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Plaidoyer pour une démocratie populaire

De
270 pages
Si le caractère des droits de l'homme et de la démocratie représentative peut être contesté et suscite dans certains pays des rejets violents, c'est peut-être qu'il s'agit de produits singulièrement occidentaux. Il s'attache à analyser les conditions de notre système de gouvernement, à dénoncer sa prétention démocratique. Ce plaidoyer pour une vraie démocratie réinterroge l'idée de représentation.
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Pascal Mounier ns contemporaines QvènemetlaanMpteesifruoPenuentOudoférPemrdenUécmoLcoarsnittAutiteiInodiRenlcreEelet PLAIDOYER POUR UNE DÉMOCRATIE
Questions contemporaines
PlaidoyerpourunedémocratiepopulaireManifestepouruneréformeconstitutionnelleetl’avènementd’unedémocratiedirecte
Illustrationdecouverture:inspirédeLaLibertéguidantlepeupled'EugèneDelacroix
©L’Harmattan,20155Ͳ7,ruedel’Ecolepolytechnique,75005Parishttp://www.harmattan.frdiffusion.harmattan@wanadoo.frharmattan1@wanadoo.frISBN:978Ͳ2Ͳ343Ͳ06566Ͳ3EAN:9782343065663
PascalMounierPlaidoyerpourunedémocratiepopulaireManifestepouruneréformeconstitutionnelleetl’avènementd’unedémocratiedirecte
L’Harmattan
Questions contemporaines Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland et Jean-Paul Chagnollaud Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Philippe JOURDAIN,Pour un humanisme durable, 2015. Michel MENEAULT, Jean-Claude AUZOUX,Pour une aide au développement enfin efficace et durable, 2015. Arno MUNSTER,Jean Jaurès : un combat pour la laïcité, la République, la justice sociale et la paix, 2015. Alain DULOT,Impasse de l’école. Réflexions sur une institution en panne, 2015. Cyril BOISNIER,Les sociétés foncières entre finance et ville durable, 2015. Michel MANAVELLA,L’individu : raison d’être de l’humanité, Pour un anarchisme humaniste,2015. Steve GADET,Dieu et la race aux Etats-Unis : Le pouvoir politique de l’Eglise Noire, 2015. Louise FINES,Le jeu de la collusion, Entre sphères légales et réseaux illégaux, 2015. Jean PETIT,La bataille de Notre-Dame-des-Landes, éléments de langage, 2015. Thierry CHARLES,Les nouvelles perspectives de la souveraineté, 2015. Jean-Christophe TORRES,L’école et les valeurs, Variations sur la difficulté éducative,2015. Emilija PUNDZINjTƠ,Diplomatie de l’arrogance. Le cas de la Russie dans les pays baltes, 2015.
«Voter,c'estabdiquer;nommerunouplusieursmaîtrespourunepériodecourteoulongue,c'estrenonceràsapropresouveraineté.Qu’ildeviennemonarqueabsolu,princeconstitutionnelousimplementmandatairemunid’unepetitepartderoyauté,lecandidatquevousportezautrôneouaufauteuilseravotresupérieur.VousnommezdeshommesquisontauͲdessusdeslois,puisqu’ilssechargentdelesrédigeretqueleurmissionestdevousfaireobéir.»ÉliséeRECLUS(LettreadresséeàJeanGRAVE,26septembre1885)
Sans doute suis-je d’un naturel pessimiste ; sans doute suis-je trop coutumier de certaines outrances, mais je crois à la vertu pédagogique du trait forcé, et je sais qu’il faut parfois élever la voix ou durcir le ton pour être entendu dans une société marchande où nous sommes tous dressés à vivre distraits par des bruits de fond qui empêchent notre concentration et émoussent notre sensibilité à la vie. Quand même ! Nous avons, d’une certaine manière, pris la mesure de labanalité du 1 malet eu la confirmation par Auschwitz et Hiroshima que l’intuition d’HERACLITEétait juste quand il pensait l’unité des contraires : le bien et le mal, le jour et la nuit, la lumière et l’obscurité, ou encore le 2 masculin et le féminin . En chaque occurrence, ce ne sont nullement des concepts dissociés qui s’opposent ; car le jour est inconcevable sans la nuit, la lumière sans l’obscurité qu’elle perce, et l’un et l’autre de ces mots appariés constituent la même unité sémantique ; et c’est le jour-nuit que nous devons plus justement appréhender comme concept dual, mais insécable – unité des contraires. C’est ainsi, pareil, que tout
1. J’aurai dans cet essai plus d’une fois l’occasion de faire référence aux analyses d’Hannah ARENDTet le lecteur jugera si, sur la forme et sans jugement de valeur, ce parrainage peut fonctionner au-delà des simples références citées. 2. Si je n’avais pas le souci de me tenir sur une trajectoire aussi droite que possible, je pourrais, sans trop vagabonder, faire une incise sur la dualité homme/femme de l’humanité, aujourd’hui contestée par les sectateurs de la théorie du genre avec la complicité d’une grande partie de la classe politique. Car cette déconstruction anthropologique, cette oblitération des lois naturelles opérée au prétexte de libération, d’affranchissement, mais qui n’est qu’une aliénation parmi d’autres, est un autre visage de cette crise de notre modernité qui est bien l’un des sujets de ce livre. - 7 Ͳ
progrès est aussi regrès, et que la question métaphysique de l’existence du mal peut se résoudre mêmement de manière spinoziste ou kantienne, soit par la négation du Mal, donc du Bien, comme réalité morale, ou bien par la « simple » hypothèse de l’existence de Dieu. Car, cette seconde option retenue, la question reformulée devient alors celle de la pertinence du concept dual du bien-mal, autrement dit de la « morale transcendantale », c’est-à-dire soluble par l’existence d’une intelligence téléologique, untéléologos, ce qu’il est convenu d’appeler Dieu. Pure tautologie. L’idée de progrès est donc du domaine spirituel, une idée d’abord religieuse, d’accomplissement, une croyance en notre capacité à réaliser nos projets, c’est-à-dire à nous réaliser dans ces projets, à aller quelque part, en un lieu qui serait non pas unoutopos, une utopie, mais 3 uneutopos; mais cette croyance, comme toutes, est bâtie sur un désir 4 – à moins qu’elle ne procède d’une peur – dont la quête de l’origine n’est pas ici le sujet. Pourtant, la question de la faillite, réelle ou e e ressentie comme telle, du projet moderne élaboré aux XVI et XVII siècles et porté brillamment par les Lumières est centrale dans cet essai sur la démocratie et la possible refondation de notre système politique. L’Histoire, au sens où les marxistes l’entendent, n’existe pas, l’historicisme n’étant qu’une autre idéologie ; je veux dire l’histoire comme dynamique insurmontable, axiologie temporelle à laquelle on ne saurait échapper et qui s’orienterait toujours suivant l’axe du progrès conditionnant notre devenir en lui donnant sens. Et cette axiologie serait constitutive d’une eschatologie politique, croyance puérile en des lendemains qui chantent dans une Jérusalem terrestre et communiste, 5 ou dans le meilleur des mondes possibles promis par Adam SMITH. L’Histoire n’existe pas, si ce n’est dans la nécessaire corruption des choses, dans l’inéluctable devenir décadent des civilisations ; et le temps historique n’est, dans sa structure, ni continu ni régulier, ni par
e 3. Je reprends les néologismes forgés au XVI siècle par MORE: un lieu, untoposqui se serait pas qualifié par la préposition négativeou,par celle qui promet le mais bonheureu. 4. Mais le désir et la peur ne constituent-ils pas aussi un concept dual ? 5. La référence à HUXLEYserait ici moins pertinente. - 8 Ͳ
ailleurs dans sa trajectoire, linéaire ou circulaire. Il n’y a pas de sens historique à l’advenue des choses, mais des volontés humaines qui se heurtent et s’opposent à des phénomènes dont il est vain de chercher à distinguer les dimensions naturelles ou artificielles – car l’homme fait partie de la nature et je me demande parfois pourquoi l’action de l’homme n’est pas considérée comme naturelle alors que celle de l’abeille ou du castor le serait ; il n’y a pas defatum, mais des concaténations trop complexes pour être prédites ou comprises autrement qu’après coup et dans lesquelles les causalités trouvent leurs limites. Il n’y a que des faits plus ou moins explicables, après coup, que de la vie et de la mort – concepts indissociables –, du désir et de l’entropie. Il n’y a ni passé, ni présent, ni futur, autrement que sur le registre de l’invention, du récit. Le passé n’existe en effet que sous la forme d’un souvenir mensonger qui se fige entre déni et mythe, le présent n’a, lui, ni épaisseur ni existence, et le futur n’est qu’un fantasme ou une promesse. Et notre monde occidental est dégénérant, décadent ; et qu’est-ce que la décadence, si ce n’est la pourriture d’une civilisation ? Notre sympathique et confortable planète bleue a nourri sur sa peau de nombreuses civilisations : Sumer, Babylone, l’Égypte, la Perse, la Grèce, l’Empire Romain, la Chine, l’Europe Chrétienne, l’Occident judéo-chrétien, mais aussi les civilisations précolombiennes ou amérindiennes, et bien d’autres – l’Atlantide, peut-être. Les civilisations, comme les organismes biologiques, naissent, se développent, connaissent une phase de maturité, puis elles pourrissent et disparaissent pour être remplacées par d’autres qu’elles jugent barbares à l’aune de leur préciosité ; ou, si l’on préfère cette autre métaphore, comme un feu qui après avoir éclairé le monde faiblit, s’épuise, et finit par s’éteindre, quelquefois soufflé par un courant d’air frais trop violent. La décadence, c’est cette fin de cycle descendante où le souvenir d’un passé lumineux n’est plus qu’une caution, un prétexte, une excuse morale à l’inaction. Et nous sommes entrés dans cette phase descendante ; et le nihilisme que l’on voit partout à l’œuvre n’est que la forme morale de cette
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