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La traduction poétique amazighe

De
246 pages
Traduire de la poésie amazighe est un exercice périlleux car il faut penser en plusieurs langues et sonder diverses cultures en même temps. C'est aussi une mission à haut risque car il s'agit d'aller aux confins d'une tradition poétique orale qui ignore la fixité de l'écriture. Cet ouvrage vise à jeter les bases d'une traduction poétique susceptible d'éclairer les rapports interculturels de la langue et de la culture amazighes. Il offre une réflexion traductologique sur la manière d'aborder le sens et l'essence des textes publiés dans les langues minorées.
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La tƌaducIoŶ poéIƋue aŵazighe
anhakeia
La tƌaducIoŶpoéIƋue aŵazighe
Hassan Banhakeia
La tƌaducIoŶ poéIƋue aŵazighe
La traduction poétique amazighe
Collection Traductologie Directeur : Mathieu Guidère
La collectionTraductologiepublie des ouvrages qui traitent des questions de la traduction et de l’interprétation dans une perspective multilingue, interculturelle et intersémiotique. Elle s’intéresse à toutes les problématiques qui concernent les tra-ducteurs dans l’exercice de leur métier et les spécialistes du langage dans l’analyse des traductions. Elle est ouverte à toutes les approches théoriques et méthodologiques, appliquées à tous types de textes traduits. Elle se donne un double objectif : d’une part, promouvoir des recherches actuelles menées sur la traduction écrite, orale et audiovisuelle ; d’autre part, publier des jeunes chercheurs dont les travaux mériteraient une plus large diffusion. Les études traductologiques sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive les recherches interdisciplinaires suscep-tibles d’éclairer la complexité d’un domaine au contact des langues et en mutation constante. Dans tous les cas, il s’agit de révéler la richesse et la diversité des approches actuelles des phénomènes liés à la traduction et à l’interprétation dans un monde globalisé et interconnecté.
La collectionTraductologieest dotée d’un comité scientifique et d’un comité éditorial qui examinent de façon anonyme les travaux soumis. La publication des travaux acceptés n’est soumise à aucune contribu-tion financière des auteurs.
Déjà parus Guidère Mathieu,Traductologie et géopolitique, 2015. Guillaume Astrid,Idéologie et traductologie, 2016.
Hassan BANHAKEIA
La traduction poétique amazighe
© L’HARMATTAN, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.fr ISBN : 978-2-343-10838-4 EAN : 9782343108384
Du même auteur
Tutlayt Tarifit, gramatica i lexic, (en collaboration), Servei de Publicacions de UAB, Barcelone, 1995. Llibertats tatuades,poèmes, Jardins de Samarcanda, Barcelone, 1996. Iles-inu(III),Université de Tilburg, Hollande, 2000. Le Maure errant,Trifagraph, 2001. Traduction du recueilIvembab yarezzun x wudem-nsen… d’Ahmed Ziani, 2003. L’enseignement de l’amazigh, Editions Tawiza, 2011. L’amazighité en question, Editions Tawiza, 2011. L’histoire de l’homme qui était cadavre, Editions Tawiza, 2012. L’enfant barbare, Editions Tawiza, 2012. De la récriture à la réception, Publications de la FP Nador n°1, 2013. Traduction du recueilCahrazadde Karim Kannouf, 2013. Mots et maux (essai sur les récits de voyage en Afrique du Nord),Editions Tawiza, 2013. La traduction de la poésie, des problèmes théoriques à la praxis traductive, de la théorie à la pratique, Publications de la FP Nador n°2, 2015. Histoire de la pensée nord-africaine, L’Harmattan, 2016.
A ma femme Sanae
Avant-Propos
Les textes réunis dans cet ouvrage sont le fruit d’un plaisir intellectuel qui a duré plusieurs années, se manifestant comme une visite régulière d’œuvres dans l’intention d’en extraire de belles copies. Divers auteurs de la littérature universelle sont traduits en amazigh, et des poètes locaux sont rapportés en français, en castillan ou en catalan. Les traductions sont conçues comme une pratique fragmentaire, servant à expliciter les points complexes de la méthode proposée. Elles ne prétendent pas dévoiler les dessous de la traduction poétique, ni même en parachever un modèle, loin encore présenter une démarche conceptualisante. Tout au plus nous tentons d’appréhender quelques éléments de ces poèmes traduits, de les déconstruire à la lumière de l’observation, de la description, de la comparaison et de la pratique, bien que la tâche soit souvent dite épineuse.
Pour l’amazigh, la traduction des textes pragmatiques (politique, économie, administration…) n’est pas d’actualité du fait que cette langue fait école buissonnière, mais il serait urgent d’axer plutôt sur des textes littéraires. Traduire un chef-d’œuvre français vers l’amazigh comporte des exigences à travers lesquelles apparaissent divers problèmes linguistiques et culturels. Il revient au traducteur de les débattre, de les analyser et de faire enfin des propositions. Le choix de la traduction du poème entre l’espace « minoré » et l’espace « consacré » dans ses différentes expressions, est motivé d’un côté par le fait que l’amedyaz (le poète) continue à être le prince des créateurs dans la littérature nord-africaine où la poésie tient la part du lion, et de l’autre par l’esquisse d’un comparatisme entre les deux poétiques. Cela servira à s’approprier les deux espaces, mais surtout à s’intégrer en résonance dans le propre.
Par ce travail, nous espérons, à partir des réflexions et du corpus présenté, jeter des bases de traduction susceptibles de poser la
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culture et la langue amazighes dans des rapports interculturels. Cette étude n’est pas une lecture critique des centaines d’œuvres traduites dans le domaine nord-africain, mais elle répond surtout à une carence dans la traductologie au sein des études amazighes, venant pour proposer, en plus d’une contribution appropriée aux langues minorées, des exemples pratiques. La tradition « berbère » est fort connue pour la traduction des corpus avant l’analyse dans différents champs (phonétique, lexicographie, grammaire, sociolinguistique...), présentant des traductions littéralistes afin d’exploiter les bases de la langue. Le travail se veut plutôt un désir complexe, relativement objectif et enclenché pour « serrer de près » le fait littéraire étranger, tout en tendant à visiter de nouveaux territoires sans jamais perdre ses origines. Cette objectivité sera-t-elle sentie par le destinataire qui ignore tant de choses sur la culture en question ? Si les explications, les commentaires et les analyses déblaient la réception d’un sonnet anglais ou français, la traduction devient, par conséquent, un exercice moins difficile. Le cas n’est pas le même pour la tradition poétique marocaine, relativement désapprise par les critiques et les lecteurs.
Enfin, ce travail se focalise sur la langue amazighe, mais nous entendons, par un tel projet, parler également d’autres langues minorées qui connaissent la même situation. La traduction se veut réappropriation d’un univers en « déperdition », en multipliant les ouvertures sur l’étranger consacré, avec des poètes castillans, français et anglais qui sont versifiés en amazigh. L’on découvre précisément par le biais de la traduction poétique les trésors de la tradition humaine qui se découvre dans différentes manières d’être au-delà des préjugés, l’on défait avec amour la langue en mille labyrinthes pour se retrouver dans des réseaux de signification de l’Autre. Les textes d’arrivée et de départ entretiennent ainsi diverses correspondances, peut-être concordantes peut-être discordantes, mais les cultures et les langues s’entrechoquent sur le pont de la fusion harmonieuse (traduction), poussant librement tantôt vers la rive gauche, tantôt vers la rive droite. Eclectiques et munis de bonnes intentions, les traducteurs viennent justement pour enrichir ou déformer l’œuvre, et au marché de fixer enfin les circonstances et les modalités d’un tel choc interculturel.
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Introduction : Traduction Poétique et Langue minorée
Faut-il avoir peur de mal traduire ? Il n’y a pas de traduction idéale, ni de traduction fidèle au premier texte. Les équivalences sont recherchées et proposées comme des possibilités entre l’original et la traduction. Du français à l’amazigh, et vice versa, qui sont deux langues fort éloignées l’une de l’autre de par leur histoire, leur origine et leur typologie, surgissent non seulement un espace de convergence, mais aussi un système de correspondances. Ainsi, au regard d’une réception nullement positive, il y a l’écueil de la dévalorisation de la langue minorée, et la légitimité de traduire un texte consacré en langue « inutile » vue comme une aberration. L’amazigh, en tant que «less translated language», connaît ces remous à travers l’histoire, et juste après une prise de conscience de ses parlants que la langue et la culture commencent à s’ouvrir sur le monde, à être traduites…
Partant, seule la posture du traducteur compte ; il entend découvrir deux mondes et les mettre dans des rapports connivents, au-delà des préjugés. Les contacts naissent alors, et des transferts entre deux représentations du monde s’établissent bien qu’elles soient, parfois, diamétralement opposées. L’apport des théories à concilier une langue consacrée et une autre minorée dans l’exercice de la théorie est relativement infime. De là, la traduction vers la langue minorée implique un renouvellement du cadre théorique.
Mal traduire un poème relève plus de la nature du genre lui-même que des dispositions prises par le traducteur. A son jugement, la poéticité est inhérente aux œuvres. La tâche n’est pas quand même impossible : des recueils célèbres sont traduits, et parfois la copie équivaut à l’original.
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