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Hommage à Léo Matarasso

110 pages
Léo Matarasso, juriste réputé, mit sa compétence au service des droits humains et des droits des peuples. Membre fondateur, avec Lelio Basso, du Tribunal Permanent des Peuples, dans le but de prolonger l'œuvre accomplie par le Tribunal Russel contre les crimes de guerre au Vietnam, il fut de tous les combats: Algérie, Vietnam, Palestine, Nicaragua. Léo Matarasso fut aussi présent dans la défense des droits économiques, sociaux et culturels, en particulier contre le néolibéralisme porté par les grands pouvoirs économiques: Banque mondiale, FMI, G7.
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Hommage

à

Léa Matarassa

Hommage

à

Léa Matarasso
Séminaire sur le droit des peuples

Cahier réalisé par: CEDETlM - LIDLP - CEDIDELP Février 1999

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

cg L'Hannattan, 2004 ISBN: 2-7475-6595-5 EAN : 9782747565950

Un défenseur infatigable des libertés et des droits des peuples
Gustave Massiah économiste, animareur du CEDETIM

Léo Matarasso nous a quittés le 14 février 1998. Cet hommage comprend des témoignages et des réflexions sur l'actualité des droits des peuples. Il s'agit pour certains de ceux qui l'ont connu et aimé, d'évoquer à travers un itinéraire exceptionnel ce qu'ont été les engagements et les débats d'idées dans une période exceptionnelle. Il a été préparé par quelques-uns de ceux qui ont pattagé avec lui ses engagements, ses colères et ses passions. Cet homme extraordinaire avait toujours donné de lui-même. Il savait comme personne raconter, avec un humour ravageur, les moments de grande Histoire auxquels il avait participé. De Salonique, où il est né en 1911, à Toulouse, où il engage ses études de droit, il forge sa personnalité, qui sera forte. Il participera à tant de combats! Il s'engage activement dans les réseaux de résistance. Il sera un grand avocat et va marquet une génération de défenseurs et de juristes. Il est redouté dans les procès de presse; il défend notamment Les Lettres Françaises contre Kravchenko. Il sera un des avocats majeurs des luttes anticoloniales. Il défendra Henri Alleg, auteur de La Question; il fera condamner, en 1963, Maurice Papon pour la saisie illégale du ptemier Libération. Léo Matatasso mettra aussi son immense culture et son opiniâtreté au service de son engagement. Il a joué un rôle essentiel dans le Tribunal Russell et dans la création du système imaginé par Lelio Basso, comprenant la Fondation, le Tribunal Petmanent des Peuples et la Ligue pour tes Droits et la libération des peuples qu'il a présidée pendant si longtemps. "Nous vivons un temps de grands bouleversements". C'est la première phtase de la Charte pour les Droits des Peuples, dont Léo a été un des principaux rédacteurs, adoptée à Alger en 1976. C'est toujours le cas aujourd'hui. 5

Léo Matarasso avait une philosophie de l'action qui a marqué des générations: mener de front la lutte pied à pied contre la barbarie et explorer sans se décourager les voies nouvelles. La résistance à la barbarie a été le fondement des luttes anticoloniales; elle est plus que jamais d'actualité. Léo Matarasso sera de tous les fronts et particulièrement l'Algérie, le Vietnam, la Palestine. Dans toutes les situations difficiles, insupportables, contradictoires, il savait revenir à l'essentiel, le respect des droits de l'Homme et des droits des peuples, l'intime complémentarité entre les droits individuels et les droits collectifs. Mais Léo savait aussi prendre la mesure de ce qui change, de ce qui progresse, du nouveau qui sourd et qui bouscule l'ancien monde. La Charte pour les Droits des Peuples faisait une large place à l'autodétermination interne et aux nouveaux droits. Les droits économiques, sociaux, culturels, le droit à l'environnement, le respect des droits des minorités, le droit à la paix. Léo ne manquait jamais d'y revenir, de les rappeler. raction des tribunaux d'opinion a contribué à faire progresser la prise de conscience de ces impératifS. Notre période est toujours contradictoire. La barbarie renaît dans le monde et la résistance est plus que jamais nécessaire. Mais des raisons d'espérer existent. Le droit international, malgré toutes ses limites, est une perspective. Les droits civils et politiques, comme les droits économiques, sociaux et culturels sont les références qui progressent face à la puissance des marchés fondés sur les profits. Léo aurait été heureux de voir émerger les forces sociales qui se saisissent de cette lutte, de ce défi, de ce projet. Sa lucidité lui aurait fait pressentir les immenses dangers de la nouvelle période. Mais, il aurait été satisfait de voir le nouveau mouvement citoyen mondial, avec toutes ses composantes, reprendre à son compte l'action de ceux qui ont défriché le terrain de la lutte pour les nouveaux droits. Ces quelques contributions amorcent un témoignage de ce qu'ont été, dans ce siècle, les luttes des peuples et l'aventure de ceux qui se sont engagés pour la transformation des sociétés, la liberté d'expression, la défense des droits de l'homme et la reconnaissance des droits des peuples. Elles sont les retranscriptions d'interventions orales, dont elles ont parfois conservé la spontanéité.
Février 2002

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Saint Alban, hiver 1942-1943 De gauche à droite: léa Matarasso. Nush et Paul Eluard

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TEMOIGNAGES l'homme, l'ami, le militant

Un grand frère
Georges Kiejman, avocat

Georges KIEJMAN, qui partagea avec Léo son cabinet d'avocats de la rue de Tournon pendant plus de trente ans, n'a pu être présent le 26 février 1999, à notre journée d'hommage. Son témoignage nous parvient à travers la lettre qu'il écrivit à Vera FEYDER, en réponse à sa demande de compléter son texte d'un apport personnel, compte tenu de ce presque demi-siècle qu'ils ont traversé ensemble, depuis ce jour d'octobre 1960 où, jeune avocat, Georges KIEJMAN était venu demander "l'asile" professionnel à celui dont il admirait déjà les hautes compétences et l'engagement politique.
"Chère Vera, Tu as tellement dit tout ce que l'on pouvait dire sur la générosité de Léa que je ne vois pas très bien ce que je pourrais ajourer. Tu sais que je l'ai tOujours considéré comme une sorte de grand fière génial, auquel il fallait éviter quelques soucis matériels indignes de lui et dont d'ailleurs il ne se souciait pas. Mais je ne peux rien ajouter à ce que tu as dit. Léo était pour moi une présence quotidienne familière et rassurante, sachant réduire tous les ennuis rencontrés à l'aune de sa sagesse personnelle. Mais je suis tout autant que tU le décris incapable d'écrire sur une page blanche. A la rigueur, j'aurais pu, dans la tristesse du moment, réagir devant un micro. J'ai été auprès de Léa comme j'ai été auprès de Mendès France, après qu'ils aient été des artisans actifs de l'Histoire. Je n'ai pas été mêlé au fonctionnement de la Ligue du Droit des peuples et je n'ai donc été qu'une ombre familière sans pouvoir apporter de témoignage décisif. Linda Bimbi est parfaite à cet égard. Je ne crois pas que ce soit très important que je me contente dire, ce qui va de soi, que comme toi je l'ai beaucoup aimé. de

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Si nous étions dans le cadre d'une conversation intime (et non d'un hommage officiel) je ne résisterais d'ailleurs pas à l'envie de corriger légèrement le ponrait hagiographique que tU en fais en rappelant que Léa, prêt à sacrifier son temps et même sa vie pour les peuples, ne condescendait pas souvent à se mêler aux difficultés des simples mortels qui pouvaient être ses proches. Ce fut sa grandeur de penser haut sans jamais abaisser le regard. Mais tout cela ne peur être dit sous peine de sembler exprimer une critique à l'égard de quelqu'un qui, et cela tu l'as magnifiquement souligné, n'exigeait rien de personne et était, dès lors qu'il s'agissait de grandes causes, prêt à tour donner. Affectueusement à toi et bien sûr fidèlement au souvenir de Léa."

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Un défenseur des causes
Jean-Marc Fedida. avocat

Lorsque l'humble fonction judiciaire, si vilement variante, de l'avocat rencontre les idées du temps, c'est le monde qui devient un prétoire. La parole du plaideur, libérée de ses enclos poussiéreux se fait politique, elle écarte les murs et brise les barreaux des prisons de nos frères. Le verbe, manié par le défenseur dans l'enceinte judiciaire, est comme un fauve sur la piste du cirque: il se tient sagement assis sur un tabouret en paillettes, et, au moindre claquement de la cravache, il prend son élan et surgit dans les cerceaux de feu. Lavocat, à l'audience, est un dompteur, son éloquence est le produit de ses tours, il fait danser des ours, se coucher des tigres et bondir des lions de cerceau en cerceau. En dehors de l'audience, le dompteur est nu et les fauves sont en liberté. Sa robe ne lui sert plus d'armure et les griffes des fauves sont tranchantes. C'est pourquoi, il en est tant qui, à l'inconfort du danger de la libre parole, préfèrent la tranquille audience de justice. Il en est tant qui, aujourd'hui, pensent qu'être avocat consiste simplement à venir plaider devant les tribunaux et les cours, et qu'une fois accomplie cette tâche, l'artisan peur plier son métier. Léa Matarasso, pour moi, était aussi à l'aise dans le cirque et en dehors. Ses fauves, il les maîtrisait à la perfection, ils lui obéissaient au doigt et à l'œil, que ce soit sous le regard d'un juge ou sous celui d'une assemblée venue l'écouter plaider pour le droit des peuples. Ainsi les mots d'Henri Alleg connurent la liberté portés par Léa; ainsi, Ben Barka et Henri Curiel, tous deux assassinés, eurent-ils, du vivant de leur combat et au-delà, un défenseur à la juste mesure de leurs causes. Avec Léa, nous avions le sentiment que le rôle de l'avocat ne se jouait pas seulement dans l'enceinte judiciaire, mais que le prétOire, c'était partout où il y avait des idées à sauver, des libertés à gagner; ce pouvait être, bien sûr, la barre, mais aussi une table de cuisine, ou un couloir, bref partout où se créait, par sa présence, un espace de conviction.

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