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Croissance économique

De
498 pages
Ce livre présente les principales théories explicatives de la croissance économique et les met en valeur en se rapportant à l'expérience africaine. Sa rédaction a été commandée par le souci d'établir des rapprochements entre les analyses théoriques et les données réelles, et de nourrir la réflexion sur les politiques économiques et stratégies de développement à mettre en oeuvre par les pays africains.
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Une perspective africaine
Ce livre présente les principales théories explicatives de
la croissance économique dans un langage simple et les met en
valeur en se rapportant à l’expérience africaine. Sa rédaction a
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les analyses théoriques et les données réelles, et par le souci de
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développement à mettre en œuvre par les pays africains. C’est du
reste, l’une de ses forces et particularités.
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manière progressive et tiennent compte du développement de la
pensée économique au fl des années. Chaque chapitre comporte
des données réelles [relativement récentes] et se termine par
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AAlleexxananddrree NSH NSHUUEE M Mbboo M Mookkimimeeeexexerrcciicceess..
Écrit avec un style très agréable à la lecture, cet ouvrage s’adresse
aux étudiants en Sciences Economiques et Gestion du niveau de
Licence et du niveau de Maîtrise ainsi qu’à toutes les personnes
qquui si soouuhhaaiitteennt at accqquuéérriir dr dees cs coonnnnaaiisssasannccees ss soolliiddees es en an annaallyysse de de le la a
croissance économique et des questions de développement avec
un regard particulier sur les préoccupations du continent africain.
CC CCe e
Alexandre Nshue Mbo Mokime est diplômé de l’Université ééCCProtestante au Congo (UPC). Depuis mars 2001, il a rejoint le
Département des Sciences Économiques de l’UPC. Il y a enseigné
UUnne pee perrsspepeccttiivve ae affrriiccaaiinneel’Économétrie et il y enseigne présentement la Macroéconomie
[[CrCroissance et fuctutuations] et la Micricrooécéconomieonomie. Il est aussi Prroojecject t
Manager au Centre Congolais Allemand de Microfnance (CCAM) et
Coordonnateur de la Cellule de Réfexions Économiques et Sociales
(CRES).
ISBN : 978-2-343-02629-9
99 778822334433 0022662299994848 € €
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Alexandre Nshue Mbo Mokime
Alexandre Nshue Mbo Mokime
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Croissance économique

Une perspective africaine

Alexandre NSHUE Mbo Mokime














Croissance économique

Une perspective africaine



























































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-02629-9
EAN : 9782343026299
Sommaire
Préface
Remerciements
Commentaires du livre

Acronymes et sigles
Liste des figures es tableaux


Introduction


1. Croissance économique et bien-être

Etude de la croissance économique
Croissance et répartition des revenus
Croissance, bien-être et réduction de la pauvreté

Idées clés du chapitre
Questions de réflexion et exercices


2. Théories de la croissance exogène et hypothèse de convergence

Modèle Harrod – Domar e de Solow
Modèle de Cass – Koopmans e de Diamond
Hypothèse de convergence

Idées clés du chapitre
Questions de réflexion et exercices


3. Théories de la croissance endogène et convergence

Apprentissage par la pratique et croissance
Capital humain et croissance économique
Recherche-développement et croissance
7 Dépenses publiques et croissance économique


Idées clés du chapitre
Questions de réflexion et exercices


4. Autres développements de la théorie de la croissance

Stabilité macroéconomique et croissance
Développement financier et croissance
Ouverture sur l’extérieur et croissance
Gouvernance, stabilité politique et croissance

Idées clés du chapitre
Questions de réflexion et exercices


5. Croissance économique et convergence en Afrique

Caractéristiques et profils des économies africaines
Disparité des performances économiques en Afrique
Déterminants de la croissance économique en Afrique
Convergence des économies africaines

Idées clés du chapitre
Questions de réflexion


Conclusion


Littérature et références bibliographiques

Annexes

Annexe 1. Indicateurs utilisés dans les analyses empiriques
Annexe 2. Quelques notions essentielles de Mathématique
Annexe 3. Analyse de la production
Annexe 4. Notions et outils d’analyse économétrique

Table des Matières
8 Remerciements
Je tiens premièrement à remercier mes étudiants de Licence en Sciences
économiques et en Microfinance [anciens tout comme actuels] qui en raison
de l’intérêt accordé à mes enseignements, m’ont donné l’envie d’écrire ce
livre sur la Croissance. Les questions et préoccupations qu’ils ont soulevées
pendant les séances de cours m’ont permis d’améliorer ma façon
d’enseigner certaines notions qui, de prime à bord, semblent être difficiles.
L’intérêt qu’ils ont accordé aux réalités africaines ont aussi justifié que
j’écrive ce livre dans une perspective africaine. En effet, ils ont toujours eu le
souci de marier la théorie à la réalité afin de bien comprendre ce qu’ils vivent
au quotidien et comprendre pourquoi l’Afrique est en retard par rapport à
d’autres continents du monde. Ceci montre combien il était important si pas
nécessaire de proposer un ouvrage répondant à ce besoin.

Il est certes vrai que la science économique est une, mais le contexte
sociopolitique diffère d’un pays à un autre, ce qui ne va pas sans
conséquence sur la manière de concevoir et de mettre en œuvre la politique
économique et les stratégies de développement. Je pense qu’avec cet
ouvrage, les étudiants et les personnes qui s’intéressent à la croissance
économique seront à même de mieux saisir la portée des défis à relever par
l’Afrique et de mieux comprendre ce qu’il lui faudrait faire pour rattraper le
retard pris par rapport aux autres continents.

Mes remerciements s’adressent en deuxième lieu à certains professeurs,
collègues et amis à qui j’ai soumis le manuscrit du livre pour avis et
commentaires. Il s’agit notamment du Professeur Philippe Aghion [Harvard
University], du Professeur François Kabuya [Université de Kinshasa et
Université Protestante au Congo], du Maître de Conférence Albert Bombito
[Université Protestante au Congo], d’Abel Muyisa [Doctorant à l’Université
Huazhong Normal University/Chine], de Jean Amisi [Cabinet du Président de
la République/RDC], de Bertin Bagalwa [Banque Centrale du Congo], de Jules
Ndambu [Frankfurt School of Finance and Management], de Ben Idrissa
Ouedraogo [Nations-Unies], de Roland Kpodar [Fonds Monétaire
International], d’Ousmane Ouandaogo [PNUD], de Séraphine Wakana
[Banque Africaine de Développement] et d’Albert Tcheta-Bampa [Université
Paris 1, Panthéon Sorbonne]. Ce dernier a également fait des commentaires
sur la portée et l’articulation du livre.

9 Les exercices et les annexes mathématique et économétrique ont été
préparés avec le concours de l’Assistant Jean-Paul Tsasa de l’Université
Protestante au Congo [Doctorant à l’Université de Montréal/Canada] à qui
j’adresse aussi mes vifs remerciements. Avec Cédric Tombola et Israël
Makambo [Laboratoire d’Economie quantitative (Lareq)], ils ont relu et
amendé le manuscrit du livre.

Je tiens enfin à remercier le Service Allemand d’Echanges Académiques
(DAAD) et l’Université Protestante au Congo pour leur appui dans la
réalisation de cet ouvrage. Que Mgr Prof. Ngoy Boliya [Recteur de
l’Université Protestante au Congo], M. Ngwala Ray [Université Protestante
au Congo] et Dr. Barbara Drexler [Frankfurt School of Finance and
Management] trouvent ici l’expression de ma reconnaissance pour leur
soutien.


Alexandre Nshue M. Mokime
10 Préface
L’amélioration du niveau de vie de la population et la garantie du bien-
être social sont des objectifs ultimes pour les décideurs politiques africains.
Ces objectifs ne sauraient être atteints sans une croissance économique
forte et soutenue. En règle générale, la croissance économique assure –
lorsqu’elle est accompagnée d’une bonne répartition des revenus et des
bonnes politiques sociales – la prospérité économique, sociale et humaine
d’une nation. Malheureusement, ce n’est souvent pas le cas.

Pour toutes ces raisons, la compréhension de la croissance économique,
de son déroulement, de ses déterminants et de ses sources a toujours été un
souci majeur pour les décideurs politiques, les concepteurs des politiques
économiques et les analystes. Il est clair que la croissance économique n’est
pas une potion magique pour résoudre tous les problèmes de l’Afrique, mais
elle devrait faciliter la mise en œuvre des politiques publiques qui
permettraient d’améliorer les conditions de vie des populations. Bref, la
croissance économique est une condition nécessaire mais non suffisante
pour assurer le bien-être social. En Afrique, à l’instar d’autres régions en
développement, il y a nécessité de réaliser une croissance économique forte
et soutenue afin de donner des solutions à plusieurs problèmes sociaux qui
hypothèquent l’avenir du continent.

Avec la complexité des problèmes socioéconomiques que connaît
l’Afrique depuis plusieurs années : chômage, pauvreté, perte du pouvoir
d’achat, … les solutions passagères ou conjoncturelles ne peuvent plus
servir de remèdes efficaces. Les problèmes demandent à être traités à la
source qui les génère, et cette dernière comprend, entre autres, la mauvaise
gouvernance, la corruption et la faiblesse de l’Etat, qui entraînent la faible
croissance économique et la sous utilisation des potentialités du continent. Il
est donc impératif d’engager l’économie africaine sur le sentier d’un
développement intégral pour sortir le continent du cercle vicieux de la
pauvreté tant décrié, mais qui continue à constituer la contrainte dominante.

De 1960 à 2012, les économies africaines ont faiblement progressé en
termes réels avec un taux de croissance moyen de 3.5 % contre une moyenne
de 6.7 % en Asie (hors Japon). Sur la même période, la population africaine
s’est fortement accrue [avec un taux de croissance d’environ 3.0 % par an].
En 2001, le revenu par habitant du continent a été inférieur à son niveau
11 culminant des années 1980. Il faut tout de même noter que certains pays
africains, notamment l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, l’Egypte, le
Maroc, la Tunisie, … ont pu se démarquer de cette tendance générale en
réalisant de très bons scores en termes de croissance et d’amélioration du
niveau de vie.

Il se pose une question fondamentale : pourquoi l’Afrique n’a-t-elle pas
pu emprunter le même sentier de croissance que les autres continents,
pourquoi accuse-t-elle ce retard ? L’importance d’apporter des réponses à
cette question cruciale ne réside pas uniquement dans la compréhension du
passé, mais également et surtout dans l’identification des pistes qui lui
permettraient de rattraper le retard et de se hisser au même niveau de
développement que les autres continents. Cet ouvrage, qui a une facture à la
fois pédagogique et pratique [ou empirique], présente des éléments
d’analyse qui devraient aider à répondre à cette préoccupation.

En l’absence de bonnes politiques, et si la tendance actuelle de croissance
se maintient, il faudrait à l’Afrique plus de 100 ans pour atteindre le niveau de
développement de l’Europe et des Etats-Unis. Evidemment ceci ne suppose
pas une condamnation de l’Afrique ; il y a lieu d’espérer, mais les espérances
devraient se fonder sur une volonté manifeste de rompre avec les
expériences du passé et la mise en œuvre des politiques responsables dont
l’efficacité est attestée. Il n’est pas impossible de réduire l’écart qui sépare
l’Afrique des autres continents, mais il faudrait engager les économies sur
des sentiers de croissance rapide et soutenue.

Qu’est-ce qui a retardé l’Afrique ? Que devraient faire les dirigeants
africains pour accélérer la croissance de leurs économies ? L’expérience
montre bien que la croissance n’est pas une fatalité et ne dépend pas des
ressources naturelles disponibles, mais elle est la conséquence des politiques
et des choix opérés par les acteurs de l’économie, de la volonté et de la
détermination des dirigeants à travailler et changer le cours des choses.
L’Etat est appelé à jouer un rôle important dans la réalisation de la
croissance économique et ce rôle devrait être bien compris. Il est donc
nécessaire de comprendre les développements théoriques qui rendent
compte du déroulement de la croissance. Aussi, il faudrait savoir, (i)
comment les choix opérés par les décideurs politiques peuvent affecter la
croissance, (ii) ce que devraient faire les gouvernements des pays pour
accélérer la croissance et assurer un niveau de vie décent aux populations
africaines.

Le livre de Croissance économique que propose Alexandre Nshue Mbo
Mokime répond aux différentes interrogations que j’ai soulevées. Il présente
12 l’essentiel des théories explicatives de la croissance en les rendant plus
vivantes par un recours permanent aux expériences vécues par les pays
africains. Le dernier chapitre de l’ouvrage se penche exclusivement sur le
déroulement de la croissance et le processus de convergence en Afrique afin
d’éclairer les vues sur les défis de politiques économiques qui se posent aux
gouvernements des pays africains.

C’est avec une grande joie que j’ai répondu positivement à la sollicitation
de l’auteur pour faire cette préface. En ma qualité de Premier Ministre, je
connais la pertinence des questions relatives à la croissance économique
ainsi que leur importance dans la conception et la mise en œuvre des
stratégies et politiques de développement. J’estime que l’approche
pédagogique retenue par Alexandre Nshue est très pertinente pour
l’enseignement de l’économie dans les universités africaines, même dans les
universités d’autres continents, et qui chercheraient à savoir ce qui s’est
passé ou se passe en Afrique. Je salue les efforts conjugués de l’auteur ainsi
que le style qu’il a utilisé pour la rédaction. Les données reprises et les
études de cas réalisées font la force et la particularité de l’ouvrage.
J’encourage vivement le monde universitaire et les décideurs politiques en
Afrique qui s’intéressent à la croissance économique à lire ce livre.

Kinshasa, le 09 septembre 2013

Augustin Matata Ponyo
13 Acronymes et sigles
• AEDS : Analyse Exploratoire de Données Spatiales
• APD : Aide publique au développement
• BAD : Banque Africaine de Développement
• CDF : Franc congolais
• CEA : Communauté Economique de l’Afrique
• CEDEAO : Communauté Economique des Etats de l’Afrique de
l’Ouest
• CEMAC : Communauté économique et monétaire d’Afrique
Centrale
• CER : Communauté économique régionale
• CNUCED : Commission des Nations Unies pour le Commerce et
le Développement
• COMESA : Marché commun de l’Afrique Orientale et Australe
• CPIA : Indice d’Évaluation de la politique et des institutions
nationales
• DT : Dinar tunisien
• DW-Stat : Statistique de Durbin-Watson
• FBu : Franc burundais
• FF : Franc Français
• FMI : Fonds Monétaire International
• F-Stat : Statistique de Fischer
• HOS : Théorème d’Hecksher – Ohlin – Samuelson
• IADM : Initiative d’allègement de la dette multilatérale
• IDE : Investissement direct étranger
• IDH : Indicateur du développement humain
• IMF : Institution de microfinance
• IPH : Indice de pauvreté humaine
• I-PPTE : Initiative en faveur des pays pauvres très endettés
• KWH : Kilowatt par heure
• M2 : Masse monétaire au sens large
• MCO : Méthode des moindres carrés ordinaires
• MENA : Région Afrique du Nord et Moyen Orient
• OCDE : Organisation pour la Coopération et le
Développement Economique
• OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement
• OMS : Organisation Mondiale de la Santé
• PAS : Programmes d’ajustement structurel
• PED : Pays en développement
• PIB : Produit intérieur brut
• PME Petites et moyennes entreprises
15 • PNUD : Programme des Nations Unies pour le
Développement
• PPA : Parité des pouvoirs d’achat
• PPTE : Pays pauvres et très endettés
• PTF : Productivité totale des facteurs
• R&D : Recherche et développement
• RCA : République Centrafricaine
• RDC : République démocratique du Congo
• RSA : République Sud-Africaine
• SADC : Communauté de Développement de l’Afrique
Australe
• TBS : Taux brut de scolarisation
• TIC : Technologies de l’information et de la
communication
• T-Stat : Statistique de Student
• UEMOA : Union Economique et Monétaire Ouest Africaine
• UM : Unité monétaire
• UMA Union du Maghreb Arabe
• USD : Dollar américain
• VAR : Vector Autoregressive
• ZF : Zone Franc

16 Introduction
La croissance économique est l’un des phénomènes les plus passionnants
de la science économique, car elle permet d’expliquer non seulement le
processus d’enrichissement des nations mais aussi de rendre compte des
disparités de niveau de vie entre pays. Etant donné que tous les hommes
aspirent au mieux-être et que les performances économiques débouchent
sur des revenus accrus et des plus grandes possibilités de consommation, la
réalisation de la croissance économique constitue l’objectif majeur de la
politique économique et des politiques de développement des pays. Il
s’avère donc nécessaire de savoir qu’est-ce que la croissance, comment se
déroule-t-elle et surtout, savoir comment la mettre au service de l’homme ?
Ce livre de Croissance économique qui s’adresse essentiellement aux
étudiants en Sciences Economiques et Gestion (du niveau de Licence et de
Maîtrise) se propose de répondre à ces préoccupations en établissant des
rapprochements entre la théorie et les faits, précisément en se rapportant
aux données et expériences des pays africains.

Il importe de noter que les théories de la croissance ont connu trois
grandes phases de développement. La première est celle de la pose des
fondements de la macrodynamique [avec les postkeynésiens Roy Forbes
Harrod et Evsey David Domar], elle remonte aux années 1940 ; la deuxième
phase est celle de l’explication des trente Glorieuses [avec Robert M. Solow
et Trevor Swan] qui s’est inscrite dans le milieu des années 1950 ; et la
troisième phase consacre le développement des modèles de croissance
endogène [avec Paul Romer, Robert E. Lucas, Robert E. Barro, Xavier sala-i-
Martin, Sergio Rebelo, Philipe Aghion, Peter Howitt, …], elle a vu le jour dans
le milieu des années 1980.

Harrod et Domar sont les fondateurs de la macrodynamique en ce qu’ils
sont les premiers à avoir proposé un modèle qui cherche les possibilités
d'une croissance équilibrée. Leurs travaux ont consisté à un prolongement –
dans le long terme – de l'analyse de John Maynard Keynes sur l'instabilité
des économies de marché, c’est-à-dire sur leur incapacité à réaliser un
équilibre de plein-emploi. Harrod a montré que la croissance économique de
plein-emploi est par nature instable, c’est-à-dire qu'elle ne peut être que le
fruit du hasard ou d'interventions stabilisatrices de l’Etat grâce aux
instruments monétaires et budgétaires. Ceci parce que l'égalité nécessaire
entre le taux de croissance effectif, le taux de croissance garanti [nécessaire
17 pour que l'égalité entre l'épargne et l'investissent soit vérifiée] et le taux
naturel [qui garantit le plein-emploi] ne peut se faire que sur le fil du rasoir.

Pour sa part, Domar a montré que l'investissement était nécessaire pour
qu’une économie croisse et qu’il exerçait une double influence sur
l'économie. Par son aspect demande ou par le mécanisme du multiplicateur,
il modifie le revenu national et la demande globale. Au même moment, il
accroît par son aspect offre, la capacité de production de l’économie. Dans
ces conditions, la croissance sera qualifiée d’équilibrée lorsque
l’accroissement de l'offre est égale à l’accroissement de la demande. En
introduisant les anticipations dans la détermination de l'investissement,
Domar est arrivé à la conclusion que la relation déterminant le taux de
croissance est instable.

Au regard des performances réalisées par les pays de l’OCDE après la
seconde guerre mondiale, les économistes se sont interrogés sur la
possibilité de ne plus rencontrer des profonds retournements de
conjoncture [Is the Business Cycle obsolete ?]. En effet, après que les
économies les plus développées du monde aient été secouées par la grande
crise des années 1930 et que la deuxième guerre mondiale (1945) ait ravagé
plusieurs d’entre elles, notamment l’économie allemande, il a paru quelque
peu étonnant de voir ces pays renouer assez rapidement avec une forte
croissance économique [avec un taux de 5.0 % en moyenne annuelle].

Les analystes, particulièrement Robert M. Solow et Trevor Swan ont
remis en cause le principe de l’instabilité de la croissance de plein-emploi de
Roy Forbes Harrod et se sont proposés de mettre en évidence les
déterminants de la croissance économique et de caractériser son
comportement dans le temps. Ils ont montré que dans le long terme, le
progrès technique est le seul déterminant de la croissance des revenus
individuels. A cause de l’hypothèse des rendements décroissants du facteur
capital, Solow arrive à établir que le rôle de l’investissement [en capital
physique] dans la croissance de long terme devient nul. Il faut aussi noter
que dans le modèle de Solow, le rôle du capital physique est appréhendé à
partir de sa contribution directe à la production [c’est-à-dire en tant
qu’input] alors que – comme vont le montrer les théories de croissance
endogène – le capital a aussi une contribution indirecte dans la réalisation de
la croissance [à travers les externalités positives qu’il dégage].

De tous les modèles suggérés dans les années 1950 – 1960 pour rendre
compte du processus de croissance, c’est celui de Solow [1956] qui a reçu les
plus grandes lettres de noblesse. Il est ainsi devenu le point de départ de
presque toutes les analyses de la croissance car la plupart des modèles se
18 comprennent bien par lui, même ceux qui semblent s’en écarter
considérablement. Le principal reproche adressé au modèle de Solow est
celui de traiter le progrès technique comme une grandeur exogène. C’est
ainsi que les nouvelles théories de la croissance qui se proposent de
remettre en cause l'idée d'un progrès technique exogène ont vu le jour dans
les années 1980. A dire vrai, les tentatives d’endogéneisation du progrès
technique ne remontent pas aux années 1980, car Kaldor [1957] et Arrow
[1962] s'étaient déjà intéressés à cette avancée théorique.

Les premiers travaux sur la croissance endogène sont ceux de Paul
Romer [1986] et de Robert Lucas [1988]. L'ambition de leurs recherches était
de rendre compte du caractère auto-entretenu de la croissance et du
progrès technologique qui, dans les théories traditionnelles, était considéré
comme une grandeur exogène ou une manne qui tombait du ciel. Un des
aspects essentiels des théories de la croissance endogène est l'hypothèse de
rendement constant du capital. La première démarche théorique fut
d'abandonner définitivement l'hypothèse des rendements décroissants du
capital retenue par Solow. Le capital est alors perçu comme "l'ensemble
exhaustif des facteurs de production susceptibles d'être accumulés", aussi
bien le capital humain que le stock de connaissances. De plus, le renouveau
des théories de la croissance repose sur une nouvelle façon de considérer
l'origine et le rôle du progrès technique, qui n'est plus exogène, mais bien au
contraire une variable qui renvoie à des comportements et des grandeurs
macroéconomiques.

À la suite de Romer [1986], certains analystes ont cherché le moteur de la
croissance dans le phénomène d'apprentissage par la pratique [learning by
doing]. Une deuxième voie de recherche a été ouverte par Lucas [1988], et a
privilégié le processus d'accumulation de capital humain au sein du système
éducatif des pays. Romer [1990] et Aghion – Howitt [1992] ont – par la suite
– fait du progrès technique un stock d'innovations, produit d'une activité
volontaire de recherche et développement (R&D). Barro [1990] a ouvert la
voie à une autre piste de recherche : il a fait des dépenses publiques,
particulièrement des dépenses en infrastructures, un déterminant de la
productivité de l’économie.

La question des facteurs explicatifs de la croissance économique a
toujours occupé une place centrale dans le débat. Les modèles de croissance
endogène ont assez largement contribué à impulser le phénomène. Les
travaux, tant théoriques qu'empiriques, se sont ainsi multipliés,
occasionnant dans le même temps, une expansion sans précédent des
variables mises en relation avec le taux de croissance de long terme. Ce
renouveau de l’analyse ne s’est pas limité qu’à l’identification des
19 déterminants de la croissance dans le long terme, il a permis également de
donner à la politique économique de nouveaux fondements. Le
développement de la R&D et le processus d’innovation dépendent ou
peuvent être influencés par les mesures de politique économique :
incitations fiscales, protection des droits de propriété intellectuelle,
fourniture d’infrastructure, etc. Par conséquent, le taux de croissance à long
terme peut être influencé par le gouvernement. L’Etat a ainsi un rôle
important à jouer dans la détermination du taux de croissance économique à
long terme.

D’autres théories ont été développées non pas dans le but d’expliquer le
progrès technique mais plutôt dans le but de mettre en évidence les
influences d’autres variables sur la croissance. Ainsi, la croissance a été mise en
relation avec le développement du système financier, l’ouverture commerciale
[qui permet aux entreprises d’élargir leurs débouchés, de tirer parti des effets
stimulants d’une concurrence accrue et même de bénéficier des transferts
technologiques], les possibilités de financement de l’économie [à travers
l’endettement extérieur, les investissements directs étrangers (IDE), l’aide
publique au développement (APD), et la globalisation financière], les flux
migratoires [qui influent sur le stock de capital humain des pays], le mode de
gouvernance politique et économique des dirigeants, la qualité des institutions
des pays, et la stabilité politique [qui suppose l’existence d’un régime
démocratique ou l’absence de guerres civiles et de conflits armés].

A la lumière de ce cheminement historique du développement des
théories explicatives de la croissance, j’ai jugé bon d’organiser le livre en cinq
chapitres dont un chapitre introductif, trois consacrés aux principales
théories explicatives de la croissance économique et un consacré au
déroulement de la croissance économique et au processus de convergence
en Afrique sur la période 1970 – 2010. L’approche méthodologique choisie a
consisté à présenter les modèles de croissance en partant des hypothèses ou
postulats qui les sous-tendent et en mettant en évidence les facteurs qui
influent sur la marche de l’économie dans le long terme. Pour mettre en
valeur les principaux enseignements tirés des modèles, les données
africaines ou les résultats des études portant sur l’Afrique ont été présentés
et commentés. A la fin de chaque chapitre, il apparaît un résumé, des
questions de compréhension et des applications [exercices].

Le premier chapitre se propose de définir la croissance économique [fixer
les vues sur le concept et le différencier du développement], de préciser
comment les économistes envisagent son analyse aussi bien d’un point de
vue théorique qu’empirique [c’est-à-dire fixer le cadre général des analyses
théoriques et empiriques], de présenter ses principaux déterminants [ou
20 facteurs explicatifs], de parler des effets qu’elle pourrait avoir sur la
pauvreté, et enfin de déterminer son incidence sur le bien-être collectif et le
développement humain.

Le deuxième chapitre est consacré aux théories de croissance exogène et
à l’hypothèse de convergence. Il présente les différents modèles de
croissance exogène en insistant sur les hypothèses sur lesquelles ils se
fondent et sur les leçons qui en découlent. Le modèle Harrod – Domar est
développé en premier lieu afin de mettre en évidence le principe de
l’instabilité de la croissance équilibrée de plein-emploi. Ensuite, c’est le
modèle de Solow qui est présenté dans ses deux versions, à savoir la version
simple [ou originale] et la version augmentée du capital humain proposé par
Mankiw – Romer – Weil [1992]. Le troisième modèle présenté est celui dit de
croissance optimale [parce qu’il tient compte des préférences des individus]
proposé par Cass – Koopmans [1965]. On étudie en quatrième lieu le modèle
de croissance proposé par Diamond [1965], qualifié de modèle de croissance
à générations imbriquées en ce qu’il se propose de discuter de l’influence de
la décision d’épargner sur le processus d’accumulation et sur le niveau de vie
future de la population. Enfin, il est envisagé une analyse de l’hypothèse de
convergence ou de rattrapage des économies. Quel est le support théorique
de cette hypothèse et quelle est sa pertinence empirique ?

Dans le troisième chapitre, je présente quatre catégories de modèles de
croissance endogène ainsi que leurs implications sur le processus de
convergence des économies. La première catégorie met en relation la
croissance avec l’apprentissage par la pratique ; la deuxième catégorie la
met en relation avec le capital humain ; la troisième catégorie la met en
relation avec la recherche-développement ; et la quatrième catégorie la met
en relation avec les dépenses publiques, particulièrement les dépenses en
infrastructures, éducatives et sociales.

Il est question dans le quatrième chapitre, de présenter certaines théories
développées afin d’expliquer comment certains phénomènes affecte
[positivement tout comme négativement] la croissance économique. A la
différence des théories de croissance endogène, ces théories ne cherchent
pas à expliquer essentiellement le progrès technique mais plutôt à mettre en
évidence certains facteurs qui peuvent influencer le déroulement de la
croissance. Je parlerai premièrement de la relation qui existe entre la
stabilité macroéconomique et la croissance. Est-ce qu’une forte inflation et
un déficit public insoutenable ne seraient pas des facteurs pouvant affecter
négativement la croissance ? Deuxièmement, nous parlerons des effets du
développement financier sur la croissance. En troisième lieu, je discuterais
des effets de l’ouverture sur l’extérieur sur la croissance à travers l’ouverture
21 commerciale, la possibilité de s’endetter à l’étranger et les flux
internationaux des capitaux, particulièrement des investissements directs
étrangers (IDE). Est-ce que le développement de la finance internationale
serait de nature à favoriser ou soutenir la croissance économique ? Enfin, je
parlerai des effets bénéfiques de la stabilité politique, de la bonne
gouvernance et de la qualité des institutions sur la croissance économique.

Le cinquième chapitre procède à une analyse de la croissance et de la
convergence en Afrique sur la période 1970 – 2010. Dans un premier temps, il
présente les principales caractéristiques des économies africaines ainsi que
leurs profils durant la période retenue pour l’analyse. Quels sont les
principaux secteurs d’activités ou les principaux secteurs porteurs de
croissance en Afrique ? Cette caractérisation permet directement après de
discuter des disparités économiques entre régions et pays. Pour bien
comprendre ces disparités, il est ensuite envisagé une analyse des
déterminants de la croissance en Afrique. Quel est le rôle réellement joué par
les différents facteurs explicatifs de la croissance ? Qu’est-ce qui fait que tel
facteur ou tel autre facteur puisse être bénéfique pour tel pays et non pas
pour tel autre pays ou pour telle région ? Enfin, la question de la
convergence des économies africaines est abordée aussi bien au niveau de
l’ensemble du continent qu’au niveau de certaines sous-régions [que l’on
peut qualifier de club de convergence ou de divergence].

Quatre annexes sont développées à la fin de l’ouvrage pour faciliter la
compréhension de certains points, passages ou développements du livre et
apporter un complément d’informations aux lecteurs selon leurs besoins ou
leur curiosité. Je présente certains indicateurs utilisés dans les analyses
empiriques de la croissance, certains concepts et outils mathématiques,
l’analyse de la production et certaines notions d’analyse économétrique.
L’annexe 1 montre comment est-ce que les variables suivantes sont
mesurées dans les travaux empiriques : le capital physique, le capital
humain, le capital public, la Recherche – développement, la stabilité
macroéconomique, le développement du système financier, l’ouverture sur
l’extérieur, la qualité des institutions et la stabilité politique. L’annexe 2
présente les notions mathématiques suivantes : les fonctions homogènes, le
calcul de dérivation et le calcul intégral, les équations différentielles et les
équations de récurrence, le calcul de variation et la théorie du contrôle
optimal. Pour sa part, l’annexe 3 est consacrée à l’analyse de la production
dans le court et le long terme. Enfin, l’annexe 4 présente les notions de
corrélation, de causalité et de cointégration, les modèles de régressions
simple et multiple, la violation des hypothèses de base de la méthode des
moindres carrés, les modèles Probit, Logit et Tobit, l’économétrie des séries
temporelles, et l’économétrie des données de panel.
22



Chapitre 1

Croissance économique et bien-être



Questions ou préoccupations soulevées dans le chapitre

- Qu’est-ce que la croissance économique et comment la
mesure-t-on?
- Comment étudier théoriquement et empiriquement la
croissance ?
- Quels sont les principaux déterminants de la croissance
économique ?
- Quels sont les effets de la croissance sur la répartition des
revenus ?
- Quelle est l’incidence de la croissance sur le bien-être
collectif et la pauvreté ?
23








La croissance économique est considérée par plusieurs analystes comme
l’un des thèmes les plus passionnants de la macroéconomie en ce qu’elle
permet d’apprécier globalement les performances d’une économie et de
rendre compte des écarts de niveau de vie entre pays. On serait même tenté
de dire que la réalisation de la croissance est le but ultime de l’économie
dans le long terme parce que tous les pays aspirent au mieux-être.
L’expérience a du reste révélé que les pays présentant les meilleurs
indicateurs de bien-être et de développement [longue espérance de vie,
accès facile et large à l’éducation, large couverture sanitaire, bonne situation
nutritionnelle, …] sont ceux qui affichent les meilleures performances en
termes de croissance. Certains pays sont plus riches que d’autres parce que
ayant réalisé sur des périodes plus ou moins longues, des taux de croissance
élevés et d’autres sont si pauvres parce que n’arrivant pas à réaliser une
croissance forte et soutenue.

Comme l’indique le tableau 1.1 ci-dessous, certains pays ont pu – de 1960 à
2003 – réduire l’écart entre leurs PIB par tête [en parité de pouvoir d’achat]
et celui des Etats-Unis alors que d’autres ont vu les écarts entre leurs PIB par
habitant et celui des Etats-Unis devenir plus grands. Les pays à croissance
économique négative et lente se sont cumulativement écartés des Etats-
Unis alors que les pays ayant réalisé une croissance économique rapide ont
pu réduire les écarts quand bien même ils demeurent encore assez
importants. Ce sont essentiellement les pays industrialisés qui sur la même
période, ont pu réduire considérablement ces écarts.

Etant donné que l’action gouvernementale est appelée à déboucher sur
un ajustement de l’économie afin de garantir le bien-être collectif sinon sa
maximisation, les décideurs politiques devraient dans le cadre de la politique
économique, prendre des mesures favorables à la croissance. Sa réalisation
est du reste l’objectif principal de la politique économique car avec la
croissance, il est possible de réaliser les autres objectifs de la politique
économique, à savoir lutter contre le chômage, contenir les pressions
inflationnistes et améliorer la position extérieure nette du pays. En effet,
lorsqu’une économie réalise une croissance forte et soutenue, il s’ensuit
généralement une forte création d’emplois. Par ailleurs, en procurant
25 davantage de moyens financiers à l’Etat, la croissance permet à ce dernier de
bien gérer ses finances et de mettre en œuvre une politique monétaire
appropriée. Aussi, une forte croissance permet de gagner de l’espace sur le
marché mondial et de mieux honorer ses engagements financiers vis-à-vis du
reste du monde.

Tableau 1.1. Ecarts de revenu entre quelques pays
et les Etats-Unis : 1960 – 2003

PIB/tête en Ratio du PIB/tête Croissance Ratio du revenu sur
PPA 1996 de 2003 annuelle Revenu américain
sur celui de 1960 moyenne: %
1960 2003 1960 2003
Croissance négative
Madagascar 1240 764 0.62 -1.26 0.10 0.02
Nigéria 1033 992 0.96 -1.05 0.08 0.02
Zambie 1207828 0.69 -0.63 0.10 0
Tchad 1212 11430.94 -0.38 0.10 0.03
Sénégal 1818 15570.86 -0.22 0.15 0.04
Croissance lente
Rwanda 9381198 1.28 0.13 0.08 0.03
Kenya 796 9801.23 1.02 0.06 0.03
Afrique du Sud 4962 9774 1.97 1.07 0.40 0.27
Ghana 866 2114 2.44 1.17 0.07 0.06
Philippines 2015 4082 2.03 1.29 0.16 0.12
Croissance modérée
Lesotho 698 2419 3.47 2.16 0.06 0.08
Egypte 1478 3731 2.52 2.60 0.12 0.10
Brésil 2371 7360 3.10 2.71 0.19 0.20
Croissance rapide
Chine 682 4726 6.93 4.47 0.06 0.13
Thaïlande 1091 71756.58 4.62 0.09 0.20
Botswana 958 8232 8.59 5.33 0.08 0.22
Corée du Sud 1495 16977 11.4 5.97 0.12 0.48
Singapour 2161 23127 10.7 6.30 0.18 0.64
Pays industrialisés
Japon 4545 26420 5.81 4.11 0.37 0.75
France 7825 261463.34 2.60 0.64 0.73
Etats-Unis 12273354842.89 2.43 1.00 1.00
Canada 10384 28981 2.79 2.35 0.85 0.98
Royaume-Uni 9674 25645 2.65 2.01 0.79 0.73

Source : Perkins – Radelet – Lindauer [2008].

Il sera question dans ce chapitre [introductif], de définir la croissance
économique, de fixer les vues sur la manière dont les économistes
envisagent son analyse aussi bien d’un point de vue théorique qu’empirique
[section 1], de présenter ses principaux déterminants [section 2], de parler
de ses effets sur la répartition des revenus au sein de la collectivité [section
3], et enfin de parler de son incidence sur le bien-être collectif et la réduction
de la pauvreté [section 4].
26 1.1. Étude de la croissance économique

Cette section se propose de répondre à quatre questions introductives à
l’étude de la croissance économique. Comment est-ce que les économistes
appréhendent ou définissent la croissance? Pourquoi lui accorde-t-on une
grande importance ? Comment mesure-t-on la croissance économique ?
Comment est-ce qu’on peut envisager – de manière théorique et empirique –
une analyse du déroulement de la croissance économique ?

1.1.1. Qu’est-ce que la croissance économique ?

Selon François Perroux, la croissance économique peut se définir comme
un processus continu et soutenu d’accroissement de la production réelle (ou
PIB réel) d’une économie dans le temps. En d’autres termes, pour parler de
croissance économique, il faudrait que d’une année à une autre, on assiste à
un accroissement du PIB réel, c’est-à-dire mesuré à prix constants ou corrigé
de l’influence de l’inflation. Il ne faudrait toutefois pas confondre la
croissance au développement.

Le développement peut être défini comme un progrès intégral de
l’homme dans toutes les dimensions de son être à travers des facteurs
démographique [question de planning familial], politico-juridique [liberté de
faire de la politique, primauté du droit, équité judiciaire], économique
[amélioration des procédés de production et réalisation d’une croissance
soutenue] et socioculturel [bonne couverture sanitaire, épanouissement
intellectuel et culturel]. La croissance économique n’est qu’un élément –
quand même important – du développement compte tenu de ses effets sur
les revenus des individus et leurs possibilités de consommation. Pour la
Banque mondiale, le développement suppose la combinaison d’une
croissance auto-entretenue avec des changements structurels dans les
modes de production, un rattrapage technologique, une modernisation
sociale, politique et institutionnelle et une amélioration de la condition
humaine.

La définition proposée ci-dessus laisse entendre que la croissance ne
devrait pas être un fait du hasard mais plutôt une œuvre soutenue
[conséquence d’un ensemble de décisions prises et d’actions menées par les
différents acteurs de l’économie : ménages, firmes et pouvoirs publics] et
qu’elle devrait se traduire par un accroissement continu du PIB réel du pays.
Pour dire qu’une économie est engagée sur le sentier de la croissance, il
faudrait que l’on voie son PIB croître au fil du temps, c’est-à-dire sans
interruption sur une période de temps assez longue. Par ailleurs, il ne
faudrait pas que les performances réalisées se fondent sur des expédients
27 fragiles ou des facteurs conjoncturels mais plutôt structurels afin que des
éventuels chocs de parcours ne puissent pas ébranler totalement l’édifice
économique ou annihiler totalement les progrès enregistrés.

Il convient de noter que si d’une année à une autre, le PIB de l’économie
s’accroît à un taux inférieur au taux d’accroissement de la population, la
croissance ainsi réalisée n’entraînera pas un accroissement du PIB ou revenu
par tête d’habitant. C’est ainsi que pour insister sur les bienfaits attendus de
la croissance, certains théoriciens et praticiens du développement préfèrent
définir la croissance économique comme étant un processus d’élévation
continu et soutenu du PIB par habitant. Il faut quand même garder à l’esprit
qu’il ne s’agit que d’une simple moyenne. Pour se faire une idée sur la
répartition des fruits de la croissance, il faudrait connaître l’évolution de
1l’indice de Gini relatif à la distribution des revenus au sein de la collectivité
ou du pays.

La croissance constitue aujourd’hui l’instrument de référence pour la
gestion aussi bien à court terme qu’à long terme de l’ensemble des
économies de la planète, de même que pour la politique de développement
et le progrès social. Sur le plan économique, le taux de croissance offre une
mesure synthétique du degré de réalisation de la plupart des objectifs de la
politique économique : accroissement des revenus du travail et du capital,
accroissement de la richesse matérielle et du bien-être de la population,
augmentation de la capacité de créer des emplois rémunérateurs,
élargissement de l’assiette fiscale pour la mobilisation des moyens
nécessaires au développement des services publics, affirmation de la
puissance économique des pays vis-à-vis du reste du monde, et plus
globalement, accumulation de richesses et de pouvoir assurant la sécurité du
pays pour l’avenir.

1.1.2. Quelle est l’importance de la croissance ?

La croissance du PIB par tête est une condition première sinon nécessaire
de l’amélioration des principaux éléments de l’activité économique,
notamment la consommation, la production, l’activité des pouvoirs publics,
la répartition du produit et du revenu, les échanges extérieurs, et la
réduction des déséquilibres macroéconomiques. Comme on le montre ci-

1 L’indice ou le coefficient de Gini est un indicateur du degré d'inégalité de la distribution
des revenus dans une société donnée. Il a été développé par le statisticien italien Corrado
Gini. Il varie de 0 à 1, où 0 signifie l’égalité parfaite (tout le monde a le même revenu) et 1
signifie l'inégalité totale [une personne s’accapare de tout le revenu et les autres n'ont
rien].
28 dessous, la croissance économique se fait généralement accompagnée par
un cortège de bienfaits qui permettent à l’ensemble de l’économie de se
développer.

La consommation. La croissance accroît la quantité de biens et
services offerts sur le marché et de ce fait, élargit les possibilités de
consommation des individus qui du reste devraient voir leurs
revenus augmenter du fait de la croissance. Cette dernière assure
aussi – via les impôts prélevés – le financement de la production des
biens et services publics dont dépend la consommation collective.
L’appareil de production. La croissance mesure les performances de
l’appareil productif à travers les valeurs créées ou ajoutées à chaque
étape de la production des biens. Par ailleurs, elle assure à l’appareil
productif les équipements et matières dont il a besoin, ainsi que ses
possibilités de débouchés. La croissance ouvre ainsi les perspectives
de profit qui motivent les détenteurs de capitaux à investir, et crée
les perspectives d’emplois rémunérateurs.
L’activité des pouvoirs publics. Le secteur public est principalement
financé par les prélèvements fiscaux opérés sur l’activité
économique. Ainsi, les ressources de l’Etat sont conditionnées par la
croissance. Avec une pression fiscale inchangée, la réalisation de la
croissance devrait conduire à un accroissement des recettes fiscales
alors que son repli devrait conduire à une baisse des rentrées fiscales
ou des recettes publiques. Grâce à la croissance, le gouvernement
arrive à se doter des moyens de sa politique.
La répartition du produit et du revenu. Les rémunérations des
facteurs de production ne sont pas directement présidées par le
rythme de la croissance ; mais il reste qu’une forte croissance facilite
le partage, alors que sa réduction risque de profiter à certains [les
plus forts] et affecter négativement d’autres [les plus faibles]. En
effet, il est plus facile de partager lorsque l’on dispose de plus de
ressources que lorsque l’on n’a pas grand-chose. En accroissant les
revenus des privés [ménages et entreprises] et de l’Etat, la
croissance pourrait bien influencer la répartition des revenus au sein
de la collectivité.
Les échanges avec le reste du monde. La croissance permet l’entrée
de devises, et donc la possibilité de recourir aux produits et aux
29
?????opportunités des marchés extérieurs. Elle assure aussi la
compétitivité et la puissance recherchée par chacun des acteurs
internationaux dans un système de relations axé sur la maximisation
du profit. Ce système exige une grande ouverture sur l’extérieur et
limite fortement les possibilités de protection.
La réduction des déséquilibres et la résorption des inégalités. La
croissance permet la réduction de divers déséquilibres non
seulement dans la mobilisation des ressources et la résorption des
inégalités de répartition, mais aussi dans la gestion des équilibres
macroéconomiques fondamentaux, tels que celui de la balance des
paiements et celui de la lutte contre les pressions inflationnistes et le
chômage.

Au regard de la figure 1.1, on peut dire que sur la période 2000 – 2005, les
performances réalisées par le continent africain en termes de croissance ont
eu une incidence positive sur ses principaux indicateurs économiques. Le
déficit public après s’être creusé en 2001, a diminué jusqu’en 2004 ; il s’est
même transformé en un excédent en 2005. Les pressions inflationnistes ont
considérablement baissé consacrant ainsi une amélioration du pouvoir
d’achat des revenus. Grâce à l’accroissement des revenus individuels, le taux
d’épargne s’est accru, ce qui justifie à son tour, l’accroissement du taux
d’investissement sur l’ensemble de la période.

Figure 1.1. Evolution des indicateurs macroéconomiques
en Afrique : 2000 – 2005
25
20
15
10
5
0
-5
2000 2001 2002 2003 2004 2005
Croissance PIB Croissance PIB/tête Taux d'investissement Déficit public Inlfation

Source : Elaboré à partir des données de la Banque Africaine de Développement [2006].
Si l’on tient compte de l’importance centrale de la dimension économique
dans la conception actuelle du progrès social, on aurait raison de soutenir
30
?que le taux de croissance est devenu l’expression la plus courante pour
mesurer le progrès d’un pays aussi bien aux yeux des décideurs politiques
que des privés ou des acteurs sociaux. On en trouve un témoignage
éloquent dans la fréquence des références à la croissance dans les discours
politiques [surtout en période de campagne électorale] et dans les
commentaires et les opinions diffusés quotidiennement par les médias. La
croissance économique et ses perspectives occupent une place de choix
dans les débats politiques, économiques et sociaux de la plupart des sociétés
modernes.

1.1.3. Comment mesurer la croissance économique ?

Au regard de la définition que j’ai donnée de la croissance économique, il
saute aux yeux que pour la mesurer, il faut se baser sur le comportement du
2produit intérieur brut (PIB ) dans le temps. Ce dernier est une estimation en
termes monétaires, du niveau de l’activité économique réalisé dans un pays
sur une période de temps donné, généralement sur une année. Etant donné
que le PIB est mesuré en unités monétaires, c’est-à-dire par la somme d’un
produit prix-quantité, sa valeur peut s’accroître aussi bien à la suite d’une
élévation des prix [de l’inflation] que d’un accroissement des quantités
réellement produites [quantités physiques]. Il faudrait à cet effet distinguer
le PIB réel du PIB nominal pour bien analyser les performances de
l’économie.

Le PIB nominal est la valeur des biens et services mesurée à prix courants
alors que le PIB réel est mesuré à prix constants [c’est-à-dire en neutralisant
l’influence de l’inflation]. Pour calculer ce dernier, on retient les prix d’une
année de base, car il faut neutraliser l’effet de la variation des prix et mettre
en évidence l’évolution de la production physique. Dans ces conditions, le
PIB réel mesure plus correctement le niveau de l’activité et du bien-être
3économiques que le PIB nominal .

2 Le PIB a été inventé en 1930 [lors de la grande crise] sous l’initiative de S. Kuznets afin
que les gouvernements aient un instrument de mesure efficace pour décider des
politiques économiques à mettre en œuvre.
3 Le PIB n’est pas une mesure parfaite du bien-être économique, car il ne mesure pas les
transactions hors marché [ou souterraines] et il ne renseigne pas sur le loisir alors que ce
dernier est aussi un déterminant du bien-être. Il est un indicateur quantitatif et non
qualitatif et pourtant la qualité des biens n’est pas à négliger dans l’explication du bien-
être. Par ailleurs, il ne tient pas compte des externalités négatives qui accompagnent la
production : encombrement, pollution, … En ne tenant pas comptes de ces dernières, le
PIB surestime le produit réalisé par l’économie ainsi que le niveau de bien-être qu’il
autorise.
31 Si les entreprises qui œuvrent dans le pays n’entretiennent pas des
relations verticales entre elles, on peut déterminer le PIB en additionnant la
valeur monétaire de tous les biens et services qu’elles produisent, soit :
n
PIB = p y . Nominal jt jtj=1

p est le prix courant du bien j. Pour avoir le PIB réel, il faudrait se référer jt
aux prix d’une année de base. Il est donné par :
n
PIB = p y . Réel jt jtj=1

avec p qui représente le prix du bien j à l’année de base ou de référence. jt

L’hypothèse d’absence de relation verticale entre entreprises est trop
restrictive car les outputs de certaines firmes servent d’inputs à d’autres,
d’où la nécessité de créer une séparation nette de manière à éviter une
double comptabilisation. Dans ces conditions, on devrait déterminer le PIB
en faisant la somme des valeurs ajoutées créées par les m entreprises qui
opèrent dans le pays, soit :

m
PIB = VA . Réel ii=1

èmeVA est la valeur ajoutée de la i entreprise mesurée à prix constants. i
Celle-ci n’est rien d’autre que la différence entre sa production et sa
consommation intermédiaire, c’est-à-dire l’ensemble de biens utilisés ou
incorporés dans le processus de production afin de générer l’output. Il
importe aussi de distinguer le PIB marchand du PIB non marchand. Le PIB
marchand est la somme des valeurs ajoutées créées par le secteur privé et le
PIB non marchand est la valeur ajoutée créée par l’Etat et les administrations
publiques.

Tableau 1.2. PIB courant et PIB constant de quatre pays africains

Prix courants : millions USD
Moyenne annuelle
2002 2003 2004 2005 1990 – 99 2000 – 05
Angola 11432 13956 19775 32811 7042 16007
Bénin 2807 3558 4047 4288 2005 3221
Botswana 5933 8280 9823 10445 4595 7782
Burkina Faso 3203 4182 5139 5698 2629 3939
Prix constants : millions USD
Croissance moyenne
annuelle : %
2002 2003 2004 2005 1990 – 99 2000 – 05
Angola 10780 11137 12383 14935 1.0 9.9
32
???Bénin 2474 2571 2650 2727 4.7 3.9
Botswana 6866 7290 7740 8048 5.6 5.6
Burkina Faso 2875 3062 3205 3433 4.1 5.6
Croissance du PIB nominal : % Croissance du PIB réel : %
2003 2004 2005 2003 2004 2005
Angola 22.01 41.69 65.92 3.31 11.18 20.61
Bénin 26.75 13.74 5.95 3.92 3.07 2.91
Botswana 39.56 18.63 6.33 6.17 6.17 3.98
Burkina Faso 30.56 22.88 10.88 6.50 4.67 7.11

Source : Banque mondiale [2007].

A la lumière des données du tableau 1.2, on se rend compte que l’analyse
des performances économiques serait biaisée ou surestimée si l’on se fonde
sur la dynamique du PIB nominal des différents pays. En effet, pour
l’ensemble de la période considérée, on constate que leurs PIB nominaux
[mesurés à prix courants] sont supérieurs à leurs PIB réels [mesurés à prix
constants] car leurs prix intérieurs ont eu à augmenter au passage du temps.
Etant donné que le taux de croissance mesure les variations du PIB dans le
temps, le taux de croissance du PIB nominal ne peut qu’être supérieur à celui
du PIB réel du fait de la dynamique des prix intérieurs dans les différents
pays.

Tableau 1.3. PIB nominal, PIB réel et Déflateur du PIB
en RDC : 1998 – 2002

Année PIB nominal PIB réel Déflateur du Variation du PIB Variation du PIB
PIB nominal réel
Prix de 2000 en % En %
1998 9989.43 333315.09 2.997 28.00 -1.7
1999 51823.85 319082.17 16.242 418.79 -4.3
2000 297065.46 297065.50 100.00 473.22 -6.9
2001 1407545.00 290827.10 483.98 373.82 -2.1
2002 1922300.00 300914.41 638.82 36.57 3.5

Source : Banque Centrale du Congo [2004].

Le tableau 1.3 montre que les variations du PIB nominal au Congo (RDC)
ont été positives alors que les variations du PIB réel ont été négatives sur
toute la période considérée, excepté en 2002. Ceci tient au fait que
l’évolution du PIB nominal est influencée par le comportement des prix des
biens alors que celle du PIB réel ne l’est pas. Comme je l’ai dit plus haut, le
PIB réel est neutralisé de l’influence de l’inflation. Le déflateur du PIB [qui est
donné par le rapport du PIB nominal sur le PIB réel] fait état d’une forte
inflation en RDC pour la période de référence.
Taux de croissance annuel, global et moyen du PIB

33 Pour mesurer les performances d’une économie dans le temps, on se
rapporte à la variation de son PIB réel [qui sera représentée par Y dans la
suite]. Ainsi, le taux de croissance du PIB, g est l’indicateur qui permet Y
d’apprécier les performances d’une économie ou de les comparer à celles
d’autres économies. On dira qu’une économie croît d’une année à une autre
si son taux de croissance est positif et on dira qu’elle est plus performante
qu’une autre si son taux de croissance est supérieur à celle de l’autre. De la
date t – 1 à la date t, le taux de croissance du PIB [exprimé en pourcentage]
est donné par :

Y − Yt t−1g = ×100. Y Yt−1

Il y a lieu de noter que pour des faibles taux de croissance, cette
expression peut être approximée par le changement du logarithme du
PIB en tenant compte du fait que :

Y − Yt t−1 ≅ lnY − lnY = ΔlnY. t t−1
Yt−1

Les variations du PIB nominal peuvent être fortement influencées par le
comportement des prix des biens sur le marché. Pour mesurer la croissance
réelle du PIB, il faudra se rapporter au PIB mesuré à prix constants. Ainsi, le
taux de croissance du PIB réel est égal à la différence entre le taux de
croissance du PIB nominal et le taux d’inflation [calculé à partir du déflateur
du PIB]. On peut également calculer le taux de croissance à partir d’un
coefficient multiplicateur m. Ce dernier est égal au rapport de la valeur
actuelle sur la valeur de départ du PIB, soit :

Ytm = .
Yt−1

Ainsi, le taux de croissance sera égal au multiplicateur m diminué de
l’unité et multiplié par 100, soit pour être exprimé en pourcentage :
g = (m – 1) × 100. Y

Dans ces conditions, une croissance de 100.0 % correspond à un
multiplicateur égal à 2, une croissance de 200.0 % correspond à un
multiplicateur égal à 3, une croissance de 300.0 % correspond à un
multiplicateur égal à 4, et ainsi de suite On utilise généralement les
34
??????multiplicateurs lorsque les variations relatives ou en pourcentage sont très
importantes.

Pour avoir le taux de croissance annuel moyen du PIB entre deux dates
qui ne se suivent pas directement, c’est-à-dire sur une période de plus de
deux années, on se sert d’un processus de calcul d’intérêts composés. Il
faudrait connaître ainsi le taux de croissance global pour toute la période,
soit G et le nombre d’années qui compose la période considérée, soit n. Le
taux de croissance global est le produit d’un cumul de variations successives
du PIB aux taux : g , g , …, et g . On le calcule à partir de l’égalité Y1 Y2 Yn
suivante :
1 + G = (1 + g )( 1 + g ) … (1 + g ). Y1 Y2 Yn

Si on note le taux de croissance moyen par g , on devrait observer m
l’égalité ci-après pour la période considérée :
n(1 + g )(1 + g ) … (1 + g ) = 1 + G ou (1 + g ) = 1 + G. m m m m

Par conséquent, le taux de croissance moyen sera donné par la relation :

1/n g = (1 + G) – 1. m

Considérons le tableau ci-après qui donne le taux de croissance annuel du
PIB d’une économie hypothétique sur une période de quatre années.

Année 2008 2009 2010 2011
Taux de croissance 3.0 % –1.0 % 5.0 % 8.0 %

Pour avoir le taux de croissance global, on partira de l’égalité ci-après :

1.03 × 0.99 × 1.05 × 1.08 = 1 + G.

Par conséquent, G sera égal à 0.156 et le taux de croissance moyen annuel
du PIB sera :

1/4 g = (1 + 0.156) – 1 = 0.0369, soit 3.7 %. m

Il sied enfin de faire une mise en garde en ce qui concerne la manipulation
des taux de croissance, car les hausses et baisses ne sont pas symétriques. Si
le PIB d’un pays passe de 10.0 à 15.0 milliards, son taux de croissance sera de
50.0 %. Et si une année après le PIB passait de 15.0 à 7.5 milliards, soit une
baisse de 50.0 %, on devrait se garder de dire que de la première année à la
troisième année, le PIB n’a pas changé ou que le taux de croissance a été de
35 zéro, car 10.0 milliards est différent de 7.5 milliards. Une hausse du PIB de 5.0
% suivie d’une hausse de 10.0 % ne correspond pas à une hausse de 15.0 %,
parce que la seconde variation porte sur une grandeur qui a déjà connu un
changement. Il serait donc erroné d’additionner des pourcentages de
variation du PIB pour avoir le taux de croissance global.

Si le PIB varie successivement aux taux de 5.0, –2.0 et 4.0 %, son taux de
variation globale sera de 7.016 %, car (1.05)(0.98)(1.04) = 1.07016. On voit bien
que le taux de croissance global est supérieur à la simple somme des taux de
croissance annuels. Si les variations sont infinitésimales, on peut – en cas de
cumul – additionner les taux de variation et – en cas de défalcation – les
soustraire. Une hausse du PIB de 1.0 % suivie d’une hausse de 2.0 % donne lieu
à un taux de croissance global d’environ 3.0 %, soit en toute rigueur 3.02 %.

Taux de croissance composé et exponentiel

Le calcul du taux de croissance moyen [ou composé] peut être fastidieux
si l’on se trouve en présence d’une série longue de données. Pour
contourner cette difficulté, il est possible de recourir à une technique
d’estimation économétrique qui se fonde sur la méthode des moindres
carrés ordinaires (MCO). Si le PIB est noté par Y et le taux de croissance
moyen [ou taux de croissance composé] par g , de l’année t – 1 à l’année t, m
on aura :
Y = (1 + g )Y . t m t – 1

Dans ces conditions, on peut écrire :

2Y = (1 + g )Y = (1 + g ) Y . t + 1 m t m t – 1

Si l’on devait reprendre ce raisonnement pour une période allant de
l’année 0 à l’année t, l’horizon temporel serait égal à t années et on serait en
face de la relation suivante :

tY = (1 + g ) Y . t m 0

En introduisant les logarithmes dans cette relation, on obtient :

ln Y = ln Y + tln (1 + g ). n 0 m

36 Posons que ln Y = a et ln (1 + g ) = a . En introduisant un terme d’erreur 0 0 m 1
4ou une variable aléatoire ∈ , l’équation ci-dessus devient :
ln Y = a + a t + ∈. n 0 1

A partir des données sur l’évolution du PIB, en considérant que le temps
prend successivement les valeurs 0, 1, 2, …, les paramètres a et a peuvent 0 1
être estimés selon la méthode des MCO. Une fois l’estimation réalisée, on
peut calculer le taux de croissance moyen ou composé à partir de la relation
suivante :
g = antilogarithme [a ] – 1. m 1

Supposons qu’en partant des données d’une économie fictive, on arrive à
établir que a = 0.0453. Le taux de croissance de cette économie sera égal à 1
l’antilogarithme de 0.0453 diminué de l’unité, soit g = 4.63 %. m

Le taux de croissance exponentiel est calculé lorsque l’on ne dispose pas
d’une série de données sur le PIB mais plutôt lorsque l’on est en présence de
deux données ou observations séparées par plusieurs années, c’est-à-dire le
PIB de l’année 0 et le PIB de l’année t. La question posée est celle de savoir
comment le PIB de départ a évolué sur l’horizon temporel considéré afin de
prendre la valeur finale. On aura ainsi :
gtY = Y e . t 0

g est le taux de croissance exponentiel, t le temps et e la base des
logarithmes népériens, soit 2.718. Il est possible de montrer par un coinçage
à la limite que cette expression est identique à celle obtenu ci-dessus pour
l’analyse du taux de croissance moyen ou composé. Sous sa forme log –
linéaire, la relation ci-dessus s’écrit comme suit :
ln Y = ln Y + gt. t 0

Ainsi, le taux de croissance exponentiel du PIB sera donné par :

ln(Y / Y )t 0g = .
t

A partir de cette relation, il est possible d’estimer – si le taux de
croissance est maintenu constant – le nombre d’années qu’il faut pour que le
PIB d’une économie soit multiplié par deux, trois, quatre, ainsi de suite.
Supposons que l’on veuille savoir combien d’années il faudrait pour que le

4 Voir l’annexe économétrique pour en savoir plus sur le sens du terme aléatoire.
37 PIB initial Y soit multiplié par deux. Ceci suppose que Y = 2Y . Ainsi, le 0 t 0
nombre d’années sera donné par :

ln2
t = .
g

Admettons que le PIB d’une économie fictive soit de 8800.0 en 2001 et
qu’il soit de 9900 en 2011. Quel a été son taux de croissance exponentiel ? Ce
dernier sera égal à ln 1.125 divisé par 10, soit g = 1.178 %. Il faudrait
pratiquement 59 ans pour que le PIB de l’économie soit multiplié par deux
dans l’hypothèse où le taux de croissance demeure constant.

Pour la première économie considérée, c’est-à-dire celle ayant un taux de
croissance moyen de 4.63 %, il lui faut plus ou moins 15 années pour voir son
PIB être multiplié par deux. Ceci montre que même des écarts mineurs de
taux de croissance peuvent – s’ils se maintiennent ou persistent dans le long
terme – avoir des conséquences importantes en termes de disparités de
niveau de production, de niveau de revenu individuel et de niveau de vie.

Taux de croissance du PIB par habitant

Si le PIB est représenté par Y, on peut représenter le PIB par habitant par
y qui n’est rien d’autre que le rapport du PIB et de la taille de la population L.
Si la population croît au fil des jours à un taux constant n, étant donné que y
= Y/L, on peut établir à l’aide du calcul des variations relatives que :

Δy ΔY
= − n ou g = g – n. y Y
y Y

Donc, le taux de croissance du PIB par habitant g est donné par la y
différence entre le taux de croissance du PIB g et le taux de croissance de la Y
population n [aussi appelé taux de croissance naturel]. Si le taux de
croissance du PIB est supérieur, égal ou inférieur au taux de croissance
démographique, le taux de croissance du PIB par habitant sera
respectivement positif, nul et négatif. Seule la première situation est
intéressante aux yeux de la collectivité puisque compatible à l’objectif de
l’amélioration du bien-être de la population.

Dans le tableau ci-après, je montre qu’une petite différence de taux de
croissance entre pays peut avoir des conséquences importantes en termes
d’écarts de niveau de vie. Considérons deux pays : A et B qui initialement ont
un même PIB et une même taille de la population. Le PIB du premier croît au
38 taux de 5.0 % et celui du second de 3.0 % l’an. Le taux de croissance
démographique est le même pour les deux pays, soit 1.0 %.

Année 2007 2008 2009 2010 2011 2021
Taux de croissance
PIB du pays A 5.0 % 1000 1050 1102.5 1157.625 1215.51 1915.412
PIB du pays B 3.0 % 1000 1030 1060.9 1092.727 1125.51 1476.921

Ecart de PIB entre pays 02041.664.89890 438.491
Variation de l’écart …2021.623.29825.102 348.491

Population 1.0 % 100 101 102 103 104 114

PIB/tête du pays A 4.0 % 10 10.396 10.809 11.239 11.688 16.802
PIB/tête du pays B 2.0 % 10 10.198 10.400 10.609 10.822 12.955

Ecart de PIB/tête entre pays 0 0.198 0.409 0.630 0.866 3.847
Variation de l’écart … 00.211 0.211 0.236 2.981

Il ressort du tableau qu’un écart de taux de croissance de 2.0 % – dans le
moyen et long terme – a des implications importantes en termes de niveau
de revenu. Si le PIB par tête était mesuré en milliers, on constate qu’après
quatre ans, les habitants du pays A auraient en moyenne, un revenu de
11688.0 UM et ceux du pays B, un revenu de 10822.0 UM alors qu’en 2007, ils
avaient le même niveau de revenu. En 2021, les habitants du pays A devraient
disposer d’un revenu de 16802.0 contre 12955.0 pour le pays B.

Figure 1.2. Taux de croissance du PIB réel en Afrique Subsaharienne (en moyenne)
15
10
5
0
-5
-10
1980 - 1989 1990 - 1999 2000 - 2005
Afrique Subsaharienne Angola Botswana Cameroun Congo (RDC)






39 Figure 1.3. Taux de croissance du PIB réel par tête en Afrique Subsaharienne
(en moyenne)
10
8
6
4
2
0
-2
-4
-6
-8
-10
1980 - 1989 1990 - 1999 2000 - 2005
Afrique Subsaharienne Angola Botswana Cameroun Congo (RDC)


Source : Graphiques élaborés à partir de la World Bank [2007].

Les deux graphiques ci-dessus illustrent respectivement les
comportements des taux de croissance du PIB réel et du PIB réel par tête de
l’Afrique Subsaharienne, de l’Angola, du Botswana, du Cameroun et de la
RDC de 1980 à 2005. Alors que l’Afrique Subsaharienne avait réalisé des taux
de croissance positifs de son PIB réel sur l’horizon temporel considéré, elle a
vu son PIB réel par habitant diminué du fait que les taux de croissance du PIB
réel étaient inférieurs aux taux de croissance démographique. Il en a été
ainsi pour la RDC également. Pour les autres pays, les choses se sont passé
un peu différemment. Le Botswana a vu son PIB réel par tête croître sur
l’ensemble de la période. Quant au Cameroun, il a vu son PIB réel par tête
croître sur l’ensemble de la période, excepté de 1990 à 1999. En Angola, le
PIB réel par tête ne s’est accru que de 2000 à 2005.

1.1.4. Comment étudier la croissance économique ?

Sous ce point, je présente les différentes étapes à suivre lorsque l’on
envisage des analyses théoriques et des études concrètes du déroulement
de la croissance économique. Il existe un cheminement logique que suivent
les différents modèles explicatifs de la croissance. Aussi, il existe une suite
logique de développement que l’on observe lorsqu’on se propose d’étudier
concrètement le déroulement de la croissance dans un pays ou dans une
région. Il faut noter que ces deux types d’analyse ne s’excluent pas mais
plutôt sont complémentaires en ce que les développements théoriques
servent de fondements aux analyses concrètes ou empiriques et que les
40 analyses concrètes permettent de discuter de la pertinence des
développements théoriques.

1.1.4.1. Comment envisager les analyses théoriques ?

Pour expliquer la croissance, les économistes utilisent souvent des
modèles. Ces derniers sont par définition, des schémas simplifiés à l’aide
desquels ils essayent de mettre en équation la manière dont l’activité
économique d’aujourd’hui peut rejaillir sur l’activité de demain afin de
pouvoir explorer l’ensemble des voies de développement que les ressources
naturelles, financières et humaines du pays permettent d’atteindre.
Autrement dit, à l’aide des modèles, les économistes essayent de présenter
ou d’expliquer l’impact de telle action, décision ou variable sur la marche de
l’économie. On peut considérer que les modèles sont des guides à l’activité
normative de la collectivité dans le long terme.

Etant donné que l’analyse de la croissance porte sur l’évolution de la
production dans le long terme, le point de départ de la plupart des modèles
de croissance est la caractérisation du processus de production par la
définition des différents facteurs susceptibles de l’influencer. Une fois ces
facteurs identifiés, on se propose de rendre compte de leur comportement
dans le temps afin de trouver les facteurs explicatifs des mouvements ou de
la dynamique de l’économie.

D’autres modèles commencent par discuter des préférences des
consommateurs parce qu’on admet que l’activité de production est réalisée
ou envisagée afin de répondre aux besoins ressentis par les ménages. C’est
l’approche sur laquelle reposent les modèles de croissance optimale,
c’est-à-dire les modèles qui formulent l’hypothèse selon laquelle le taux
d’épargne n’est pas constant et dépend des choix opérés par les ménages
qui sont structurellement épargnants et qui désirent maximiser leur bien-
être durant toute leur vie.

Fonction de production de l’économie et produit par tête

La fonction de production est un outil important sinon indispensable dans
l’étude de la croissance, car elle permet de se faire une idée sur les relations
qui existent entre la production et les facteurs qui contribuent à sa
réalisation, y compris le progrès technique. Ce dernier peut – en première
approximation – être considéré comme un facteur qui permet d’accroître la
production globale alors que les quantités utilisées de capital et de travail
41 demeurent inchangées. Il entraîne un déplacement ou une déformation
tendancielle de la frontière des possibilités de production de l’économie.

En désignant le PIB par Y, le stock de capital par K, le nombre de
travailleurs par L, et le progrès technique par A, la fonction de production du
pays [aussi appelée fonction de production macroéconomique] s’écrira :
Y = F(A, K, L).

Selon les circonstances, l’influence de A sur la production peut se traduire
par une amélioration de la productivité des deux facteurs à la fois [progrès
technique neutre au sens de Hicks] ou par une amélioration de la
productivité de l’un des deux : capital ou travail [progrès technique neutre
au sens de Solow et progrès technique neutre au sens de Harrod].

Pour Hicks, le progrès technique augmente la production alors que les
quantités utilisées de facteurs demeurent inchangées. De même, un niveau
de production que l’économie réalisait autrefois, peut être réalisé – sous
l’influence du progrès technique – en réduisant les quantités utilisées des
deux facteurs. Ainsi, le progrès technique est « capital saving et labour
saving ». Le taux marginal de substitution technique entre facteurs
demeurera inchangé, les facteurs seront plus productifs, et leurs
rémunérations devront augmenter. Dans ce cas, la fonction de production
s’écrira :

Y = AF(K, L).

Pour Solow et Harrod, le progrès technique agit sur l’économie en
passant respectivement par le capital et par le travail. Si le progrès joue sur le
capital, la fonction de production s’écrira :

Y = F(AK, L)

et si le progrès technique joue sur le travail, elle sera notée comme suit :

Y = F(K, AL).

On dit que le progrès technique est « labour saving et capital
augmenting » s’il améliore la productivité du capital. Un niveau donné de
production que l’économie réalisait déjà, peut – sous l’influence du progrès
technique – être réalisé en utilisant une quantité réduite de capital. Lorsque
le progrès technique joue sur le travail, on dit qu’il est « labour augmenting
et capital saving » dans ce sens qu’on peut réduire le nombre de travailleurs
42 sans affecter négativement l’échelle de production. Mais bien sûr, dans les
deux situations, l’économie aura tendance à intensifier son utilisation du
facteur par lequel le progrès technique est passé.

Initialement, la production est réalisée sur l’isoquant Y en utilisant les
quantités K et L de capital et de travail, c’est-à-dire au point E. Le progrès 0 0
technique neutre au Sens de Solow entraînera une transformation de
l’isoquant et fera passer l’équilibre du point E au point E . Il en résultera une So
diminution du ratio capital – travail. En cas de progrès technique neutre au
sens de Harrod, l’équilibre sera réalisé au point E , ce qui entraînera un Ha
accroissement du ratio capital – travail. Enfin, le progrès technique au sens
de Hicks conduira l’économie au point E sans modifier le ratio capital – Hi
travail.

Figure 1.4. Explication du progrès technique neutre

L



L E E 0 So


E Y Ha
Ha

E So Hi


Hi


0 K K 0

Etant donné que la croissance devrait entraîner – en moyenne – une
amélioration du niveau de vie de la population, les analystes formulent
généralement l’hypothèse que la fonction de production est homogène de
degré un. Ceci parce qu’avec cette hypothèse, on peut ramener la fonction
de production macroéconomique à une forme intensive, c’est-à-dire à une
expression par tête d’habitant.

On dit qu’une fonction de production est homogène de degré un
lorsqu’en augmentant de manière équiproportionnelle les quantités utilisées
de capital et de travail, on observe un accroissement de la production dans
les mêmes proportions. Admettons qu’il en soit ainsi pour les trois fonctions
de production présentées ci-dessus. On peut alors établir les égalités ci-
après :
43 zY = AF(zK, zL) ; zY = F(zAK, zL) ; et zY = F(zK, zAL).

En posant que z = 1/L, ces trois fonctions peuvent prendre les formes
suivantes :

y = Af(k) ; y = f(Ak) ; et y = f(k, A).

y = Y/L représente le produit par tête et k = K/L le capital par tête ou
l’intensité capitalistique. Un accroissement de A tout comme un
accroissement de k rend le travailleur plus productif et augmente ainsi sa
production. Il faut quand même noter que les effets de l’accroissement de
l’intensité capitalistique sur le produit individuel diffèrent de ceux du progrès
technique. Les effets de l’accumulation du capital sur le produit évoluent à
un rythme décroissant compte tenu de la décroissance des rendements
factoriels alors que les effets du progrès technique évoluent à un rythme
constant ou croissant.

Fonction d’accumulation du capital

Pour bien rendre compte du développement de l’activité économique
dans le temps, les modèles de croissance donnent des indications sur
l’évolution dans le temps des différents facteurs explicatifs du niveau de
l’activité économique. La fonction d’accumulation indique comment se
comporte le stock de capital de l’économie au fil des jours.

En règle générale, le stock de capital de l’économie croît grâce aux
nouveaux investissements et diminue sous l’effet de l’amortissement ou de
l’obsolescence du stock de capital. La fonction d’accumulation du capital
s’écrit :
dK
= I − K
dt

I représente l’investissement et δ le taux d’amortissement du stock de
capital. L’investissement étant financé par l’épargne S qui est une fraction s
du revenu national Y, on peut également écrire :

dK
= sY − K .
dt

44
AAA partir de l’évolution du stock de capital du pays, on peut déterminer
l’évolution de l’intensité capitalistique dans le temps. Etant donné que k =
K/L et que L croît au taux n, on aura :

dk
= sy − (n + )k.
dt

Le capital par tête augmente sous l’effet de l’épargne ou de
l’investissement courant sy et diminue sous l’effet de l’amortissement et de
la croissance démographique, c’est-à-dire de l’investissement de point mort
(δ + n)k. Ce dernier n’est rien d’autre que le montant qu’il faudrait
nécessairement épargner afin de maintenir constant ou inchangé le capital
par tête.

On peut – dans le cadre d’une analyse des effets du progrès technique
sur la croissance économique – s’intéresser à l’évolution de la quantité de
capital accordée à chaque travailleur efficient AL, c’est-à-dire à l’évolution du
~
ratio k = K / AL . En admettant que le progrès technique croît au taux g,
l’évolution de l’intensité de capital par travailleur efficient sera donnée par :

~
~dk
= sy − (g + n + )k
dt

~
et l’investissement de point mort est égal à (g + n + )k. Dans les
modèles qui retiennent le capital humain au nombre des facteurs explicatifs
de la production, il est également proposé une équation qui explique son
accumulation. On admet généralement que les individus consacrent une
fraction s de leurs revenus à l’accumulation du capital humain et une Hs à l’accumulation du capital physique. On le verra mieux lorsque K
sera présentée la version augmentée du modèle de Solow proposée par
Mankiw – Romer – Weil [1992].

Fonction d’utilité des ménages

Comme dit plus haut, certains modèles de croissance sont développés en
postulant que les décisions en matière d’épargne et d’investissement sont
prises par les ménages en fonction de la satisfaction présente et future de
leurs besoins. Dans ces modèles, on admet que le niveau de satisfaction ou
d’utilité dépend de la consommation du ménage et des membres du
ménage. Etant donné qu’il s’agit d’un arbitrage entre le présent et le futur,
les décisions seront prises en tenant compte d’un facteur subjectif
45
AAAd’actualisation ou d’escompte. Ce dernier renseigne sur la perception que les
ménages ou individus ont du présent et du futur ; plus élevé est le facteur
d’escompte ou d’actualisation, plus les individus accordent de l’intérêt au
présent, et vice-versa.

On suppose que l’utilité ou satisfaction du ménage croît avec la
consommation c mais à un rythme décroissant. Ainsi, on écrit :
u = u(c)

avec u'(c) > 0 [l’utilité marginale de la consommation est positive] et u"(c)
< 0 [l’utilité marginale décroît lorsque c s’accroît]. On admet aussi que lim
u(.)' = 0 lorsque c tend vers et lim u(.)' = lorsque c tend vers 0
[conditions d’Inada]. L’objectif du ménage représentatif est de maximiser en
tout instant son bien-être W, c’est-à-dire la somme actualisée des utilités que
lui procure sa consommation. Ainsi, lorsque l’on réfléchit en temps continu,
on aura comme fonction-objectif :


−βtMax W = e u(c(t))dt .
0

c(t) est la consommation à la date t et β le taux d’escompte subjectif
[facteur d’actualisation]. Le critère à optimiser peut légèrement changer si le
ménage est altruiste en ce que les allocations en matière de consommation
se font en fonction de tous ses membres et des générations à venir. Ainsi, la
fonction-objectif s’écrira :

−(β −n)tMax W = e u(c(t))dt .
0

n représente le taux de croissance naturel, c’est-à-dire la différence entre
le taux de natalité et de mortalité [taux de croissance net de la taille du
ménage]. Le terme (β − n) représente le taux d’escompte effectif étant
donné que le ménage dérive son utilité de la consommation de chacun de
ses membres. Pour que le mécanisme d’escompte ait un sens, on suppose
que )(β > n , car il s’agit d’un arbitrage entre le présent et le futur.

Lorsque dans le modèle on admet que le temps est une variable discrète
et que chaque individu vit durant deux périodes de temps : t et t + 1, la
fonction d’utilité d’une personne née en t est additivement séparable, c’est-
à-dire qu’elle est donnée par la somme des satisfactions retirées à chaque
46
????période de sa vie, la satisfaction future étant pondérée par un facteur
5d’escompte ou d’actualisation subjectif, soit :

U(t) = u(c (t)) + βu(c (t + 1)). 1 2

c est la consommation de l’individu à la période t, c sa consommation à 1 2
la période t + 1, et β ∈ (0, 1) son taux d’escompte. Ce dernier pondère
l’utilité de la consommation durant la deuxième période.

Caractérisation de la dynamique de l’économie

Après avoir caractérisé le fonctionnement de l’économie, il faudrait
résoudre le modèle. En d’autres termes, il faudrait expliquer comment est-ce
que l’économie aura à se comporter dans le long terme afin de mettre en
évidence les influences exercées ou les rôles joués par les différents facteurs
explicatifs de la production. Ceci permettra d’identifier les véritables
moteurs de la croissance et permettra par la suite, de concevoir une
politique de soutien de la croissance. Une analyse de la sensibilité du taux de
croissance par rapport à une variation du taux d’épargne peut être
envisagée tout comme de sa sensibilité par rapport à l’accroissement du
taux de croissance démographique et du taux d’amortissement du stock de
capital.

Généralement, la caractérisation de l’équilibre se fait à l’aide des
équations différentielles [ou aux différences finies si le modèle est écrit en
temps discret] et des diagrammes de phases. Dans le long terme, on
suppose que l’intensité capitalistique est maintenue constante. Ceci permet
ainsi de déterminer les taux de croissance du PIB et du PIB par tête. Dans
certaines circonstances, on peut être amené à déterminer la vitesse à
laquelle l’économie converge vers son équilibre de long terme.

1.1.4.2. Comment envisager les études concrètes ?

Pour bien appréhender le déroulement réel de la croissance, les
économistes – en partant des données historiques – s’interrogent sur
l’évolution au fil des années du PIB réel et des facteurs qui expliqueraient les
développements enregistrés. Ils peuvent le faire en rapprochant les modèles
théoriques avec les données réelles à l’aide des méthodes et techniques
6économétriques . Aussi, ils peuvent le faire en cherchant à comprendre

5 Il s’agit d’une notation en forme récursive [équation de Bellman].
6 Voir l’annexe sur les notions et outils d’analyse économétrique.
47 comment les différentes branches d’activité [agriculture, industries
extractives, industries manufacturières, bâtiments et construction, et
services : commerce, transport, intermédiation financière] se sont
comportées. Dans le cadre de cette deuxième approche, on procède à la
décomposition du taux de croissance du PIB en taux de croissance sectoriels
afin de bien identifier les principaux secteurs porteurs de la croissance.

Par la même occasion, il s’avère important de s’interroger sur les
contributions des différents secteurs dans la formation du PIB, c’est-à-dire
sur la structure du PIB afin de savoir quel est le secteur d’activité qui pourrait
contribuer rapidement à son accroissement. Cette structure diffère d’un
pays à un autre et dépend du niveau de développement de l’économie et de
sa dotation en ressources naturelles. Durant la période 2000 – 2004,
l’agriculture a été le principal secteur d’activité des économies congolaise et
centrafricaine ; le secteur industries était le principal secteur d’activité de
l’Algérie ; le secteur des services a été le principal secteur d’activité des
économies égyptienne, tchadienne, béninoise, et burkinabé. Ces différences
attestent aussi des différences en termes de développement. Les économies
les plus performantes et les plus développées sont celles qui ont des
industries suffisamment développées et qui ne sont pas largement
tributaires du secteur agricole.

Une fois que les secteurs porteurs de la croissance sont identifiés, il faut
s’interroger sur les facteurs qui sont à la base de leurs performances, c’est-à-
dire sur les déterminants du succès. Aussi, il est nécessaire de s’interroger
sur les contraintes qui pèsent sur les secteurs d’activité qui ne présentent
pas de bons résultats afin de pouvoir orienter l’action du gouvernement
dans le cadre des politiques de promotion de la croissance. Il faudrait par la
même occasion aussi s’interroger sur les interrelations entre secteurs
d’activité pour bien concevoir une stratégie de développement de l’activité
économique dans son ensemble.

La décomposition des taux de croissance en RDC par secteur d’activité
indique que pour la période allant de 1960 à 1965, les secteurs contre-
performants ont été l’agriculture, le transport et les mines. Ceci tient
essentiellement au manque de paix social qui a résulté des troubles,
rébellions et mouvances de sécessions. De 1966 à 1974, tous les secteurs ont
positivement contribué à la croissance. La prédominance des autres secteurs
s’explique en partie par la politique des grands travaux [secteur construction
et travaux publics] et l’intensification des activités de commerce.



48