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Langages de jeunes, plurilinguisme et urbanisation

De
218 pages
Langages de jeunes, plurilinguisme et urbanisation réunit des textes qui rendent compte de travaux conduits sur les rapprochements entre, d'une part, un type d'espace et/ou une catégorie sociale et, d'autre part, des pratiques langagières auxquelles s'ajoutent les représentations linguistiques. La complexité de la thématique et l'intérêt que présente une approche interdisciplinaire expliquent pourquoi on a cherché à multiplier les angles d'attaque.
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Sous la direction de Rada Tirvassen
Langages de jeunes, plurilinguisme et urbanisation
Préface de Marielle Rispail
Langages de jeunes,
plurilinguisme et urbanisation
Espaces DiscursifsCollection dirigée par Thierry Bulot La collectiondiscursifs Espaces rendcompte de la participation des discours (identitaires, épilinguistiques, professionnels…) à l’élaboration/représentation d’espaces – qu’ils soient sociaux, géographiques, symboliques, territorialisés, communautaires… – où les pratiques langagières peuvent être révélatrices de modifications sociales. Espace de discussion, lacollection est ouverte à la diversité des terrains, des approches et des méthodologies, et concerne – au-delà du seul espace francophone – autant les langues régionales que les vernaculaires urbains, les langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance ; elle vaut également pour les diverses variétés d’une même langue quand chacune d’elles donne lieu à un discours identitaire ; elle s’intéresse plus largement encore aux faits relevant de l’évaluation sociale de la diversité linguistique. Derniers ouvrages parus Cécile GOÏ (dir.),Quelles recherches qualitatives en sciences humaines ? Approches interdisciplinaires de la diversité, 2012.Claudine Balsiger, Dominique Bétrix Köhler, Jean-François de Pietro et Christiane Perregaux (dir.),Éveil aux langues et approches plurielles. De la formation des enseignants aux pratiques de classe, 2012. Mireille RISPAIL (dir.), Céline JEANNOT, Marine TOTOZANI, Sandra TOMC (éd.),Esquisses pour une école plurilingue. Réflexions sociodidactiques, 2012. e Brigitte RASOLONIAINA,Le marché Dejean duXVIIIarrondissement de Paris, 2012. Rada TIRVASSEN,L’entrée dans le bilinguisme, 2012. Yves GAMBIER, Eija SUOMELA-SALMI,Hybridité discursive et culturelle, 2011. Alexei PRIKHODKINE,Dynamique normative du français en usage en Suisse romande, 2011. Claude VARGAS, Louis-Jean CALVET, Médéric GASQUET-CYRUS, Daniel VERONIQUE, Robert VION (Dirs.),Langues et sociétés. Approches sociolinguistiques et didactiques, 2010 Logambal SOUPRAYEN-CAVERY,L’interlecte réunionnais. Approche sociolinguistique des pratiques et des représentations, 2010. Jeanne ROBINEAU,Discrimination(s), genre(s) et urbanité. La communauté gaie à Rennes, 2010. Zsuzsanna FAGYAL,Accents de banlieue. Aspects prosodiques du français populaire en contact avec les langues de l'immigration, 2010.
Sous la direction de Rada Tirvassen
Langages de jeunes,
plurilinguisme et urbanisation
Préface de Marielle Rispail
Illustration de couverture © Evan Sohun. © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99696-0 EAN : 9782296996960
Remerciements
Ce volume contient certaines des communications présentées lors des Journées d’Études organisées au Mauritius Institute of Education en janvier 2010. Ces journées s’inscrivaient dans le cadre d’une série de recherches réalisée à la suite d’un appel à collaboration intituléLangues et villelancépar le réseauDynamique des langues et Francophoniedel’Agence Universitaire de la Francophonie. Langages de jeunes, plurilinguisme et urbanisationd’abord révèle l’inadéquation de l’outillage théorique dont dispose le sociolinguiste pour aprocher, de manière satisfaisante, ce qu’est l’urbanisation ou ce qu’on comprend par le terme deville, ce qui vaut aussi d’ailleurs pour celui de jeunes. S’ensuit une série de questionnements : si l’on croit que le chercheur peut offrir des éclairages sur le social, comment le faire alors de façon adéquate compte tenu des objectifs fixés? On sait que c’est un des rôles attribués aux sociologues, mais la question se pose aussi pour l’étude linguistique. Par ailleurs, si l’on considère que l’on veut procéder à des enquêtes de terrain pour théoriser à propos des rapports entre d’une part un type d’espace et/ou une catégorie sociale et, d’autre part, des pratiques langagières auxquelles s’ajoutent les représentations linguistiques, ne fautil pas commencer par interroger les connaissances disponibles pour conceptualiser les phénomènes sociaux auxquels on s’intéresse? On sait qu’une complicité entre des conceptions sociales issues d’une posture idéologique et des constructions scientifiques crée l’illusion de phénomènes stables et identiques pour tous les humains; ces traits les rendent alors descriptibles pour les scientifiques. Si l’on veut éviter de prendre cette même voie, il est nécessaire d’amorcer un questionnement des connaissances sociales disponibles. Or, cette opération ne peut être réalisée par les seuls sociolinguistes. C’est la raison pour laquelle on s’est trouvé confronté à la nécessité de la transdisciplinarité, ce qui nous a poussé à collaborer avec des collègues ayant des spécialisations différentes. Ce volume tente donc d’étudier les phénomènes sociaux au centre de l’intérêt des chercheurs à partir d’angles d’attaque multiples: anthro pologiques, historiques, géographiques, littéraires et bien évidemment
linguistiques. La nécessité de multiplier les points de vue explique la diversité des contributions qu’il réunit. De nombreux textes de sociolinguistes, de par la variété de leurs terrains et surtout de par leurs choix théoriques et méthodologiques disent la complexité des rapprochements possibles entre urbanisation, jeunesse et pratiques langagières. L’article d’une anthropologue contribue à la réflexion à partir d’enquêtes conduites à Maurice dans un « morceau de ville à usage touristique » où s’élaborent des formes de sociabilités urbaines permettant de rendre compte de certains enjeux identitaires des jeunes. On peut également signaler le texte d’une littéraire qui nous renvoie au rôle joué par le langage dans le processus de construction de sens, poétique, dans lequel est impliqué un poète parlant des 1 villes. On peut enfin souligner la contribution d’un geographedont le mode d’appréhension de l’urbanisation peut être utile pour comprendre la source et la nature de certaines des informations dont on dispose sur l’organisation sociale de l’espace. Les textes que ce volume réunit tentent de stimuler la réflexion de ceux qui veulent comprendre les liens entre le social et le langage. Pris dans leur ensemble, ces articles disent non seulement la nécessité de tenter d’abattre certaines frontières réputées infranchissables entre différentes ‘disciplines’ des sciences humaines mais aussi celle de dépasser des symétries contestables qui émergent des regards croisés jetés par différents spécialistes. Ceux-ci opèrent sans doute avec des outillages théoriques différents mais se retrouvent dans un même paradigme épistémologique. Autant dire que les réflexions engagées ouvrent sans doute un chantier qui appelle des prolongements. Elles disent aussi la nécessité de mettre un bémol à cette ambition démesurée qui consiste à penser qu’on va fournir des éclairages sur le social. Quelle que soit l’issue donnée aux travaux amorcés ici, le cheminement entrepris n’aurait pas été possible sans la collaboration de tous les auteurs des textes publiés et sans l’aide de Michelle Auzanneau et Colette Noyau qui ont relu quelques uns des articles. Je voudrais profiter de cette occasion pour dire toute mon estime pour les membres du réseau Dynamique des langues et Francophoniepour qui la collaboration Nord-Sud 2 n’est pas qu’un slogan. Enfin,last but not least, je remercie Perrine Fourgeaud qui a effectué un suivi particulièrement efficace de la fabrication de ce volume. Rada Tirvassen
1 Je signalerai l’apport de Pierre-André Boullé, lui aussi géographe, qui a participé activement à nos travaux. 2 Je voudrais remercier vivement Michelle Auzanneau pour une relecture attentive de ce texte.
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Préface
Préface de Marielle Rispail, CELEC / CEDICLEC de St Etienne et LIDILEM de Grenoble
Déjà en 1998, préfaçant l’ouvrage collectif qu’il avait initiéDes écrits 1 dans la villele langage ordonne la, Vincent Lucci écrivait que « communication sociale», suscitant un «accès au sens complexe» qui a besoin des spectateurs des écrits urbains autant que de leurs auteurs. Il s’agissait de « voir ce que la ville donne à lire » et d’interroger ses diverses lectures possibles. Depuis que L.J. Calvet a suggéré, en 1994, qu’il existait des « voix de la ville »et qu’on pourrait même réunir leur étude sous le titre de « sociolinguistique urbaine », les recherches se sont en effet multipliées, sans toutefois se distinguer toujours du modèle du «maître ».Calvet avait, en effet, ouvert la voie depuis 1972, par ses recherches sur les marchés, la chanson comme phénomène citadin et les écrits sur les murs. Il y mettait en valeur, d’une part, le statut de produit langagier et social d’objets que l’on n’avait pas l’habitude de mettre sous le microscope du chercheur : affiches, slogans, tracts, graffitis, chansons, échanges quotidiens; d’autre part, le plurilinguisme qui réunissait ces objets, dans le milieu composite qu’est une ville. Mais le travail sur les marchés se développait surtout en Afrique, contexte de prédilection des études ‘calvetiennes’ : il fallait ouvrir le champ. En France, Thierry Bulot et ses équipes se sont ensuite attachés à développer une sociolinguistique urbaine propre à définir les terrains français et européens, avec leurs dynamiques, leurs tensions et leurs micros phénomènes spécifiques. L’empan des objets observés s’est alors élargi, et leur dimension sociopolitique, qui a mis au jour phénomènes d’exclusions et de discriminations, a explicité le lien entre dynamiques linguistiques et évolutions des sociétés. C’est dans la continuité de ces étapes, présentées ici de façon un peu schématique, que s’inscrit l’ouvrage qu’on a entre les mains; et il renouvelle, à sa façon, les problématiques de la sociolinguistique urbaine. En effet, le choix y a été fait de diversifier les terrains d’observation, non pour 1  LucciV. (dir.),: l’exemple deDes écrits dans la ville, Sociolinguistique d’écrits urbains Grenoble, L’Harmattan, 1998.
en étaler la variété mais pour se demander quels points de vue communs pouvaient les questionner. De plus, il double les phénomènes langagiers décrits par l’étude de leurs représentations et complexifie encore la vision en remettant en question la partition un peu simpliste ville / non ville, autrement dit celle qui, en deux espaces urbanité / ruralité, a longtemps prévalu, même si le premier terme était plus étudié que le second. Sauf par des chercheure s comme Michèle Auzanneau qui, dès sa thèse de doctorat, mettait en lumière l’existence de marchés ni complètement ruraux ni complètement citadins, celle de « marchés de villes à la campagne » dans le terrain choisi du Poitou, où se rencontraient urbanité et ruralité. Le présent ouvrage fait éclater cette dichotomie en parlant d’ «espaces »,de «territoires »et « territorialisation »,notions issues de la pensée de la complexité, qui revendique des découpages géographiques et linguistiques davantage inspirés des mouvements humains que des voix officielles ou officialisantes. Ce faisant, son coordonnateur, Rada Tirvassen, suggère une attention constante aux phénomènes sociaux et à leur mutation. Cette posture scientifique est faite d’une vigilance infaillible aux ruptures et continuités de systèmes fluides, jointe à la volonté de tisser sans relâche micro et macro, social et linguistique, synchronie et diachronie : on ne peut alors aboutir qu’à des résultats prudents, à des analyses contextualisées dont on (re)connaît les limites, à une conceptualisation adaptée et jamais généralisante, à des méthodes qualitatives et empiriques qui essaient de « coller » au plus près de la complexité de l’humain en devenir. Et c’est ainsi dans la posture des chercheures réunies, dans leur méthode de travail, voire dans leur écriture même, que se construisent la cohérence et l’unité de ce travail collectif. On en arrive à identifier des processus plus que des faits, des mises en liaison et des « rapports à » où la parole, la et les langues ne sont pas séparées de ceux et celles qui les produisent, acteurs sociaux et porteparole avant tout. Comme on s’en doute, c’est toute la relation du chercheur à son objet qui est remise en question, dans une dialectique où sujet et objet se confondent finalement pour tenter de construire du sens. C’est la recherche, ou le discours scientifique, qui participe à la construction d’univers symboliques et identitaires signifiants : ces univers ne préexistent pas à leur étude, celle ci les fait exister et se déterminer. De la même façon, aucune communauté ne préexiste au choix et à l’étude des phénomènes langagiers qu’elle met en œuvre. Rada Tirvassen voudrait poser, avec d‘autres, que le discours construit le social et non l’inverse, et la ville, dans sa luxuriance langagière et linguistique, lui offre en cela un terrain de choix. Cet «entremêlement » de communautés en mouvement, traversées par des enjeux sociaux et politiques, demande au chercheur des méthodologies diverses et inventives, qui mettent en perspective et en question quelques «certitudes » quiont la peau dure. Ce renouvellement affirmé n’évite pas un certain inconfort
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scientifique, seul garant peutêtre du combat authentique contre les préjugés et les déterminismes dont se réclame son auteur dans son texte. Au nom de valeurs où se retrouvent sans doute les auteures de ce livre – et nous même. Les dix études qui composent cet ouvrage ne s’inscrivent heureusement pas toutes de la même façon dans le modèle que nous venons de décrire : on observe plutôt un continuum depuis la radicalité de certains textes qui en appellent à redéfinir la sociolinguistique et ses outils au nom de sa responsabilité sociale, jusqu’à des positions plus modérées ou marginales qui « font un pas de côté » pour envisager la ville et ses voix. Nous pensons par exemple au texte d’Elsa Clément sur «La ville dans la poésie de Louis Brauquier »ou aux auteurs proposant les services d’une «vision de géographes »à l’entreprise sociolinguistique. Un second élément de cohérence est donné par le noyau que représente la réalité mauricienne, qui inspire 4 des 10 textes, autour desquels prennent place des études satellites sur Mons en Belgique, une banlieue parisienne, le district Dongxiang en RPC, Antananarivo à Madagascar, ou Nouméa en NouvelleCalédonie qui font écho aux premières. De la première à la dernière page, on songe à ce passage visionnaire de Thierry Bulot dans l’ouvrage d’hommages à Louis 2 Jean Calvet:
« Etsi, audelà de la permanence discursive et matérielle du fait urbain, les villes n’étaient que processus, dynamiques, instabilités, voire poésie ? La ville reste, disparaît, se recompose ; elle rassemble, exclut, accueille et rejette (…) ».
Bulot y souligne ces mouvements perpétuels qui décomposent et recomposent les réalités urbaines, et que nous allons examiner de plus près cidessous, sous trois angles successifs. Le premier angle d’analyse est celui qui met en valeur des tensions et conflits, non seulement entre groupes sociaux mais aussi entre individus, voire entre tendances qui écartèlent un même individu. La jeunesse urbaine de Madagascar, nous dit Velomihanta Ranaivo, mobilise «des stratégies complexes qui tendent à remettre en question, parfois très violemment, la domination sous toutes ses formes». Pour Cadresse Armoogum, l’appro priation de l’espace permet d’engager une réflexion salutaire et de prendre en compte l’héritage colonial par la traduction sociospatiale de cet héritage. L’histoire devient alors une mémoire collective qui met de l’ordre dans les représentations et ouvre sur des « stratégies compensatoires ».
2  BulotTh., «Quand la ville va, tout s’en va … », Quelques réflexions sur les temporalités urbaines … », in MousirouMouyama A.,Les boites noires de LJ Calvet, éd. Ecritures, 2008.
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