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La variation du français dans les espaces créolophones et francophones (Tome 1)

De
252 pages

Ce premier volume présente les questions liées à la variation du français dans les domaines de la phonétique, de la phonologie et du lexique, sur les terrains de la France, de la Belgique et des départements d'Amérique.

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Ajouté le : 01 avril 2013
Lecture(s) : 53
EAN13 : 9782296534759
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Sous la directionLa variation du français
de Gudrun Ledegendans les espaces créolophones
et francophones
Ce premier volume présente les questions liées à la variation du français
dans les domaines de la phonétique, de la phonologie et du lexique, sur les
terrains de la France, de la Belgique et des départements d’Amérique. La variation du français
Réunissant les contributions d’éminents conférenciers pléniers et de
chercheurs de renom international participant au projet international dans les espaces créolophones« Phonologie du français contemporain » (www.projet-pfc.net) et au
réseau Étude du français en francophonie de l’Agence universitaire de l a
francophonie (www.ef.auf.org), cette rencontre est l’occasion de et francophones
comparaisons, observations et analyses menées sur des terrains
géographiquement proches dans diférentes situations de contact de langues,
avec une place toute particulière pour le mitchif, l’une des rares langues
vraiment « mixtes ». France, Europe et Amérique
Tome IGudrun Ledegen est maître de conférences à l’université de Rennes 2 et
membre du Laboratoire PREFics – EA 4246. Ses recherches portent sur la
sociolinguistique, la syntaxe et la prononciation du français parlé, et les langues
en contact (français-créole), prenant appui sur la base de données orales Valirun
(variétés linguistiques de la Réunion).
ISBN : 978-2-336-29296-0
24,50 e
La variation du français
 Sous la direction de Gudrun Ledegen
dans les espaces créolophones et francophones - Tome I




LA VARIATION DU FRANÇAIS
DANS LES ESPACES CRÉOLOPHONES
ET FRANCOPHONES

France, Europe et Amérique














En hommage à Sarah Leroy






















© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-29296-0
EAN : 9782336292960Sous la direction de
Gudrun LEDEGEN





LA VARIATION DU FRANÇAIS
DANS LES ESPACES CRÉOLOPHONES
ET FRANCOPHONES

France, Europe et Amérique


Tome 1









Espaces discursifs
Collection dirigée par Thierry Bulot

La collection Espaces discursifs rend compte de la participation des
discours (identitaires, épilinguistiques, professionnels…) à l’élaboration/
représentation d’espaces – qu’ils soient sociaux, géographiques, symboliques,
territorialisés, communautaires… – où les pratiques langagières peuvent être
révélatrices de modifications sociales.
Espace de discussion, la collection est ouverte à la diversité des terrains,
des approches et des méthodologies, et concerne – au-delà du seul espace
francophone – autant les langues régionales que les vernaculaires urbains, les
langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance ;
elle vaut également pour les diverses variétés d’une même langue quand
chacune d’elles donne lieu à un discours identitaire ; elle s’intéresse plus
largement encore aux faits relevant de l’évaluation sociale de la diversité
linguistique.

Derniers ouvrages parus

Thierry BULOT, Valentin FEUSSI (dir.), Normes, urbanités et
émergences plurilingues (parlers (de) jeunes francophones), 2012.
Jacky SIMONIN, Parcours d’un sociolinguiste. Banlieue Nord de
Paris/La Réunion, 2012.
Assia LOUNICI, Nabila BESTANDJI (dir.), Dynamiques socio-
langagières de l’espace algérois. Discours et représentations, 2012.
Rada TIRVASSEN (dir.), Langages de jeunes, plurilinguisme et
urbanisation, 2012.
Cécile GOÏ (dir.), Quelles recherches qualitatives en sciences
humaines ? Approches interdisciplinaires de la diversité, 2012.
Claudine BALSIGER, Dominique BÉTRIX KÖHLER, Jean-
François DE PIETRO et Christiane PERREGAUX (dir.), Éveil aux
langues et approches plurielles. De la formation des enseignants aux
pratiques de classe, 2012. Gudrun LEDEGEN
Université de Rennes 2 - PREFics – EA 4246


INTRODUCTION
LA VARIATION DU FRANÇAIS
DANS LES ESPACES CRÉOLOPHONES
ET FRANCOPHONES



Le laboratoire Langues, textes et communication dans les
espaces créolophones et francophones (LCF-UMR 8143 du
CNRS) et le Centre de Recherches Littéraires et Historiques de
l’Océan Indien (CRLHOI) de l'Université de la Réunion ont
organisé le colloque international La variation du français dans
les aires créolophones et francophones à l’Université de la
Réunion du 3 au 6 juin 2009. Ce colloque s’inscrivait dans les
activités scientifiques du projet international Phonologie du
Français Contemporain (www.projet-pfc.net) et du réseau
Etude du français en francophonie de l’Agence universitaire de
la francophonie (www.eff.auf.org).

Le colloque a été l’occasion de comparaisons, observations
et analyses menées sur les terrains géographiquement proches
(Réunion, Maurice) autant qu’avec d’autres communautés de
l’outre-mer français de la zone Caraïbe (Antilles, Guyane), et
divers territoires comportant des situations de langues en
contact (Amérique du Nord, Afrique Noire, Afrique du Nord,
France métropolitaine, etc.).
L’objectif principal de cette rencontre était d’explorer les
conséquences pour les structures linguistiques – tout
particulièrement pour la phonétique et la phonologie – du
contact entre le français et d’autres variétés linguistiques. Ont
été privilégiées les thématiques suivantes : le français en contact 6 La variation du français
avec des adstrats galloromans (France, Wallonie, Suisse
romande), avec des langues germaniques (Belgique, Suisse,
Canada, U.S.A.), avec des créoles (Antilles, Océan Indien),
avec l'arabe et le berbère (Maghreb, Machrek), avec les langues
d'Afrique subsaharienne et de Polynésie, ...
Les conférenciers pléniers réunis étaient Robert Chaudenson
(Université de Provence), Robert Papen (Université du
Québec), Douglas Walker (Université de Calgary) et Jean-
Philippe Watbled (Université de la Réunion), témoignant du
caractère fortement international du colloque.

L’organisation de l’ouvrage suit dans un premier temps les
zones géographiques étudiées par les diverses contributions : la
Partie I. traite de la France métropolitaine et européenne dans
toute sa variation : J. Durand & C. Lyche, C. Soum, Ph. Martin
et J.-Ph. Watbled ; dans cette même partie, pour la zone
occitane et méridionale en particulier : A. Chabot,
T. Meisenburg et C. Rittaud-Hutinet. La francophonie en
Belgique est ici analysée par S. Audrit.
La Partie II aborde les départements français d’Amérique :
les différentes variétés de français du Canada (D. Walker,
J. Tennant), avec une place toute particulière pour le mitchif,
l’une des rares langues vraiment « mixtes » (R. Papen).
Le deuxième tome présente la Partie III, consacrée aux
zones créolophones : en général (R. Chaudenson), les terrains
de la Guyane, de la Guadeloupe et de Maurice en particulier
(respectivement S. Barnèche, E. Pustka, A. Carpooran).
La Partie IV réunit les études sur les français d’Afrique : le
français d’Afrique du Nord, plus spécifiquement le terrain
algérien (F. Cheriguen & S. Leroy) et d’Afrique Noire, avec
l’étude du Mali (C. Lyche & I. Skattum).
Dans un dernier volet (Partie V) sont regroupées les
contributions de l’atelier consacré au problème de la prise en
compte des données phonétiques et phonologiques qui sont
intégrées dans la Banque de données lexicographiques

Introduction 7

panfrancophones (www.tlfq.ulaval.ca/bdlp) de l'AUF: le
problème de l'adaptation phonétique-phonologique des mots
d'emprunts aux langues d'adstrat a reçu une attention toute
particulière (O. Massoumou, J.-F. Smith, A. Thibault).

Divers champs de la phonologie et du lexique du français,
ainsi que les problématiques du contact de langue ont été
explorés. Ce colloque a été l’occasion de confronter des points
de vue émanant de spécialistes de diverses régions de la planète,
animés par une même passion pour les aires francophones et
créolophones.




Partie I
La France métropolitaine
et l’espace européen Jacques DURAND
CLLE-UMR5263, CNRS & Université de Toulouse, et Institut
universitaire de France
Chantal LYCHE
Université d’Oslo et de Tromsø (Norvège)


PFC ET LES FRANÇAIS PÉRIPHÉRIQUES




Introduction
La variation, longtemps traitée en linguistique théorique
comme un trouble-fête, fait désormais l’objet d’études
nombreuses dans des cadres théoriques divers. Le projet PFC
« Phonologie du français contemporain : usages, variétés et
structure » (http://www.projet-pfc.net/) l’a placée au cœur de
son dispositif de recherche. Comme le souligne le nom du
projet (que nous concevons plutôt comme un programme), nous
nous donnons pour objectif la description de la prononciation
du français dans la réalité des usages et dans la diversité de ses
variétés. Le terme ‘phonologie’ qui a été choisi ne doit pas être
pris dans un sens restrictif, exclusif, opposé à la phonétique. Au
contraire, l’expérience démontre que phonologues et
phonéticiens collaborent parfaitement au sein du projet.
Deuxièmement, le choix des termes ‘usages’, ‘variétés’ et
‘structure’ n’est pas anodin. Nous essayons à partir d’un
protocole uniforme appliqué dans tous les points d’enquête de
saisir la communication linguistique dans la diversité de ses
usages. Sans aucun doute, notre méthode n’appréhende qu’une
partie infime de cette diversité mais elle cherche à s’approcher
de l’usage spontané de la langue tout en reconnaissant que les
situations linguistiques provoquent des différences pertinentes
de « style » ou de « registre » dont nous captons une sous-12 La variation du français
partie. Le terme de « variété », quant à lui, nous permet de
court-circuiter les problèmes infinis qui entourent la notion de
langue. Toute communauté linguistique où le français est perçu
par les sujets comme langue première ou véhiculaire peut se
retrouver dans notre programme de recherche. Et, par extension,
des communautés où le français minoré au cours de l’histoire
s’est recomposé sous d’autres sigles peut faire l’objet
d’enquêtes PFC si le besoin s’en fait sentir. On peut se
demander où est la limite : peut-on vraiment décrire des variétés
créoles ou créolisantes avec les méthodes que nous appliquons à
certains groupes qu’on peut considérer comme utilisant le
français dit de référence ? Nous ne prétendons pas que ces
limites n’existent pas. Ce que nous affirmons est que le
programme PFC permet désormais de décrire de nombreuses
variétés du français dans le monde à partir d’une méthodologie
uniforme et de démontrer qu’il y a de la structure derrière le
foisonnement des usages.

Le programme PFC
Rappelons brièvement les grands principes du programme
PFC dont la méthodologie a été explicitée dans un ensemble de
travaux antérieurs (par ex. Durand, Laks et Lyche, 2002,
Durand et Lyche, 2003, Durand, Laks et Lyche, 2005). Parmi
les objectifs principaux du programme PFC, soulignons notre
ambition de construire, à partir d’une méthodologie commune,
une base de données qui comprenne un large éventail de
variétés de français. Si PFC s’inscrit dans la tradition des
grandes enquêtes phonologiques en offrant un maillage
linguistique relativement serré, il s’en est distingué dès sa
conception par son souci d’incorporer ce qu’il est convenu
d’appeler les français hors de France (Valdman, 1979) ou
français périphériques (Pöll, 2001). Ainsi, la Suisse, la
Belgique, l’île de la Réunion et la Côte d’Ivoire ont été parmi
les premières enquêtes accessibles et consultables en ligne.
Nous disposons à ce jour de trois points d’enquête en Belgique

PFC et les français périphériques 13

(Gembloux, Liège, Tournai), de trois également en Suisse
(Nyon, Genève, Neuchâtel), de 4 enquêtes en Amérique du nord
(Québec, Windsor (Ontario), Calgary (Alberta), Ville Platte
(Louisiane)), d’une enquête en Algérie, de 5 enquêtes en
Afrique sub-saharienne (Abidjan (Côte d’Ivoire), Ouagadougou
(Burkina Faso), Bamako (Mali), Bangui (République
démocratique du Congo), Dakar (Sénégal)) et d’un point
d’enquête à l’Île de la Réunion. L’incorporation d’une vingtaine
de points d’enquête hors de l’Hexagone garantit au projet une
dimension diatopique d’une grande originalité. Aucun projet de
cette envergure n’a jusqu’à présent proposé une couverture
géographique de cette ambition. Ce soin apporté à l’aspect
diatopique a sans nul doute été initié par le premier objectif de
notre programme : fournir une meilleure image du français
parlé dans son unité et sa diversité. Est-il néanmoins légitime
d’appliquer une méthodologie conçue pour des situations
linguistique et sociolinguistique relativement stables et bien
circonscrites à des terrains aussi divers que les points
d’enquêtes cités ci-dessus ?

Le protocole PFC comprend en effet trois volets
impérativement mis en œuvre dans tous les points d’enquêtes :
un enregistrement qui vise à dégager quatre modalités
d’expression orale, une transcription orthographique et un
1codage partiel des données transcrites. Chaque témoin se
soumet à deux tâches de lecture (une liste de 94 mots et un
texte), une conversation dite semi-dirigée avec une personne
qu’il connaît peu et une conversation libre avec un familier. La
liste de mots, le texte et cinq minutes de chaque conversation
2sont transcrits orthographiquement, ils sont ensuite codés pour
le schwa et la liaison à l’aide d’un système de codage

1 Le nombre des témoins varie de 8 à 12 selon les enquêtes ; ils sont divisés en
trois tranches d’âge et l’équilibre entre les sexes est maintenu.
2 Le codage n’est pas appliqué à la liste de mots.
14 La variation du français
alphanumérique. L’application stricte du protocole dans tous les
points d’enquête assure la robustesse et la comparabilité des
données, et de ce fait ne souffre aucune exception : il s’agit de
ce que l’on pourrait qualifier de couche zéro des données
accessibles pour une exploitation ultérieure.
La diversité des usages et des situations exige néanmoins
une approche modulée qui, sur la base de ce protocole commun,
permet d’élargir le terrain d’investigation et prend en compte
les spécificités du terrain.

Elargir le terrain linguistique
Lors de l’élaboration du protocole, trois domaines
phonologiques ont été privilégiés : le système phonémique, le
schwa et la liaison. La liste de mots et le texte ont ainsi été
conçus afin d’établir un premier inventaire phonologique des
locuteurs. La liste de 84 mots suivis de 10 paires minimales
permet de traiter les grandes oppositions vocaliques en syllabe
finale de mot (par ex. épais vs. épée, jeune vs. jeûne, roc vs.
rauque, etc.). La plupart des mots sont repris d’études
antérieures, ce qui permet d’envisager, le cas échéant, les
changements linguistiques achevés et en cours. Certains
pourraient objecter que la lecture d’une liste de mots suscite
chez le locuteur un degré élevé de conscience linguistique,
entraînant une prononciation très normée de sorte que les
résultats sont peu exploitables. Rappelons cependant que la
lecture de chaque item est précédée d’un chiffre dont la
prononciation moins surveillée est fort révélatrice. Par ailleurs,
les témoins dans leur diversité de comportement face à l’écrit
permettent à l’analyse de progresser très rapidement. Le format
rigide des listes de mots autorise des études acoustiques fines
comme celles entreprises par l’équipe d’Aix en Provence sous
la direction de Noël Nguyen pour l’élaboration de chartes
formantiques. Si la liste de mots, à elle seule, s’avère
insuffisante pour établir avec certitude l’inventaire
phonologique du locuteur, elle fournit néanmoins des

PFC et les français périphériques 15

indications précieuses. Un locuteur qui ne distingue pas les
paires minimales en fin de liste ou qui inversera les
prononciations par rapport à la réalisation des mots prononcés
isolément (par ex. jeûne prononcé [ øn] dans les paires
minimales et [ œn] dans la liste) n’aura pas intériorisé les
oppositions en question. A l’inverse, lorsqu’un locuteur oppose
jeune-jeûne aussi bien dans la liste que dans les paires
3minimales tout comme dans le texte , nous sommes en droit de
conclure que l’opposition existe probablement chez ce dernier.
La liste de mots ne couvre néanmoins pas tous les contextes
linguistiques de la même façon : relativement complète pour les
voyelles de type E ou A, elle ne prend pas en compte les
oppositions de longueur et s’avère lacunaire pour les voyelles
de type O. La question du maintien d’une opposition d’aperture
(/e- /) en syllabe ouverte finale a fait l’objet de nombreuses
études, en particulier depuis les travaux de Martinet, et la liste
de mots PFC autorise un état des lieux précis grâce aux mots
piquet, piquais, piquer, piqué (également épais-épée-niais-
aspect). Si aucun point d’enquête ne fait état de trois degrés
4d’ouverture , certains points d’enquête étudiés maintiennent une
opposition entre piqué-piquer (/e/) et piquais-piquet (/ /). Tel
est le cas de la Suisse (canton de Vaud, Andreassen et Lyche,
52009) et de Gembloux et Liège en Belgique (Hambye et
Simon, 2009), alors que dans le troisième point d’enquête
belge, à Tournai, ville proche de la France, ces oppositions sont
beaucoup plus fragiles (Hambye et Simon, 2009).

3 Un ensemble d’items de la liste de mots sont en effet repris dans le texte à
des fins comparatives.
4 Dans son étude de 1945, Martinet signalait que 20% des Français non
méridionaux faisaient une triple distinction piqué, piquet, piquait, la
proportion étant la plus élevée dans l’Ouest. Une triple opposition ne se
dégage nullement de nos données, quel que soit le point d’enquête.
5 L’opposition est néanmoins absente à Tournai, le troisième point d’enquête
étudié par Hambye et Simon (2009).

Q?Q?16 La variation du français
La liste de mots met en évidence la stabilité de ces
oppositions dans trois points d’enquête et autorise une
différenciation régionale au sein de la Belgique, mais elle ne
permet pas de faire le tour complet de la question et, plus
précisément, elle ne fournit aucun exemple de distinction
possible entre le futur et le conditionnel. Elle reste également
muette sur les phénomènes de longueur et sur les oppositions
/o- / en finale ouverte, traditionnellement présentés comme
caractéristiques de ces régions (Hambye, 2005, Métral, 1977).
Pour palier ces manques et traiter plus avant d’autres
phénomènes peu ou pas traités par la liste de base, l’équipe
belge (Hambye, 2005, Hambye et Simon, 2009) a élaboré une
liste complémentaire de 14 mots, dont les six derniers sont
donnés ci-dessous :

(1) Liste de mots, équipe Valibel
9. mot
10. maux
11. je mettrais
12. je mettrai
13. un ami
14. une amie

A cette liste s’ajoute un texte qui reprend les mêmes
phénomènes sans éveiller la conscience linguistique des
locuteurs.

(2) Texte Valibel
D’ailleurs, le maire espère, dans les jours à venir,
retrouver une situation plus sereine : être placé au devant de
la scène n’est pas toujours apprécié. Il voudrait ainsi ne pas
être sur les genoux lorsque sera entamée, au début du mois
de septembre, la construction de l’école de la rue des Petites
Haies. D’autant que la réalisation de cet édifice est devenue
son cheval de bataille. Il en dira bientôt quelques mots lors


lPFC et les français périphériques 17

d’une conférence de presse organisée avec la participation
de trois échevins. Mais ils ont d’ores et déjà laissé entendre
que la construction ne débuterait qu’une fois l’ancienne
poste vendue, soit à la région, soit à un particulier.

Dans la première enquête suisse, H. Andreassen
(Andreassen, 2003) a élargi la liste de mots de façon à tester
plus avant le phénomène de longueur dans le canton de Vaud.
Les résultats qui émergent présentent un paysage fort diversifié
(Andreassen, 2006, Andreassen et Lyche, 2009) : certaines
oppositions morphologiques sont exprimées par le biais de la
longueur de façon relativement stable en position antérieure
(mi-)fermée non arrondie (/e ~ e / né vs. née ; /i ~ i / ami vs.
amie), mais beaucoup plus labile avec les autres voyelles (nu vs
nue, vrai vs vraie ou bout vs. boue). La distinction de longueur
s’amuït de même dans certaines paires comme faites vs. fête.
L’érosion très sensible des oppositions de longueur suit un
mouvement en voie d’achèvement dans le reste de la France.
Martinet (1945) en parlant des paires belle/bêle, faite/fête,
écrivait : « De façon générale, dans la plupart des régions de
France non méridionale, l’opposition se maintient très bien dans
la première paire, assez bien dans la seconde ». Paris se
distinguait néanmoins et, pour presque la moitié des enquêtés,
faite et fête étaient homophones. La liste PFC, associée au texte
et à des listes/textes complémentaires, nous offre une image très
complète du paysage linguistique et révèle de véritables
changements.

Dans un tout autre contexte, celui de la cohabitation du
français avec le créole, la liste de mots et le texte se sont avérés
adéquats pour dégager les particularités vocaliques, mais
insuffisants dans le domaine consonantique et en particulier
pour le traitement du R. La liste complémentaire en (3) a de ce
fait été élaborée et lue par tous les témoins du point d’enquête à
l’Île de la Réunion (Bordal, 2006, Bordal & Ledegen, 2009).

18 La variation du français
(3) Liste complémentaire, Île de la Réunion
95. gagner 108. squelette
96. beurk 109. médecin
97. arrière 110. parc
98. cirque 111. tirelire
99. département 112. cire
100. stylo 113. part
101. hurle 114. bord de mer
102. porc 115. paire
103. cimetière 116. fortement
104. panier 117. port
105. peur 118. bidépartementalisation
106. perle 119. fourche
107. four 120. dur

Dans ce point d’enquête, l’équipe PFC n’a pas privilégié les
paires minimales mais s’est concentrée sur le traitement du R
dans des positions non documentées par la liste de mots de
base, en particulier en coda de syllabe, finale de mot ou non. On
peut ainsi constater que le R en position de coda est très souvent
élidé, pouvant laisser une trace vocalique sous la forme d’un
schwa. Le R modifie systématiquement le timbre de la voyelle
qui le précède : il allonge en effet le noyau vocalique, il ferme
les voyelles moyennes et postériorise le /a/. Sa disparition a
également pour effet de donner lieu à des suppressions de
schwa rares dans les autres points d’enquête : département,
bidépartementalisation, voient ainsi leur schwa supprimé, alors
que les voyelles de cimetière et médecin ont toutes les
caractéristiques de voyelles stables.
L’élision du R, fréquente dans les créoles aussi bien à base
anglaise que française (Tinelli, 1981), colore ainsi le français
régional de l’Île de la Réunion, langue seconde de la plupart des
locuteurs qui favorisent le créole pour la conversation courante.
Loin d’être contrainte par la norme hexagonale, cette élision
semble au contraire s’étendre (Bordal, 2006). En effet, des

PFC et les français périphériques 19

travaux antérieurs (Carayol, 1977) mettaient en évidence le
phénomène, mais son domaine d’application était circonscrit
aux voyelles antérieures. Dans l’enquête PFC en revanche, la
chute du R n’est plus cantonnée au contexte V[+ant]RC, elle
affecte toutes les voyelles sans distinction. Cette généralisation
de l’effacement va à l’encontre de la normalisation très sensible
à la Réunion, où le français régional, sous l’emprise du français
métropolitain, voit la lente érosion d’un ensemble de ses
caractéristiques (Bordal et Ledegen, 2009). Bordal (2006)
corrèle néanmoins les taux les plus élevés de chute au niveau
d’études des locuteurs ainsi qu’à leur faible pratique du
français : le taux d’élision moyen tourne autour de 70% alors
qu’il culmine à 96% chez un locuteur titulaire d’un BEP qui, de
par son métier (chauffeur de camion), ne s’exprime guère
quotidiennement en français.
La liste de mots en (3), quoique centrée sur la description de
l’élision de R, considère deux autres phénomènes : la présence
ou non de la consonne nasale palatale (95. gagner, 115. panier)
ainsi que la présence éventuelle d’une voyelle prothétique
devant le groupe sC à l’initiale de mots (100. stylo, 108.
squelette).
Les contextes linguistiques originaux envisagés ci-dessus
nous ont permis de montrer que le protocole PFC, en dépit
d’une approche a priori fort traditionnelle, autorisait
l’adjonction de modules à des fins d’études plus spécifiques.
Ces modules viennent compléter le protocole de base qu’ils ne
modifient en rien. La concertation entre les différentes équipes,
lorsqu’elle est possible, vient enrichir la comparabilité des
données : l’équipe suisse, désireuse de rendre compte d’un
ensemble de phénomènes présents également en Belgique, a su
profiter de la liste de mots et du texte élaborés pour le contexte
belge. Dans le même esprit, les différentes équipes du Canada
prennent en compte la première liste de mots complémentaire
conçue pour mettre la lumière sur une série de spécificités
canadiennes (Walker, 2003).
20 La variation du français
Aménagements du protocole : Afrique et Amérique du Nord
Dans certains pays d’Afrique et régions d’Amérique du
Nord, le français est langue seconde, si ce n’est troisième ou
quatrième, mais nous avons tenté d’y appliquer
scrupuleusement le protocole de base avec néanmoins certains
aménagements avérés indispensables lors de l’étude du terrain.
Il semble légitime de s’interroger sur la qualité des données
rassemblées dans ces conditions et sur la pertinence des
aménagements mis en place.
En Afrique (voir également Lyche et Skattum, ce vol.), le
français est le plus souvent acquis par le biais de l’école, mais il
l’est également au gré des contacts dans certaines interactions,
comme par exemple les jeunes qui l’apprennent sur les marchés
(Knutsen, 2007). Il existe de ce fait une population plus ou
moins analphabète qui possède une maîtrise de la langue non
négligeable. Or le protocole PFC exige deux tâches de lecture
qui, pour être utilisables, demandent de 8 à 10 ans de scolarité
dans le contexte africain (Boutin, Lyche et Prignitz, 2007). Se
trouve ainsi éliminée toute une partie de la population, ce qui
réduit considérablement la représentativité des données
recueillies. Rappelons néanmoins que le protocole PFC ne
prétend pas proposer une image complète d’un terrain
linguistique donné, et ceci encore moins en Afrique où la
pratique d’une ou plusieurs langues locales complexifie les
situations d’enquête.
Viser en terrain africain à la prise en compte de
l’exhaustivité des usages relève d’une certaine utopie et cet
objectif n’a jamais été envisagé par le programme PFC. Il
importe cependant d’obtenir pour tous les témoins un certain
degré de variation diaphasique, un objectif bien plus accessible.
Comme dans les autres régions, le registre formel s’impose
dans la conversation semi-dirigée lorsque cette dernière est
menée par une personne étrangère. Précisons par ailleurs que
dans le contexte africain, le français, langue officielle, est le
plus souvent cantonné aux relations avec l’administration et

PFC et les français périphériques 21

représente, par définition, la langue des interactions formelles.
Pour la conversation libre, les choix des équipes ont été régis
par les contextes locaux. De ce fait, nous ne disposons pas pour
tous les points d’enquête d’enregistrements en français. Cette
décision méthodologique, qui implique une véritable entorse au
protocole, se justifie par notre souci d’éliminer de notre corpus
les données trop artificielles. Dans quelques points d’enquête,
certaines techniques d’enquête ont permis l’accès à un registre
très détendu en français, mais cela n’a pas toujours été le cas. A
Ouagadougou (Burkina Faso), par exemple, l’enquêtrice s’est
servi d’un distracteur, la parenté à plaisanterie, dans la
conversation libre : « Il s’agit d’une forme d’insulte rituelle
entre certains groupes sociaux : les individus cibles de quolibet
doivent répondre sur le même ton de raillerie sans se fâcher. »
(Boutin, Lyche et Prignitz, 2007, note 13). Elle a pu ainsi
détourner l’attention des enquêtés de la situation
d’enregistrement. Dans le point d’enquête de l’Île de la Réunion
en revanche, nous avons peu d’entretiens libres en français.
L’enquêtrice n’a pas souhaité imposer le français dans les
conversations entre proches, et la plupart des conversations
libres sont ainsi en créole, la langue de la communication
courante. En français ou en créole, les données ont été
numérisées et le créole partiellement transcrit.
En Amérique du nord, la multiplicité des situations et des
usages impose également une réflexion méthodologique
soutenue. On y trouve en effet une situation de monolinguisme,
comme dans certaines régions du Québec, mais également un
état d’étiolement linguistique caractérisé par la présence de
locuteurs dont la maîtrise de la langue varie considérablement.
Dans ce dernier cas, le nombre de locuteurs natifs ne cesse de
baisser, leur éventail stylistique se restreint de plus en plus et la
langue s’éteint lentement. Telle est la situation de la Louisiane
où le français louisianais, malgré toutes les mesures mises en
place pour assurer sa pérennité, semble voué à disparaitre
22 La variation du français
6(Rottet, 2005) . Il s’ensuit qu’une enquête PFC en Louisiane
devra éliminer un nombre important de témoins potentiels si
7elle souhaite maintenir un certain éventail de registres .
Le plus grand défi que pose la Louisiane au protocole PFC
est néanmoins d’un autre ordre. Si en Afrique l’apprentissage
du français est le plus souvent lié à la scolarisation, rien de tel
en Louisiane où traditionnellement, le français s’est transmis
oralement et où la scolarisation ressort presque exclusivement
du domaine de l’anglais. La grande majorité des locuteurs qui
s’expriment aisément en français ne savent pas lire le français et
on ne saurait envisager de les soumettre à deux tâches de
lecture. Nous n’avons néanmoins pas exclu la Louisiane de
notre couverture géographique et avons opté en revanche pour
une adaptation du protocole à ce terrain particulier.
Pour obtenir la prononciation des mots de la liste, plusieurs
stratégies s’offrent à l’enquêteur. Il peut soit éliciter la forme
recherchée à partir de questions posées en français, soit faire
appel à des pictogrammes lorsque cela est possible, soit trouver
l’équivalent en anglais et demander au locuteur de traduire.
8Nous avons exclu les images pour des raisons de faisabilité, et
avons retenu essentiellement la traduction, supplémentée
parfois d’élicitation directe. Les Cadiens sont dans leur grande
majorité des locuteurs natifs de l’anglais et ils n’éprouvent
guère de difficulté à traduire en français. Un défi

6 La situation est identique dans l’ouest du Canada où l’anglais a envahi toutes
les petites communautés françaises qui n’ont pas pu résister à la puissance du
rouleau compresseur.
7 La question de la représentativité des locuteurs se pose en Louisiane tout
comme elle se pose en Afrique (voir Lyche et Skattum, ce vol.). Le protocole
PFC ne prend pas en considération le groupe ethnique auquel les locuteurs
appartiennent, or ce paramètre est essentiel dans le contexte louisianais
(Klingler et LaFleur, 2007).
8 Ajoutons qu’une étude entreprise sur la liaison auprès des mêmes locuteurs a
montré que les sujets se sentent infantilisés lorsqu’on leur présente des
images : « Que voyez-vous sur cette image ? » Réponse attendue « un oiseau ;
deux [z]oiseaux » (Astesano, Boutin et Coquillon, 2008).

PFC et les français périphériques 23

supplémentaire provient de ce qu’un ensemble de mots de la
liste n’existent pas en français louisianais ou s’ils existent,
qu’ils sont peu pratiqués. Ces termes doivent alors être
remplacés ou tout simplement éliminés : agneau par exemple,
peu connu, a été remplacé par espagnol et teste de la même
façon le traitement de la consonne nasale palatale ; intact a été
remplacé par correct, très fréquent en français louisianais, qui
permet également de tester la présence d’un groupe
consonantique en finale de mot ; étrier s’est vu remplacé par
trier qui de la même façon, envisage la suite
obstruante+liquide+j à une frontière morphologique ; d’un autre
côté, ont été éliminés gnôle, vous prendriez, forme inconnue en
français louisianais où le conditionnel est le plus souvent à la
troisième personne du passé (vous autres aurait pris) (Klingler
et LaFleur, 2007). Tout comme sur d’autres terrains, le désir de
vérifier certaines spécificités locales a engendré l’ajout de
quelques termes, comme alun, défunt, blanc/blond, plan/plomb
pour les voyelles nasales. La deuxième tâche de lecture, celle
du texte, a dû être éliminée. Une traduction aurait été beaucoup
trop longue et laborieuse, et il n’était pas envisageable de
soumettre nos témoins à un tel exercice. Afin d’accéder à un
registre relativement formel, il a été décidé de remplacer la
lecture du texte par la récitation de prières ou de comptines qui
font partie du bagage culturel partagé des locuteurs (Lyche,
2006, Klingler et LaFleur, 2007). Ces activités ne permettent
pas, comme le veut le protocole PFC, de comparer la
prononciation des mêmes termes utilisés dans la liste de mots et
dans le texte (jeune, jeûne par exemple), mais ils fournissent
néanmoins quelques indications sur l’usage de la liaison et du
schwa. Rappelons que le protocole PFC privilégie trois
domaines de la phonologie du français : le système vocalique, le
schwa et la liaison. La lecture du texte bénéficie ainsi d’une
situation charnière : moins formelle que la lecture de la liste de
mots, elle permet d’affiner l’inventaire phonologique du
locuteur, plus formelle que les conversations, elle permet
24 La variation du français
d’envisager pour le schwa et la liaison un maximum de
réalisations chez un locuteur donné. En Louisiane, en
remplaçant la lecture du texte par des récitations, nous gardons
la comparabilité des données (les mêmes prières, comptines
récitées par tous les locuteurs), nous perdons la confirmation de
l’inventaire phonologique (ce qui peut être effectué à l’aide des
conversations), et nous maintenons un registre très formel pour
l’étude du schwa et de la liaison. Les aménagements apportés
au protocole semblent à première vue susceptibles de l’altérer
en profondeur, mais ils ont été entrepris de façon à en garder la
substantifique moelle.

Transcription des données et codages
Lors du passage d’un corpus oral à un texte écrit, le
transcripteur est confronté d’emblée à la question suivante :
comment refléter le caractère oral du corpus ? Le programme
PFC, comme tous les grands corpus actuellement en
construction, a pris la décision d’adopter en premier lieu une
transcription orthographique standard (très légèrement réduite)
avec des conventions explicitées dans les présentations
antérieures de notre protocole (voir Durand et Lyche, 2003 pour
une présentation détaillée). Ces conventions, mises en œuvre
dans l’outil informatique Praat (Boersma et Weening,
Université d’Amsterdam) ont été rigoureusement appliquées
dans toutes les enquêtes réalisées à ce jour. Aussi réels que
soient les possibilités et les avantages d’une transcription
orthographique standard alignée sur le signal de la parole, il
serait erroné de croire que celle-ci puisse répondre à toutes les
situations que peut rencontrer le transcripteur. Il existe en effet
différentes circonstances où une transcription standard ne
permet pas de satisfaire pleinement aux critères de non-
altération et de récupérabilité de l’information. Durand et
Tarrier (2008) ont examiné en détail cinq situations dans
lesquelles l’orthographe standard rencontre des difficultés : la
présence de formes linguistiques étrangères à la langue