Pluralité linguistique et démarche de recherche

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L'analyse de la pluralité linguistique s'est largement déplacée ces dernières années pour des raisons diverses : la construction d'objets plus spécifiques ; la fréquentation de nouveaux terrains d'enquête et d'observation ; la difficulté à opérer des analyses avec les mêmes outils descriptifs. Il s'agit ici avant tout d'identifier et de dynamiser de nouveaux axes de recherches.
Publié le : mardi 1 janvier 2013
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EAN13 : 9782296513952
Nombre de pages : 124
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N°2
2012
Pluralité linguistique et démarche de recherche
Vers une sociolinguistique complexifée
Le présent numéro des Cahiers Internationaux de Sociolinguistique aborde une
préoccupation centrale de chercheurs en sociolinguistique. L’analyse de la pluralité Cahiers Internationaux de
linguistique s’est largement déplacée ces dernières années pour des raisons diverses :
la construction d’objets plus spécifques ; la fréquentation de nouveaux terrains
d’enquête et d’observation ; la difculté à opérer des analyses avec les mêmes Sociolinguistique
outils descriptifs, ce qui a incité les chercheurs à se poser des questions d’ordre
épistémologique et méthodologique, notamment en termes de postures de
démarches de recherche, de construction de sens et de nouvelles théorisations.
Il s’agit ici avant tout d’identifer et de dynamiser de nouveaux axes de recherches
suscités notamment par les observations longitudinales ou synchroniques des
Pluralité linguistique et démarche de recherchetranspositions politiques, éducatives et didactiques ainsi que par les reconfgurations
Vers une sociolinguistique complexiféeméthodologiques, théoriques et épistémologiques auxquelles conduit l’étude
sociolinguistique de la pluralité linguistique.
Les travaux ici publiés ont été réunis lors du colloque international du Réseau fran-
cophone de sociolinguistique (RFS) et du Groupement d’intérêt scientifque « Pluralités
linguistiques et culturelles » (GIS-PLC), organisé à Alger du 31 mai au 2 juin 2011 par les Sous la direction de
laboratoires LISODIP de l’ENS Bouzaréa et PREFics de l’université Rennes 2, et dont le Philippe Blanchet, Malika Kebbas, Attika-Yasmine Kara
thème général portait sur les Dynamiques plurilingues : des observations de terrains aux
transpositions politiques, éducatives et didactiques.
ISBN : 978-2-296-99755-4
Prix : 14,50 €
N°2
Pluralité linguistique et démarche de recherche
2012



PLURALITÉ LINGUISTIQUE
ET DÉMARCHE DE RECHERCHE

VERS UNE SOCIOLINGUISTIQUE COMPLEXIFIÉE CAHIERS INTERNATIONAUX DE SOCIOLINGUISTIQUE
Dirigés par Philippe BLANCHET et Thierry BULOT
Comité de rédaction (par ordre alphabétique)
Armstrong Nigel (Université de Leeds, Royaume-Uni), Bertucci Marie-Madeleine (Université
Cergy-Pontoise, France), Blondeau Hélène (Université de Floride, Gainsville, USA),
Boudreau Annette (Université de Moncton, Canada), Calvet Louis-Jean (Université de
Provence, Aix, France), Erfurt Jurgen (Université de Frankfort sur le Main / Allemagne),
Miche Francard Philippe (Université Catholique de Louvain, Belgique), Feussi Valentin
(Université François Rabelais, Tours, France), Gadet Françoise (Université Paris X, France),
Hambye Philippe (Université Catholique de Louvain, Belgique), Heller Monica (Université
de Toronto, Canada), Huck Dominique (Université de Strasbourg, France), Jones Mari C.
(Université de Cambridge, Royaume-Uni), Klaeger Sabine (Université de Bayreuth,
Allemagne), Gudrun Ledegen (Université Rennes2-UEB, France), Lounici Assia (Université
d’Alger, Algérie), Marcellesi Jean-Baptiste (Université de Rouen, France), Messaoudi Leila
(Université de Kénitra, Maroc), Moussirou-Mouyama Auguste (Université de Libreville,
Gabon), Pöll Bernhart (Université de Salzburg, Autriche), Rispail Marielle (Université Jean
Monnet, St Etienne, France), Robillard Didier de (Université François Rabelais, Tours,
France), Singy Pascal (Université de Lausanne, Suisse), Telmon Tullio (Université de Turin,
Italie), Rada Tirvassen (Université de Maurice), Tsofack Jean-Benoît (Université de Dschang,
Cameroun), Vicente Angeles (Université de Saragosse, Espagne).
Ligne éditoriale
Les CAHIERS INTERNATIONAUX DE SOCIOLINGUISTIQUE ont pour vocation première de rendre
compte des recherches et réflexions en cours sur la pluralité linguistique, notamment – mais
pas exclusivement – dans l’espace francophone (en y incluant le territoire français) et
d’assurer, par la confrontation des modèles théoriques et des méthodes diverses dans le
champ, la rencontre des différents courants constitutifs de la sociolinguistique contemporaine.
Sans que cela soit exclusif, les travaux publiés doivent permettre de faire valoir la pertinence
des approches qualitatives en sociolinguistique et de structurer la discipline en proposant
systématiquement de questionner les théorisation(s), méthodologie(s) et cadre
épistémologique de la recherche présentée et leur pertinence pour la connaissance des
situations et phénomènes observé(e)s.
La langue de diffusion privilégiée des CAHIERS INTERNATIONAUX DE SOCIOLINGUISTIQUE est le
français (orthographe recommandée ou non), mais des textes dans les autres langues de
diffusion scientifique sont effectivement attendus (sous réserve des compétences linguistiques
des membres du comité de rédaction).
Les CAHIERS INTERNATIONAUX DE SOCIOLINGUISTIQUE publient des numéros thématiques une
à deux fois par an sous la responsabilité scientifique d’un-e ou plusieurs chercheur-es qui en
assurent également le travail de coordination.
Les CAHIERS INTERNATIONAUX DE SOCIOLINGUISTIQUE acceptent des articles isolés relevant de
la discipline qui paraissent dans la rubrique « Varia » ainsi que des comptes-rendus
d’ouvrages et/ou de livraison de revue. Ces textes sont soumis au Comité de rédaction pour
proposition de publication.
Les CAHIERS INTERNATIONAUX DE SOCIOLINGUISTIQUE ne renvoient pas les documents
envoyés de manière isolée en cas de non-publication.

Sous la direction de
PHILIPPE BLANCHET, MALIKA KEBBAS, ATTIKA-YASMINE KARA




PLURALITÉ LINGUISTIQUE
ET DÉMARCHE DE RECHERCHE

VERS UNE SOCIOLINGUISTIQUE COMPLEXIFIÉE





Cahiers Internationaux de Sociolinguistique 2012























Mis en page sous la responsabilité des
Cahiers Internationaux de Sociolinguistique

Maquette de couverture : Pierre du Guiny









© L'Harmattan, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-99755-4
EAN : 9782296997554

INTRODUCTION
PLURALITÉ LINGUISTIQUE ET DÉMARCHES DE
RECHERCHE : VERS UNE SOCIOLINGUISTIQUE
1COMPLEXIFIÉE


Le présent numéro des Cahiers Internationaux de Sociolinguistique
aborde une partie des préoccupations des chercheurs en sociolinguistique
réunis lors du Colloque International du Réseau Francophone de
Sociolinguistique (RFS) et du Groupement d’Intérêt Scientifique « Pluralités
Linguistiques et Culturelles » (GIS-PLC), organisé à Alger du 31 mai au 2
juin 2011 par les Laboratoires LISODIP de l’ENS Bouzaréa et PREFics de l’
Université Rennes 2, GIS PLC, RFS et dont le thème portait sur les
Dynamiques plurilingues : des observations de terrains aux transpositions
politiques, éducatives et didactiques.
Ces préoccupations ont fait l’objet de deux ateliers liés à la réflexion sur
la pluralité linguistique : Epistémologie, méthode et théorie et Etude de
situations didactiques, c’est pourquoi ce volume est organisé autour de ces
deux aspects.
Pourquoi ce choix ?
D’abord parce qu’il s’agissait avant tout d’identifier et de dynamiser de
nouveaux axes de recherches suscités notamment par les observations
longitudinales ou synchroniques des transpositions politiques, éducatives et
didactiques ainsi que par les reconfigurations méthodologiques, théoriques et
épistémologiques auxquelles conduit l’étude sociolinguistique de la pluralité
linguistique (dont les premiers jalons ont été posés au sein du RFS lors des
journées d’études de Rennes 2003 et des colloques de Paris, d’Amiens et de
Rennes entre 2005 et 2009 et notamment synthétisés par les Journées
Scientifiques Inter-Réseaux de l’Agence Universitaire de la Francophonie à
Damas en 2009 : Emergence et prise en compte de pratiques linguistiques et
culturelles innovantes en contextes francophones plurilingues).

1
Philippe Blanchet, PREFics EA 3207, Malika Kebbas et Attika-Yasmine Kara,
Laboratoire LISODIP, ENS-LSH d'Alger-Bouzaréa.
Ph. Blanchet, M. Kebbas, A.Y. Kara Cahiers Internationaux de Sociolinguistique

Ensuite parce que l’analyse de la pluralité linguistique, objet de recherche
de la sociolinguistique, s’est largement déplacée pour des raisons diverses :
la construction d’objets plus spécifiques ; la fréquentation de nouveaux
terrains d’enquête et d’observation ; la difficulté à opérer des analyses avec
les mêmes outils descriptifs et donc à repenser leurs approches et leurs
constructions, ce qui a incité les chercheurs à se poser des questionnements
d’ordre épistémologique et méthodologique, notamment en termes de
postures de démarches de recherche, de construction de sens et de réfléchir à
d’autres théorisations.
Concernant le premier aspect abordé ici – Pluralité linguistique :
épistémologie, méthode et théorie – Didier de Robillard problématise une
sociolinguistique émancipée du sémiocentrisme et plaide pour une autre
sociolinguistique, une sociolinguistique phénoménologico-herméneutique.
Sa réflexion introduit, au cœur du débat, l’instabilité définitoire du sens et
permet de poser le problème « des savoirs expérientiels et des savoirs non
expérientiels », son lien à l’expérience et/ou aux signes et par là, (re-) donne,
aux formes de langues et de discours permettant difficilement l’explication
rationnelle, la place qui devrait être la leur dans une sociolinguistique
soucieuse de répondre au besoin social d’intelligibilisation des phénomènes
chaotiques contemporains en allant vers les démarches qui font la critique
rigoureuse du sémiocentrisme donc du mythe de la prédictibilité des signes
et implicitement, de la minoration des langues « instables », non standard,
non écrites.
Frank Jablonka mène une réflexion épistémologique à partir du n° 8 des
Cahiers de Sociolinguistique: Langues, contacts, complexité. Perspectives
théoriques en sociolinguistique (2003) et propose ainsi une lecture du terme
de complexité dans un double sens : d’une part, la récursivité, le holisme et
l’articulation des entités observées selon la « pensée complexe » proposée
par E. Morin (notamment dans La méthode) et d’autre part, les différents
complexes dont sembleraient souffrir, selon lui, les Sciences du langage en
général et la sociolinguistique en particulier.
Didier de Robillard, Marc Debono, Elatiana Razafi et Marie-Laure
Tending pose le nécessaire questionnement sur la présence de la notion de
« terrain » dans les discours des sociolinguistes et inscrit la relation
chercheur-terrain dans une relation d’interdépendance. Dans une volonté de
problématiser cette notion, ils abordent des interrogations primordiales et à
la base de toute réflexion épistémologique sur la méthode en
sociolinguistique : la partie des connaissances du chercheur qui viennent du
8 Introduction. Pluralité linguistique et démarche de recherche…

terrain, la part de son activité : des expériences – ou plus précisément des
« expérienciations ». Cette contribution pousse elle aussi à l’émancipation
d’une sociolinguistique décomplexée.
Enfin, Jean-Michel Eloy s’intéresse au paysage linguistique pluriel de la
France et revisite les données, oubliées, fournies par l'enquête INSEE-INED
de 1999 : celles liées aux représentations portées par les faits déclarés et aux
conséquences politiques qu’il convient d’en tirer pour s'interroger sur la
dimension institutionnelle des langues et leur rôle de facteur d'ordre
politique.
Le second aspect abordé dans cet ouvrage – Pluralité linguistique : étude
de situations didactiques – investit le terrain de la classe de langue pour
interroger en situation concrète, la conceptualisation de la pluralité
linguistique, non seulement en tant qu’objet mais surtout en tant qu’élément
moteur, constitutif du processus de recherche lui-même.
C’est ainsi que, partant du projet PARAADIV (PARcours d’Apprenants,
Altérité, DIVersité), Elatiana Razafi et Cécile Goï s’interrogent sur la
pluralité, les postures de chercheurs et la méthode. Elles inscrivent leur
réflexion sur l’acte social et sociolangagier qu’est la recherche dans la
pluralité comme dynamique en prenant appui sur une méthode plurielle et
transversale définie autour des médiums vidéo et photographique des
moments de la vie scolaire de collégiens nouveaux arrivants allophones.
Dans un ordre d’idée différent, celui de l’évaluation différée, domaine de
recherche peu exploité concernant les approches plurielles développées en
milieu scolaire, Jacqueline Billiez et Patricia Lambert établissent, près de 10
ans plus tard, le bilan d'une recherche/action, de type ethnographique, menée
dans un lycée professionnel de Grenoble sur la diversité linguistique des
répertoires des élèves de classes reléguées, dont la grande majorité est
héritière des migrations. Elles montrent ainsi que les effets de ce type
d’actions, visant des changements d’attitudes et/ou de représentations sur les
langues, se manifestent avec un certain retard dans la biographie des sujets
ayant participé à cette recherche.
Enfin, Cécile Petitjean s’intéresse au rôle des représentations dans la
sélection des compétences interactionnelles en classe de langue par le biais
de l’analyse d’interactions scolaires en Suisse romande et alémanique. Elle
nous donne à voir quel peut être le rôle des représentations sociales dans la pétences lors des interactions scolaires et dans la manière
dont les évènements en classe de langue vont influencer les modes
9 Ph. Blanchet, M. Kebbas, A.Y. Kara Cahiers Internationaux de Sociolinguistique

d’appréhension par les apprenants de leur environnement social. Elle montre
ainsi qu’au cours de ces interactions, certaines compétences sont
privilégiées, d’autres minimisées, implémentant en cela la manière dont
l’acteur gère ses répertoires plurilingues et se positionne comme acteur à part
entière dans la réalité des groupes auxquels il participe.
10
PROBLÉMATISER UNE SOCIOLIGUISTIQUE EMANCIPÉE
DU SEMIOCENTRISME : VERS UNE
SOCIOLINGUISTIQUE PHENOMENOLOGICO-
1HERMENEUTIQUE


1. UNE ÉVIDENCE À CRITIQUER
Il est, de nos, jours, considéré comme évident que la (socio)linguistique
ne peut se fonder que sur le pilier des signes (linguistiques, ou autres), en y
adjoignant du « socio » et en combinant les deux.
2. LE « SEMIOTIC TURN »
Avec F. de Saussure, l’idée s’impose, en même temps que celle que la
linguistique peut être scientifique, que le signe serait LE fondement de la
linguistique, conviction dont va hériter la sociolinguistique en se greffant sur
la linguistique. On continuera à penser que la base sémiotique de la
linguistique est liée à sa scientificité (et l’inverse), et qu’on ne peut s’en
émanciper sans risque. D’autres disciplines ont pris le « linguistic turn », en
fait, plus largement un « semiotic turn ». L’histoire notamment, comme
d’autres sciences sociales plus généralement, avec notamment
l’anthropologie (la culture comme texte avec C. Geertz). Ce « semiotic
turn » est un tournant amorcé par Ch. S. Peirce d’une part, et L. Wittgenstein
de l’autre, qui vont contribuer à deux courants qui vont s’entrecroiser en
influençant profondément les sciences humaines : le pragmatisme d’une part,
la philosophie analytique de l’autre. On s’intéressera ici au pragmatisme, qui
va fortement influencer la sociolinguistique. En effet, l’interactionisme
symbolique de G.H.Mead va rendre possible des travaux comme ceux J.J.
Gumperz et D. Hymes, ou encore l’ethnométhodologie.

1 Didier de Robillard, EA 4246 DYNADIV, Université François-Rabelais de
Tours.
L’ampleur des questions traitées ici oblige l’auteur à rester allusif sur un certain
nombre de points (tout en donnant ders éléments bibliographiques) qui sont autant
d’incitations pour le lecteur à poursuivre plus avant sa recherche et ses lectures. Je
voudrais remercier, tout en gardant toute la responsabilité des propos tenus ici, M.
Debono, M.-M Bertucci et P. Blanchet pour leurs avis consécutifs à une lecture
d’une version antérieure de ce texte.

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