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PARLONS NAVAJO

De
198 pages
Bienvenue dans le monde de la langue navajo, " dans le monde navajo ". Il paraît exclu d'apprendre à parler cette langue qui a servi de code aux Américains pendant la deuxième guerre mondiale. Il s'agit plutôt de comprendre comment elle fonctionne et quelle culture elle porte. Il faut commencer par faire connaissance avec une nation indienne vivant entre tradition et modernité et qui pour survivre doit participer à l'économie capitaliste des Etats-Unis, et qui puise aussi sa vitalité dans sa culture et ses traditions. Nous découvrirons comment la syntaxe et la stucture de la phrase navajo traduisent la volonté d'harmonie et d'ordre du monde des Navajo.
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PARLONS NA VAJO

Collection Parlons... dirigée par Michel Malherbe

Dernières parutions

Parlons alsacien, 1998, R. MULLER, JP. SCHIMPF Parlons islandais, 1998, S. BJARNASON Parlons jola, 1998, C. S. DIATTA Parlonsfrancoprovençal, 1999, D. STICH Parlons tibétain, 1999, G. BUÉSO Parlons khowar, 1999, Érik LHOMME Parlons provençal, 1999, Philippe BLANCHET Parlons maltais, 1999, Joseph CUTAYAR Parlons malinké, 1999, sous la direction de Mamadou CAMARA Parlons tagalog, 1999, Marina POTTIER Parlons bourouchaski, 1999, Étienne TIFFOU Parlons marathi,1999, Apama KSHIRSAGAR, Jean PACQUEMENT Parlons hindi, 1999, Annie MONTAUT et Sarasvati JOSHI Parlons corse, 1999, Jacques FUSINA Parlons albanais, 1999, Christian GUT, Agnès BRUNET-GUT, Remzi PËRNANSKA Parlons kikôngo, 1999, Jean de Dieu NSONDE Parlons téké, 1999, Edouard ETSIO Parlons nahuatl, 1999, Jacqueline de DURAND-FOREST, Danièle DEHOUVE, Éric ROULET. Parlons catalan, 2000, Jacques ALLIÈRES. Parlons saramaka,2000, D. BETIAN, W. BETIAN, A. COCKLE, M.A. DUBOIS, M. GINGOLD. Parlons gaélique, Patrick Le BESCO, 2000. Parlons espéranto (deuxième édition, revue et corrigée), 2001, J. JOGUIN. Parlons ba/nbara, 1. MAIGA, 2001. Parlons arabe marocain, M.QUITOUT, 2001. Parlons bamoun, E. MATATEYOU, 2001. Parions live, F. de SIVERS, 2001. Parlons yipunu, MABIK-ma-KOMBIL, 2001. Parlons ouzbek, S. DONYOROV A, 2001. Parlonsfon, D. FADAIRO, 2001. Parlons polonais, K. Siatkowska-Callebat, 2002.

Marie-Claude FELTES-STRIGLER

PARLONS

NA VAJO

mythes, langue et culture

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie
Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@ L'Harmattan,

2002 ISBN: 2-7475-2037-4

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SOMMAIRE

Préface Les voyelles A, E, I, O Les consonnes L, TL Introduction Langue et culture La langue navajo hier et aujourd'hui Les Code Talkers Navajo Chapitre 1 La Nation Navajo, entre tradition et modernité Les Navajo et leurs ressources naturelles Les Navajo dans le monde d'aujourd'hui Chapitre 2 Histoire et origine mythique de la langue navajo Les Diné, leur nom et leur ombre Histoire des clans navajo Chapitre 3 Le langage, instrument de création du monde Sq 'ah N aaghaii
B ik ' eh.

Il 13 14 17 17 22 26

35 47 51

65 71 78

91 93 94 96 103 103 110

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 95

H 6zh6. ...... ... ... ........ . Le langage met fin au chaos Classement des objets au repos Catégorisation par le genre, la direction et la couleur Chapitre 4 Langue, mode de pensée et vision du monde La phonologie navaj0
Les mots navaj 0

...

Quelques notions de grammaire

117 119 121 122

Glossaire.
Ouvrages cités ... ... ...

147
151

Vocabulaire thématiquel
Expressi ons u tiI es.

155 156 156 157

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 155

Les âges del a vie Cérémonies navajo (spiritualité) Les parties du corps
Le s mal
Vêt e me

a di es.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 159

n ts . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 160

Hygiène et maquillage..
B ij 0 ux

161 163 164 166
167

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 162

Différents types de hogans et de maisons Aménagement du hogan et de la maison Les environs de la demeure
Ou til s

.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

Ustensiles de cuisine Nourri ture .............. .....

168

..........

Les animaux de la ferme Animaux sauvages
Ois eaux.

.................. 169 171 172
1 74

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

Reptiles et amphibiens
In sec tes.

175
178

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 1 76

Plan

tes.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

L'univers
Minéraux.

(les corps célestes)
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

180
181

Le temps (qu'il fait) Directions cardinales Repères dans l'espace Les moments du jour et de la nuit
Le temps d ' horloge.

182 183 183 184 186 186 187 187

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 185

Les jours de la semaine Les mois de l'année Les saisons Fournitures scolaires et de bureau
1

Nous avons adopté ici un choix thématique qui s'harmonise avec la vie
et spirituelle des Navajo.

quotidienne

8

système numérique Formes, lignes et textures Les couleurs Jeux et sports Métiers et occupations de la communauté Equipement et transports Tissage
Le ha rn a ch e fie nt.

188 190 191 193 193 196 197

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 19 8

9

PREFACE

Yâ'at'ééh ! Bienvenue dans le monde de la langue navajo. Ou devrions-nous dire: «dans le monde navajo»? La démarche adoptée ici ne s'inscrit pas directement dans la ligne de la collection Parlons. Il paraît exclu d'apprendre à parler cette langue qui a servi de code aux Américains pendant la deuxième guerre mondiale, le seul que les Japonais n'ont jamais réussi à déchiffrer (voir encadré). Il s'agit plutôt de comprendre comment elle fonctionne et quelle culture elle porte. Avant d'aborder la genèse de la langue navajo, nous vous proposons de procéder dans un ordre inversement chronologique. Nous allons commencer par faire la connaissance d'une nation indienne qui, comme beaucoup d'autres, vit entre tradition et modernité, qui est obligée, pour survivre, de participer à l'économie capitaliste puisqu'elle fait partie des Etats-Unis et qui, en même temps, puise sa vitalité dans sa culture et ses traditions. La meilleure illustration du fait que ces nations vivent entre deux cultures est le succès des élections des «Miss» tribales ou des communautés locales: le critère de choix n'est pas la simple beauté esthétique, mais la réussite à un certain nombre d'épreuves montrant que ces jeunes filles sont capables de vivre dans les deux mondes. On peut leur demander de préparer un shampoing de mousse de yucca, de faire un chignon traditionnel ou de confectionner du fry bread (pain frit) d'une part, et de rédiger une dissertation expliquant quel rôle elles peuvent jouer dans la société
ma j ori taire.

Pour les N avaj 0, la pensée et le langage ont été les instruments de création du monde et permettent d'éviter le chaos, l'idéal étant que l'individu vive en harmonie avec lui-même, avec son entourage et avec l'univers. Nous essaierons de montrer comment la syntaxe et la structure de la phrase navaj 0 traduisent la volonté d'harmonie et d'ordre du monde des Navajo. Le vocabulaire thématique qui forme la dernière partie de l'ouvrage est inspiré des publications pédagogiques de l'école

pilote de Rough Rock, en Arizona, la première école de la réserve à dispenser une éducation bilingue et biculturellel. Le choix lui-même des thèmes est révélateur, ainsi que le mode de classement. Aurions-nous rangé les barrages, les vallées, la mer et les océans dans la catégorie «minéraux », à moins de nous souvenir que le règne minéral est l'une des trois grandes divisions de la nature, avec le règne végétal et animal? Comme dans de nombreuses sociétés non industrielles, les noms des mois et des saisons traduisent soit les phénomènes météorologiques et naturels, soit les travaux agricoles. Quant au choix des mots pour «le temps qu'il fait », il montre bien la rudesse du climat de la réserve, de la chaleur accablante et des violents orages de l'été au froid et aux tempêtes de l'hiver. Les moments du jour et de la nuit sont plus précis que dans notre langue: l'immensité du ciel d'Arizona permet de distinguer les phases de l'aube ou de la tombée de la nuit. La faune et la flore sont caractéristiques des régions semi -désertiques. Enfin, la liste des métiers et des activités de la communauté est particulièrement intéressante, car elle nous parle d'un peuple qui vit dans un monde moderne, qui a des emplois salariés et qui, en même temps, reste attaché à ses occupations traditionnelles, à tel point qu'il y a une rubrique particulière pour le tissage et pour le harnachement des chevaux.

La phrase navaj 0 possède des caractéristiques particulières sur lesquelles nous reviendrons plus loin, mais signalons dès l'abord qu'il n'y a ni auxiliaires, ni articles; les Navajo utilisent ce que les linguistes appellent des déterminants. Les adjectifs suivent les noms, qu'ils soient sujets ou objets. Les adverbes ne peuvent pas être placés en fin de phrase. Là où le français utilise des prépositions, le navajo utilise des postpositions. Les propositions relatives sont construites sans pronoms relatifs. Les verbes n'ont pas de forme infinitive; ils figurent à la quatrième personne. Enfin, le navajo est une langue où le verbe peut à lui seul constituer une phrase entière.
1 Saad Ahaah Sinil - Dual Language, Produced by Title 4B Materials Development Project, Navajo Curriculum Center, Rough Rock Demonstration School, Rough Rock, Arizona.

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Le lecteur qui a l'occasion de consulter des documents en langue navajo constatera que l'orthographe varie. En effet, certains sons n'ont pas d'équivalent dans les langues occidentales. Ce sont: tl, t', ts', k', ch'. Cependant, lorsqu'il ne s'agit pas de ces sons exceptionnels, en général les mots se prononcent comme ils s'écrivent: s se prononce toujours s, b se prononce toujours b.
Les voyelles A, E, I, 0 Voyelle navaj 0 a e o shash (ours) tse (rocher)

Exemples:

équivalent en français chat lettre lit hotte sin (chant) sho (givre)

Les voyelles longues: sont indiquées par le redoublement de la voyelle. Exemples: saad (mot, langage) siil (vapeur) dooda (non) nee (à votre propos) Le ton des voyelles: les voyelles navajo ainsi que la consonne n peuvent avoir un ton haut placé, ou bas. Le ton haut est indiqué par un accent aigu au-dessus de la lettre. Exemples: dibé (mouton) adin (rien) h6la (je ne sais pas) tseebii (huit) Voyelles orales ou nasales: pour les voyelles orales, l'air passe dans la bouche. On produit une voyelle nasale en laissant l'air passer par le nez et par la bouche. Les voyelles nasales sont indiquées par une sorte de cédille sous la voyelle. Lorsque la voyelle précède une consonne nasale (m ou n), elle est automatiquement nasalisée; aussi n'est-ce pas indiqué typographiquement. Le sens des mots est différent suivant que la voyelle est orale ou nasale. Exemples: biih (dedans) shi (je) shi (été) biih (cerf)

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Les consonnes L, TL L : placer la langue comme pour produire un L et souffler. Tl: ces deux lettres représentent un seul son, comme si on rassemblait les deux premières syllabes de télégraphie ou télépathie.
Le coup de glotte: son produit en bloquant l'air par une fermeture de la glotte. Il est indiqué par une apostrophe. Exemples: shizhé'é (mon père) la' (un, du) e' é aah (ouest) 166 ' (poisson) Les consonnes glottalisées sont t', k', ch', ts', tl'. Elles sont très proches des autres consonnes. Il suffit de fermer la glotte en suivant ce schéma: 1) retenir sa respiration 2) dire la consonne, mais sans laisser passer l'air.

G, H, K, T: la prononciation de ces consonnes dépend de la voyelle qui les suit. Avant e et i, certaines de ces consonnes sont suivies par un son y. Exemples: ké > kyé ti' > tyi nihî > nihyi Avant 0, certaines sont suivies par un son W(oue). Exemples: t6 > tw6 h6la > hw6la kodi > kwodi

Gh ; la prononciation de la consonne gh dépend de la voyelle qui la suit: - gha: l'air passe entre la langue et le palais ghe : se prononce comme un y - ghi: se prononce comme un y - gho: la consonne gh se prononce à peu près comme un w.

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Coup de glotte avant les voyelles initiales: une voyelle en début de mot est une voyelle initiale. Lorsqu'elle suit la voyelle finale d'un mot précédent, un changement de son intervient: les deux voyelles sont séparées par un coup de glotte. X : lorsque le son h suit s, on l'écrit x pour éviter la confusion avec le symbole she H final: le son h est souvent présent à la fin d'une syllabe ou d'un mot, à la suite d'une voyelle. Ainsi placé, il ressemble au son que l'on fait en soufflant sur ses mains pour les réchauffer.

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INTRODUCTION

Lors des premiers contacts avec les Européens en 1500, les tribus indiennes d'Amérique du Nord parlaient environ 350 langues différentes, dont plus de la moitié sont encore vivantes aujourd'hui. On comptait une centaine de langues au Mexique et en Amérique Centrale, et à peu près 800 en Amérique du Sud et aux Antilles1. De nombreux dialectes venaient s'y ajouter. Cependant, aucune tribu vivant dans ce qui est à présent les EtatsUnis n'avait conçu de système pour écrire sa langue, même si certains groupes avaient inventé d'ingénieux substituts.

Langue et culture

Avant l'arrivée des Européens, de nombreuses tribus étaient réparties en groupes que rapprochaient des traits culturels communs, dont faisait partie la langue. Ainsi, au nord du fleuve Ohio, vivaient des tribus de langue algonquine, dont les cultures étaient très proches2. De même, des tribus de langue muskhogee vivaient dans la vallée inférieure du Mississipi et des peuples de langue sioux dans la vallée supérieure du Mississipi. Les exceptions à ce schéma linguistique sont néanmoins si nombreuses qu'il est impossible d'établir un lien rigoureux entre une communauté de langues et un regroupement culturel géographique. Par exemple, les tribus pueblo qui vivent géographiquement proches les unes des autres et dont les cultures sont très voisines, parlent quatre langues différentes. Ces obstacles à la communication affectaient les relations intertribales. C'est pourquoi les tribus des Grandes Plaines, qui partagèrent pourtant un mode de vie commun aux XVIIIe et XIXe siècles, eurent également recours au langage des signes. Ce systèlne permettait à
1 Robert A. Young, The Navajo Yearbook, 1961, p.430. 2 A. M. Gibson, The A/nerican Indian, Heath & Cpny, Lexington, Mass., 1980, p.39.

des groupes tribaux de langues mutuellement inintelligibles, de communiquer entre eux. L'étude et la classification de ces diverses langues permettent de reconstruire l'histoire des tribus. Une tribu qui migre vers une autre région va connaître des changements culturels, mais elle emporte sa langue avec elle. En effet, même alors que la langue se modifie, elle conserve nombre de ses éléments d'origine. L'analyse génétique de la classification des langues révèle I'histoire des Amérindiens. Les anthropologues utilisent la méthode de la glottochronologie, conçue vers 1950 par Morris Swadesh. Cette méthode étudie le temps nécessaire à certains mots de même origine communs à tous les peuples, comme homme, femme, soleil ou lune, pour se différencier à partir d'une même langue mère. Quelle que soit la méthode de classification, le but est de déterminer les ressemblances entre les langues. Les linguistes en distinguent quatre catégories: 1. universelles: des caractéristiques partagées par toutes les langues, telles que les pauses, les voyelles, les consonnes, ou un vocabulaire commun; 2. convergentes: des similitudes qui se produisent de façon indépendante ou par coïncidence entre différents langages. 3. rayonnantes: des mots ou des concepts empruntés par une langue à une autre, par exemple le mot indien wampun3 en anglais. 4. et génétiques: une évolution ininterrompue d'éléments linguistiques d'une langue à une autre, une « langue mère» menant
à des langues dérivées. C'est cette catégorie des ressemblances génétiques que Morris Swadesh et d'autres linguistes ont essayé d'établir pour la multitude de langues indiennes. On conçoit aisément la difficulté de la tâche, les éléments convergents et rayonnants venant de surcroît brouiller les pistes. Contrairement à la biologie qui veut que des espèces différentes ne peuvent s'hybrider, le langage est en évolution constante. De plus, l'absence de témoignages écrits nous prive de points de repères précis.

3 Ceinture dont les motifs ont un rôle mnémotechnique ou cérémoniel, particulièrement dans la conclusion des traités avec les Euro-Américains.

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Avant les premiers contacts avec les Européens, ce que nous pourrions qualifier «d' écriture » indienne n'allait pas au-delà de pétroglyphes ou de pictographes, représentations de personnages, d'animaux, d'objets ou d'évènements. Certains de ces glyphes ou symboles représentaient cependant des idées abstraites, telles que l'amour ou la haine. Certains symboles méso-américains peuvent même avoir représenté des syllabes ou des sons, mais nous n'en avons pas la preuve. Quoi qu'il en soit, la seule véritable écriture phonétique indienne est le syllabaire créé par le Cherokee Sequoyah au XIXe siècle, qui réduit la langue cherokee à 85 caractères syllabiques (contrairement à un alphabet qui réduit une langue à des phonèmes). Un certain nombre d'Euro-Américains ont également transcrit des langues indiennes grâce à l'alphabet romain, offrant aux linguistes qui leur ont succédé des sources écrites pour leurs études. Les Indiens avaient à leur disposition d'autres techniques pour consigner des évènements, comme les «bâtons calendriers» des Papago, dans lesquels on taillait des encoches, et les ceintures wampun des Iroquois. Mais cela n'a rien à voir avec les langues parlées et leur classification. Environ deux cents langues indiennes subsistent aujourd'hui, entre les Etats-Unis et le Canada, et sont parlées par les Indiens contemporains. On estime qu'un tiers des Indiens parle leur langue, les pourcentages les plus élevés étant chez les Navaj0, les Iroquois, les Inuit, les Papago-Pima, les Apache et les Sioux. Ces langues ont survécu malgré les efforts du gouvernement fédéral américain pour les faire disparaître, surtout dans les pensionnats où la politique d'acculturation était systématique au début des années 1920 ; les enfants avaient interdiction de parler leur langue, sous peine de sévères châtiments corporels ou de privation de nourri ture. Ces langues ont des systèmes grammaticaux et phonétiques très élaborés, ainsi que des vocabulaires comprenant des milliers de mots. Tout comme les langues de l'Ancien Monde, ce sont des formes élaborées et complexes. Elles ne sont pas «primitives », comme on les imagine souvent, composées de grognements et de gesticulations. Tout comme les autres caractéristiques des groupes indiens, leurs langues font l'objet de nombreux clichés, y compris

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