Les éléments figés de la langue

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Les éléments figés de la langue : locutions, proverbes intéressent les linguistes, les traducteurs, et ceux qui cherchent à mieux comprendre dans leur langue maternelle ces éléments particuliers souvent imagés. La comparaison du phénomène dans deux langues (français et espagnol) éclaire ce phénomène de figement.
Publié le : samedi 1 décembre 2007
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EAN13 : 9782296186958
Nombre de pages : 252
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Les éléments figés de la langue
Etude comparative français-espagnol
Ouvrages du même auteur : J.-C. Anscombre, M. Carel. O.Ducrot, M.M García Negroni, S. Palma,Théorie des topoï, Paris, Kimé, 1995 ©L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-04552-1 EAN : 9782296045521
Silvia PALMALes éléments figés de la langue
Etude comparative français-espagnol
Préface de Bernard Darbord L'Harmattan
Langue et ParoleRecherches en Sciences du Langage Collection dirigée par Henri Boyer La collectionLangue et Paroledonne pour objectif la se publication de travaux, individuels ou collectifs, réalisés au sein d'un champ qui n'a cessé d'évoluer et de s'affirmer au cours des dernières décennies, dans sa diversification (théorique et méthodologique), dans ses débats et polémiques également. Le titre retenu, qui associe deux concepts clés duCours de Linguistique Générale de Ferdinand de Saussure, veut signifier que la collection diffusera des études concernant l'ensemble des domaines de la linguistique contemporaine : descriptions de telle ou telle langue, parlure ou variété dialectale, dans telle ou telle de leurs composantes ; recherches en linguistique générale mais aussi en linguistique appliquée et en linguistique historique ; approches des pratiques langagières selon les perspectives ouvertes par la pragmatique ou l'analyse conversationnelle, sans oublier les diverses tendances de l'analyse de discours. Il s'agit donc bien de faire connaître les développements les plus actuels d'une science résolument ouverte à l'interdisciplinarité et qui cherche à éclairer l'activité de langage sous tous ses angles. Déjà parus Coordonné par Michèle VERDELHAN-BOURGADE [et.al.], Les manuels scolaires, miroirs de la nation ?, 2007. Marcienne MARTIN,Le langage sur l’Internet, un savoir-faire ancien numérisé,2007. Marina-Oltea Paunescu :Le débat en question(s),2006. Marcienne MARTIN,Le pseudonyme sur Internet, 2006. K. DJORDJEVIĆ, J. KOSTOV, J. OČKOVÁ, S. PANOV, A. PASHCHENKO, R.-M. VOLLE,Á l’Est, du nouveau ?,2005. Liliane JAGUENEAU ,Images et dynamiques de la langue, 2005 Teddy ARNAVIELLE (éditeur),Langues : histoires et usages dans l’aire méditerranéenne, 2005. Alain COÏANIZ,Langages, cultures, identités. Questions de point de vue, 2005. Aline GRANGE,L’Europe des drogues, 2005
À Jean-Claude Anscombre et Jean-Emmanuel Tyvaert, avec toute ma gratitude. À Maurice, André et Alain. “Desde el principio el poeta sabe, oscuramente, que el silencio es inseparable de la palabra : es su tumba y su matriz, la tierra que lo entierra y la tierra donde germina. Los hombres somos hijos de la palabra. Ella es nuestra creación, también es nuestra creadora : sin ella no seríamos hombres. A su vez, la palabra es hija del silencio : nace de sus profundidades, aparece por un instante y regresa a sus abismos.” Octavio Paz, “Nuestra lengua”, 1997
Préface Au chapitre 19 de la deuxième partie duDon Quichotte, le chevalier et son écuyer rencontrent deux étudiants et deux paysans en route pour des noces. Projetant un mariage de qualité avec le riche Camacho, la jeune Quiteria a délaissé son amant, le beau Basilio. Indigné, Sancho profère une suite de proverbes et d’expressions visant à célébrer le pouvoir de l’amour face aux vanités d’une société égoïste : « Qu’on m’assure que Quiteria aime Basilio de tout son cœur et de toute son âme, et je lui assurerai, de mon côté, tout un boisseau d’heureux présages, car l’amour, à ce que j’ai entendu dire, regarde avec des bésicles qui changent le cuir en or, 1 la pauvreté en richesse et la chassie en perles. » Ce discours irrite Don Quichotte. Celui-ci serait pourtant d’accord avec son écuyer mais il ne peut supporter que l’autre accumule des proverbes et des expressions déformées. Avalanche de mots, dont le locuteur ignore le sens… opacité du proverbe et de la phrase figée ! « -Quand vas-tu t’arrêter, maudit Sancho ? s’exclama don Quichotte. Quand tu commences à enfiler tes proverbes, il n’y a que Judas qui puisse te supporter, et puisse-t-il aussi t’emporter ! Dis-moi, animal, que sais-tu, toi, de cales, de roues et de tout le reste ?.... Ah, prévaricateur du bon langage, Dieu te confonde ! »
1 Miguel de Cervantes,Don Quijote de la Mancha, edición del instituto Cervantes dirigida por Francisco Rico, Barcelona, Crítica, 1998, p.786. Nous citons la traduction : Cervantès,Don Quichotte, édition publiée sous la direction de Jean Canavaggio, Paris, Gallimard (La Pléiade), 2001, p. 1040.  7
Sancho est prévaricateur du bon langage parce qu’il déforme des mots dont il méconnaît le contenu, et parce qu’il emploie des locutions toutes faites, sans peser chacun de leurs éléments.
Proverbes et formes figées partagent un bon nombre d’outils d’analyse. Dans les deux cas, on ressent les marques d’une culture, d’une tradition, d’un savoir. La marque du locuteur (son esprit ou son ignorance) apparaît dans le traitement apporté à l’énoncé : proverbes écourtés, allongés, transformés. 2 DansCinco horas con Mario, la locutrice, Carmen Sotillo fait un large usage de ces expressions, apprises souvent de sa mère (« la pobre mamá »), ou bien d’une autre autorité qu’elle respecte. Parfois, le proverbe est écourté, car la locutrice est sûre de l’intelligence de son interlocuteur : « Cría cuervos… », « de casta le viene al galgo… » (p.12 et p.150). Ailleurs, Carmen (comme Sancho) montre son ignorance en déformant inconsciemment le proverbe (p.204) : “Estoy cansada de decírtelo, Mario, que a esta gente le das confianzas y no sabe hasta donde puede llegar, que les das la mano y se toman el pie...” (au lieu de : “Al villano dale el pie y tomará la mano”). Le présent essai, écrit par Silvia Palma, est consacré aux proverbes et aux expressions figées. C’est un travail original et novateur, fondé sur un état de la question méthodique et accompagné d’un appareil critique complet. Il porte sur le français et sur l’espagnol, deux langues riches en proverbes mais dont les sentiers parfois
2 Miguel Delibes,Cinco horas con Mario(1966), Barcelone, Destino, 9ème éd., 2004.  8
se distinguent. La bibliographie, en elle-même, constitue un outil de choix. Bien appuyée sur des travaux irremplaçables (Anscombre, Kleiber, Muller, Tyvaert…) et partant de l’approche stéréotypique, Silvia Palma étudie d’abord les locutions à polarité négative ou positive qui renforcent ou infirment un contenu donné. Elle analyse ensuite les proverbes, ceux qui vérifient une loi générale et ceux qui semblent s’en écarter. Dans les deux cas est posée la conformité du proverbe avec l’opinion généralement admise, ladoxa. Le chapitre 6 est une réflexion sur la liberté du locuteur par rapport à un proverbe souvent tenu pour une forme figée. Consciemment (« le faux proverbe) ou non, le locuteur bien souvent se détourne du modèle qui est toujours malgré tout convoqué (« en arrière-plan ») dans le processus de l’énonciation. Le travail que je préface procure un vrai plaisir de lecture. Sans doute parce qu’il est documenté et approfondi, tout en restant alerte, mais aussi parce qu’il décrit des proverbes et des expressions que nos cultures et nos traditions n’ont cessé de polir et de recréer. Bernard Darbord Professeur à l’Université Paris X Nanterre
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