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Développement durable, entreprises et territoires

De
285 pages
Sous la pression conjuguée des investisseurs, des consommateurs, et parfois des collectivités ou gouvernements, l'entreprise doit répondre de sa responsabilité environnementale et sociale. S'ensuit toute une série de questionnements sur la mesure de la performance de l'entreprise, les moyens de sensibilisation et d'incitation des entreprises, les compromis entre des acteurs aux logiques d'action différentes, la place à donner à la population et aux associations dans la construction des différents outils...
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DEVELOPPEMENT DURABLE ENTREPRISES ET TERRITOIRES

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris

@ L'Harmattan,

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.ft harmattan I @wanadoo.fT ISBN: 978-2-296-07346-3 EAN : 9782296073463

Sous la direction de

Yvette LAZZERI

,

DEVELOPPEMENT DURABLE ENTREPRISES ET TERRITOIRES
Vers un renouveau des pratiques et des outils

Préface de Gérard GUILLAUMIN

L'Harmattan

SOMMAIRE
Préface (Gérard Guillaumin) Introduction générale (Yvette Lazzeri) Partie I Développement durable et responsabilité entreprises: concept, démarche et outils Chapitre 1. Penser développement durable: l'action responsable des entreprises? (Magalie Marais) sociale des 15 un préalable à 17 des 43 7

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Chapitre 2. Le périmètre du reporting environnemental sociétés cotées: proposition d'une grille d'analyse (Florence Depoers)

Chapitre 3. De l'évaluation de la durabilité en agriculture au reporting de la performance globale des exploitations agricoles à partir de la méthode IDEA (Frederic Zahm, Adeline Ugaglia, Bernard Del/Homme, Jérôme Steffe) Chapitre 4. Evaluation de la démarche de développement durable: le modèle AFAQ IOOONR (Alain Jounot) Partie II La durabilité territoriale: outils d'évaluation

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81

le nécessaire renouvellement

des 89

Chapitre 5. La notation extra-financière: l'évaluation des politiques publiques développement durable? (Hélène Combe)

une voie pour au regard du 91

Chapitre 6. Développement durable et système d'indicateurs: des concepts à l'opérationnalité territoriale (Christophe Mager) Chapitre 7. Un indice pour mesurer la qualité de vie et le bienêtre des populations (Iuli Nascimento, Laurent Jolia-Ferrier, Aurélien Boutaud)

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entreprises

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Chapitre 8. A la recherche d'indicateurs durable pour la ville de Marseille (Jean Claude Lardic, Yvette Lazzeri)

de développement 169

Partie III Regards croisés entreprises et territoires: vers des pratiques et des outils innovants.. ... Chapitre 9. Pour un diagnostic socio-environnemental territoire: l'Acteur en quatre Dimensions (Léa Sébastien) sur un

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Chapitre 10. La participation des PME-PMI aux politiques territoriales de développement durable: des outils à inventer.. (Sophie Dupré) Chapitre Il. Entreprises, marchés publics et développement durable (Thierry Boblet, Olivier Giovannangeli) Chapitre 12. Vers une application transparente des critères du développement durable: quel rôle des a.N.G. et des citoyens ? (Marie-Laure Lambert-Habib) Table des matières

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239

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PRÉFACE
Le programme de recherche du MEEDDA T "politique territoriale et développement durable" - D2RT - a développé une thématique sur les processus et les méthodes d'évaluation. Dans ce cadre, des chercheurs de l'Université Paul Cézanne Aix-Marseille III ont réalisé un travail visant à "l'élaboration d'un référentiel d'indicateurs territoriaux de développement durable". Sur la base de ces travaux, deux colloques ont été organisés à Aix en Provence, le premier en décembre 2005, le second en janvier 2008. Le colloque 2008, dont est issu cet ouvrage, met l'accent sur les interactions entre les entreprises, les territoires et le développement durable. Les entreprises, qu'elles soient agricoles, industrielles ou tertiaires, jouent un rôle structurant dans l'organisation des territoires, "impactant" sur le développement durable ou contribuant à sa réussite. Les observatoires et les évaluations doivent mesurer la part qu'elles y prennent, tant dans le domaine économique que social et environnemental. La réflexion engagée lors de ces colloques, sur la base d'expériences locales et avec la participation d'acteurs régionaux de développement territorial, est riche d'enseignements pour tous ceux, chercheurs ou praticiens, qui tentent d'évaluer le développement durable des territoires. Car le développement durable, s'il veut dépasser le stade du discours incantatoire ou de l'opération de communication et ne pas être assimilé au latin des médecins de Molière, doit aujourd'hui, malgré ses contours encore un peu flous, passer à la phase scientifique de la mesure et de l'évaluation. Comment, en effet, savoir si les actions et les politiques territoriales mises en place vont dans le sens du développement durable, si ce n'est en se dotant de démarches évaluatives et d'indicateurs? La construction d'indicateurs est d'autant plus intéressante qu'elle offre l'occasion d'un dialogue fructueux entre les scientifiques et les acteurs locaux, les chercheurs jouant un rôle d'experts extérieurs auprès de ces derniers. Il importe, en effet, qu'un indicateur ne soit pas seulement validé sur le plan scientifique, mais aussi reconnu par l'ensemble des acteurs. Cette démarche partenariale est d'ailleurs un mode de gouvernance prôné pour le développement durable. Ce rapprochement chercheurs-acteurs, à partir de la co-construction de référentiels d'évaluation, illustre, par ailleurs, la dimension d'appui aux politiques publiques des recherches finalisées financées par le MEEDDAT. Ce type de recherche permet d'apporter une aide à la décision des acteurs locaux, soit par le transfert de ses résultats vers les professionnels, soit par des échanges

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à l'occasion de séminaires ou de colloques, soit enfin par une coopération étroite à l'occasion de travaux spécifiques (évaluation, recherche-action, etc.). On a longtemps considéré que la culture de l'évaluation faisait défaut en France. Avec le développement durable notamment, une évolution s'est amorcée. Ainsi lors du "Grenelle de l'Environnement", le document récapitulatif des tables rondes a exprimé précisément et à plusieurs reprises un besoin d'indicateurs "pour lutter concrètement contre l'étalement urbain", "à l'occasion de la création en 2008 d'un observatoire de la biodiversité", "lors de la mise en place d'observatoires du bruit dans les grandes agglomérations". Les acteurs sociaux et économiques ne sont pas oubliés. Est mentionné l'intérêt de "favoriser, par types d'entreprises et filières, des jeux de quelques indicateurs au regard des enjeux sociaux et environnementaux, etc.". Enfin tout un paragraphe est consacré à l'amélioration des indicateurs de développement durable et à leur diffusion. Sont également évoquées l'élaboration d'indicateurs agrégés, la mise en place de tableaux de bord d'indicateurs de développement durable de la Nation, etc. La récente réorganisation du MEEDDA T, et notamment la création du Commissariat Général au Développement Durable (CGDD), est également un signe de cette évolution. Il est précisé, dans le décret d'organisation du CGDD, qu'il "évalue les conséquences de l'ensemble des politiques publiques du ministère en termes de développement durable et, en particulier, leurs effets sur l'environnement", en s'appuyant sur deux services! Celui de l'observation et des statistiques et celui de l'économie, de l'évaluation et de l'intégration du développement durable. Les colloques d'Aix en Provence s'inscrivent dans le cadre de cette évolution générale. Leur angle d'approche présente toutefois un caractère très novateur ! Le sujet relativement étroit "des indicateurs territoriaux de développement durable", permet des ouvertures stimulantes vers les politiques publiques et les stratégies des acteurs privés cependant qu'est mise en lumière l'opportunité de croiser les regards, sur les territoires, entre chercheurs et acteurs.

Gérard GUILLAUMIN
Commissariat Chargé de mission Général au Développement Durable

MEEDDAT

INTRODUCTION

GÉNÉRALE

YvetteLAZZERI
Cnrs-CERIC, Faculté de Droit et de Science Politique, Université Paul Cézanne - Aix-Marseille III

L'ouvrage est issu du colloque "Entreprises, territoires et indicateurs de développement durable", organisé par l'Université Paul Cézanne les 9 et 10 janvier 2008 à Aix en Provence1. Le développement durable représente, aux yeux de la communauté internationale, un enjeu fort comme alternative au développement actuel, basé sur la seule dimension économique. Sa prise en compte progressive par le monde politique, l'évolution des législations et la pression de l'opinion publique influencent désormais l'ensemble des acteurs publics et privés (Etats, entreprises, ONG, collectivités locales,...). Sous la pression conjuguée des investisseurs, des actionnaires, des consommateurs, des groupes d'opinion et parfois des collectivités territoriales ou gouvernements, l'entreprise doit répondre de sa responsabilité sociale, c'està-dire que non seulement elle doit se soucier de sa rentabilité et de sa croissance mais aussi de ses impacts environnementaux et sociaux. Ces impératifs se fondent encore à l'heure actuelle sur des critères non standardisés, et ils concernent surtout les multinationales et les grandes entreprises. Par ailleurs, peu nombreuses sont encore les entreprises qui cumulent l'ensemble des démarches innovantes, en termes de gouvernance, environnement, droits humains... La multiplication des outils de mesure (Haute qualité environnementale, ISO, rapports, labels, code de conduite...) interpelle sur la pertinence de ces outils dont aucun n'apporte de solution parfaite car il n'y a pas de système universel. Comment mesurer la performance globale de l'entreprise en matière de développement durable? Quelle prise en compte du territoire dans cette construction d'outils? Des guides émergent pour aider les entreprises à mesurer et suivre des indicateurs sur les plans environnemental, social et économique (ainsi par exemple, la Global Reporting Initiative, les outils de la Responsabilité Sociale des Entreprises promus par l'Afnor, le Centre des Jeunes Dirigeants et Acteurs de l'Economie Sociale,...) et force est de constater que la pratique du reporting de développement durable s'étend parmi les entreprises, car il renvoie une image positive de l'entreprise. L'entreprise est en effet considérée porteuse de progrès, impliquée socialement et responsable car elle a adopté une approche
1 Il fait suite à deux ouvrages: Lazzeri Y. (sous la dir. de), Les indicateurs territoriaux de développement durable, L'Harmattan, 2006 ; Lazzeri Y. et Moustier E., Le développement durable: du concept à la mesure, L'Harmattan, 2008.

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globale de ces problématiques. Quelles sont les exigences en matière de collecte, suivi et sécurité des données? Quels sont les indicateurs à mettre en commun pour évaluer et communiquer sur l'efficacité de l'entreprise dans sa démarche continue de développement durable? La territorialisation du développement durable questionne l'ensemble des entreprises (quelle que soit leur activité et leur taille) mais aussi tous les autres acteurs sur un territoire donné (experts, administration et collectivités territoriales, associations, citoyens...). Elle impose un renouvellement des méthodes d'analyse et des pratiques. Universitaires, chercheurs et praticiens sont amenés à construire de nouveaux outils d'observation des territoires. Les territoires sont directement touchés par un développement non durable et sont soumis à des évolutions qui peuvent compromettre les équilibres économiques, écologiques et sociaux. Dans ce contexte, la question de l'évaluation et des indicateurs de développement durable prend une importance majeure. Ainsi l'attention est-elle portée à l'élaboration d'indicateurs synthétiques ou de systèmes d'indicateurs territoriaux qui permettent d'informer, sensibiliser, suivre les progrès en matière de développement durable et plus largement d'aider à la décision. Sur quelle base territoriale, construire des indicateurs pertinents (territoires métropolitains, intercommunalités, communes,.. .) ? Comment mesurer la durabilité des territoires? Quels indicateurs pour quelles cibles? Au-delà des grandes entreprises, le marché va être progressivement affecté de manière globale. Les petites et moyennes entreprises, souvent fournisseurs de produits et de services pour les grandes entreprises, sont confrontées de manière croissante à la nécessité de prouver qu'elles opèrent selon certains critères de responsabilité sociale. Comment sensibiliser et inciter ces entreprises à s'engager dans la voie du développement durable? L'évolution du code des marchés publics, implique pour les administrations et la fonction publique territoriale d'être en mesure de poser des critères de choix sociaux et environnementaux dans les marchés publics. Sur quelles bases définir ces critères? Tous les acteurs sont concernés par le développement durable de leur territoire. Mais sur quelles bases construire des compromis entre des acteurs aux logiques d'action différentes sur le thème du développement durable? Comment interpeller les entreprises sur ce qu'elles apportent au territoire et sur ce que ce dernier apporte aux entreprises? Quelle place donner à la population et aux associations dans la construction des différents outils de mise en œuvre du développement durable (réglementation, procédures, indicateurs...) ? L'ouvrage se présente comme la somme de diverses contributions relevant de praticiens et de chercheurs qui abordent ces interrogations, tentent d'y apporter un éclairage, explorent de nouveaux outils et démarches. Il témoigne de toute la complexité de la mise en pratique du développement durable et du nécessaire effort de rapprochement et d'inventivité dont chercheurs/universitaires et

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praticiens doivent faire preuve pour construire une société plus harmonieuse dans ses relations entre humains et dans son rapport avec la nature. L'ouvrage s'organise autour de trois parties: 1. La première, développement durable et responsabilité sociale entreprises: concept, démarche et outils, se compose de quatre chapitres. des

Dans un premier chapitre, "Penser développement durable: un préalable à J'action responsable des entreprises", Magalie MARAISse penche sur le concept de responsabilité sociale des entreprises. Elle analyse au travers de quelques cas d'entreprises privées et publiques, les différentes logiques pouvant y présider: démarche durable versus utilitariste et démarche contrainte versus volontaire. La compréhension des choix et des orientations managériaux ainsi que le contexte dans lequel ils se sont formés permettent de comprendre la force de l'engagement responsable et ses modalités d'implémentation.

Dans un chapitre deux, "Le périmètre du reporting environnemental des
sociétés cotées: proposition d'une grille d'analyse", Florence DEPOERS interpelle sur la qualité des données environnementales publiées par les sociétés cotées en bourse, dans la mesure où le législateur a laissé aux dirigeants le libre choix du périmètre de reporting (information environnementale consolidée ou pas au niveau du groupe). Or selon le périmètre de consolidation retenu, l'évaluation de la performance environnementale de l'entreprise peut être biaisée. Dans un second temps, l'auteur propose une grille d'analyse de la qualité de l'information consolidée. L'objectif est de définir des critères relatifs à la consolidation des données qui permettent aux parties prenantes de se forger une opinion éclairée sur la performance environnementale d'un groupe. Le chapitre trois "De l'évaluation de la durabilité en agriculture au reporting de la performance globale des exploitations agricoles à partir de la méthode IDEA" est co-écrit par Frederic ZAHM,Adeline UGAGLIA,Bernard DEL'HoMME et Jérôme STEFFE. L'orientation vers une agriculture durable questionne aujourd'hui la communauté scientifique et ses partenaires sur la performance sociétale en agriculture et sur les outils opérationnels de reporting. Après avoir analysé le besoin de reporting en agriculture, les auteurs s'attachent à clarifier et définir la performance sociétale à travers le concept de durabilité, en présentant également les outils de mesure qui peuvent y être associés. Ils proposent par ailleurs une méthode de diagnostic de durabilité (IDEA) à intégrer dans le système d'information comptable de l'exploitation agricole pour faire du reporting. Dans un chapitre quatre, Alain JOUNOT présente une "Evaluation de la démarche de développement durable: le modèle AFAQ IOOONR".L'émergence des nouvelles responsabilités des dirigeants d'entreprise, en matière de développement durable, pousse à établir une vision globale des résultats et à organiser leur lisibilité. Le modèle d'évaluation AFAQ 1000NR, développé par AFAQ AFNOR Certification, a été développé en s'appuyant sur le principe de Deming (Planifier - Déployer - Comprendre - Améliorer). Il permet de juger

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de l'approche stratégique de l'entreprise et des résultats obtenus en matière de développement durable 2. La seconde partie, la durahilité territoriale: le nécessaire renouvellement des outils d'évaluation, contient quatre chapitres. Dans le chapitre cinq, partant du double constat que l'évaluation des politiques publiques demeure encore largement à investir en France et que l'évaluation au regard du développement durable est un sujet sur lequel tout (ou presque) reste à inventer, Hélène COMBE s'interroge sur la pertinence de l'application aux collectivités territoriales des méthodes d'analyse de la politique de responsabilité sociale et environnementale des entreprises "La notation extrafinancière: une voie pour l'évaluation des politiques publiques au regard du développement durable? ". A titre expérimental, deux exercices de notation sont effectués sur deux communautés urbaines (Marseille Provence Métropole et Grand Lyon). Il ressort que l'intérêt des méthodes d'analyse extra financière se situe moins dans l'évaluation de politiques publiques que dans l'audit institutionnel, l'aide au management administratif, voire peut être à terme le benchmarking. Dans le chapitre six, "Développement durable et système d'indicateurs: des concepts à l'opérationnalité territoriale", Christophe MAGER présente l'expérience suisse de construction d'un système d'indicateurs pour observer et analyser la durabilité territoriale, dans le temps et à différentes échelles géographiques (régions urbaines, communes, maillage kilométrique). Il met en avant les difficultés rencontrées (passage délicat du concept à la mesure, manque de données à des niveaux géographiques fins), les pièges à éviter (collection irraisonnée de données ou élaboration théorique sans applicabilité) mais aussi l'apport de la démarche tridimensionnelle au diagnostic d'un territoire et plus globalement à la dynamique spatiale de la Suisse. Iuli NASHIMENTO,Laurent laLlA-FERRIERET Aurélien BOUTAUDprésentent, dans le Chapitre sept, la méthodologie de construction pour la région Ile de France dill Un indice pour mesurer la qualité de vie et le bien-être des populations", combinaison d'un indice de qualité environnementale et d'un Indice de qualité sociale. Cette approche a débouché sur l'élaboration d'un logiciel, ouvrant ainsi des perspectives nouvelles pour l'analyse des régions françaises et européennes en l'enrichissant d'indicateurs synthétiques adaptés aux réalités territoriales et sociétales d'aujourd'hui. Dans le chapitre huit, "A la recherche d'indicateurs de développement durable pour la ville de Marseille", Jean Charles LARDICet Yvette LAZZERIexposent une analyse de la durabilité de la ville de Marseille en rapprochant divers indicateurs synthétiques relevant des dimensions environnementales (empreinte écologique), sociales (IDH et BIP40 adaptés) et économiques (indice de vulnérabilité économique). Il s'agit de susciter à l'échelle locale, du débat sur les faiblesses et potentialités du territoire marseillais en terme de développement durable, d'utiliser les indicateurs synthétiques comme signaux, pour aller plus loin dans les diagnostics et les réflexions, pour élargir le débat public, pour

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sensibiliser et mobiliser divers acteurs (associations, élus, citoyens, etc.) sur les questions de développement durable et d'évaluation de politiques publiques. 3. La dernière partie, regards croisés entreprises et territoires: pratiques et des outils innovants, regroupe quatre chapitres. vers des

Dans le chapitre neuf "Pour un diagnostic socio-environnemental sur un territoire: l'Acteur en quatre Dimensions", Léa SEBASTIEN propose un modèle original de diagnostic socio-environnemental, issu d'une réflexion transdisciplinaire (sociologie, écologie, anthropologie, géographie, sciences politiques, sciences cognitives). Le modèle appréhende un jeu d'acteurs sur un territoire, par l'étude du rapport social (relations entre individus, évaluées par des indices de coopération et de conflit) et du rapport patrimonial (relations homme-territoire, évaluées par des indices de cohabitation et de domination). Outil d'aide à la négociation environnementale, le modèle a été testé et validé sur plusieurs territoires aux particularités très marquées. Il est aujourd'hui suffisamment robuste, pour contribuer à un diagnostic de territoire, à l'acceptation' et l'application d'un projet de territoire mais aussi pour favoriser l'implantation d'une activité. Dans le chapitre dix, "La participation des PME-PMI aux politiques territoriales de développement durable" : des outils à inventer, Sophie DUPRE met en avant la difficulté, pour les PME-PMI, à s'engager dans le développement durable. S'appuyant sur une enquête auprès d'un échantillon d'entreprises implantées dans deux territoires labellisés Agenda 21 en région PACA, l'auteur met en avant les freins administratifs, la rigidité et la lourdeur de certaines procédures, l'absence de retours d'expérience et les freins organisationnels et économiques. Elle propose alors la création d'interfaces entreprises et territoires, qui peuvent apporter un appui méthodologique et faciliter les démarches entre les différentes parties prenantes: un outil à la fois de veille, de sensibilisation et d'animation de réseaux d'entreprises pour participer à l'essor et à la valorisation de "territoires durables". Dans le chapitre onze, "Entreprises, marchés publics et développement durable", Thierry BOBLET et Olivier GrOY ANNANGELlanalysent les achats responsables du point de vue de leur contribution au développement des territoires. Ces achats sont un outil de management au service de l'amélioration continue de l'action publique. Les auteurs proposent un modèle pour évaluer l'impact des achats responsables sur le développement local. Des principes de gestion sont définis et appliqués aux domaines du développement durable. Chaque domaine se décline en thématiques, lesquelles se déroulent en indicateurs et en critères d'évaluation. Le référentiel ainsi constitué comprend 134 indicateurs, à la fois qualitatifs et quantitatifs. Le chapitre douze, "Vers une application transparente des critères du développement durable: quel rôle des o.N G. et des citoyens?" de MarieLaure LAMBERT,clôt cet ouvrage. L'auteur ouvre le débat sur la démocratie participative. Elle met en avant l'implication grandissante mais encore perfectible des citoyens et des associations dans la définition des objectifs du

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développement durable et de sa mise en œuvre (certification environnementale des entreprises, démarche de développement durable des collectivités locales, information réglementaire...). L'auteur justifie le renforcement de la participation de la société civile dans les choix publics, voire dans les stratégies de production des entreprises, au motif de l'application des principes même du développement durable mais aussi de la crédibilité de la démarche qui ne doit pas se limiter à une simple opération de marketing mais devenir un véritable projet collectif.

PARTIE I DÉVELOPPEMENT DURABLE ET RESPONSABILITÉ SOCIALE DES ENTREPRISES: CONCEPT, DEMARCHE ET OUTILS

PENSER DÉVELOPPEMENT DURABLE: UN PRÉALABLE À L'ACTION RESPONSABLE ENTREPRISES?
Magalie MARAIS IAE, Université Paul Cézanne - Aix-Marseille III

DES

INTRODUCTION

L'avènement et la reconnaissance du développement durable traduisent la prise de conscience par la société des limites du m~dèle de développement économique qui lui été proposé jusqu'alors. Le 20eme siècle a, en effet, été marqué par une remise en cause de la mondialisation qui s'illustre par l'échec de sa prétention à accroître la prospérité globale. Le fossé entre pays riches et pays pauvres, ainsi qu'entre individus riches et pauvres, continue de se creuser, les scandales environnementaux se multiplient et le monde où nous vivons fait face à un développement que l'on qualifie désormais de "non durable". Face à ce constat, la nécessité d'agir s'est peu à peu imposée et plusieurs revendications émanant de différents acteurs sont progressivement apparues pour défendre un mode de développement alternatif à celui qui prévalait jusqu'alors. Ces revendications, autrefois sporadiquement disséminées parmi quelques individus ou groupes, se sont progressivement imposées dans nos sociétés occidentales à la fois du fait de la multiplication des scandales sociaux et des catastrophes naturelles mais également grâce à l'activisme d'acteurs autrefois marginalisés: les associations ou groupes de défense des enjeux sociétaux (ONG, associations caritatives...). Le développement durable concerne un large panel d'organisations: les Etats mais aussi les organisations publiques et les organisations privées (Bardelli et Bello, 2003). Les Etats, tout d'abord, ont progressivement intégré les enjeux du développement durable à leur politique publique en promulguant un certain nombre de lois et de règlements destinés à la protection des droits humains et de l'environnement. Cette résonance législative nationale a d'ailleurs été complétée au niveau local par la création de structures publiques déconcentrées en charge de ces questions. L'action de l'Etat au niveau local s'est par la suite enrichie par la reconnaissance aux collectivités locales de compétences dans ce domaine. Ces dernières sont, en effet, aujourd'hui, de plus en plus incitées à prendre en compte les enjeux sociétaux dans la gestion de leur territoire. Les entreprises font l'objet d'une forte attention du fait du rôle clé qu'elles ont à jouer en matière de développement durable. Depuis une décennie, des actions

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intéressantes ont été menées par certaines entreprises et le mouvement ne cesse de s'amplifier, et ce bien au-delà de simples considérations idéologiques. Une prise de conscience, qui ne concerne plus seulement les grandes multinationales, s'est opérée de manière significative. La principale traduction du concept de développement durable au niveau des firmes apparaît à travers l'émergence de la notion de Responsabilité Sociale de l'Entreprise (RSE) qui peut être appréhendée comme une contribution des entreprises au développement durable (Steuer, 2005). La RSE, dans cette optique, est considérée comme une gestion entrepreneuriale attentive aux conséquences de ses activités pour autrui et notamment aux conséquences sociales et environnementales. Face à cette mouvance, les organisations adoptent différents positionnements voire même différents comportements en matière de RSE. Nous tenterons de les caractériser eu égard à un certain nombre de facteurs organisationnels et environnementaux (1). Nous essaierons par la suite d'observer les différentes logiques en présence, à travers la prise en compte des démarches de RSE mises en place par huit entreprises françaises (réparties à part égale entre privées et publiques), entre 2001 et 2005 (2). 1. LA SIGNIFICATION Deux points sont abordés: le contexte et les signes présents dans le monde des affaires témoignant de l'intrusion de préoccupations responsables dans les pratiques des organisations, les conséquences de ces différentes pressions sur le positionnement des entreprises, en termes de logique durable ou utilitariste et de démarche contrainte ou volontaire. 1.1. Contexte de l'émergence de la prise en compte des enjeux sociétaux par les organisations L'émergence de la RSE traduit l'apparition de nouvelles attentes au sein de la société et un changement des représentations du rôle et de la conception de l'entreprise. Autrefois considérée comme un acteur générateur de profit, l'entreprise est aujourd'hui remise en cause dans son ambition purement économique. En effet, la société tend à reconnaître un rôle plus étendu à la firme en lui demandant de se montrer responsable et de gérer les dimensions sociétales de son environnement. A travers ces revendications, la société envoie aux entreprises un message humaniste fort en les exhortant à ne pas sacrifier les hommes et la nature sous l'autel de la rentabilité. DE L'ENGAGEMENT RESPONSABLE

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Portées par des groupes organisés (ONG, associations diverses, groupements professionnels...) ainsi que par les acteurs publics, ces revendications ont profondément modifié l'environnement des firmes (Brulé, 2007). Ces dernières sont aujourd'hui confrontées à un certain nombre de pressions institutionnelles qui contraignent ou orientent leurs comportements telles que les lois ou les règlements, les grands principes édictés par les instances internationales ou les actions des acteurs engagés et actifs en matière de durabilité (ONG, organisations professionnelles...). Dans le même temps, apparaissent également d'importantes modifications de marché qui viennent questionner les traditionnels modes de production des firmes. De nouvelles méthodes de conception des produits (éco-conception, écolabel), de nouvelles attentes des consommateurs ou encore de nouveaux référentiels en matière de gestion du cycle de vie des produits ou des services (bilan carbone, éco-audit, ecobilan) en sont les exemples les plus probants. Aujourd'hui, il paraît ainsi difficile de concevoir que le monde de l'entreprise puisse échapper à la vague "durable" (Dotenwill, 2005) qui semble recouvrir le monde des affaires. La remise en question du rôle et de la conception de la firme ainsi que les pressions pesant sur elle ont considérablement modifié la mission du dirigeant. Celui-ci fait face à une modification de ses activités. Il doit dialoguer ou traiter des dossiers liés aux problèmes environnementaux et sociaux de son entreprise qui n'étaient pas par le passé aussi nombreux et aussi prégnants. Cependant, au-delà même des modifications du contenu de son travail quotidien, il semble que ce soit la "philosophie" et la logique de gestion du manager qui se trouvent être bouleversées. Comme le précisent Johnson et Greening (1999), "les décideurs ont été confrontés depuis les années 90 à la hausse des pressions de la part des parties prenantes et sont aujourd'hui incités à "rendre compte" de leurs activités dans un contexte d'hypercompétition et de mondialisation". Les dirigeants et plus généralement les managers semblent ne plus pouvoir agir isolément dans leur tour d'ivoire. Leurs actes de gestion et leurs décisions sont aujourd'hui exposés, ils doivent être explicités et argumentés et même publiquement évalués. Ils doivent satisfaire à des critères de transparence qui augmentent la visibilité de l'action managériale et la possibilité de son évaluation sociétale. Le manager du 21 ème donc incité à devenir un manager "responsable" (Perez, est 2005). La responsabilité devient alors une responsabilité globale qui s'affirme notamment à travers le compte-rendu des activités de l'organisation et la gestion (ou réparation) des conséquences négatives éventuellement causées par ses activités.

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(ou réparation) des conséquences négatives éventuellement causées par ses activités. Ainsi, la firme du 21 ème siècle et ses managers se trouvent donc confrontés à un environnement complexe et mouvant marqué par la hausse des revendications liées à l'écologie et à la protection des droits humains. Souvent contestés et faisant l'objet d'une attention aujourd'hui démultipliée de la part de nombreux acteurs, l'entreprise et ses managers sont aujourd'hui confrontés à un challenge de taille: maintenir (ou même regagner) leur légitimité et rester compétitifs en intégrant les nouvelles contraintes dictées par leur environnement. Face à ces contraintes, les positionnements adoptés par les firmes et leurs managers eu égard à la RSE sont nombreux. Nous tenterons dans les paragraphes suivants d'en présenter une vision simplifiée. 1.2. Les conséquences sur le positionnement des entreprises 1.2.1. La RSE,jinalité ou moyen? Une approche par les valeurs des membres de l'équipe dirigeante Développement durable, responsabilité sociétale, éthique, performance sociale, morale, déontologie corporate social responsability Autant de termes qui foisonnent aujourd'hui en France comme à l'international pour décrire le glissement d'une entreprise capitaliste enracinée dans le profit vers une entreprise "réenchantée", œuvrant pour la solidarité et l'intérêt général. Cette introduction renvoie aux oppositions paradigmatiques majeures structurant le champ du management stratégique depuis plusieurs décennies. Elle oppose une conception éco-centrée (domination du profit) et une conception durable de la firme. En effet, comme le souligne Marchesnay (2003) "le monde imaginé par les "stratèges" est celui de Janus: d'un côté une représentation fondée sur un opportunisme darwinien (filiation Smith -Malthus - Spencer) ; de l'autre, une représentation irénique, "a brave new world", dans laquelle l'utilitarisme est intimement lié à la recherche du bien commun (filiation Smith-Stuart MillRuskin)." Nous sommes là, proches des référentiels financier et durable imaginés par Martinet et Reynaud (2004). On retrouve tout d'abord, le "traditionnel" référentiel financier, puisant son essence dans les postulats de la théorie de l'agence définie par Jensen et Meckling (1976 et 1994), caractérisé par une vision négative de l'homme et par une organisation perçue comme un "nœud de contrat" dont le seul objectif est de maximiser le profit de ses actionnaires. Mais, on retrouve également, le référentiel durable caractérisé par une vision positive de l'homme et par une organisation perçue comme une arène politique composée de coalitions aux intérêts différents (Crozier, 1977, Cyert et March, 1963) cherchant à satisfaire du mieux possible plusieurs acteurs qui influent ou

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qui sont impactés par son activité (logique de satisfaction) et œuvrant pour une performance globale (économique et sociétale). A travers ces deux référentiels, ce sont finalement deux visions de l'entreprise et de ses finalités qui sont proposées. Deux conceptions très différentes de la RSE en résulteront. Considérer la nature de la mission de l'entreprise est fondamental pour tenter de définir la notion de RSE. En effet, si l'on adopte une vision "durable" reconnaissant une mission large à la firme ou, si l'on adopte une vision plus réduite, une vision capitaliste de cette dernière, la RSE ne revêt pas le même statut: elle sera tantôt considérée comme une finalité, tantôt comme un moyen. La figure n° 1 présente ces deux visions de la RSE et leurs conséquences pour l'entreprise. Il convient ici de préciser que nous excluons les cas où la RSE est considérée par les dirigeants comme une pratique extra-organisationnelle (ainsi l'engagement personnel du dirigeant dans des activités philanthropiques). Nous ne prenons également pas en compte l'hypothèse d'une logique purement ontologique et détachée de toute considération financière de la RSE, en raison de sa non représentativité parmi les entreprises. Performance globale de la firme et RSE : une logique durable. Les partisans du référentiel durable reconnaissent à la firme un rôle étendu et lui confèrent, en plus de la recherche de profit, des missions d'intérêt général. La RSE que nous avions précédemment définie comme une manière d'agir responsable s'apparentera alors, à travers la notion de performance globale, à une finalité pour l'entreprise, le profit étant désormais considéré comme l'un des objectifs de la firme parmi d'autres. Il convient de préciser que, reconnaître une finalité globale à l'organisation (profit et finalités sociétales) n'empêche cependant pas la hiérarchisation de ces finalités (Bon et Pensel, 2007). Le profit reste, en effet, pour la plupart des entreprises la finalité première d'une organisation voire même celle rendant possible la poursuite d'autres finalités (Auberger et Quairel, 2005). Pour atteindre la performance globale précédemment évoquée, l'entreprise devra intégrer une forte dimension éthique dans ses actions. La firme adoptera pour sa conduite des principes d'action responsables cohérents avec sa finalité (dimension déontologique très forte). Selon cette approche, la gouvernance de la firme ne pourra être que partenariale : l'entreprise devra prendre en compte les différentes parties prenantes de son environnement et s'inscrira dans une logique de satisfaction des différents acteurs gravitant dans son périmètre. Finalement, on peut considérer, selon cette vision, que les nouvelles attentes et valeurs de la société ont été endogénéisées par l'entreprise. Ces valeurs plus collectives et humanistes (Reynaud et al., 2007) orientées vers le respect des hommes et de l'environnement, l'intégrité et la responsabilité, pénètrent l'entreprise, modifient

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ses principes d'actions et ses finalités et se rajoutent aux valeurs préexistantes liées à la performance organisationnelle telles que l'innovation, l'excellence, la création de valeur (Mercier, 2001).
Figure n° 1 : Logique durable versus logique utilitariste
DEUX VISIONS DE LA RESPONSABILITE SOCIALE DE L'ENTREPRISE: DEUX LOGIQUES STRATEGIQUES DIFFERENTES LOGIQUE DURABLE
LOGIQUE UTILITARISTE La RSE est un moyen au service de la
financière de l'entreprise»

"

La RSE est un principe d'action et une finalité »

" performance

Les Valeurs de la société deviennent les valeurs de l'entreprise

Les valeurs et les attentes de la société sont des variables externes qui influent sur le comportement de l'entreprise

. Nature partenariale de
]' organisation

Individus (dont les dirigeants) ayant valeurs multiples: humanistes et financières

.

Nature actionnariale dominante mais prise en compte des parties prenantes Individus (dont les dirigeants) ayant des valeurs à dominante financière

. .

Les attentes de la société deviennent les finalités de l'entreprise

Ce glissement vers une logique durable et notamment l'intégration de nouvelles valeurs dites humanistes dans l'entreprise fera probablement écho aux valeurs propres des membres de l'équipe dirigeante de l'entreprise (Reynaud et al., 2007).

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En effet, le choix de s'engager dans une démarche dite durable en matière de RSE nécessitera l'engagement fort des dirigeants dans ce projet et toute leur énergie dans la défense de ce positionnement et dans sa concrétisation. Cette logique durable, accordant à la RSE le statut de principe d'action et de finalité, est remise en cause par les tenants d'une approche plus utilitariste de la RSE. Ces derniers refusent, en effet, l'existence d'une finalité RSE et d'une performance globale, lui préférant la finalité traditionnelle de l'organisation privée à savoir: le profit. Performance financière de la firme et RSE : une logique utilitariste. Pour les défenseurs d'une approche utilitariste, quelle est alors la place de la RSE ? Si celle-ci ne s'apparente pas à la finalité de l'entreprise, disparaît-elle pour autant? Si l'entreprise n'est soumise à aucune pression de son environnement concernant la prise en compte de différents enjeux sociétaux, la réponse est probablement positive. La RSE n'apportant rien à la firme, celle-ci sera tout simplement écartée des préoccupations organisationnelles. En revanche, si l'entreprise est soumise à d'importantes pressions de la part de son environnement, la RSE est alors à prendre en considération. Cependant, la façon de l'appréhender est très différente de celle relevant d'une logique durable de RSE. En effet, dans une approche très stratégique de la RSE, cette dernière n'est pas tant une finalité qu'un moyen au service d'un objectif de profit (Quinn et Jones, 1995). D'après cette perspective, se comporter de manière socialement responsable est une stratégie de la part de l'entreprise pour éviter une érosion du profit ou encore pour maximiser ce dernier, compte tenu des contraintes et des opportunités qui lui sont offertes par son environnement (logique utilitariste). La gouvernance de la firme est ainsi à dominante actionnariale. Toutefois, elle ne peut exclure les autres parties prenantes de la firme. En effet, les entreprises ne fonctionnent plus aujourd'hui en vase clos et la société ne peut être écartée de la gestion de l'entreprise. Nous sommes là assez proches de la vision de Freeman (1984), qui défend que l'entreprise a intérêt, si elle veut maximiser son profit, à tenir compte des attentes de son environnement et qu'intégrer à sa gestion ses différentes parties prenantes devient alors un impératif stratégique. Les nouvelles valeurs de la société (environnement, conduite responsable...) ne sont pas ici transposées dans les objectifs de l'entreprise, elles ne connaissent aucun relais au niveau des dirigeants, mais elles apparaissent comme une nouvelle variable externe s'imposant à l'entreprise et que celle-ci se doit de prendre en compte dans sa gestion. Les positionnements de RSE ne se différencient par seulement par la logique d'action à laquelle ils font référence mais ils se caractérisent également par leur caractère contraint ou volontaire.

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Dans ce paradigme, qualifié le plus fréquemment de paradigme financier, la prise en compte des exigences sociétales n'est donc pas une des activités naturellement imputables à l'entreprise. Friedman (1970) considérait d'ailleurs comme dangereux de vouloir reconnaître à la firme une finalité autre que celle de la satisfaction des actionnaires et donc l'optimisation de leur profit. Dans ce contexte, la prise en compte des exigences environnementales et sociales ne peut s'envisager qu'à la seule condition qu'elle serve la réalisation de l'ambition économique de la firme (Quinn et Jones, 1995). Pourtant, les défenseurs du paradigme dit "durable" (Caroll, 1979 ; Martinet et Reynaud, 2004) admettent la possibilité de la prise en charge par les entreprises de l'intérêt général. Si l'on admet cette hypothèse de prise en compte par les entreprises d'une autre mission que la génération de profits, alors les finalités de l'entreprise ne pourront être que multiples et sa performance "globale" (économique mais aussi sociétale). Cette approche remet ici en cause le statut du profit: celui-ci n'est pas renié, mais il fait désormais partie d'un ensemble de finalités organisationnelles. 1.2.2. La RSE, démarche volontaire ou contrainte? théorie de la discrétion managériale Une approche par la

D'après le petit livre vert de la Commission Européenne, le concept de RSE est défini comme "l'intégration volontaire par les entreprises de préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et à leurs relations avec leurs parties prenantes". Ce terme de "volontaire" nécessite cependant d'être clarifié car le sens qui lui est donné varie de manière forte selon les auteurs. Pour certains (Caroll, 1979 et Trocmé, 2002), le caractère volontaire d'une action s'envisage comme ce qui n'est pas contraint par des normes juridiques ou réglementaires. La RSE s'entend ici comme le dépassement par l'entreprise de ses obligations légales. Le positionnement des chercheurs face à l'intérêt d'une réglementation ne semble pas toujours s'accorder. Certains défendent tout d'abord l'idée que, sans règles juridiques, les entreprises ne s'engagent que très faiblement ou de manière symbolique dans la RSE. D'autres avancent, au contraire, qu'une démarche RSE ne peut émaner que d'une décision volontaire de l'entreprise et, que vouloir contraindre cette démarche, conduit à la vider de son essence et à annihiler les efforts entrepris. Des oppositions idéologiques se retrouvent largement dans cette dichotomie de visions. Invoquer la nécessité d'une contrainte réglementaire revient à reconnaître les limites dans la volonté des entreprises à œuvrer pour l'intérêt général alors que prôner une approche volontaire témoigne d'une certaine confiance dans les firmes à assumer une mission élargie.

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Certains auteurs ont proposé une vision alternative en militant pour une réglementation flexible fixant des objectifs, mais laissant aux entreprises une large marge de manœuvre pour les atteindre (Majumdar et Marcus, 2001). Gordon (2001) reconnaît d'ailleurs que "les initiatives volontaires et les textes législatifs et réglementaires formels (. ..) sont complémentaires". Cependant, le débat volontarisme/contrainte ne peut se restreindre, selon de nombreux auteurs, à une simple considération de la contrainte légale. Tout un ensemble de pressions sociétales et institutionnelles s'imposent à l'entreprise. Comme le précisent Howard, Nash et Ehrenfeld (2000) "face aux pressions des parties prenantes, les entreprises sont aujourd'hui souvent contraintes d'aller audelà des exigences légales (ce qui n'était pas le cas auparavant)". Le débat renvoie finalement à la marge de manœuvre offerte au dirigeant pour s'engager ou non dans la RSE. Dans l'optique du volontarisme et d'une logique durable, la démarche volontaire se caractérise par la décision d'une entreprise d'aller au-delà des attentes de son environnement et comme un choix du dirigeant d'assumer de nouvelles missions et d'œuvrer pour une performance globale. La démarche contrainte est par contre totalement dictée par les exigences de la société, sans choix de l'entreprise. Cette dernière est forcée, du fait de l'intensité des pressions sociétales, d'endogénéiser totalement les valeurs et les attentes de son environnement dans son mode de fonctionnement et dans ses finalités. Nous sommes ici très proches de la théorie du contrat social (Davis, 1973 ; Donaldson et Dunfee, 1995) qui reconnaît finalement un très fort déterminisme sociétal et une étroite imbrication de la société et de l'entreprise. Dans une logique stratégique de RSE et d'une définition élargie du volontarisme, le comportement d'une entreprise contrainte en manière de RSE se limite à répondre aux pressions institutionnelles (Meyer et Rowan, 1977 ; Di Maggio et Powell, 1991) et notamment à celles présentant le risque le plus important pour l'entreprise. Les entreprises mettent ainsi en œuvre des pratiques souhaitées par l'environnement dans le but de renforcer leur légitimité bien plus que pour renforcer leur performance économique ou leur efficacité (Allouche, 2002). La RSE n'est ici qu'une responsabilité de façade. Dans ce contexte, une entreprise qui entreprend une démarche volontaire en matière de RSE dépasse les pressions sociétales ou réglementaires qui s'imposent. Elle les endogénéise pour les faire passer du statut de contrainte au statut d'opportunité. La RSE devient alors une ressource stratégique pour l'entreprise (Hart, 1995 ; Husted et Allen, 2001 ; Litz, 1996) qui l'utilise alors comme un moyen pour maximiser son profit. Les études adoptant ce positionnement théorique prêtent à la RSE de nombreux bénéfices: à la fois internes tels que la réduction des coûts (Hart, 1995 et Bensédrine, 2001), l'amélioration de la productivité (Porter et Van Der Linde, 1995) ou la motivation du personnel (Lépineux, 2004) mais également externes comme l'amélioration de la position concurrentielle de la firme (Elkington, 1994 ;

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Martinet et Reynaud, 2004), l'acquisition de revenus politiques (Reynaud et RoUet, 2001) ou encore l'accès à des marchés/fonds éthiques (Reynaud, 2003)] qui tous concourent à une amélioration de sa performance économique. La figure n° 2 représente de manière synthétique le croisement des fondements de la RSE entre logique durable versus logique utilitariste d'une part et démarche contrainte versus démarche volontaire d'autre part.
Figure n° 2 : Fondements
Volontarisme

théoriques

de la RSE

La RSE comme transDosition volontaire du déveloDDement durable à l'entreDrise Théoriciens du paradigme durable (Caroll, 1979 ;_Martinet, Reynaud, 2004)

La RSE comme ressource stratéeiaue Théories des ressources et compétences, Approche RBV (Hart, 1995 ; Husted et Allen, 2001 ; Litz, 1996)

Logique durable La RSE comme eXDression du contrat social entreDrise /société Théorie du contrat entreprise/ Société (Davis,1973;Donaldson et Dunfee, 1995)

Logique utilitariste La RSE comme réDonse aux Dressions institutionnelles Théorie de la légitimité (Suchman, 1995) Théorie Néo-institutionnelle institutionnelle (Meyer et Rowan, 1977; Di Maggio et Powell, 1991 ; Allouche, 2002)

De la
contra inte à l'opportunité Endogénéisalion de la RSE comme ressource
s traté gique

Contrainte

Les différentes logiques ne sont pas figées et une entreprise peut très bien passer d'une logique utilitariste contrainte à une logique utilitariste volontaire en transformant les contraintes qui s'imposent à elles en opportunités de marché. Les positionnements des entreprises sont, en effet, susceptibles de se modifier et d'évoluer dans le temps, eu égard à deux facteurs principaux: i) les modifications de leur environnement qui peuvent contraindre une entreprise à se rapprocher ou au contraire à s'éloigner des préoccupations sociétales, ii) mais également, la personnalité et les intérêts des membres de l'équipe dirigeante qui peuvent décider de modifier leur environnement ou au contraire de pratiquer l'immobilisme face à un contexte donné. Il convient, à présent de confronter ces différentes logiques à des positionnements réels en observant l'évolution des démarches de développement durable de quatre entreprises françaises publiques et quatre entreprises françaises privées.

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durable
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2. APPROPRIATION PAR HUIT ENTREPRISES

DU DÉVELOPPEMENT DURABLE FRANÇAISES PUBLIQUES ET PRIVÉES

L'objectif est de caractériser la nature des démarches engagées par les entreprises françaises. Cette tentative s'appuie sur une analyse des valeurs et des finalités des entreprises ainsi que de la place et du statut qu'elles accordent à la RSE. 2.1. Méthodologie de la recherche Nature des données recueillies, mode de collecte et mode de traitement. Les débats sur la nature des démarches de RSE s'articulent autour de deux oppositions majeures: une logique durable/utilitariste et une logique contrainte/vo lontaire. Les données recueillies proviennent des rapports annuels des entreprises et principalement du message de leur président qui apparaît comme un support particulièrement pertinent pour analyser la mission de l'entreprise et le discours sociétal (Attarça et Jacquot, 2005). Il s'agit donc de données "textuelles" ou "non numériques" fournissant des preuves de nature qualitative (Yin, 1989). Les données issues des rapports annuels ont été dans leur globalité traitées par analyse de contenu à partir d'une grille permettant la caractérisation des comportements de RSE des entreprises (Marais et Reynaud, 2008). Les données issues des messages des présidents ont été traitées par une analyse sémantique du discours.
Tableau n° 1 : Echantillon
Secteur Energie! Electricité Support de recueil des données Energie! Gaz Support de recueil des données Banque! Institution financière Support de recueil des données Télécommunications Support de recueil des données

et supports de recueil des données
Entreprise publique EDF 2001-2002: Rapport annuel 2003-2005 : Rapport de RSE + Rapport annuel GDF 2001 : Rapport annuel 2002-2005 : Rapport de RSE + Rapport annuel Caisse de dépôts et des consÏl!nations 2001 : Rapport de RSE 2002-2004 : Rapport annuel 2005 : Rapport de RSE + Rapport annuel France Télécom 2001-2002: Rapport environnement + rapport annuel 2003-2005 : Rapport RSE + Rapport annuel

Entreprise privée Total 2001 : Rapport annuel 2002-2005 : Rapport de RSE + Rapport annuel Air Liquide 2001-2005 : Rapport annuel Groupe Caisse d'épar2ne 2001-2002: Rapport annuel 2003-2005 : Rapport de RSE + Rapport annuel Alcatel 2001 : Rapport annuel 2002-2005 : Rapport de RSE + Rapport annuel

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La période retenue de cinq années (2001 à 2005) permet d'observer d'éventuels changements de logique dans le positionnement ou l'orientation responsable des firmes. Choix et caractéristiques de l'échantillon. Huit grandes entreprises françaises, publiques et privées ont été sélectionnées selon leur appartenance au même secteur d'activité (Tableau n° I). Le cadre institutionnel portant essentiellement sur la formulation de la stratégie de RSE et sur la communication extrafinancière, ce sont les grandes entreprises qui y sont le plus sensibles. Les entreprises françaises publiques représentent une spécificité nationale à étudier du fait des caractéristiques de leur activité (missions de service public), du statut de leur personnel (personnel fixe, salaires peu modulables), des relations particulières avec certaines parties prenantes et de leurs sources de financement (Etat, collectivités locales). 2.2. Caractérisation des positionnements responsables

Nous nous intéressons dans un premier temps au caractère durable ou utilitariste des démarches RSE effectuées et, dans un second temps, nous en analysons le caractère volontaire ou contraint. Caractère durable ou utilitariste des démarches engagées: une analyse par les valeurs et les finalités. L'étude tente de caractériser la nature des démarches à partir d'une analyse des valeurs et des finalités des entreprises ainsi que de la place et du statut qu'elles accordent à la RSE. Une attention particulière est portée aux valeurs "humanistes et collectives et de "performance organisationnelle" (Mercier, 2001). La place de la RSE dans les entreprises est appréhendée à partir des mots ou expressions qui lui étaient relatifs ou directement attachés. - Au regard des données recueillies, les entreprises privées semblent être largement engagées dans une démarche utilitariste en matière de RSE. Air Liquide étant la plus significative: l'actionnaire est reconnu au cœur de la stratégie du groupe. Cette stratégie s'articule autour de trois volets "présence, conquête, innovation" qui montrent clairement la suprématie d'une logique financière dans l'entreprise. Dans ce contexte, la définition même du développement durable revêt un aspect à dominante actionnariale puisqu'il consacre la responsabilité envers les actionnaires et une croissance qui leur permet d'être satisfaits sur le long terme quant à la stratégie de l'entreprise (Encadré n° I). Pour Alcatel, la logique utilitariste est également évidente. La mission de l'entreprise exprimée par le président ne fait pas référence aux dimensions sociétales de l'activité. L'expression même des plans stratégiques montre que la finalité de la firme est le seul profit. Ainsi, la RSE pour Alcatel, ne peut être considérée que dans une logique utilitariste (Encadré n° 2).