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Parlons cham du Vietnam

De
288 pages
Le cham est une langue austronésienne parlée par les Chams (soit 1/2 million de locuteurs), héritiers d'un royaume indianisé d'Asie du Sud-Est, le Champa. Vaincu au fil des siècles par le royaume des Viêts, le Champa a disparu comme une peau de chagrin, laissant des vestiges architecturaux et artistiques inestimables. Cet ouvrage s'adresse, par son approche des rites religieux, aux passionnés d'anthropologie mais aussi à toute personne curieuse de découvrir une langue donnant accès à une civilisation ancienne toujours vivante.
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contrairement aux Khmers, conservé leur État. Vaincu au îl des
Garay, Phan Rang, Ninh Thuận, Vietnam, 2005.
ISBN : 978-2-343-08284-4 28,50
AgNèSDeFéo
Parlons cham du Vietnam
Parlons cham du Vietnam
Parlons… Collectiondirigée par Michel Malherbe Dernières parutions Parlons mawitanongo. Letaki-taki revisité,Joël ROY et MAMA BOBI, 2015. Parlons kazakh, Zura MAZHIT, 2015.Parlons malais de Sri Lanka,Gérard ROBUCHON, 2015. Parlons agoul,Shaban MAZANAEV, 2015.Parlons tadjik,Michel MALHERBE, 2015.Parlons tamoul,Élisabeth SETHUPATHY, 2015. Parlons abkhaze,Michel MALHERBE, 2014.Parlons maya classique,Jean-Michel HOPPAN, 2014. Parlons xokleng / laklãnõ, Ozias ALVES Jr, 2014. Parlons dzongkha, Georges VAN DRIEM, Françoise POMMARET, Karma TSHERING de Gaselô, 2014. Parlons pandjabi,Muhammad AMJAD, 2014. Parlons ouïgour,Palizhati S. YILTIZ, 2014.Parlons dhivehi,Gérard ROBUCHON, 2013.Parlons gujrâti,Azad MONANY, 2013.Parlons (hmong),Jacques LEMOINE, 2013. Parlons talian,Ozias DEODATO ALVES Jr, 2013. Parlons hunsrüchisch,Ozias DEODATO ALVES Jr, 2013. Parlons kabiyè,David ROBERTS, 2013.Parlons baloutche,Michel MALHERBE, NASEEBULLAH, 2013.Parlons douala, Valérie EWANE, 2012. Parlons routoul,Svetlana MAKHMUDOVA, 2012. Parlons coréen,Michel MALHERBE et Olivier TELLIER, 2012. Parlons lak,Kamil TCHALAEV, 2012. Parlons shor, Saodat DANIYAROVA, 2012. Parlons bouriate. Russie-Baïkal,Galina DRUON, 2012. Parlons shina,Karim KHAN SAKA,2012.Parlons batak, Yetty ARITONANG, 2011. Parlons kimbundu, Jean de Dieu N’SONDE, 2011. Parlons taiwanais, Rémy GILS, 2011. Parlons iaaï,Daniel MIROUX, 2011.
Agnès DEFÉO
Parlons cham du Vietnam Préface d’Anne-Valérie Schweyer Photographies d’Agnès De Féo et Marc Rozenblum Cartes de Fabien Chébaut
Du même auteur, sur les Chams Musulmans du Vietnam et du Cambodge, à paraître. Parlons cham du Cambodge,L’Harmattan, à paraître. FILMOGRAPHIE DOCUMENTAIRE SUR LES CHAMS : Un islam insolite, 52 minutes, Soltis Productions, 2006. Le royaume de la déesse, 52 minutes, Soltis Productions, 2007. Le théâtre de la mort, rites funéraires des Chams du Vietnam, 52 minutes, Sasana Productions, 2015. L’islam de l’Imam San, 52 minutes, Sasana Productions, 2016. Musulmans du Mékong, 52 minutes, Sasana Productions, prochainement. © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08284-4 EAN : 9782343082844
À la mémoire de Gérard Moussay et de mon père Tullio, grands amoureux des langues
Remerciements
Dominique Nguyễnet son épouseSự Thị Thu Trang, respectivement Cham bani et Chame brahmaniste, pour leur précieuse correction du lexique. Po Dharmapour ses cours de cham à l’Inalco.Lộ Minh Trạipour son en-seignement du cham au Centre de langue chame de Phan Rang.Anne-Valérie Schweyer, historienne du Champa et titulaire de la chaire de cham à l’Inalco, pour ses encouragements constants.Fabien Chébaut, géographe du Champa, pour ses précisions et les cartes qu’il a réalisées dans cet ouvrage. Amandine Lepoutre, philologue, spécialiste des documents chams, pour sa complicité autour de Chamstudies. Qu’ils soient tous remerciés pour leur re-lecture scrupuleuse du manuscrit. Sans oublierGuy Faurequi a donné le premier souffle à ce travail etJérémy Jamesqui l’a patiemment suivi. Et bien sûrMichelMalherbequi m’a chaleureusement accueillie dans sa fan-tastique collection desParlons.
Pour leur précieuse expertise et relecture : Marc Rozenblum, mon mari, témoin de l’évolution de ce projet, pour ses relectures et encouragements intarissables.MichelAntelme, professeur de khmer à l’Inalco,Claire Trần Thị Liên, historienne du Vietnam à Paris VII, May Makhlouf,Brigitte Mouginpour leur relecture attentive du manuscrit etChristine Dussinpour ses dernières retouches minutieuses.
Une reconnaissance toute particulière à tous ceux qui m’ont offert un refuge dans mon aventure chame : Khangpour son hospitalité dans la demeure familiale de son épouse au vil-lage emblématique de Hữu Đức, Ninh Thuận ;Phạm Hoàng Hàpour notre formidable aventure dans les villages chams du Ninh Thuận et du Bình Thuận à l’automne 2005 ;San Daraqui, en plus d’être un hôte dévoué à Siem Reap, fut un compagnon de route infatigable à la recherche des villages chams du Cambodge ;Xavier d’Abzacdans sa somptueuse maison de Phnom Penh ;Jean-MichelFilippipour son soutien bienveillant à Kep au Cambodge, etFrançoise Alexandredans sa grande demeure de Toulouse où a été mise en forme la version finale de ce livre.
Enfin je remercie tous les Chams qui m’ont donné de leur temps, n’ont pas ménagé leur peine pour me renseigner et m’aider dans mes recherches du-rant toutes ces années. Car cette étude sur le cham et les Chams est le fruit d’aventures humaines, une formidable histoire de rencontre, d’enquête, d’échange et d’amitié.
Préface
Derrière ce titre se cache un manuel d’introduction à la culturecam* contemporaine, nourri de publications des anciens chercheurs et d’une passionnante expérience vécue dans les villagescamdu Viet-nam. Il permet d’appréhender tous les particularismes qui rendent la culturecamsi intrigante et attachante à la fois. Il s’agit d’un livre qui relate l’expérience d’une sociologue passion-née au contact des villageoiscam. Agnès De Féo a appris à les connaître, à les comprendre et elle nous offre aujourd’hui ses connaissances et sa riche documentation. Un beau cadeau, à vrai dire, qui tient à la fois du documentaire eth-nologique et de l’étude lexicologique. En choisissant une présenta-tion dynamique et accessible, on peut accéder facilement à la culture actuelle, tant les mots donnent à voir et les illustrations donnent à comprendre. La partition du livre en six chapitres permet d’aborder les principales questions qu’on se pose lorsqu’on approche lesCamvivant encore dans vingt-trois villages du Sud du Vietnam. Si la présentation his-torique est brève, c’est pour introduire le voyageur dans la profon-deur historique de l’ethniecam, sans pour autant le laisser s’y perdre. Si la description de la langue présente les bases de l’écriture, sans entrer dans une description grammaticale ou philologique, c’est pour permettre au lecteur d’être en mesure de déchiffrer rapidement ses premiers mots. Les deux lexiques (cham-français et français-cham) qui occupent la moitié du livre donnent un accès direct à la culture actuelle. L’éta-
* L’auteure du livre transcrit le caractère parch. Dans cette préface, le choix de c translittérer ce caractère parcest motivé par la volonté d’éviter toute confusion avec C translittéré ench. Mais cham oucam, on parle bien de la même chose.
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Parlons cham
blissement de ces lexiques, centrés sur le vocabulaire contemporain, a subi de nombreuses corrections et beaucoup de remaniements par rapport aux seuls dictionnaires connus à ce jour (Aymonier-Cabaton publié en 1906 et Moussay en 1971). C’est par le vocabulaire et le lexique que l’on trouve un accès privilégié et direct au vécu, aux pra-tiques et aux valeurs desCam. Lorsqu’on aborde l’originalité des pratiques religieuses, tant chez les brahmanistes que chez les bani (musulmans), on comprend combien les racines et les liens aux ancêtres transcendent toutes les autres formes de croyances. Parler de la matrilinéarité desCamreprésente un pari audacieux, tant ces pratiques matrilocales font encore couler d’encre dans l’environnement patrilocal vietnamien. Mais l’auteure arrive à informer son lecteur sans l’influencer. Enfin, dans le dernier chapitre, traitant des rites funéraires, se trouve l’essence même du particularismecam. À mon avis, c’est par le tressage de ses différentes sources qu’Agnès De Féo a su si bien éclairer sa documentation : elle cite abondamment e les écrits de chercheurs français du début duXXsiècle (Aymonier, Durand…) qui ont décrit de nombreuses cérémoniescamet avaient commencé à traduire les manuscrits ; elle laisse la parole aux contem-porains pour la description de leur quotidien ; elle propose des ex-plications sur le terrain. J’ai trouvé l’écriture de cette partition à trois voix très originale et son enrichissement par les photographies prises sur le terrain en fait une source documentaire unique. Aujourd’hui, il existe peu de livres disponibles sur lesCam. La pu-blication de ce volume avec ses nombreuses illustrations aux lé-gendes descriptives est un pas important pour aller à la rencontre des Camd’aujourd’hui en toute simplicité. Ce livre donne à lire dans un langage clair et accessible l’originalité des descendants duCampaancien. Il donne à voir leurs croyances et pratiques, accompagnées de nombreux commentaires. Je le perçois un peu comme une continuité duVietnam ancien, où j’avais voulu décrire l’histoire, l’art et l’archéologie des temps anciens pour des lecteurs curieux et non spécialistes. LeParlons chamest écrit pour des gens désireux de partir à la découverte desCamactuels du Viet-nam. J’ai espoir qu’il suscitera la curiosité de ses lecteurs en leur donnant envie d’aller à la rencontre de cette ethnie passionnante.
Anne-Valérie Schweyer Chercheure au CASE-CNRS
Avant propos
Issue d’une culture méditerranéenne, j’ai toujours rêvé de sociétés matrilinéaires où les filles sont préférées aux garçons, où leur nais-sance est davantage désirée car elle conditionne la pérennité fami-liale. Un vieux rêve d’enfance devenu réalité en 2001 avec les Chams rencontrés à Phan Rang au Vietnam. Outre leur système familial dé-passant toutes mes espérances, j’étais séduite par leur architecture de briques rouges. Je retrouvais l’Inde au beau milieu du Vietnam et jusque dans le paysage. Les dunes de sable et les cactus refoulaient les vertes rizières irriguées le long de la route menant au spectacu-laire village cham de Cuah Patih (Thành Tín). Dans ce contexte in-solite, des hommes en turbans blancs sertis de passementerie rouge passaient comme une page d’histoire anachronique au milieu des klaxons du Vietnam moderne. Les survivants du Champa, ancien royaume indianisé qui occupait la moitié sud du Vietnam actuel, continuent de témoigner de cette présence hindoue dans un pays confucéen et bouddhique : la déesse tient tête au système patriarcal vietnamien où les fœtus féminins sont sacrifiés au profit de l’héritier mâle par des avortements sélectifs. Les Chams représentent aujourd’hui une minuscule poche de résis-tance matrilinéaire entre les villes de Phan Rang, Phan Rí et Phan Thiết totalisant une vingtaine de villages dans la province du Ninh Thuận et une quinzaine dans celle du Bình Thuận. À partir de 2002, j’ai commencé à travailler sur les Chams de la diaspora qui s’approchent du demi-million, lors d’une étude de six mois en Asie du Sud-Est. Les Chams du Cambodge, de Malaisie, de Thaïlande et du Laos sont musulmans de rite chafiite. Certains adhè-rent même à des courants littéralistes incitant les femmes à porter le voile intégral. Comment donc un peuple matrilinéaire, où le clan ma-ternel conserve tous les biens, a-t-il pu adopter un système réputé être juridiquement du côté des hommes ? Ce paradoxe apparent pourrait démentir certains clichés sur l’islam, à moins de compren-
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