouvelables, bien que les énergies fossiles, en particulier le gaz, n’aient pas encore dit leur dernier mot… Car il est tout simplement irréaliste de prétendre pouvoir les éliminer complètement à moyen terme dans le mix énergétique, du moins tant que la science n’aura pas trouvé la source d’énergie miracle et propre, comme par exemple la fusion nucléaire, théoriquement possible, mais extrêmement difficile à mettre en œuvre et probablement pas opérationnelle avant la fin du XXI siècle… Les partisans des énergies renouvelables répondent que les prix directement ou indirectement subventionnés ou aidés des énergies nucléaires et fossiles, contribuent à retarder la transition énergétique, dont les piliers seront les économies d’énergie, l’augmentation de la part des énergies renouvelables et une plus grande mixité. Cet argument n’est pas dénué de fondement. Mais il est difficile pour l’heure d’élaborer des scénarios énergétiques totalement décarbonés en excluant, par principe, le nucléaire. Car si le XX siècle fut le siècle du pétrole, il y a fort à parier que le XXI sera celui des « solutions énergétiques plurielles ». eee
Essor du gaz de schiste : l’économie décarbonée n’est pas pour maintenant…
Dans son scénario à 2050, le rapport public de la Direction générale Climat de la Commission européenne a estimé que la décarbonisation du mix énergétique européen devrait requérir 270 milliards d’euros d’investissements par an, pendant 40 ans. Or, en 2011-2012, tous les pays de la zone euro ont connu un coup de rabot budgétaire sur les énergies renouvelables. Et les États-Unis ont connu eux aussi les coupes budgétaires, de sorte que l’Administration Obama elle-même, au départ assez « écologique », a revu ses nobles ambitions à la baisse puis a finalement opéré un virage à 180 degrés en considérant que les créations d’emplois permises et induites par l’exploitation du gaz de schiste, fortement encouragée par le gouvernement américain (entre 250 000 et 600 000 emplois d’ici à 2018), pesaient plus dans la balance économico-électorale et géopolitique que les préoccupations environnementales… Il faut savoir que les gaz et huiles non conventionnels, développés depuis le début des années 2000 aux États-Unis, comme les gaz de schiste, ont permis à ce pays de retrouver son autonomie énergétique, ce qui a d’ailleurs bouleversé les prix du gaz à l’échelle internationale. La découverte de gaz non conventionnels a considérablement modifié le paysage énergétique et économique américain et même mondial. En effet, le gaz de schiste compte maintenant pour 40 % de la production américaine et les États-Unis sont au premier rang des pays producteurs, devant la Russie. Comme le montre le rapport WEO-2012 de l’AIE, aux États-Unis, le secteur énergétique a connu des bouleversements considérables ces dernières années, et les effets de ce changement profond se font déjà ressentir bien au-delà de l’Amérique du Nord et du seul secteur énergétique. La récente résurgence des productions pétrolière et gazière, due à l’exploitation des ressources en huile et en gaz de schiste, a fortement stimulé l’activité économique nord-américaine et a déjà induit une nette baisse des prix du gaz et de l’électricité outre-Atlantique, ce qui a permis à l’industrie étatsunienne de gagner à nouveau en compétitivité. S’ils importent actuellement près de 20 % de leurs besoins énergétiques totaux, les États-Unis vont probablement (re)devenir autosuffisants grâce au gaz de schiste. D’ici à 2020, ils deviendront même le plus gros producteur de pétrole mondial (dépassant l’Arabie Saoudite jusqu’au milieu des années 2020) et ressentiront positivement l’impact des nouvelles mesures d’économie de carburant dans le secteur des transports. Leurs importations pétrolières diminueront jusqu’à ce qu’ils deviennent exportateurs nets, probablement dès 2030 au plus tard. Or ce phénomène va accélérer le mouvement du commerce pétrolier international vers l’Asie.
Si presque tous les intellectuels, politiques et leaders d’opinion livrent leurs professions de foi écologiques et invitent à réduire la part des énergies fossiles et les émissions de GES, comme on l’a vu, en 2012, lors du sommet Rio+20, rempli de déclarations d’intentions, partout dans le monde les compagnies rivalisent dans l’exploitation des sources non conventionnelles d’énergies fossiles, comme le gaz de schiste, et dans des champs pétroliers marins de plus en plus profonds, au grand dam des défenseurs...
CHAPITRE 2
Émergence d’un nouveau paradigme énergétique
« Celui qui attend de l’expérience ce qu’elle ne peut donner s’éloigne de la raison. »
Léonard de Vinci
2000-2010 : transformation du monde de l’énergie au niveau mondial
Avant les années 2000, le monde de l’énergie était essentiellement un monde d’industriels, d’experts, de grandes sociétés pétrolières mondiales (majors*), de spécialistes qui maîtrisaient un savoir-faire technique. Des premiers pionniers lancés à la conquête de l’or noir jusqu’à la mise au point de techniques d’exploration et de production de plus en plus sophistiquées, il s’agissait avant tout d’une aventure industrielle qui avait pour ambition de faire face à l’ensemble des nouveaux besoins existants ou créés du fait de la découverte de l’énergie. Ce savoir-faire incluait les domaines très techniques de l’exploration de gaz et de pétrole, de l’extraction, tout aussi pointue, ou du raffinage. Il exigeait donc des ressources essentiellement financières et techniques pour construire des infrastructures de production, d’exploitation et de distribution, puis les mettre en œuvre à grand renfort de technologies chères et compliquées, tout cela dans le respect des normes en vigueur. Ce métier était surtout un métier d’experts, d’ingénieurs devant maîtriser des savoir-faire scientifiques et des technologies et normes très pointues.
Le monde de l’énergie d’avant les années 2000 était basé sur des réalités techniques, sécuritaires, d’infrastructures, puis sur des négociations et logiques géopolitiques. La problématique de l’énergie se posait en fait en termes assez simples. Dans cet univers de techniciens, on parlait d’oléoducs, de gazoducs, de capacités de stockage, de transports, de modalités de distribution, etc. Et, en fin de compte, le client consommateur n’était qu’un petit élément au bout d’une chaine complexe, heureux de se voir assurer un approvisionnement sécurisé. La relation avec le client-consommateur s’articulant autour d’un marketing général et basique, l’offre au client était assez limitée. Chez les énergéticiens propaniers, par exemple, les bouteilles de gaz répondaient à des impératifs réglementaires : il s’agissait de garantir la sécurité de la bouteille, d’assurer la distribution, d’émettre la bonne facture et de gérer des remises commerciales.
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