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Fin(?) et confins du tourisme

De
230 pages
Sur fond de changement culturel accentué par le triple crunch climatique, énergétique et économique, le statut et les pratiques du tourisme et des loisirs se transforment en profondeur. Ce livre en interroge les frontières mouvantes : se dessinent alors les contours d'un après-tourisme nourri de la touristification du quotidien au même titre que de la (post)mondialisation. La recherche sur le tourisme doit donc renouveler ses problématiques, ses objets, son vocabulaire et ses grilles de lecture.
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Quoi de neuf sous le soleil des temps libres ?!
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vocabulaire et ses grilles de lecture.
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Vergopoulos, Didier VVV ye. ye.
Colloque Colloque Colloque organisé organisé organisé par par par le le CREPPEM le CREPPEM (UPMF), (UPMF), EDYTEM EDYTEM EDYTEM (UMR5204, (UMR5204, (UMR5204, Université Université Université de de de Savoie),Savoie),
IRIER IGREEG G(EU E(nU (iUnvenivrievsiretsréist idét eéd Sdea eSv aSo vaioevoi)e Ii)Re I)SR TIRSETSAET,AE MA, M,S MHS-HSA H-lAp-Alep lspe, seP,sA P, CAPTACECT-ETe-ETr-eTriretrroirtiiorteoirsie r(seU s(MU (UMRM5R1R5915491,4 9U,4 JU,F UJ)F,J )SF,E) S,N ESSNENSS
(UJF) et SET (UMR 5603, UPP A). AA). Avec le soutien de la ville de Grenoble et de La Métro.
ISBN : 978-2-336-29114-7
22,50 €
IDEES-THEORIES-EPREUVE_PF_PERRIN_FIN-?-ET-CONFINS-DU-TOURISME.indd 1 26/03/13 17:32
couv : Frédéric Schmitt & Pierre Croce / UPMF
couv : Frédéric Schmitt & Pierre Croce / UPMF
couv : Frédéric Schmitt & Pierre Croce / UPMF
Fin (?) et confins du tourisme H. François, P. Bourdeau, L. Perrin-Bensahel, (Dir.)
Fin (?) et confins du tourisme H. François, P. Bourdeau, L. Perrin-Bensahel, (Dir.)
Fin (?) et confins du tourisme H. François, P. Bourdeau, L. Perrin-Bensahel, (Dir.)













FIN (?) ET CONFINS DU TOURISME

INTERROGER LE STATUT ET LES PRATIQUES
DE LA RÉCRÉATION CONTEMPORAINE

L’édition de ce livre a été effectuée sous la responsabilité
de Pierre Croce, chargé de mission, avec la collaboration
de Gisèle Peuchlestrade et Frédéric Schmitt,
Université Pierre-Mendès-France, Grenoble 2






























www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

© L’Harmattan, 2013
ISBN : 978-2-336-29114-7
EAN : 9782336291147
Philippe BOURDEAU, Gisèle DALAMA, Julien GARDAIX,
Christophe GAUCHON, Anne GAUGUE, Alain GIRARD,
David GOEURY, Mahalia LASSIBILLE, Johanne PABION MOURIÈS,
Liliane PERRIN-BENSAHEL, Isabelle SACAREAU, Bernard SCHÉOU,
Gwendal SIMON, Didier THEILLER, Céline TRAVESI, Luc VACHER,
Hécate VERGOPOULOS, Didier VYE







FIN (?) ET CONFINS DU TOURISME

INTERROGER LE STATUT ET LES PRATIQUES
DE LA RÉCRÉATION CONTEMPORAINE



Hugues FRANÇOIS, Philippe BOURDEAU,
Liliane PERRIN-BENSAHEL, (Dir.)








L’Harmattan, 2013




C o l l e c t i o n
___________________________________

LES IDÉES ET LES THÉORIES Á L’ÉPREUVE DES FAITS

Collection dirigée par Jacques FONTANEL, Professeur d’économie
et Vice-président chargé des relations internationales à l’Université
Pierre Mendès France Grenoble 2 et par Liliane PERRIN BENSAHEL,
Directrice adjointe de la structure fédérative de recherche « Territoires
en réseaux », Université Pierre Mendès France, Grenoble 2.

« Les idées et les théories à l’épreuve des faits » est une collection des
Éditions L’Harmattan. Elle est destinée à recevoir de petits ouvrages
couvrant tout le champ des sciences sociales. Les auteurs proposent
de chercher dans les faits ce qui permet de conforter ou d’infirmer
les théories et les idées d’aujourd’hui. L’observation vient alors au
secours de la recherche de l’exactitude et de la science, en mettant en
évidence les explications insuffisantes ou les incontestables de la réa-
lité contemporaine fournies par une idée ou par une théorie.

Dans la même collection :
L. Perrin-Bensahel, J. Fontanel (Dir.), L’économie souterraine, l’exemple de la
Russie, 2006.
C. Blattier (Dir.), Prévenir la délinquance dès la petite enfance, 2006.
C. Courlet (Dir.), Territoire et développement économique au Maroc, 2006.
J. Fontanel (Dir.), Questions d’éthique, 2007.
I. Vezeanu, Impossiblia moralia, 2007.
J. Jontanel, M. Fontanel (Dir.), Géoéconomie du sport, le sport au cœur de la
politique et de l’économie internationale, 2009.
B. Azevedo, C. Courlet, R. Araujo de Moraes Filho (Dir.), Territoire et
développement économique au Brésil. Les arrangements productifs locaux
au Pernambuco, 2009.
E. Marcelpoil, H.-F., L. Perrin-Bensahel, (Dir.), Les stations de sports
d’hiver face au développement durable, 2010.
Sommaire


Les auteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8

AVANT-PROPOS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Liliane PERRIN BENSAHEL

INTRODUCTION. Interroger les mutations et recompositions en cours . . . . . . . 17
Philippe BOURDEAU

&

Faut-il raccorder une théorie générale de la post-modernité
à une théorie à moyenne portée du post-tourisme ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
Alain GIRARD

Être touriste chez soi.
Le tourisme comme modèle socioculturel d’appropriation
du territoire quotidien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
Hécate VERGOPOULOS

Un référentiel post-touristique pour la métropole parisienne,
destination classique ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
Gwendal SIMON

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Le tourisme peut-il être un mode de vie permanent ?
L’exemple des plaisanciers au long cours . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Anne GAUGUE

Comment les itinérances touristiques des retraités australiens
nous interrogent sur la définition du tourisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
Luc VACHER

Réseaux sociaux d’hospitalité et post-tourisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
Bernard SCHÉOU

Enfin chez soi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
Didier THEILLER
(

Les espaces du mérite :
aux confins du tourisme et de l’engagement citoyen ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
David GOEURY

« Quand le touriste, c’est l’autre ».
Étranger, autochtone et indigène dans le tourisme culturel
chez les Peuls WoDaaBe du Niger . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
Mahalia LASSIBILLE

« Telling stories, sharing culture ».
Le tourisme aborigène Bardi-Jawi (Australie-Occidentale) . . . . . . . . . . . . . . . 153
Céline TRAVESI

Tourisme et mondialisation : vers de nouvelles pratiques ? . . . . . . . . . . . . . . . 163
Julien GARDAIX

) $%!

La résidence secondaire est-elle un objet aux confins du tourisme ?
Réflexions à partir de l’exemple des résidences secondaires
des Britanniques en Poitou-Charentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177
Isabelle SACAREAU, Luc VACHER et Didier VYE

Le tourisme, un terrain de reformulations identitaires :
le cas du jailoo-tourisme au Kirghizstan (Asie centrale) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
Johanne PABION MOURIÈS

Confins, symboles de ‘‘vide’’ territorial
ou processus créateur d’espace touristique ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 205
Gisèle DALAMA

CONCLUSION. Bilans et perspectives critiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215
Christophe GAUCHON




Les auteurs




BOURDEAU Philippe
Université Joseph Fourier
UMR PACTE
Grenoble
philippe.bourdeau@ujf-grenoble.fr

DALAMA Gisele
Université de La Réunion
CREGUR
Saint Denis
gisele.dalama@wanadoo.fr

GARDAIX Julien
Université de Bordeaux
EEE (Europe, Européanité, Européanisation), LGPA (Laboratoire de Géographie
Physique Appliquée)
Bordeaux
juliengardaix@gmail.com

GAUCHON Christophe
Université de Savoie
EDYTEM UMR 5204
Le Bourget-du-Lac
christophe.gauchon@univ-savoie.fr

GAUGUE Anne
Université Blaise Pascal
Chercheur associé au Carta (Centre Angevin de Recherche sur les Territoires et
l'Aménagement) - UMR CNRS 6590
Clermont-Ferrand
anne.gaugue@wanadoo.fr
LES AUTEURS 9
GIRARD Alain
Université Perpignan Via Domitia
I.C.R.E.S.S. (Institut Catalan de Recherches et d'Études en Sciences Sociales)
Perpignan
girard@univ-perp.fr

GOEURY David
Université de rattachement: Paris- La Sorbonne
ENEC
Paris
david.goeury@gmail.com

LASSIBILLE Mahalia
Université de Nice Sophia-Antipolis
CTEL- Centre Transdisciplinaire d’Épistémologie de la Littérature et des Arts vivants
(Littérature, Musique, Théâtre, Danse)
Nice
mahalia.lassibille@unice.fr

PABION MOURIES Johanne
Université de Savoie
Laboratoire EDYTEM - UMR5204
Le Bourget du Lac cedex
j.pabionmouries@gmail.com

PERRIN-BENSAHEL Liliane
Université Pierre Mendès France
UMR PACTE
Grenoble
liliane.bensahel@upmf-grenoble.fr

SACAREAU Isabelle*
Université Michel de Montaigne (Bordeaux 3)
Laboratoire UMR 5185 ADES
Bordeaux
isacareau@u-bordeaux3.fr

SCHEOU Bernard
Université de Perpignan
Cemotev
Perpignan
bscheou@univ-perp.fr 10 FINS ET CONFINS DU TOURISME

SIMON Gwendal
Université Paris Est Marne-La-Vallée
Ville Mobilité Transport
Champ-sur-Marne
gwendal.simon@enpc.fr

THEILLER Didier
Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA)
Société Environnement Territoire (SET), UMR 5603
Pau
didier.theiller@univ-pau.fr

TRAVESI Céline
Université de Lausanne ; Institut Universitaire Kurt Bösch
Laboratoire d'Anthropologie Culturelle et Sociale ; Centre de Recherche
Interdisciplinaire en Tourisme
Lausanne ; Sion (Suisse)
celine.travesi@hotmail.fr

VACHER Luc
Université de La Rochelle
Laboratoire UMR 7266 LIENSs
La Rochelle
luc.vacher@univ-lr.fr

VERGOPOULOS Hécate
Université d'Avignon et des pays de Vaucluse
Equipe Culture et communication, Centre Norbert Elias
Avignon
hecate.vergopoulos@gmail.com

VYE Didier
Université de La Rochelle
Laboratoire UMR 7266 LIENSs
La Rochelle
didier.vye@univ-lr.fr
Avant-propos

LILIANE PERRIN BENSAHEL



ES ARRIVÉES DE TOURISTES INTERNATIONAUX ont augmenté de L près de 5% au cours des premiers mois de 2011, consolidant les 7% de
rebond enregistrés en 2010. En 2010, les recettes du tourisme international sont
estimées avoir atteint 919 milliards de dollars des États-Unis. (693 milliards
1d’euros) à l’échelle mondiale, publie l’OMT . Le tourisme est un phénomène
dont l’ampleur ne cesse d’augmenter si l’on en croit l’OMT. Même s’il
faut relativiser les statistiques produites, le mouvement reste important
et il concerne pratiquement tous les pays. Le tourisme a aujourd’hui
une part stratégique dans l’ensemble des économies. L’ampleur est
telle que Rémy Knafou parle d’appropriation de la planète par le
2mouvement touristique . Dans le même temps, les formes de tourisme
évoluent en profondeur et se diversifient. Les formes anciennes et
notamment ce que l’on a nommé le tourisme de masse subsistent bien
entendu, mais les nouvelles pratiques qui allient tourisme, loisir et mode
de vie se développent très rapidement.

Dans cette perspective, Philippe Bourdeau interroge les muta-
tions et recompositions du tourisme aujourd’hui et propose de mettre
en perspective quelques indicateurs formels des mutations contem-
poraines du tourisme en s’efforçant de les relier aux enjeux de
connaissance et de conceptualisation autour de la « fin » et des confins
du tourisme. En devenant central dans certains contextes sociétaux
et territoriaux, le fait touristique peut sembler se diluer, se dissoudre
et se dérober en tant que porteur de spatialité, de sociabilité et de

1 http://media.unwto.org/fr/press-release/2011-05-11/tourisme-international-les-
premiers-resultats-pour-l-annee-2011-confirmen-0
2 Rémy Knafou, Mise en tourisme du patrimoine matériel et immatériel et mondia-
lisation, Actes du séminaire de la Conférence nationale permanente du tourisme
urbain, Metz, 27 mai 2010, http://www.tourisme-urbain.com/Actualite.aspx 12 FIN (?) ET CONFINS DU TOURISME
temporalité spécifiques, voire même en tant qu’objet d’étude à part
entière. Ce qu’il propose de désigner provisoirement comme « après-
tourisme » vise à ouvrir un chantier conceptuel destiné à mieux
considérer les formes « mutantes » du tourisme moderne.

Ces mutations d’un objet pourtant récent interrogent le statut
et les formes du phénomène touristique. La suite de l’ouvrage propose
de regrouper les réflexions actuelles sous la forme de quatre ques-
tionnements. Le premier, « le tourisme et après ? » a pour objectif de
mettre en perspective et dépasser l’image moderne du tourisme et du
dépaysement qui y est associé. Une deuxième partie « des pratiques
récréatives nouvelles ? » ouvre le champ du tourisme aux pratiques
quotidiennes qui s’enchevêtrent avec l’organisation traditionnelle des
pratiques touristiques bousculant les frontières de l’ordinaire et de
l’extra-ordinaire. La troisième partie, « de nouveaux horizons aux confins
du monde ? » s’intéresse aux confins du tourisme afin d’étudier les
limites entre le dépassement du tourisme et le tourisme porté à son
paroxysme, en repoussant notamment son emprise sur des territoires
toujours plus éloignés. Enfin, la quatrième partie, « quels (en)jeux
d’acteurs et territoires ? », de cet ouvrage propose de prolonger l’impact
des évolutions interrogées précédemment sur les destinations touristi-
ques existantes en portant le regard sur les (en)jeux d’acteurs et de
territoires.

En ouverture de la première partie de l’ouvrage, Alain Girard,
interroge le lien théorique entre post-tourisme et post-modernité. Par
cette question, l’auteur entend examiner la pertinence de l’inscription
d’un concept empirique de « post-touristicité » portée par J. Viard
dans une théorie de la Post-modernité proposée par J. Urry dans le
domaine du tourisme. Il s’agit non pas « de disqualifier tout ratta-
chement de l’approche empirique du tourisme et de ses confins à une
théorie sociétale générale du Présent mais de plaider pour une théorie
plus exigeante et laissant plus de place à la complexité, aux tensions et
aux enjeux de la Modernité contemporaine ».

Hecate Vergopoulos dans son article « Être touriste chez soi :
le tourisme comme modèle socioculturel d’appropriation du territoire
quotidien », s’intéresse à la frontière traditionnelle qui distingue le quo-
tidien résidentiel, du point de vue spatio-temporel, du hors-quotidien
ou de l’extraordinaire du voyage. Ceci l’amène à étudier le lieu et
le temps de l’embrayage de la pratique touristique en territoire vécu
quotidiennement en questionnant les dispositifs de médiation proposant AVANT-PROPOS 13

une pratique à forte teneur touristique du territoire habité. Ceci la
conduit à se demander ce que ces dispositifs viennent modifier dans la
représentation socioculturelle du tourisme en circulation. Elle mène
son enquête à partir des ouvrages et guides touristiques de Paris.

Avec le troisième article de cette première partie, Paris, parmi les
villes au monde les plus visitées, reste un bon cas d’analyse. Gwendal
Simon nous propose une thématique d’« un référentiel post-touristique
pour Paris, destination classique ». L’objectif de cette communication
est d’analyser dans quelle mesure la valorisation touristique de Paris
est intelligible dans le cadre analytique du post-tourisme. En effet, les
ressources discursives et symboliques mobilisées à Paris constituent
une tentative de diluer un référent dominant – le patrimoine classique
– pour lui substituer une multitude d’expériences à vivre, notamment
par l’instauration d’un réseau de chambres d’hôtes, la constitution
d’un pôle ludique dans le Nord-Est parisien ou un espace balnéaire
scénarisé sur les rives de la Seine (Paris Plage).

La deuxième partie de cet ouvrage présente des pratiques récréatives
en actes. Elle illustre les évolutions importantes des formes de tou-
risme et pose la question du post-tourisme. Peut-on encore parler de
tourisme lorsque l’on évite soigneusement les institutions représenta-
tives du tourisme comme nous le montre Bernard Schéou avec les
réseaux sociaux d’hospitalité ? Cette forme d’accueil ne renouvelle-t-
elle pas les rapports traditionnels qu’implique le tourisme dans un
cadre marchand ? Quelles en sont les motivations et qui est le touriste
de l’autre ?

Cette question de la dimension post-touristique des pratiques
est encore plus saillante quand une pratique habituellement considérée
dans le champ touristique devient une pratique ordinaire ancrée dans
le quotidien. Lorsque la pratique touristique devient un mode de vie,
dans le cas des plaisanciers au long cours présenté par Anne Gaugue
comme dans celui de l’itinérance des retraités australiens étudié par
Luc Vacher, ne réinterroge-t-elle pas la définition même du tourisme ?
Contrairement aux pratiques du tourisme liées au dépaysement et à
l’exotisme, d’autres revendiquent la proximité d’un « enfin chez soi »
comme nous le montre Didier Theiller. Dans la presqu’île de Quiberon
située en Bretagne Sud, se développent des stratégies mises en œuvre
par ces touristes qui revendiquent malgré des difficultés d’ordre
technique ou juridique, leur droit à d’autres vacances. En campant sur
des terrains inconstructibles dont ils se sont rendus propriétaires, ils 14 FIN (?) ET CONFINS DU TOURISME
associent la fréquentation assidue d’un espace privé et l’accommode-
ment d’un habitat précaire. Être enfin chez soi est une volonté
souvent explicitement affichée sur ces espaces. Elle traduit à la fois un
marquage territorial et le sentiment paradoxal d’être davantage du lieu
de destination que du lieu d’origine.

Dans la troisième partie de l’ouvrage, il est question de nouveaux
horizons aux confins du monde, et l’interrogation de la place du
tourisme reste ouverte. Pour alimenter cette réflexion, Julien Gardaix
nous parle de « Tourisme et mondialisation : vers de nouvelles pra-
tiques ? ». Pour lui, la mondialisation en construisant un monde totale-
ment accessible, contribue à remanier les mises en tourisme des
territoires. Les médias y contribuent largement. Se pose alors la question
du tourisme en tant que déplacement : est-il encore utile alors que
notre environnement quotidien abonde d’images de ces territoires, et
comment cela influence-t-il les pratiques touristiques ?

Avec Céline Travesi dans « telling stories, sharing culture : le
tourisme aborigène bardi-jawi (Australie occidentale) », nous abordons
la question de l’appropriation de la gestion du tourisme par les popu-
lations réceptrices. Si l’on a beaucoup parlé de l’impact du tourisme
subi par les populations autochtones, on observe aujourd’hui l’apparition
d’un tourisme contrôlé par les autochtones. C’est le cas des Bardi-Jawi
qui choisissent notamment ce à quoi ils donnent accès aux touristes.

Gisèle Dalama revisite quant à elle la notion des confins en
milieu insulaire réunionnais, qu’elle appréhende comme symboles de
« vide territorial » ou processus créateur d’espace touristique. Cet
article fait également la liaison avec la partie suivante, car dans ce cas
le rôle des acteurs est essentiel.

La quatrième partie de l’ouvrage est dédiée aux (en)jeux des acteurs
et des territoires. À partir de réflexions sur l’exemple des résidences
secondaires des Britanniques en Poitou-Charentes, Isabelle Sacarreau,
Luc Vacher et Didier Vye nous proposent un questionnement sur
la résidence secondaire comme objet aux confins du tourisme. La
région à laquelle ils s’intéressent présente, en ce qui concerne les
Britanniques, un cas intéressant de distorsion spatiale entre attractivité
touristique (littoral) et attractivité résidentielle (intérieur des terres). Cette
configuration, nous disent les auteurs, permet de mieux comprendre
en quoi la résidence secondaire, qui peut être au cœur du système de
certains lieux touristiques, est un objet complexe qui participe aussi à AVANT-PROPOS 15

l’évolution d’espaces où la dimension touristique n’est pas forcément
centrale.

L’article de Christophe Gauchon s’attache à faire une synthèse de
l’ensemble de ces débats sur le statut et les pratiques du (post)tourisme
contemporain. Il note à ce propos la nécessité de réinterroger de façon
systématique un certain nombre de notions de base du tourisme, que
l’on avait pu considérer comme acquises, qui semblaient avoir été
formalisées depuis longtemps, et dont on a pu se rendre compte au
cours de ce colloque qu’il fallait les revoir, les amender, faire le tri
entre ce que l’on peut aujourd’hui conserver et ce qui appelle un
véritable aggiornamento. Il en retire un certain nombre de questionne-
ments autour de la distinction, ou de la tentative de distinction, entre
loisirs et tourisme, la notion de distance, constitutive du déplacement
touristique et des pratiques de distinction qui lui sont attachées,
l’hybridation des pratiques, l’altérité identifiée comme un élément
constitutif et parfois central du tourisme. Il en conclut que « nous
n’assistons certainement pas à la fin DU tourisme, mais à la prise de
conscience de changements inéluctables, susceptibles de remettre en
cause les bases sur lesquelles avait prospéré le système du tourisme
edepuis le milieu du XX siècle. La question de la fin rejoint ici celle des
confins, et celle-ci nous nous ramène à la définition même du
tourisme ».


Cet ouvrage rassemble des textes issus du colloque « Fins et confins
du tourisme » organisé en mai 2009 par le groupe de recherche sur le
tourisme auprès de la MSH-Alpes de Grenoble, en partenariat avec
l’Université de Pau, avec l’aide financière de l’UPMF, de la Maison
des Sciences de l’Homme Alpes, de l’Université Joseph Fourier de
Grenoble, de l’Université de Savoie, de la ville de Grenoble, du Conseil
général de l’Isère et du Conseil régional Rhône-Alpes. La tenue d’un
tel colloque pluridisciplinaire est assez rare en France, où les recher-
ches sur le tourisme tendent à être marginalisées par les disciplines
académiques. Les débats autour des notions de « fin (?) et confins du
tourisme » ont été riches et variés et montrent l’intérêt de développer
et d’animer des recherches sur cette thématique qui fédère un nombre
croissant de chercheurs.



Interroger les mutations
et recompositions en cours

PHILIPPE BOURDEAU



U LOCAL AU GLOBAL, le statut et les formes du tourisme se D transforment et se recomposent dans un double mouvement de
changement et de permanences. Ce processus recouvre de multiples
schémas socioculturels, économiques et géographiques, et conjugue
rentes de situation et créativité débridée sur fond de multiples facteurs
d’incertitude et de vulnérabilité climatique, énergétique, économique,
sécuritaire ou sanitaire. Il présente de nombreuses contradictions dans
ses formes, ses codes et ses interprétations possibles, d’une approche
sous l’angle de l’innovation par et dans les confins à une représen-
tation de « fin » du consensus sur l’utopie et l’uchronie touristiques.
En devenant central dans certains contextes sociétaux et territoriaux,
le fait touristique peut sembler se diluer, se dissoudre et se dérober en
tant que porteur de spatialité, de sociabilité et de temporalité spéci-
fiques, voire même en tant qu’objet d’étude à part entière. Là encore,
ce dépassement des cadres ad hoc construits par et pour le tourisme
(vacances, station, visiteur…) n’est pas univoque. La lecture en termes
d’après-tourisme tentée ici en rend compte de manière partielle, sans
prétendre épuiser le sujet en termes d’enjeu de connaissance et de
conceptualisation.


I. INTENTIONS

Comment aborder la question du changement dans l’univers du tou-
risme ? À quelles échelles temporelle, spatiale, culturelle, économique ?
À partir de quel appareil notionnel ou conceptuel ? Selon quelle(s)
grille(s) de lecture ? Et bien sûr, quel(s) sens, quelle(s) interprétation(s) 18 FIN (?) ET CONFINS DU TOURISME
attribuer à cette dynamique de changement ? Avec quels enjeux de
construction de connaissance pour les sciences sociales ?

C’est autour de ces questions que s’est élaborée l’orientation
donnée à ce colloque par le collectif de chercheurs qui en est porteur.
Nous souhaitions en faire une étape de mise en commun de travaux et
de réflexions, pour certains exploratoires, pour d’autres déjà conso-
lidés, mais souvent dispersés et à notre avis pas assez visibles ; d’au-
tant qu’ils portent sur des questions, des objets, des thématiques, des
terrains et des notions émergents, ambigus, parfois encore illégitimes.
Notre objectif n’était pas de créer une doctrine, une école de pensée
ou une prophétie du tourisme, mais de contribuer à ouvrir, inciter,
provoquer, conforter l’intérêt des sciences sociales pour une approche
renouvelée d’un fait récréatif en recomposition.

Pour cerner les contours flous des nouvelles frontières du tou-
1risme , pour appréhender les « hors-champs », les « au-delà » et les « en
deçà » qui mobilisent notre attention, il peut être productif de forcer le
trait : c’est la fonction que nous avons attribuée à la formule « fin (?) et
confins du tourisme », qui propose une heuristique par les extrêmes,
qu’il s’agisse de radicaliser le point de vue, ou de prendre en compte
ce qui peut relever de cas limites. Les initiatives prises depuis le début
des années 2000 dans le monde académique anglophone nous ont ins-
piré dans ce type de démarche, sans doute encore trop peu mobilisée
en France : citons par exemple les colloques « End of tourism »
(Brighton, 2005) et « Tourism after oil (Nouvelle-Zélande, 2006)… Les
nombreuses réponses (près de 80) suscitées par notre appel à commu-
nication nous ont confortés – s’il était nécessaire – dans cette entreprise.

Cette radicalité est raisonnée, et nous incite notamment à résister
à la tentation d’annoncer trop hâtivement force nouveautés, ruptures
et révolutions. Nous ne perdrons donc pas de vue les nécessaires
précautions d’emploi énoncées en la matière par Jean-Claude Passeron.
Si notre parti pris de départ consiste bien à raisonner en termes de
mouvements et de transformations, y compris de manière hétérodoxe
et à propos de « signaux faibles », nous ne manquerons pas de prêter
attention au jeu de relations qui s’instaure entre permanences, résis-
tances, récurrences, résurgences et changements, dans la matérialité
physique du tourisme (aménagements, flux…) comme dans ses repré-
sentations et ses imaginaires. Sans jamais négliger ce qui demeure, ce

1 Cf. le numéro 170 des Actes de la recherche en sciences sociales de décembre 2007. INTRODUCTION 19
qui résiste ou ce qui se renforce parmi les formes les plus classiques du
tourisme. Des notions comme celles de transitions et de recompo-
sitions pourront alors nous être utiles, pour ne négliger ni les effets
de mutation, ni les effets de structure. Ne pas lâcher la proie pour
l’ombre doit aussi être une de nos préoccupations…


II. QUELQUES HYPOTHÈSES ET THÈMES DE TRAVAIL

En restant dans le ton un brin provocateur du titre de notre colloque,
nous pourrions relever un paradoxe (au double sens de contradiction
et de proposition qui va à l’encontre de l’opinion courante) : tout en
devenant centrale dans les modes de vie, les territoires et les écono-
mies, le fait touristique semble se diluer, se dissoudre et se dérober en
tant que porteur de spatialité, de sociabilité et de temporalité spéci-
fiques, voire même en tant qu’objet d’étude à part entière. Mais ce
paradoxe n’en est au fond qu’apparent : car on peut difficilement faire
l’économie de l’hypothèse selon laquelle si le tourisme est un vecteur à
part entière du processus de globalisation, il ne peut pas ne pas en
recevoir des effets en retour.

Pour esquisser la manière selon laquelle cette relativisation du
fait touristique peut se traduire dans ses pratiques, sa structuration et
ses significations, je retiendrai succinctement deux perspectives : tout
d’abord celle du dépassement de l’utopie et de l’uchronie touristiques ;
ensuite celle de la recomposition des relations Ici-Ailleurs.

2.1. Le dépassement de l’utopie
et de l’uchronie touristiques

2.1.1. La fin d’un consensus ?

Des craquements se font jour dans le consensus dominant sur le
caractère positif du tourisme et sa « neutralité » idéologique et axiolo-
gique. Il en résulte une mise en cause de la « suspension de la dimension
historique » (Dalla Bernardina) dont a longtemps fait l’objet/bénéficié le
tourisme, en revendiquant l’élaboration d’un anti-monde utopique et
uchronique, notamment marqué par l’abandon temporaire des rôles
sociaux et des tensions ou frustrations qu’ils induisent. Alors que le
tourisme s’est longtemps voulu « hors champ » vis-à-vis des affres
du monde de tous les jours avec ses conflits, ses souffrances et ses 20 FIN (?) ET CONFINS DU TOURISME
injustices, cette posture paraît en effet de plus en plus relever du
mythe, au sens de « parole soustraite à l’histoire » (Barthes, 1957) et de
fait dépolitisée ; ce qu’Edgar Morin avait résumé dans la célèbre
formule « la valeur des vacances, c’est la vacance des valeurs ».

Ce retour au réel temporel, géographique, économique, social
et politique se manifeste de multiples manières, et notamment par la
construction d’une idéologique critique. On notera à cet égard que si
la critique du tourisme est devenue un véritable marronnier pour les
médias, elle s’est aussi renouvelée et amplifiée dans ses formes, ses
termes, et sa portée, en dépassant largement les classiques postures
distinctives dénoncées par les critiques de la critique. On voit ainsi
s’énoncer des positions radicales qui dénoncent le tourisme comme
étendard de la société du travail, secteur-clé de croissance pour le
capitalisme de production culturelle, vitrine des inégalités sociales et
de l’asymétrie nord-sud. Au point de susciter de la part de l’OMT une
tentative de campagne de réhabilitation du tourisme comme facteur de
lutte contre la pauvreté, en associant le tourisme durable à une « libérali-
sation à visage humain » (OMT, 2006), instrumentalisation idéologique du
tourisme qui apporte un peu plus d’eau au moulin de ses détracteurs...

Pour illustrer concrètement le dépassement du consensus sur
le tourisme, on peut relever, de façon non exhaustive, quatre
phénomènes :

• La banalisation des conflits dans le secteur touristique : si les
conflits environnementaux autour de projets d’aménagement
ou de pratiques récréatives controversés sont très classiques la
multiplication des conflits sociaux depuis le début des années
2000 est une donne relativement nouvelle : première grève des
employés de remontées mécaniques dans les stations de sports
d’hiver françaises (février 2004), suivie quelques mois plus tard
(juin 2004) d’un conflit social très médiatisé dans les palaces de
la Côte d’Azur à l’occasion du Festival de Cannes ; première
grève des salariés d’offices de tourisme (septembre 2005) ; pre-
mière manifestation des travailleurs saisonniers à Chamonix
(mars 2006) ; première grève des salariés du siège du voyagiste
FRAM (en 60 ans) en mai 2008… On peut noter à ce sujet que
le tourisme est devenu une nouvelle terre de mission pour les
organisations syndicales face à des problèmes récurrents notam-
ment liés au travail saisonnier : précarité, travail illégal, conditions
de logement, bas salaires…; INTRODUCTION 21
• La fin du consensus sur les mobilités : il est banal de rappeler
que le tourisme s’est construit et développé sur la base d’une
idéologie « moderne » de rapport dominant à l’espace par la
mobilité. Dans cette logique, la multiplication des déplacements
et l’éloignement ostentatoire des destinations visitées sont clas-
siquement analysés comme des facteurs-clés de rentabilité sym-
bolique et de distinction sociale. A contrario un excès de mobilité
est désormais interprété comme une figure de fuite impossible
face à l’enfermement dans un monde clos – « une planète pleine et
sans espace » selon la formule de Zigmunt Bauman (Baumann,
2000). Le tourisme jouerait donc un rôle de premier plan dans
la diffusion d’une junk mobility dont l’exemple le plus caractéris-
tique est représenté par des pratiques commerciales consistant à
offrir un trajet pour l’achat d’un autre produit ; citons par
exemple : « un mobile Samsung acheté : un aller-retour à New York
offert » (Publicité Samsung 2007). Ce qui semble en jeu dans la
contestation des mésusages (Ariès, 2007) de la mobilité, c’est
d’abord une inversion de sens et de valeurs entre culture légi-
time et culture contestataire par rapport aux années 1960-1970.
Dans une société alors dominée par la rigidité et la sédentarité,
l’idéal de mobilité s’inscrivait dans un projet de démarcation ou
de rupture notamment incarné par la figure du routard. Mais
dans la société contemporaine qui s’empare de la mobilité
comme instrument économique, projet de management et hori-
zon idéologique de la mondialisation libérale, cette perspective
se renverse, et les routards font plus que jamais figure de « trou-
pes de choc du tourisme de masse » (J.-D. Urbain). C’est ainsi
qu’en réponse à l’affirmation selon laquelle « Dans un monde qui
bouge, l’immobilisme est un désordre » (M. Lévy, PDG de Publicis),
les militants de la Décroissance revendiquent « Alors soyons le
désordre ! » (Casseurs de pub, 2004).

• Le développement d’un « anti-tourisme », voire d’une « touris-
tophobie », déployé(e) à toutes les échelles sur des modes plus
ou moins agressifs, du simple « Collectif anti-touriste » constitué
via Facebook sur le thème « tourist go home » à la prise d’otage ou
à l’attentat meurtrier, dont l’occurrence s’est banalisée depuis
le début des années 1990. La principale conséquence de ce
phénomène est la perte de l’« innocence » du tourisme face aux
réalités du monde : le visiteur découvre avec surprise et embar-
ras qu’il n’est plus nécessairement le bienvenu partout et en