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En finir avec la crainte de changer

De
162 pages




Le terme de changement est aujourd’hui sur toutes les lèvres, des économistes aux hommes politiques, des chefs d’entreprises à leurs employés, des spécialistes du développement personnel à tout individu qui réfléchit sincèrement à la direction qu’il souhaite donner à sa vie.



Porteur d’espoirs pour certains, symbole de craintes pour d’autres, le changement est une notion sur laquelle beaucoup se sont affrontés, mais dont le pouvoir de construction a édifié le monde que nous connaissons et l’individu qu’est chacun de nous. Succès et échecs, enthousiasme et frustration ne dépendraient que de notre relation au changement, de notre capacité à l’accueillir et le rechercher dans notre vie. Cet accueil n’est pas toujours naturel et les peurs qui l’accompagnent constituent autant de freins au développement d’une relation apaisée et constructive avec le changement.



Illustré de nombreux témoignages de personnes qui ont affronté leurs peurs afin de mener à terme un projet nécessitant de profondes remises en question, cet ouvrage montre que c’est en se réconciliant avec le changement que chacun peut se réaliser et donner corps aux aspirations qui lui sont chères.

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« Dis-toi d’abord ce que tu veux être, puis fais ce qu’il faut pour le devenir. »

Épictète

Prologue

Dans l’ensemble du monde vivant, l’Homme possède une caractéristique qui le distingue clairement des autres êtres : sa capacité d’adaptation. Certes l’être humain est une créature récente en comparaison d’autres espèces et rien ne dit qu’il aura la même longévité que le cœlacanthe qui vivait déjà dans les fonds marins voilà quatre cents millions d’années. Mais aucune autre créature n’est passée du stade de proie-prédateur dans les mers ou dans la steppe à celui d’individu capable de maîtriser les éléments. Aucun être vivant n’a autant évolué intellectuellement que l’être humain. Pourtant rien ne suscite autant de dualité que le changement. Rien que le terme évoque à la fois l’espoir et la crainte. Espoir d’un lendemain meilleur, différent d’un quotidien insatisfaisant (c’est l’histoire de Cendrillon, ou encore le rêve caressé par quinze millions de Français qui jouent au loto au moins une fois dans l’année, dont quatre millions chaque semaine1), mais aussi crainte à l’idée de voir disparaître un environnement connu et remplacé par une nouvelle situation qui pourrait ne pas être en ligne avec ses promesses. Pour ces raisons, beaucoup l’espèrent, le rêvent, mais sans jamais le concrétiser. D’autres au contraire, attirés par l’esprit d’aventure, se jettent à pieds joints dans l’inconnu avec plus ou moins de succès…

Le changement peut être craint ou recherché, il n’en constitue pas moins une composante incontournable de notre existence. Dans un précédent livre2, j’ai tenté de montrer que l’homme ne pouvait trouver un véritable sens à son existence sans construire, sans ériger les édifices qui deviendront le miroir de sa personnalité. Ce besoin intime de construire présuppose un élément indispensable : celui d’être à l’aise avec la notion de changement. Car sans acceptation, et même sans recherche active de changement, toute tentative de construction s’achève prématurément et vient s’ajouter à la liste des bonnes résolutions avortées.

Charles Darwin ne disait finalement rien d’autre lorsqu’il affirmait « ce n’est pas la plus forte ni la plus intelligente des espèces qui survivra, mais celle qui est la plus apte à changer ». Remplacez « espèces » par « individus » et « survivre » par « réussir » et vous obtenez une promesse formidable, celle que la réussite de chacun ne dépend que de sa capacité à accueillir et rechercher le changement dans sa vie.

Et s’il n’y a pas de construction sans changement, il n’y a pas de changement positif et durable sans construction : du changement compulsif – je ne me satisfais jamais de ce que j’ai, il me faut toujours du nouveau, de la paire de chaussures au partenaire – au changement hasardeux – sans pilote –, les exemples de changements destructeurs sont légion, au point que c’est la notion même de changement qui fait peur, associée à l’incertitude, à la perte de nos repères, voire de notre personnalité. Ainsi, ce changement vital, positif, plein de promesses et porteur de sens, devient-il un véritable handicap, un processus effrayant devant lequel l’individu fuit.

C’est pour réconcilier le lecteur avec le changement, et l’aider à développer avec lui une relation apaisée et constructive, que ce livre est écrit. Si « les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité, et ne voient la nécessité que dans la crise » selon les mots de Jean Monnet, le but de ce livre est de donner goût au changement afin qu’il soit choisi librement et non imposé par les circonstances, sans pour autant encourager l’individu à devenir « accro à changer pour changer ». C’est pour que le changement soit recherché avec passion, avec force, comme un élan vital qui permet à chacun de se réaliser et de donner corps aux aspirations qui lui sont chères. « Tout en nous est changement » écrivait Épictète, « non pour ne plus être, mais pour devenir ce qui n’est pas encore ». Qui vous serez demain reste à écrire ; allez-vous recopier les mêmes pages encore et encore, ou rédiger un nouveau texte que vous seul inventerez ?

Partie I

VERS UNE VISION JUSTE ET ÉQUILIBRÉE DU CHANGEMENT

1.

Changement et stabilité : des frères pas si ennemis

« Les seules personnes parfaitement constantes sont les morts. »

Aldous Huxley

Changement maudit contre stabilité vertueuse ?

Qui ne rêve pas de temps en temps de vacances sur une île déserte, de juste s’arrêter pour ne rien faire, de stopper le mouvement autour de lui, bref de stabilité plutôt que de changement incessant et épuisant ? La stabilité est vue comme un état rassurant sur lequel on peut construire. Comment en effet peut-on se projeter dans l’avenir si tout bouge autour de nous, si nos repères sont continuellement fluctuants ?

La stabilité est aussi considérée comme une vertu morale qui s’oppose au dilettantisme associé au changement. Celui qui fait la preuve de sa capacité à bâtir un couple stable, à démontrer cette même stabilité dans sa vie professionnelle et dans ses principes moraux dispose généralement d’une bien meilleure réputation que celui qui change de partenaire comme on change de vêtements, incapable de se fixer professionnellement, ni d’être fidèle à ses convictions, bref de bâtir sur la durée.

En sciences, la stabilité constitue généralement l’état vers lequel tend un corps après être passé par un ou plusieurs états transitoires. L’état stable est la cible, le changement est nécessairement transitoire. Dans les mythologies et religions, cette stabilité est souvent présentée comme la récompense offerte à ceux qui ont atteint le but, par opposition à la malédiction du changement perpétuel pour les autres. Le Nirvana bouddhique s’oppose ainsi au cycle des réincarnations, incessants recommencements accompagnés de leurs lots de souffrances. Dans la Bible, Dieu punit l’être humain en le chassant du jardin d’Eden – havre de stabilité dans lequel l’homme pouvait résider pour l’éternité – et en le condamnant à une vie d’errance et au vieillissement de son corps jusqu’à éprouver l’ultime changement de condition qu’est la mort. Et dans la mythologie grecque, le Mythe de l’Âge d’or décrit par le poète Hésiode évoque une période de l’humanité au cours de laquelle n’existait ni souffrance ni travail et où tout demeurait dans un état de perfection, jusqu’au jour où Zeus y mit un terme afin de punir les hommes d’avoir volé le feu aux dieux. Apparaît alors le changement dans un monde qui jusque-là ne connaissait que la parfaite stabilité.

Autre récit, celui du « Tailleur de pierres chinois » qui met en scène un homme quotidiennement occupé par la lourde – mais si utile – tâche de travailler...

2.

Quand améliorer n’est pas suffisant

« Il n’y a pas de répétition : vous n’avez qu’une vie, donc prenez-la en main et efforcez-vous d’être remarquable. »

Anita Roddick, fondatrice de Body Shop

Réforme ou Révolution ?

En 1517, Martin Luther, moine augustin originaire d’Eisleben en Thuringe, écrit à l’archevêque de Mayence pour lui demander de renoncer au financement de la basilique Saint-Pierre par le système des indulgences, ces dons en provenance des fidèles et fortement encouragés par les autorités religieuses en échange du pardon de leurs péchés. Plus généralement, aux travers de ses Quatre-vingt-quinze Thèses placardées sur les portes de l’église de Wittenberg, c’est contre tout le système de dogmes imposé par le Haut Clergé que Luther s’insurge.

Il semblerait que Luther n’ait pas souhaité dans un premier temps rompre avec l’Église dont il était au final l’un des représentants en qualité de moine, prêtre et enseignant. Son action avait pour but de faire réagir et d’initier une réforme, au vrai sens du terme, et non une rupture avec l’ordre établi. Mais ses positions, et notamment sa remise en question de l’autorité papale, étaient jugées bien trop radicales pour pouvoir être prises en considération sans risquer de déstabiliser le pouvoir. Et la tentative d’améliorer l’existant a fait place à un changement en profondeur dans la société qui a bouleversé les codes de toute une partie de l’Occident.

Il n’est pas question ici de juger des actes d’un homme, ni de prendre position sur la légitimité de ses méthodes. Encensé par certains, diabolisé par d’autres, la façon la plus objective de considérer Martin Luther est sûrement de le replacer dans la perspective d’un individu qui souhaitait ardemment changer son environnement. La question de ses motivations profondes et du bien-fondé de son action n’est pas le propos ici, et je m’en tiendrai aux faits. Tout le monde s’accorde sur le fait que les sociétés occidentales du XVIe siècle étaient particulièrement conservatrices, pour ne pas dire verrouillées par les autorités religieuses et royales, et que le débat pour réformer leur fonctionnement n’était guère envisageable. On se taisait, ou l’on choisissait de rompre avec les codes à ses risques et périls. Les alternatives pour trouver des arrangements sans prendre de risques n’existaient pas. Dans un tel contexte, quel impact aurait eu un homme qui aurait cherché à améliorer l’existant sans toucher aux fondements ? Ils ont probablement été nombreux à souhaiter des améliorations, quelques-uns à tenter de les pousser, mais combien sont restés dans l’Histoire pour avoir réussi à les concrétiser ? Luther, avec ses défauts et les dérives que l’Histoire lui connaît, a au moins pour lui d’avoir compris que seul un changement pris en main et obstinément poursuivi serait à même de...

3.

Changer, mais pas n’importe comment

« Je veux toujours changer, quoiqu’avec répugnance, et je ne suis constant que dans mon inconstance : qu’un cœur comme le mien est digne de pitié, lorsqu’il veut quelque chose, et ne veut qu’à moitié ! »

Ovide

Le changement compulsif : quand changer devient une addiction

Dans « God save my shoes », documentaire diffusé sur la chaîne ARTE en 2011, le journaliste interroge plusieurs femmes littéralement accros à l’achat de chaussures, certaines d’entre elles allouant une pièce entière de leur maison aux centaines d’escarpins, bottines et autres ballerines. « Je ne suis pas collectionneuse », explique l’une d’entre elles. « J’ai juste envie de changer tous les jours parce que je pense avoir une angoisse du quotidien […] Il faut que ce soit tous les jours différent ». Une autre jeune femme témoigne sur un forum en ligne : « Depuis que je suis enfant, j’ai un besoin compulsif de changer mes meubles de place au moins une fois par mois ; mon conjoint me freine énormément, sinon je changerai peinture et tapisserie… ».

Loin bien sûr d’être réservé à la gente féminine, ce besoin quasi-irrépressible qu’ont certaines personnes de changer leur environnement ou bien ce qu’elles projettent vers l’extérieur se retrouve dans des domaines très variés, avec des comportements qui prêtent parfois à sourire et font les choux gras de la presse people ; on a ainsi pu remarquer Ronaldo lors de l’Euro-2012 arborant une coiffure différente à chaque match, voire en en changeant pendant la mi-temps…

Si ce type de comportement a des conséquences généralement limitées et se réduit à une touche d’originalité chez les personnes dont il est question, il peut être beaucoup plus lourd de conséquences...

Partie II :

IDENTIFIER ET DÉPASSER LES RÉSISTANCES AU CHANGEMENT

4.

Risque zéro, tout est sous contrôle : la peur de l’échec

« La plupart des gens traversent la vie sur la pointe des pieds de façon à parvenir en toute sécurité jusqu’à la mort. »

John Paul DeJoria, ancien SDF, fondateur de la ligne de soins capillaires

John Paul Mitchell et aujourd’hui milliardaire

Protéger son ego avant tout

La réussite flatte notre ego et entretient l’image que nous avons de nous-mêmes et celle que nous pensons transmettre aux autres. La plupart d’entre nous avons tendance à nous définir en fonction de nos succès, ceux-ci devenant des références pour mesurer nos progrès et notre place par rapport à ceux qui nous entourent. Inversement, pour beaucoup d’individus, échouer c’est écorner cette définition d’eux-mêmes, c’est faire redescendre leur ego de son piédestal : ils se regardent dans le miroir et au lieu d’un gagnant, ils voient un perdant. Le regard que les autres portent sur eux n’est plus aussi admiratif ; or cette reconnaissance est un besoin clé de chaque individu. Celui qui connaît l’échec risque de voir altérée non seulement l’image qu’il a de lui-même, mais aussi – et peut-être surtout – celle qu’il pense que les autres ont de lui.

J’ai le souvenir, lorsque j’étais au lycée, d’une jeune fille particulièrement brillante, régulièrement citée en modèle par ses professeurs qui vantaient sa rigueur et son esprit travailleur. Admirée par ses camarades, parfois jalousée pour ses excellents résultats, elle avait clairement conscience d’être l’élève-star et ce statut n’était pas pour lui déplaire. On aurait pu imaginer que cette lycéenne hors-pair allait ambitionner de poursuivre ses études dans les plus grandes écoles où elle irait partager son statut d’élite avec d’autres étudiants de son calibre. Pourtant, à la surprise générale, elle décida de se lancer dans un cursus court et très accessible par rapport à ses capacités. Manque de confiance en elle ? « J’ai conscience que j’aurais pu m’attaquer à des formations beaucoup plus ambitieuses, mais cette voie correspond à ce que j’ai toujours rêvé pour ma vie », se défendait-elle à l’envi. Toutefois, au détour d’une conversation, elle finit un jour par lâcher : « J’ai été la première toute ma vie, je n’ai pas envie à présent d’apparaître comme une étudiante médiocre par rapport à d’autres élèves qui seraient meilleurs que moi ». L’aveu avait au moins le mérite de la lucidité. Ce n’était ni par manque de confiance en elle qu’elle avait choisi le chemin facile, ni du fait d’un intérêt particulier pour cette voie, mais parce qu’elle refusait de prendre le risque de perdre ce qui était particulièrement précieux à ses yeux : le sentiment valorisant d’être la meilleure et l’admiration des autres qui comblaient son besoin de reconnaissance. Être dans la moyenne, ou même devenir seconde, aurait été pour elle un échec insupportable dont la perspective justifiait de changer le moins possible son environnement.

5.

Personne ne me volera qui je suis : la peur de perdre sa personnalité

« Deviens ce que tu es. »

Friedrich Nietzsche

Contempler le passé ou construire l’avenir ?

Certaines personnes s’accrochent à leur passé comme à une relique, considérant que ce que la vie a contribué à forger en elles les représente totalement. Ces personnes accordent généralement énormément d’importance à la célébration des événements phares de leur vie afin de perpétuer ce passé qui est au centre de leur personnalité. Elles passent leur temps à feuilleter leurs albums photos et à évoquer avec émotion, fierté ou nostalgie ce temps jadis auquel elles se sentent aujourd’hui intimement liées. À l’image du personnage de Higgins, le majordome de la série télévisée « Magnum », célèbre pour sa propension à ressasser encore et encore son glorieux passé d’ancien combattant. Bien sûr, il n’y a rien de mauvais à se souvenir ; nos expériences passées forment un héritage avec lequel il est difficile de ne pas compter. Mais quand ce passé devient la référence pour définir qui nous sommes, alors nous cessons de nous projeter dans l’avenir et de grandir. Anaïs, jeune assistante de direction, me confiait : « J’ai énormément de mal à me séparer de la plupart de mes objets personnels. Je retrouve en chacun un souvenir, une partie de ma vie, de moi. Me débarrasser de l’un d’entre eux, c’est comme arracher quelque chose de qui je suis » avoue-t-elle. « Le pire est quand je dois remplacer un objet devenu trop abîmé par un...

6.

Ne faites pas de bruit, je dors : confort et habitudes

« Si on ne change pas, on ne grandit pas. Si on ne grandit pas, on ne vit pas vraiment. Grandir exige un abandon provisoire de tout sentiment de sécurité. »

Gail Sheehy, écrivain et conférencière américaine.

Du désir d’exploration au doux confort de l’habitude

Pour un enfant, se lever sur ses deux jambes, lâcher le mur sur lequel il avait pris l’habitude de s’appuyer et se lancer pour devenir un authentique bipède est certainement l’un des premiers véritables changements dont il a conscience. Désormais, ses possibilités d’exploration s’en trouvent considérablement étendues dans les trois dimensions – parfois au grand dam de ses parents… – Peu d’entre nous ont le souvenir de cet instant ; pourtant nous sommes tous passés par cette phase pendant laquelle nous avons dû abandonner une situation confortable et maîtrisée – marcher à quatre pattes ou sur les fesses, sans risque de chute – pour une situation moins sécurisante mais tellement plus enthousiasmante.