//img.uscri.be/pth/55784bc731faf68c5c7da4f092d0fbf23ad5fbf3
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 13,13 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Parlons Mandinka

De
212 pages
Ce livre est consaré au peuple mandinka de Casamance au Sénégal, dont l'aire géographique s'étend du Rio Corubal en Guinée Bissau à la rivière Gambie. Le lecteur y trouvera les principales données historiques et culturelles, une description simple de cette langue originale du groupe mandé, des expressions usuelles , des textes de conversation courante et des proverbes ainsi que deux lexiques.
Voir plus Voir moins

PARLONS MANDINKA

Collection Parlons... dirigée par Michel Malherbe
coréen, 1986, M. MALHERBE, O. TELLIER, CHOI J. W. Parlons hongrois, 1988, CAVALIEROS, M. MALHERBE Parlons wolof, 1989, M. MALHERBE, CHEIKH SALL Parlons roumain, 1991, G. FABRE Parlons swahili, 1992, A. CROZON, A. POLOMACK Parlons kinyarwanda-kirundi, 1992, E. GASARABWE Parlons ourdou, 1993, M. ASLAM YOUSUF, M. MALHERBE Parlons estonien, 1993, F. de SIVERS Parlons birman, 1993, M. H. CARDINAUD, YIN XIN MYINT Parlons lao, 1994, CHOU NORINDR Parlons tsigane, 1994, M. KOCHANOWSKI Parlons bengali, 1994, J. CLEMENT Parlons pashto, 1994, L. DESSART Parlons telougou, 1994, O. et D. BOSSE Parlons ukrainien, 1995, V. KOPTILOV Parlons euskara, 1995, T. PEILLEN Parlons bulgare, 1995, M. VASSILEV A Parlons népali, 1996, P. et E. CHAZOT Parlons soninké, 1995, Ch. GIRIER Parlons somali, 1996, M. D. ABDULLAHI Parlons indonésien, 1997, A.-M. VAN DIJCK, V. MALHERBE Parlons géorgien, 1997, I. ASSIATIANI, M. MALHERBE Parlons japonais, 1997, P. PIGANIOL Parlons breton, 1997, P. LE BESCO Parlons tchétchène-ingouche, 1997, P. PARTCHIEV A et F. GUERIN Parlons lapon, 1997, J. FERNANDEZ Parlons quechua, 1997, C. ITIER Parlons mongol, 1997, J. LEGRAND Parlons gbaya, 1997, P. ROULON-DOKO Parlons tzeltal, 1997, A. MONOD BECQUELIN Parlons biélorussien, 1997, A. GOUJON Parlons hébreu, 1997, M. HADAS-LEBEL Parlons vietnamien, 1998, NGUYEN-TON NU HOANG-MAl Parlons lituanien, 1998, M. CHICQUENE, L.A. SKUPAS Parlons espagnol, 1998, G. FABRE Parlons espéranto, 1998, J. JOGUIN Parlons alsacien, 1998, R. MULLER, IP. SCHIMPF Parlons islandais, 1998, S. BJARNASON Parlons

Mal] Lafi DRAMÉ

PARLONS MANDINKA

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polyteclmique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(QL'Harmattan,

2003

ISBN: 2-7475-4756-6

Avant-propos
La confection d'un manuel didactique, n'est ni facile ni rapide, surtout quand on est resté, pour ainsi dire, loin du théâtre des opérations pendant si longtemps: En effet, depuis presque 15 ans, je réside 10 mois de l'année en Arabie Séoudite, où j'enseigne la linguistique à l'institut d'anglais et de traduction de l'université Roi Khalid à Abha. Hormis l'Internet et la correspondance avec les collègues sénégalais engagés sur le terrain, il n'y a ni documentation ni activités académiques en matière de langues africaines. Quant au travail de rédaction proprement dit, il n'est jamais achevé. A un certain point, l'auteur décide de s'arrêter, généralement pour des raisons d'ordre éditorial, car en fin de compte si l'on devait inclure dans le manuel tout ce qui pourrait ou devrait y être inclus, on en aurait pour toute une vie. Donc on s'arrête et on met à la disposition du public le fruit de cette étape de son travail, lui laissant le soin de l'apprécier, l'évaluer, le critiquer ouvertement en comblant les lacunes, le cas échéant. Comme l'indique son sous-titre, ce livre est un manuel modulaire. Il est divisé en six parties de taille inégale, chacune plus ou moins autonome. La première partie, qui suit immédiatement cet avant-propos est consacrée à la présentation historique et culturelle de l'espace mandinka. La sociolinguistique nous enseigne qu'une langue ne peut s'apprendre en faisant fi de son contexte culturel. La langue est l'émanation par excellence du génie créateur de la culture qui la sous-tend. La société mandingue a une culture extrêmement riche, sur laquelle nous espérons avoir la chance de revenir.

La deuxième partie est une description grammaticale de la langue. Elle traite tour à tour du choix des graphèmes utilisés dans la transcription des mots, la structure des morphèmes et mots ainsi que celle de schèmes plus complexes tels que les sentences. En tant que syntacticien, pour moi la partie grammaticale constitue le noyau du livre. En fait c'est elle qui donna naissance au reste du livre parce que rédigée la première. Après plusieurs tentatives auprès de maisons d'éditions de divers horizons, le manuscrit fut soumis à l'Agence Internationale de la Francophonie pour subvention. Le hasard voulut que son administrateur général, Monsieur Roger Dehaybe, le soumit à Monsieur Michel Malherbe pour évaluation. Monsieur Malherbe y prit intérêt et me proposa de le publier dans le cadre de la série «Parlons » qu'il dirige chez l'Harmattan. La troisième et la quatrième partie montrent la langue en contexte. Cette section se comprend (a) une compilation d'expressions usuelles, et (b) une sélection de textes de conversation. Les textes trouvent naturellement leur place dans le livre puisque le but recherché est d'ordre didactique. Dans le choix des thèmes, nous avons essayé de faire ressortir l'aspect contemporain de la langue. Le mandinka est une langue vivante, utilisée par une communauté de locuteurs s'étendant sur trois états de l'Afrique Occidentale: la Gambie, le Sénégal (partie australe du pays) et la Guinée Bissau, avec des îlots de locuteurs en république de Guinée, en Sierra Léone et au Mali. En tant que langue mandé, il fait partie de l'une des plus importantes familles linguistiques de }'Afrique de l'Ouest. Il maintient un certain degré d'intercompréhension avec d'autres langues de la famille, telles que le bambara, le dioula, le malinké et le khasonké. Mais l'importance numérique de ses locuteurs ainsi que celle de sa culture ne sont plus à démontrer. 8

La cinquième partie est une liste de 100 proverbes et dictons en illustration de la <<philosophie» populaire du peuple mandinka. La liste n'est aucunement exhaustive, mais elle ouvre une fenêtre sur la philosophie morale des mandingues de Kaabu et de l'Orient. Il faut cependant préciser que du fait du brassage culturel, certains proverbes se retrouvent également chez les peuples voisins: wolof, joolaa, pulaar, etc. Enfin la sixième et dernière partie comprend deux lexiques: Mandinka - Français, et Français - Mandinka. Par définition, un lexique est une compilation de mots choisis par l'auteur du fait de leur pertinence présumée au sujet traité. Un lexique n'est donc pas un dictionnaire, qui lui peut prétendre à l'exhaustivité. Nous reconnaissons qu'il y a besoin d'un dictionnaire mandinka, ne serait-ce pour fixer l'orthographe de la langue, mais cela ne peut se faire dans un cadre comme celui-ci. La confection d'un dictionnaire (bilingue ou monolingue) est un travail d'équipe qui nécessite plusieurs années de recherche et des moyens importants. C'est donc avec les moyens de bord que et l'appui de la maison Harmattan que ce manuel a finalement pu être confectionné. Donc à tout seigneur tout honneur: mes premiers mots de gratitude vont à Harmattan, pour m'avoir donné l'opportunité de pouvoir enfin porter ce livre au grand public. A travers 1'Harmattan, je voudrais spécialement remercier Monsieur Malherbe, directeur de la série « Parlons », pour avoir cru en moi sans m'avoir personnellement connu. J'espère que le produit fini sera à la hauteur de sa confiance. Mes remerciements vont également à mon ancien professeur Makhily Gassama, m'avoir encouragé à rédiger ce livre, ensuite pour n'avoir épargné aucun effort afin qu'il soit porté au grand jour; mes très sincères remerciements à mon 9

collègue et ami de longue date le professeur Sana Camara de Truman College pour avoir accepté de rédiger la préface du livre. Je remercie également mon ami et frère Nouha Cissé, proviseur du lycée Djignabo de Ziguinchor pour avoir gracieusement mis à ma disposition sa seule copie de son mémoire de maîtrise intitulé La fin du Kaabu et les débuts du royaume du Fuladu ainsi que le numéro de la revue Ethiopiques consacré au colloque international sur les traditions orales du Kaabu. Ces documents me furent expédiés depuis la Casamance jusqu'à Abha en Arabie Séoudite par le biais d'un autre ami et frère, le colonel Birama Thioune de l'Armée de l'Air Sénégalaise. Que tous trouvent ici l'expression de ma profonde gratitude. Mes remerciements vont aussi à mon fils Lamine Dramé junior qui sacrifia de précieuses heures de révision pour m'enregistrer plus d'une dizaine d'heures de précieuses données alors qu'il préparait le baccalauréat. Ce fut une précieuse collaboration qu'il couronna avec un succès éclatant aux épreuves du bac. Toutes mes félicitations. Je voudrais enfin exprimer mes félicitations et encouragements à mes collègue du CEREM (Centre d' Etudes et de Recherches en Espace Mandingue) et à mon ami le professeur Balla Moussa Daffé, ancien ministre de la recherche scientifique et actuel maire de la commune de Sédhiou pour avoir réussi à faire de cette ville le centre de renouveau culturel et économique mandinka. Pour terminer, je dédie ce livre à la mémoire des héros de Kansalaa et à celle de Léopold Sédar Senghor. Humaniste et poète de renommée mondiale, Senghor mena, pendant toute sa vie, un combat souvent incompris pour l'émancipation de I'homme noir, la promotion de sa culture et de ses langues. ID

Gelwaar seereer du Sine voisin, I'histoire retiendra son rôle de visionnaire, de précurseur et de catalyseur dans notre relecture de la civilisation de Kaabu. Makkah, Arabie Saoudite Le 19 Mars 2003

Man Lan Dramé

Il

PREMIERE PARTIE

Esquisse Historique et Culturelle Kaabu

de

PRESENTATION

DE KAABU

I. ESQUISSE HISTORIQUE
Pays de «peuplement et civilisation malinké », 1'histoire de l'Empire de Kaabu remonte au XIIIe siècle avec l'expédition qu'y mena son fondateur Tiramakhan Traoré, général de l'empereur Soundiata Keita du Mali. L'histoire et la tradition orale nous apprennent que Soundiata envoya Tiramakhan Traoré en mission punitive contre le «J616fi-mansa » (le roi du Djolof), province wolof, à l'époque dépendante du tout puissant Empire du Mali. Tiramakhan serait parti avec une forte armée et deux marabouts Fatiba et Sanoba. Après avoir traversé le fleuve Gambie à Dankounkou, il aurait envahi le Djolof et tué le J616fi-mansa. Sa mission accomplie, il ne retourna pas immédiatement au Mali. Il serait ensuite descendu vers le sud où il aurait conquis «tous les pays situés au sud du fleuve Gambie jusqu'au Kombo près de l'Océan Atlantique! ». Tiramakhan étant contemporain de Soundiata, nous pouvons conclure que cela se passait pendant le règne de ce dernier, donc entre 1230 et 1255. C'est ainsi que débuta l'épopée des mandingues de Kaabu. Selon 1'historien Sékéné Mody Cissoko, les deux marabouts qui accompagnaient Tiramakhan « s'installèrent le premier au Woulli et le second à Kantora. Deux des enfants de Tiramakhan, Sané et Mané, conquerront par la suite le pays de Patiana (Pacaana en alphabet mandinka), Sarna et Juméra (Jumara)>> faisant de ces provinces avec Tumanna (Tumannaa) les premiers établissements mandingues de Kaabu. Tiramakhan se serait par la suite établi à Badari. La
ISékéné Mody Cissoko, Introduction à l'histoire des mandingues de l'Ouest. Ethiopiques: Les traditions orales du Gabu. Fondation Léopold Sédar Senghor, Dakar, (1980)

mort le trouva dans la ville VOISInede Bassé2 où il fut enterré3. L'expansion du Kaabu continua après la mort de Tiramakhan, sous le règne de ses enfants et des souverains qui leur succédèrent. L'historien Sékéné Mody Cissoko nous révèle qu'au début du XIVe siècle, sous le règne de Mansa Aboubacar II, l'Empire atteignit l'Océan Atlantique et s'étendait de la rivière Gambie au Nord, au Rio Geba au Sud. Kaabu était encore une province du grand Empire du Mali. Avec le début du déclin du Mali vers le milieu du XVIè siècle, sous le coup des assauts répétés de Askia Ishaq et son frère Askia Daoud en 1542 et 1559, Kaabu commença à se libérer peu à peu de la tutelle du «Mandill Mansa ». Les historiens situent l'événement vers les années 1537. Selon Yves Person (1980), « le cordon ombilical qui unissait Kaabu au vieil Empire du Mali» sera finalement coupé en 1600 quand « les Denyankobé du Fuuta Tooro mirent la main sur les mines d'or du Bambukhu avec l'aide de renégats portugais ». Ainsi séparés du Haut Niger par les hégémonies peules, les Kaabunkas vont assumer leur propre destin. Le ««farill», à l'époque souverain de Kaabu, va s'atteler à unifier «les pays mandingues situés entre la Gambie, la Haute Casamance et le Haut Geba, c'est-à-dire les provinces de Kant66ra, Sarna, Mannaa, Jumara, Sankollaa, Pacaana, Tumannaa, Pakis », noyau dur du royaume du Kaabu. Ainsi à son apogée, Kaabu devenu une fédération forte de 12 provinces4: Jumara, Sarna et Pacaana (considérées comme

2 Actuellement en territoire gambien. 3 Sa tombe s'y trouverait encore. 4 Sékéné Mody Cissoko 15

les trois portes de la royautés), Kantoora, Tumannaa Nord, Pacaana (capitale PayUnku), Sarna (capitale Kaparia), Pakis (capitale Kankelefaa), Mannaa (capitale Kapiroll, Tumannaa Sud (capitale Sumaakundaa), Sankollaa (Capitale Berekololl), Kusara (capitale Danduu), Caafia et Kiyall. Kaabu continua à se développer jusqu'à la fin du XIIIe siècle. L'Empire assujettit les peuples voisins immédiats, tels que les Baïnounk et les Balantes. C'est au XIXe siècle, qu'il va connaître son déclin. L'histoire retiendra trois facteurs essentiels qui auront conduit dans la seconde moitié du XIXe siècle à la désintégration de la fédération. La première est la poussée de la colonisation dans les territoires Kaabunka. Ceci eut pour conséquence directe l'affaiblissement de l'autorité centrale à Kansalaa. « Les chefs de provinces ou «kantamansa» usurpèrent les droits souverains et commencèrent à régner en vrais maîtres». Du coup, le contrôle de Kansalaa se réduit aux seules provinces limitrophes. «Les kantamansa ainsi libérés se faisaient la guerre entre eux, s'alliaient à l'étranger» (Sékéné Mody Cissoko, 1980). La deuxième raison est d'ordre interne: Encouragé par la proximité du Fouta Djallon, l'Islam fit au XVIIIe de grands progrès à l'intérieur de Kaabu ceci au détriment de l'animisme qui avait jusqu'ici nourri l'esprit guerrier des « fiancoo ». Le troisième facteur fut la poussée des Almamy du Fouta Djallon en Guinée. Selon l'historien Sékéné Mody Cissoko, «les peuls du Fouta Djallon dépendaient, dans leurs relations avec les comptoirs portugais de Guinée, des Mansa de Kaabu, maîtres des chemins». En plus «le Kaabu animiste constituait un réservoir important d'esclaves ». De ce fait,
5 Yves Person, (1980) 16

«la conquête de Kaabu fut un des objectifs de la politique des Almamy [. ...] et des Alfa de Labé» L'épisode final eut lieu en 1865, avec la bataille de Kansalaa, défendue à l'époque par Djanké Waly Sané et ses «fiancoo ». Les guerriers peuls de Almamy Oumarou voulaient en finir avec l'empire «kaabunka». Plutôt que de se rendre et devenir esclaves des peuls, toutes les filles de Kansalaa se jetèrent dans les puits de Kansalaa pendant que les « fiancoo » faisaient sauter la capitale, tuant ainsi «défenseurs et assaillants». C'est le fameux «TurubâO kéloo » (1'holocauste), l'épopée finale de Kansalaa, immortalisée par les griots dans I'hommage rendu à la bravoure de Jankee Waali ses guerriers «fiancoo ». Les coups répétés des razzias peuls, menés sous la conduite de Alfa Molo, la coalition formée par son fils Moussa Molo et les «alfas» de Labé, et Dioukha Samballa de Khasso, finalement eurent raison de la résistance Kaabunka. Kaabu tomba vers 1879. Après sa chute, les Kaabunka «se dispersèrent dans les régions voisines, en Haute Casamance, dans la vallée de Gambie. Abandonné par ses souverains, Kaabu devint une province assujettie aux rois peuls jusqu'à la conquête européenne» (Sékéné Mody Cissoko, 1980). Des 33 souverains qui l'ont gouverné, la mémoire collective, (aidée en cela par les chants des griots et les récits des conteurs/historiens), a cependant retenu des noms, héros d'une histoire qui, parce que fondée essentiellement sur l'oralité, nous semble aujourd'hui paradoxalement lointaine; des noms comme: Sumâll Saane Wââlibââ Saané 17

Maamudu Saane Mansa M66ribaa NurkUndoo Saané Mansa Mankutoo Kandaa Mansa Nfammara Maane Sumank6li Saane Sarna Koli Yiraa Saane Jankee Waali Saane (1843 - 1867) Survécut également, la langue de Kaabu, le mandinka. L'historien Yves Person périodise ainsi l'histoire de Kaabu : 1) Période pré-Malinké - Des débuts de l'agriculture
au XIIIe siècle.

2) Période des influences soudanaises: 1250 - 1450. 3) Période soudano-atlantique : 1450 - 1600. 4) Prépondérance des influences atlantiques et

apogée du Kaabu indépendant: 1600 - 1750.
5) Décadence et chute: 1750 - 1870.

II. ORGANISATION

POLITIQUE DE KAABU

Comme nous l'avons dit plus haut, l'empire de Kaabu était une fédération de douze provinces, comprises entre la rivière Gambie et le Rio Combal. Contrairement aux traditions du Mali (dont il a longtemps dépendu), au Kaabu le «pouvoir impérial n'était pas le monopole d'une dynastie localisée dans une seule province ». Il était «rotatif entre certaines 18

familles de «kont61l6» Sané et Mané, c'est-à-dire entre les descendants des deux fils de Tiramakhan. L'empereur régnant prenait le titre de Mansa et résidait à Kansalaa tout en gardant le contrôle de sa province d'origine. Bien que n'étant ni roi-dieu ni roi-prêtre, son nom ne se prononçait pas en sa présence. On s'adressait à lui comme marna (l'ancêtre, ou grand-père). Une des caractéristiques essentielles de la succession au pouvoir ainsi qu'aux titres de noblesse dans le Kaabu était la présence du double système de matriarcat et de patriarcat. Bien que surnommé «terre de femmes» (musu bankoo), par les mandingues du Soleil levant (tili boo), au Kaabu la succession était en réalité définie aussi bien par « le sein que par la barbe ». L'historien Sékéné Mody Cissoko l'explique en ces termes: «La princesse, noble par excellence, est appelée fiancoo ou taïba. Elle est nécessairement fille d'une fiancoo. Son enfant est fiancoo et peut prétendre au pouvoir royal. Le fils de celui-ci n'est pas fiancoo si sa mère ne l'est pas. Il est mansa-dill ou mansarill et forme la deuxième catégorie de la noblesse, celle qui commande les provinces ou les tata 7. Le fils du mansariT1 est kooriT1~ troisième degré de la noblesse, qui peut prétendre à l'administration des provinces (c'est Ie cas des Sagnan de Kant66ra, des Sanko de Sankollaa) et des villages. Le fils de koorill est tiyadill (grain d'arachide) dont le fils est tiya-fata (pellicule d' arachide) qui est un simple homme libre. [ ] Seuls les fiancoo, descendants par leur mère de la princesse Balaba8, peuvent prétendre au pouvoir impérial dont sont exclues les femmes» Et Cissoko d'ajouter: «Dans la masse populaire,
6 Patronyme 7 Forteresse ou château fortifié 8 Princesse mythique qui serait à l'origine du matriarcat Kaabunka.

19

l'héritage se transmettait par voie patrilinéaire comme chez les autres mandingues ».

III. SPECIFICITES

SOCIO-LINGUISTIQUES

L'établissement du peuplement mandingue de Kaabu dans la zone forestière comprise entre la Gambie et le Rio Corubal, (jusqu'alors domaine réservé des langues appartenant à la famille 'Atlantique Ouest'), a eu comme résultat (entre autres) la création d'une branche occidentale de la famille linguistique mandé. Cette nouvelle branche sera dénommée mandinka kâllo (i.e. langue mandinka) par les locuteurs eux-mêmes. Née dans les circonstances historiques que nous savons, cette langue du « Mandé Oriental» a des traits qui lui sont spécifiques. C'est en partie pourquoi nous avons gardé cette appellation, la préférant au terme «mandingue », trop général et source de plusieurs confusions dans plusieurs manuels et écrits sur les langues mandé. Comme chacun le sait, les mandinka étaient essentiellement animistes, des soninké, c'est-à-dire «des gens qui buvaient de l'alcool ». Les fiancoo formaient la classe dirigeante de l'empire. Ils étaient de farouches guerriers. L'histoire de Kaabu est émaillée de leurs faits d'armes, immortalisés dans les chansons des griots mandingues, témoins privilégiés de leur histoire. De ce fait Kaabu était une société guerrière, conquérante. Fait bizarre relevé par plusieurs chercheurs, on ne retrouve que rarement au Kaabu les noms claniques du Vieux Mandingue, tels que Keita, Traoré, Kanté, etc. Les conquérants devenus maîtres des territoires conquis semblent avoir délibérément choisi de couper le pont avec leur pays d'origine en adoptant les «noms» spécifiques des populations conquises. 20

Un autre trait distinctif de la société kaabunka signalé plus haut, est le matriarcat comme fondement de la succession au pouvoir. On retrouve ici une coutume de l'Afrique ancienne, qui avait cependant disparu au Mali au moment de la fondation de Kaabu. Le phénomène n'a pas encore reçu d'explication satisfaisante. Al' examen linguistique, le mandinka se distingue des parlers orientaux sur plusieurs plans: (1) Comme l'a judicieusement observé le chercheur Djibril Tamsir Niane (1980), le mandinka «a conservé beaucoup plus de mots et tournures archaïques qu'on ne rencontre plus dans le parler du Haut Niger»; (2) plusieurs phonèmes attestés dans le parler du Haut Niger n'existent plus en mandinka. C'est le cas des phonèmes [g] et [x] qui ne sont attestés que dans le Malinké et en Khassonké, périphériques au mandinka, le parler central officiel du Sénégal, statistiquement plus représentatif que les autres parlers mandé représentés dans le pays. Le nombre des phonèmes mandinka est ainsi réduit à 18 consonnes et 5 voyelles9, soit un total de 23 graphèmes. (3) Sur le plan morpho-phonologique, le ton flottant en finale, qui marque la spécification des substantifs Bambara et Dioula, est remplacé en mandinka par un [0] final à ton bas. (4) De ce fait, tous les amalgames que provoque l'ajout de ce suffixe au substantif ne sont attestés qu'en Mandinka. (5) A cela s'ajoute un nombre incalculable de différences morphologiques, lexicales, syntaxiques qu'il serait trop long d'énumérer ici1o. A notre niveau~ une seule conclusion s'impose: Il y a très peu à gagner à vouloir réduire le Mandinka à une simple variante dialectale du Mandé oriental. Au contact des langues locales de la famille' Atlantique Ouest', le Mandé
9

10 Cf Aperçu grammatical

Cf Aperçu grammatical.
pour plus de détails.

21

transplanté au Kaabu a donné naissance à une langue de souche mandé certes, mais aux traits distinctifs très marqués dont la configuration lexicale, morphologique, syntaxique est, sur le plan synchronique, à mi-chemin entre le mandé oriental et les langues voisines de la famille ouest atlantique.

22

DEUXIEME PARTIE Grammaire