PARLONS MALINKE

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Parlons Malinké s'adresse à tous personne qui voudrait entrer en contact avec le peuple mandingue que l'on peut croiser au Sénégal, en Gambie, au Mali, en Guinée, en Guinée-Bissau, en Sierra-Leone, en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso et à quiconque désireux de connaître la culture des Malinkés, Bambaras et Dioulas.
Publié le : samedi 1 mai 1999
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EAN13 : 9782296384132
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PARLONS MALINKE

Collection Parlons... dirigée par Michel Malherbe

Dernières parutions

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@ L' Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-7661-9

Sous la direction de Mamadou CAMARA

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PARLONS MALINKE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Ine. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

AVANT-PROPOS

Le petit élève que j'ai été, inscrit par son maître d'école sous le prénom de Mamadou (sûrement plus plaisant à ces maîtres formés sur la base des manuels «Mamadou et Bineta» de André Davesne), s'appelle en famille et dans les villages qui l'ont vu naître et grandir : «Penda-Mady». Je suis né vers 1952 à Faraba, un petit village de l'actuelle sous-préfecture de Kintinnya, dans la préfecture de Siguiri. Après que mon père se soit établi à Mataganiya, j'ai passé là mon cycle primaire de 1959 à 1964 ; le secondaire de 1965 à 1972 à Dinguiraye le chef-lieu de préfecture de Mataganya; et j'ai fait mes études supérieures de 1972 à 1976 à l'université de Conakry. J'ai beaucoup voyagé à travers l'aire géographique de la langue malinké en Guinée, de la savane à la forêt. Ce qui m'a éveillé à toutes les variantes possibles de ladite langue. Tout au long de ma scolarité, j'ai eu des séjours de deux à trois mois, en vacances chez un oncle, chez une tante ou encore chez un frère, à Macenta, Yomou, Kérouané, Faranah, Daboia... J'ai passé l'année 1975 dans la région de Beyla, dans le Koniya, l'année 1977 à Mandiana dans le Wassolon ; et à chaque fois, en pleine campagne et donc plus en contact avec la variante locale caractéristique de la langue. Depuis 1976, j'ai donc donné au fil de ma carrière d'enseignant, des cours de langue malinké, comme langue maternelle ou comme langue d'initiation. En tant que chercheur, la langue malinké a toujours été au centre de mes préoccupations. Les opportunités aidant, j'ai participé à quelques colloques sous-régionaux autour de l'unification de la langue manding à l'échelle de l'Afrique de l'Ouest à travers des essais d'harmonisation entre ses variantes du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée Bissau, de la Guinée Conakry, de la Sierra-Léone, du Liberia, de la Côte D'Ivoire, du Burkina-Faso et du Mali. Malgré la grande diffusion de la langue malinké en Guinée et dans la sous-région Ouest-Afticaine (l'intercompréhension est souvent immédiate entre locuteurs de différentes variantes de la langue manding), à part l'effort colossal déployé par feu Solomana Kanté par la création et la propagation de l'alphabet n 'ko, je me suis aperçu du manque criard de manuel d'apprentissage de I~ langue malinké en Guinée. Et comme j'ai des rudiments de formation en linguistique 5

(D.E.S. de Linguistique en 1979 ; Maîtrise en Sciences du-Langage de Paris X - Nanterre en 1987 ; D.E.A. de Linguistique et Didactique des Langues Maternelle et Etrangère de Grenoble en 1995), une petite expérience pédagogique tirée de quelques vingt ans d'enseignement actif: et de surcroît étant locuteur natif de la langue, je me suis dit que peut-être, je pourrais apporter là ma petite contribution. C'est ce qui m'a décidé à me jeter à l'eau. Pour la réalisation de cet ouvrage, le courage m'aurait manqué et mon enthousiasme, face à l'étendue des difficultés de tous les ordres, serait tombé sans les exhortations et la collaboration tranche et loyale de mes élèves de malinké: Micheline, Anne et Nicole auxquelles j'exprime ma gratitude infinie, ainsi qu'à monsieur Trznadel pour sa participation financière. Je remercie aussi d'avance tous ceux qui, à l'occasion, m'adresseraient leurs critiques et suggestions en vue d' affennir mes pas dans la marche entreprise. Nous étudierons ici le malinké du Wulada : zone tampon située entre les préfectures de Kouroussa, Faranah, Siguiri et DaboIa. Il s'agit d'une des multiples variantes du malinké, mais qui a l'avantage d'être immédiatement compréhensible par toutes les autres. Nous espérons que ce manuel apportera aux uns et aux autres une certaine satisfaction. MAMADOU CAMARA Professeur de linguistique Chef de la chaire de linguistique à la faculté des lettres et des sciences humaines de l'Université G.A.Nasser de Conakry

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Quand Nicole m'a avoué étudier la langue malinké, ce ne sont pas les quelques mots prononcés qui rn'ont fait fléchir vers cette langue, mais ce qu'elle me raconte d'historique et de culturel sur les Mandingues. J'allais désormais m'initier à une langue africaine, mais surtout m'ouvrir aux us et coutumes d'un peuple africain. Par cette formation, dirigée par Monsieur Camara je découvrais une langue, mais aussi son système de fonctionnement, et l'histoire d'un empire. S'en suivit bien sûr, une recherche active de documents et de fil en aiguille, l'idée de construire nos propres outils d'étude a germé. ANNE DRENEAU Institutrice au lycée français A. Camus de Conakry

Femme d'expatriée, en Guinée depuis quelques vingt ans, ce que j'y ai trouvé de plus précieux, c'est le temps... du temps que j'ai mis à profit pour chercher à découvrir la langue et la culture de ma chère belle sœur Saran Touré. Grâce à Monsieur Camara, j'ai eu les bases pour commencer à chercher, lire, écrire, couper, recouper, structurer, informatiser bref à assurer la logistique de notre travail d'équipe qui a donné ce livre. NICOLE VLOEBERGHS

Mariée à un fonctionnaire guinéen et arrivée en Guinée huit mois avant l'indépendance en 1958, notre premier poste d'affectation fut Kankan. Malgré mon profond désir de m'alphabétiser dans la langue malinké, je n'ai jamais pu me procurer d'ouvrages de référence et c'est donc avec enthousiasme que j'ai saisi l'opportunité qui s'offrait à moi d'enrichir et approfondir mes connaissances de la langue sous l'égide d'un linguiste, Monsieur Mamadou Camara. MICHELINE TOURE

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Première partie

Introduction

1. Les Malinkés. Les Malinkés furent durant des siècles un peuple guerrier et commerçant de l'Afrique de l'Ouest, établis sur les hauts plateaux mandingues et dans la région intermédiaire entre le Fouta Djalon et la dorsale guinéenne. Ce qui couvre la région est de la Guinée (la haute Guinée), le sud du Sénégal, le sud-ouest du Mali et le nord-ouest de la Côte d'Ivoire. Au moyen-âge, les marchands, de la caste des Dioulas sillonnaient l'Afrique occidentale. Ils avaient le monopole de l'or car ils étaient jugés dignes de confiance; ils le vendaient aux Berbères et aux Arabes ainsi que les noix de kola et le karité dont l'huile sert dans l'alimentation, l'éclairage par les lampes, à enduire le corps et à protéger les maisons quand il est mélangé à l'argile; en échange, ils achetaient des étoffes, des verroteries, de la maroquinerie et du sel en barre. Ils étaient de la sorte les propagateurs de l'Islam dans les autres contrées. Lorsque la première république a interdit le commerce, beaucoup de Malinkés ont émigrés vers les pays voisins. Actuellement, les Malinkés représentent environ 30% de la population de la Guinée. Leur région, la Haute Guinée, qui couvre 40% du pays (mais on ne compte qu'environ 9 habitants au kilomètre carré) est traversée par les plus grands fleuves de l'Afrique de l'Ouest: le Niger appelé Djoliba et ses affluents, le Milo et le Tinkisso. Ces terres sont très fertiles, d'où une agriculture prospère: mil, sorgho, maYs,riz, café, coton etc... Le climat y est le plus sec de la Guinée en raison de l'harmattan qui y souffle souvent. Les températures vont de 18° en janvier à 40° en avril. C'est une région de savane, d'une altitude de 400 mètres environ où poussent les nérés, kapokiers, baobabs et autres karités. ..

Il

Carte de la Guinée:

Il

o

: la Haute Guinée : la région du Wulada

2. Leur Histoire 1. Le récit de l'origine des Malinkés La légende dit qu'à l'origine, l' œuf du dieu suprême Mankala, contenait deux mâles: Pemba qui, en tourbillonnant a créé la terre, tandis que Faro sous forme de poisson, un silure, s'attribuait le ciel et les eaux. Toujours selon la légende, ils étaient à l'origine du peuplement de tout le haut Niger. Faro était identifié au cour du fleuve Niger. Sa tête était dans le Débo, son bras droit dans le Bani et son corps, le fleuve lui-même. En parcourant le fleuve, il a laissé sa semence jalonner les lieux pour marquer l'extension du Mandingue jusqu'à Akka, où à la fin de son parcours, il a étalé le fleuve comme une natte (Debe : qui donne son nom au lac Debo). Les lieux où se rencontrent les hautes vallées, Kangaba et sa région, sont aujourd'hui encore, des terres sacrées pour les mandingues.

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2. Les fouilles

archéologiques.

Les fouilles archéologiques effectuées par des missions Guinéo-po lonaises sur le site de Niani ont montré qu'il existait une occupation du site qui remonte au 6èmesiècle. Niani à l'époque était encore un village, qui est devenu une ville aux ISèmeet 16èmesiècle. C'était un village de forgerons où l'on a retrouvé des hauts fourneaux, des débris de scories, des pointes, des flèches métalliques...

3. Les Lamlams.

Selon les auteurs arabes nous savons que les hautes vallées du Niger étaient de véritables territoires de chasse à l'esclave pour les commerçants du Nord. Elles étaient peuplées par des tribus appelées Lamlam réputées parmi les esclaves du Maghreb. Les Arabes portaient sur les Lamlams des jugements qui leur permettaient de justifier leur réduction en esclavage: « Ce sont des gens sauvages et sans religion pour la plupart. C'est à peine s'ils savent s'exprimer. Ce sont les gens les plus proches de l'animal. Ils sont entièrement nus. Ceux qui sont voisins des musulmans se couvrent les parties honteuses avec des peaux. Les plus éloignés mangent les étrangers à leur race, ce sont les Damdams. » (in Cuoq, Recueil des sources arabes concernant l'Afrique occidentale siècle, Paris.) du Sème 16ème au Tout l'effort de Soundiata et de son père avant lui, a consisté à fédérer ces groupes mandéphones pour leur permettre de résister à cette pression permanente. C'est entre le Il èmeet le 14ème siècle que la propagation de l'Islam a fait sortir ces peuples de l'ombre et diminuer le poids de l'ignorance qui les frappait d'inhumanité.

4. Les grands empires. au 10ème siècle

L'empire. du Ghana atteint son apogée. Le souverain de Koumbi avait alors sous sa domination les royaumes du Tekrour, du Bambouk et du Mandingue. en 1077 : Après la prise de Koumbi par les Almoravides, l'empire du Ghana éclate. Le Soso, royaume resté fidèle à la religion traditionnelle 13

animiste, prend son indépendance et lutte contre les musulmans. Cependant il ne peut s'imposer au royaume du Mandingue, autre royaume vassal du Ghana, dont les souverains sont convertis à l'islam depuis le milieu du Il ème siècle. en 1235 : Les Malinkés se révoltent contre Sumaoro Kanté, roi du Soso. Ils rallient Soundiata Keita venu de Nema pour défendre son pays. La rencontre entre les deux armées a lieu dans la plaine de Kirina. L'armée de Sumaoro est mise en déroute par Soundiata. C'est le début de la puissance du Mandingue devenu l'empire du Mali, ayant pour capitale Niani. Soundiata est proclamé mansa (empereur) en 1235. Animiste, il permet néanmoins à la religion musulmane de se développer. Il meurt en 1255, laissant un vaste empire prospère, ayant encouragé l'agriculture et le commerce et assuré l'ordre. Ses successeurs poursuivent son œuvre et étendent l'empire. en 1285 : Sankoura Traoré, qui n'était pas un prince légitime mais un esclave impérial, usurpa le pouvoir pour gérer le royaume selon l'esprit du fondateur. en 1312 : Kankou Moussa devient mansa. Neveu de Soundiata, il fait connaître le Mali hors de l'Afrique. En 1325, il fait un pèlerinage mémorable à la Mecque. Grande puissance économique, le Mali importait du sel, du tissu, des dattes, des livres et des bijoux d'Egypte et du Maghreb. Il exportait de l'or, du mil, du cuivre et des cotonnades. Ce développement du commerce a pour conséquence l'enrichissement des villes de Djenné, Gao, Tombouctou et de la capitale Niani. En ville vivaient des commerçants, artisans et marabouts. Les dioulas (marchands) formaient une classe dynamique. Ils ramenaient de l'or et de la kola de la région forestière au sud et fréquentaient les marchés du Sénégal et du pays des Haoussas. Dans les campagnes, les agriculteurs, les éleveurs et les artisans étaient restés fidèles à l'animisme. Ils avaient une grande vénération pour le mansa. L'agriculture et l'élevage étaient prospères. Au Mali, on cultivait le riz, le mil, le fonio et l'igname. L'empereur possédait des villages de forgerons, de pêcheurs, de cordonniers et de vastes fermes. A la cour, les lettrés (ou marabouts) étaient nombreux. Parmi eux des juges ou cadis, rendaient la justice.

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Cinq clans maraboutiques assuraient l'enseignement et la diffusion de l'Islam. Mais le mansa lui-même rendait la justice à son peuple selon les lois coutumières. Le griot, historien, musicien et danseur était aussi le maître des cérémonies et le chef du protocole du mansa. La haute noblesse était constituée des descendants de Soundiata et de ses proches compagnons. Ils étaient surnommés les porteurs de carquois (Ton tigui). Le mansa disposait d'une armée de 100 000 hommes dont 10 000 cavaliers. Dans chaque province, une garnison assurait l'ordre et la sécurité. Les soldats étaient armés de lances, de flèches et de sabres. Ils étaient nourris grâce aux impôts. Mais les grandes dépenses ruinèrent le trésor public. Dès 1400 plusieurs provinces s'émancipent et au 17ème siècle, l'empire se réduit à la seule province de Kangaba. vers 1400 : Le royaume Songhay, vassal du Mali, reprend son indépendance. L'empire atteint son apogée sous l' Askia (chef suprême) Mohammed (1495-1528). fin 17ème siècle: Les Bambaras, qui étaient une fraction des Mandingues demeurés fidèles à l'animisme et farouchement opposés à l'islam, s'affranchissent de l'autorité des mansas. Mais leur économie était fondée sur la traite. Les armées bambaras détruisaient les villages et vendaient les habitants faits prisonniers aux trafiquants africains qui les emmenaient sur la côte pour les écouler auprès des négriers. La traite finit par ruiner les rois qui sont réduits à vendre leurs propres sujets.
ISème siècle:

Né en 1797, El hadj Omar fils de Saïdou Tall met fin à l'empire Bambara et y impose l'islam. Son empire englobe des populations variées: Khassonkés, Malinkés, Peuls, Bambaras, Songhays, Touaregs et Toucouleurs.
19èmesiècle:

Né en 1830 près de Sanankoro, l'almamy (chef religieux) Samori Touré, grâce à son habileté et à sa bravoure conquiert un vaste royaume. Il se révèle être un grand chef militaire. Après avoir unifié 15

les chefferies de sa région natale, il constitue un vaste empire sur les pays du haut Niger où il développe l'instruction, établit une bonne administration et une puissante armée de type moderne. De 1882 à 1898, il lutte inlassablement contre la pénétration française. Fait prisonnier en 1898, il est déporté au Gabon où il meurt en 1900.

3. Leur lao2ue La langue malinké fait partie du groupe mandingue (le manden est une région située sur le fleuve Niger entre Kouroussa et Bamako), qui comprend trois populations: Les Bambaras, les Dioulas et les Malinkés. Le mandingue est avec le haoussa l'une des plus importantes langues véhiculaires de l'Afrique de l'Ouest. Le mandé est le nom générique du principal groupe linguistique de l'Afrique de l'Ouest. On a d'une part les mandés occidentaux comprenant les Soussous et les Dialonkés et d'autre part les mandés orientaux comprenant les Malinkés, les Bambaras et les Kissis, les Dioulas constituant plutôt une caste de commerçants. Le mandé est la plus ancienne ramification de la langue nigéro-congolaise selon Greenberg. Le soussou peut être rapproché du bambara du point de vue de sa structure et de sa grammaire mais pas au niveau lexical, il est par contre très proche du dialonké. Sous Sékou Touré, les langues nationales, dont le malinké, étaient de rigueur dans les écoles, on trouve encore plusieurs manuels d'alphabétisation, ainsi que des fascicules sur des thèmes comme la santé, l'écologie etc. ... Mais depuis la deuxième république, le français est redevenu la langue de l'enseignement. Les Malinkés couvrent une partie des pays suivants: Sénégal, Gambie, Mali, Guinée, Guinée Bissao, Sierra Léone, Côte d'Ivoire et Burkina Faso. La carte suivante pourra vous donner une idée de la surface couverte.

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Deuxième partie

Grammaire

1. Les sons et l'ortbo2raDbe En général, en malinké, on alterne une seule consonne à une seule voyelle. Mais aucune règle n'est totalement fixée, y compris en ce qui concerne l'orthographe, étant donné que le malinké est avant tout une langue orale. En ce qui concerne la transcription de la langue, nous sommes confrontés à une rapide évolution représentée cidessous:
Manuscrit ancien nouveau e e è E o 0
ô ::)

ancien e e 0
0

nouveau e è o ô

C

1.

1 - Les consonnes. Les consonnes simples.

B : bibi - l'aigle
D : daba

Elles se prononcentcomme en français:

- la houe

F : fa - le père
G : garanke

la lettre r et la lettre d sont interchangeables quand elles sont comprises entre deux voyelles identiques. Par exemple bara ou bada (la femme favorite). la lettre g est caractéristique de la variation régionale du malinké. On ne trouvera jamais en même temps les lettres [g] et [gb] dans une même région. Par exemple la marmite se dit « daga» à Mamou, Daboia ou Dinguiraye ; « daka» à Siguiri ; et « daa» à Kankan (où le [g] est

- le cordonnier

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H : horoya

- la liberté

K : karamôô - le maître d'étude L : 1010- l'étoile M : moso - la femme N : ni - la vie P : pilanton - le planton Le Q n'existe pas. R : baraka - la force S : sisi - la fumée T : tubabu - l'Européen Le V n'existe pas W : wulu - le chien Le X n'existe pas y : yiri - l'arbre Le Zn' existe pas 2. Les consonnes complexes.

remplacé par [gb] ou [k] à l'initiale du mot.) le rh] apparaît en général dans les emprunts faits à l'arabe.

la lettre p est en train de se stabiliser par le biais des emprunts faits au français ou à l'anglais. lettre r ne se trouve qu'en milieu de mot, jamais au début. la lettre s se prononce toujours [s].

la lettre y est une consonne à part entière.

C : cè - l'homme

J :jara - le lion
NY : nyari - Ie chat GB : gbolo - la peau

le [c] est souvent remplacé par [k] devant les lettres ri] et [8], il se prononce comme dans « muchacho» et il peut s'écrire [ty]. le [j] se prononce [dia] et peut s'écrire [dy] le [ny] se prononce [fi]. le [gb] est une lettre vélo - labiale sonore et orale très difficilement prononçable par un étranger. A l'époque des guerres anticolonialistes, on faisait prononcer la lettre [gb] pour reconnaître les partisans. Mieux vaut prononcer [g] que [b] pour éviter le risque d'altérer le sens du mot.

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2 Les voyelles. Les voyelles sont encore très instables. On s'en aperçoit lorsqu'on est confronté aux variantes régionales.
1. Les vovelles brèves.

-

a: e: è: i: 0: 0: u:

maloteletèrètisimiditolokonokuma-

le riz le soleil les périodes samedi l'oreille le ventre la parole

2. Les voyelles lon~ues.
Elles se prononcent longues parce que la consonne qui se trouvait à l'origine entre les deux voyelles a été effacée à l'usage.

aa:
ee:

saga devient saa nègè devient nèè sigi devient sii doko devient doo boko devient boo muku devient muu tegere devient teere

-

èè: ii: 00: 00: uu:

le mouton le brigand le fer le buffle le secret la boue la poudre

3. Les vovelles nasales. Elles ne sont pas très stables encore. Par exemple la lettre b après un n devient m (telenban devient teleman). De même la lettre y devient ny etc.. .

an: en: èn: in: on: on: un:

tankelentènènfinfindondonkosonkulun-

dix un lundi le charbon le coq le scorpion la pirogue

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3- prononciation.

Le vice de la lecture qui consiste à lire le [n] fmal d'une voyelle nasalisée mérite tout l'effort qu'il faut pour le corriger, car il est préjudiciable à la compréhension du message. Il en est de même pour les lettres u, 0 et s ainsi que pour les consonnes complexes qui n'existent pas en français: c, j, ny et gb.
4 - Les tons.

Le malinké est une langue à tons. Les deux tons de base haut [I] et bas [\] se combinent à leur tour pour donner un ton modulé montant [V] ou descendant [/\]. Mais les tons ne se transcrivent pas! Seul le contexte peut nous aider. On notera pour la petite histoire qu'il n'est pas possible de chanter en malinké sur n'importe quel air mais que par contre les instruments de musique peuvent reproduire la mélodie d'une phrase. On dit alors que l'instrument parle.

2.Les comoosants de la ohrase

1- Le nom
1. Défini et indéfini

La caractéristique principale du malinké est qu'il a perdu son morphème de définition. Il est permis de supposer qu'il en possédait un, car le ton qu'il portait persiste dans la langue. C'est ce que les linguistes ont appelé le ton bas flottant. C'est lui qui confère les modulations haut-bas [/\] à la voyelle finale quand celle-ci porte un ton haut à l'indéfini, et bas-haut-bas [\/\] quand la voyelle finale porte un ton bas à l'indéfini. \\ \\/\ /\ Par exemple: konô :un oiseau kono :l'oiseau kônô :00 ventre /\/\ konô :le ventre 2 . Pluriel. On rajoute LU à la fin du mot après une voyelle orale: Cèlu - les hommes On rajoute NU à la fin du mot après une voyelle nasale: Dennu - les enfants 22

On notera que le pluriel se place à la tin du dernier des adjectifs: Den kenyinnu - des beaux enfants On notera également que certains mots sont invariables suivant leur sens: Nyumaya - la bonté Ou parce qu'ils vont automatiquement par deux: Nya - les yeux 3. Féminin et masculin Le genre du nom est lexicalement marqué. Pour certains animaux on rajoute mâle ou femelle: Nyari cè le chat Wulu moso la chienne Mais en ce qui concerne le gros bétail, il est différencié: Misi : bovidé Tura: taureau Tèèn: bœuf y èrè : génisse Misi moso : vache Misi den: veau

-

4. Concret ou abstrait. Concret ou monovalent. Ce sont toutes les choses qui nous environnent: le bois mort pour faire du feu Looy irile bois de l'arbre, le madrier y iri tabali la table en bois

Abstrait ou bivalent, ces noms viennent d'une action: Foli - la salutation on notera que le [Ii] permet de former des noms d'action. Miriya - la pensée on notera que le [ya] indique l'état dans lequel on est.

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2

- Le pronom.
moi toi soi nous vous eux nde île ale annu (andelu) alu (alelu) alu (ale lu)

I. Personnel.

je tu il,elle nous vous ils, elles

n i a an alu alu

personne du pluriel se distinguent par le ton haut [I] La 2emeet la 3ème pour la 2ème et le ton bas [\] pour la 3eme . Selon qu'il soit sujet ou objet on emploie le même pronom, seul sa place dans la phrase change. Les formes renforcées viennent souvent dans les réponses ou lorsque l'on insiste sur la personne. Cette forme renforcée se suffit à elle-même, si elle ne peut pas être sujet en français, elle pourra par contre l'être en malinké. Par exemple: Moi, je lis : Nde ye karanna 2 . Impersonnel. Le « on » du français se traduit par « i » quand le sujet est visé Par exemple: I fa mana faa ka i nyènènnin to, i ni nyanin tè fadan Quand « notre» père meurt en « nous» laissant en bas âge, la souffrance ne « nous» quitte pas. (ne paniquez pas, il s'agit des paroles d'une chanson connue ). II se traduit par «8 » quand c'est l'objet qui est visé Par exemple: A dogba : Fais-le vite
3. Possessif.

N ta : I ta : A ta : An ta: Alu ta: Alu ta:

le mien le tien le sien le nôtre le vôtre le leur

n talu : i talu : a talu : an talu : alu talu : alu talu :

les miens les tiens les siens les nôtres les vôtres les leurs

Exemple: N ta le : N talu le :

c'est le mien ce sont les miens 24

Attention la notion de pluriel est très relative: Jon na mankoronnu ye nin ? à qui sont ces mangues? N talu le : ce sont les miennes MAIS on peut également employer le terme générique de mangue dans le cas où il y en a un petit tas, dans ce cas le dialogue sera: Jon na mankoron ye nin ? à qui sont ces mangues? N ta le : « c'est» les miennes N ta tè : ce ne sont pas les miennes N ta le tè : on insiste, ce n'est pas à moi 4.Démonstratif. Il est en fait pronom ou adjectif selon l'emploi qui en est fait, ce qui est important c'est la proximité NIN opposée à l'éloignement WOo Ils forment leur pluriel comme les noms.

Moso nin: Moso wo:

cette femme-ci cette femme-là

Moso wolu : ces femmes-là

I I

Proximité Eloignement

singulier Forme simple Formerenforcée Ceci =NIN NINDI Cela =WO WODI pluriel
Forme simple Forme renforcée

NINNU WOLU

NINUDI WOLUDI

Adjectifs démonstratifs et pronoms démonstratifs en français sont rendus par une seule et même forme en malinké . Exemples: Yiri nin too le ko walisa : cet arbre-ci s'appelle le chêne Do wo too le ko lènkè : cet autre-là s'appelle lingué Karanden ninu ma bara kosobè : ces élèves-ci n'ont pas beaucoup travaillé Do wolu ka alu doja : ceux-là ont fourni plus d'efforts I dennu le ninudi ? : ceux-ci sont tes enfants?

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N dennu le ninudi, n na karandennu le do woludi :ceux ci sont mes enfants, ceux-là sont mes élèves

Pour localiser quelque chose: Ici YAN Là-bas YEN Les formes renforcées: YANDÔ YENDÔ

Exemples: Na yan ! : viens ici! N ko ye na yando :je te dis de venir ici Wa sènè do, i ba se yen, i ye baara : va au champ, quand tu arrives làbas, tu travailles! 5.Relatif Qui, que, dont, où n'ont qu'une seule forme qui est: MIN Et qui devient au pluriel: MINNU Exemples: Londan min nada kunun, a di wa sinin - l'étranger 9.Yi est arrivé hier, partira demain I ka mankoron min di n ma, a tolinin -la mangue ~ tu m'as donnée, est pourrie I ka karanden min na kofo na nyè, aye kan ka a doja -l'élève dont tu m'as parlé, a progressé I ka liburu min na kofo n nyè, n bada a karan - j'ai lu le livre dont tu m'as parlé
6. Interrogatif.

Qui (sujet) Que (objet) Où (lieu)

JON MUN MIN

Pluriel: JONDE MUN DE MINDE

Renforcé: JONNU/JONDELU

Cf. P 41 : la phrase interrogati ve 3.Les dérivatifs. Le Malinké utilise beaucoup la dérivation comme procédé de formation des noms Par exemple: Jinbe = tam-tam Fo = dire La = agent de dérivation (celui qui) 26

Ka jinbefb = battre le tarn-tam Jinbefdla = le joueur de tam-tam Tous les instruments de musique utilisent ce procédé avec fd, à l'exception des instruments à vent qui utilisent fè : Ka a fè = souffler budufèla = le joueur de cor fulefèla = le joueur de flûte

1.Préfixes:
OÔ : indique une notion d'intérieur Ka bon dôwara - agrandir (la surface intérieure) d'une maison MA : indique une notion de surface extérieure et une idée de répétition Ka tabali gbasi - taper sur la table
Ka tabali magbasi

-

pianoter sur la table

Ka fè kô mako -laver l'extérieur de la calebasse LA : indique l'achèvement avec un résultat que l'on constate (n'oubliez pas que le « I » devient « n » après une nasale !)
Ka môô lakunun

-

réveiller quelqu'un

Ka den nakasi - faire pleurer l'enfant

2.Suffixes : KA : indique les ressortissants d'une contrée, l'origine géographique Kankanka - celui qui est originaire de Kankan LA : indique les membres d'un clan Turela - chez les Touré On notera que l'on peut dire: Kantelaka - ressortissants du clan des Kanté BA : indique l'augmentatif Bon - grand Bonba - très grand NIN : indique le diminutif Dôônin - petit &ère (cènin n'est pas un petit homme mais un homme sans dignité !) 27

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