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Géopolitique et stratégies d'entreprise

De
192 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 111
EAN13 : 9782296170148
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Alain SIMON

G~OPOLITIQUE ET STRA TEGIES D'ENTREPRISE

Créances et croyances
Illustrations de Plantu

INTERF ACES

Couverture

réalisée par la Société lnfograf

@ INTERFACES, 1994 ISBN: 2.910301.03.6

«11faut avoir un chaos en soi-même pour accoucher d'une étoile qui danse» NIETSCHE
Ainsi parlait Zarathoustra

,

A Marité, Thomas, Claire et Clémentine

INTRODUCTION

CREANCES ET CROYANCES, deux mots à l'étymologie commune mais qui plongent leurs racines dans des champs de préoccupations traditionnellement bien différents: les créances ressortissent à la frange la plus aride du terrain économique, la finance, inaccessible aux non-initiés, domaine réservé des professionnels que motiveraient l'appât des gains, les èroyances constituent le champ d'investigation des chercheurs, défricheurs des sciences humaines, décodeurs des comportements. Manipulateurs de créances et décrypteurs de croyances s'ignorent, ne se comprennent pas quand ils ne se vouent pas un mépris mutuel. On connaît la condescendance avec laquelle les responsables d'entreprises regardent sociologues, ethnologues et autres anthropologues, ces purs esprits, ignorants de ce principe de réalité qui hante ceux qui doivent équilibrer leur bilan dans la quotidienneté de la vie des affaires. On sait aussi l'incompréhension chargée de suffisance avec laquelle, du haut des chaires universitaires, on contemple les cadres d'entreprise qui, les mains dans le cambouis sulfureux des actes de commerce, en oublient que l'homme est un roseau pensant. Cette double incompréhension contribue à constituer deux sectes, affairistes et intellectuels, étanches l'une à l'autre, pour le plus grand malheur des deux qui se privent symétriquement des outils d'action et de compréhension que chacune recèle. Cet ouvrage ne s'accommode d'aucun des deux ostracismes. Il aimerait convaincre à la fois les marchands et les penseurs que les

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outils dont dispose chaque clan peuvent servir à l'autre. Travailler en entreprise ne contraint pas nécessairement à refuser la réflexion conceptuelle. Réfléchir sur le monde n'exclut pas obligatoirement d'être acteur économique. Cette ambition diagonale traverse, si l'on préfère guide l'auteur au risque d'être jugée trop théorique par les hommes d'entreprise et trop futile par les universitaires... Mais la compréhension de l'actualité en mouvement exige de jeter des ponts entre les deux mondes: car créances et croyances viennent de nous jouer un exemplaire numéro de duettistes, se relayant sous nos yeux pour écrire une page d'histoire qu'il est passionnant d'apprendre à lire : la fin de la guerre froide s'est, en effet, jouée dans un relais complice entre instruments fmanciers et outils idéologiques. Cette guerre, gagnée par l'Amérique du Nord (admettons-en l'évidence pour le moment), et dont l'Union soviétique est sonie défaite et dissoute, n'a ressemblé à aucun des affrontements pour l'hégémonie mondiale qui l'avaient précédée. Ici point de Verdun décisif ou d'Hiroshima déterminant où l'on aurait pu clairement discerner vainqueurs et vaincus avec nos références d'hier. La guerre s'est jouée et conclue sur un terrain que nous ne savions pas lire, faute de précédent: l'aptitude des belligérants à
faire naître des créances et des croyances! Tandis que nous guet-

tions fébrilement le choc des missiles et les affrontements des blindés, nous ne discernions pas qu'une mobilisation générale avait lieu sur un autre front qui nous concernait au premier chef en tant que "créanciers" et "croyants". Comme Fabrice deI Dongo aveuglé d'être au cœur de la bataille de Waterloo, nous n'avons pas vu l'Histoire s'écrire sous nos yeux. Et pounant nous en fûmes protagonistes, fantassins d'un nouveau style. Intellectuels et financiers ne regardaient, les uns comme les autres, que la moitié de la réalité, détenteurs chacun d'une panie des pièces du puzzle qui auraient pu permettre à tous de reconstituer l'ensemble. C'est une des préoccupations à l'origine de cet essai que de guider le lecteur dans deux tiroirs étanches l'un et l'autre mais tous deux receleurs d'outils de compréhension: le monde de l'économie et de la finance d'entreprise, d'une part, ésotérique et rébarbatif à l'intellectuel profane; l'univers culturel, d'autre pan, que les professionnels d'entreprise confinent, dans le meilleur des cas, au-delà de leurs bureaux et des heures ouvrables.

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Ce double voyage initiatique est précisément millésimé. En ce début des années 90, nous sommes captivés, abasourdis, effrayés même par les conséquences de la fin de la guerre froide et nous croyons n'avoir ni temps ni recul pour regarder ses ultimes épisodes, son achèvement. Notre boulimie d'actualité nous prive alors de la mémoire qui pourtant nous aiderait à comprendre le présent dans une féconde mise en perspective. Tout donne à penser, en effet, que le couple créances-croyances poursuit sa liaison alors même qu'une page d'histoire vient de se tourner et que le chapitre qui lui succède semble n'esquisser que des gribouillis incompréhensibles. Qu'il soit permis d'espérer que la grille de lecture proposée dans les pages qui vont suivre permettra non seulement de comprendre le passé revisité mais aussi d'interpréter le journal de demain... Le prix à payer pour ce voyage initiatique sera d'abord un retour en arrière, dans une machine qui remontera le temps d'une vingtaine d'années, pour se laisser dériver ensuite au fil des années 70 et 80. On y croisera le dollar avec ses hauts et ses bas, des pays qu'on espérait en voie développement mais qu'on découvrira insolvables, le pétrole et ses mythes, les Bourses entre booms et krachs. Autant de souvenirs épars, partiels et confus qu'on tentera de ranger pour qu'ils finissent par dessiner notre Histoire.

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PREMIÈRE PARTIE
CHRONIQUE DES ANNÉES DE CRISE

Panni tous les événements qui, au cours des années 80, se sont produits dans la galaxie économique au sein de laquelle évoluent les opérateurs professionnels, trois, au moins, surnageront, passeront à l'Histoire lorsque les péripéties de la quotidienneté se seront estompées. Ces trois événements sont précisément datés et correspondent à ces brutaux moments de rupture autour desquels les acteurs économiques mais aussi le grand public ordonnent les avant et les après. La chronologie des trois meurtrissures est la suivante : Le Il août 1982, le Mexique annonce à ses créanciers extérieurs, banquiers principalement, qu'il ne peut honorer les remboursements de sa dette. Cette cessation de paiement est le prélude à une généralisation - contagion, puisque plusieurs dizaines d'États, deux continents ou presque, l'Amérique latine et l'Afrique, basculeront en quelques mois. Jusqu'alors considérés comme pays "en voie de développement", ils deviennent insolvables. L'endettement devient une hantise dans les milieux bancaires et même une star de l'actualité médiatisée. Le 27 février 1985, le secrétaire d'Etat au Trésor américain, James Baker, signale que le niveau atteint par le dollar est devenu insupportable aux entreprises et à l'économie des Etats-Unis et que ceux-ci sont décidés à faire chuter le cours de leur monnaie. Il faut dire qu'un record historique venait d'être battu: se souvienton que le dollar n'avait pas hésité à francrur, pour la première fois de l'histoire monétaire, la barre, le seuil qu'on croyait inaccessible des 10,00 F ? Commença alors un violent repli qui ramènera, en 24 mois, la devise américaine de 10,62 F à 6,00 F ; de 3,41 DM à 1,80 DM ; de 300 Yens à 140 Yens. Combien de cambistes, de trésoriers d'entreprise gardent des souvenirs cuisants des pertes occasionnées par cette secousse sans précédent! Les touristes

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français eux aussi se rappelleront que l'Amérique du Nord était hors d'atteinte pendant l'été 84 et qu'elle est redevenue fréquentable trois ans plus tard. Le 19 octobre 1987, ravivant des souvenirs noirs d'un vendredi quasi sexagénaire, les Bourses du monde entier remettent à la mode le mot "krach". Dans le monde entier les indices s'effondrent et s'effondreront une seconde fois vingt-quatre mois plus tard, laissant les opérateurs désemparés, les "petits porteurs" sinistrés. Trois dates, trois ruptures se succédant en rafale (qu'est-ce que cinq ans à l'échelle de l'histoire 1) au cœur de la décennie, comme trois inoubliables scansions. Une première motivation conduit à revenir sur ces événements si proches dans leur chronologie mais déjà enfouis dans l'amnésie d'une actualité dévoreuse d'un événementiel spectaculaire et sans cesse renouvelé. C'est qu'au-delà des différences apparentes qu'elles présentent ces trois crises présentent d'extraordinaires analogies. Les mots pour les dire ont été divers, les protagonistes multiples et pourtant les ressemblances conduiront au trouble, donneront le sentiment, le sentiment seulement, que l'histoire bafouille. La recherche des airs de famille ne serait pas une motivation suffisante si elle ne conduisait à découvrir une même nature, on pourrait dire une commune paternité. Il Yaura donc lieu, dans un premier temps, de s'interroger sur l'enjeu de chacune des trois dates prises isolément, comme pour les inscrire sur des feuilles de papier calque dont la superposition ultérieure fera ressortir les similitudes. La chronique des années de crise se révélera un concentré d'Histoire, celle de la guerre de 1945-1985, dite guerre froide, riche en rebondissements jusqu'à son dénouement. Elle sera une petite contribution à l'histoire financière de la guerre de 40 ans.

POINTS DE VUE

L'endettement, la chute du dollar, le krach boursier, ces expressions ont successivement fait l'objet d'une médiatisation forte. Dans les mots mêmes, utilisés pour rapporter les trois ruptures, on peut déjà relever une similitude: chaque expression 14

témoigne d'une approche unilatérale de la réalité. Il y manque une moitié des faits. Avant de poursuivre toute autre analyse, il importera de rétablir une approche globalisante. J'en profiterai pour proposer quelques dénominations que nous utiliserons dans une première partie des raisonnements... pour les jeter aux orties ultérieurement.
LE REGARD DE PONCE PILATE

Prenons pour commencer les mots qui expriment la situation des pays du Sud, incapables de faire face à leurs échéances: l'endettement, les pays endettés, la dette du Tiers Monde!!! Ces expressions, nées de 1982, ont été diffusées, utilisées, banalisées depuis. Que des journaux brésiliens parlent de l'endettement extérieur du pays, on le conçoit aisément. Que les responsables mexicains se réfèrent à leur dette lorsqu'ils en négocient les conditions de remboursement, on les comprend. Les uns et les autres désignent sans ambiguïté le problème auquel ils sont confrontés. Mais que des banquiers américains ou européens utilisent les mêmes mots provoque davantage la surprise... puisque leurs difficultés résultent d'un portefeuille des créances qu'ils détiennent et posent un problème de recouvrement. Ils devraient, pour dire vrai, parler de leur "encréancement" qui n'est que la contrepartie comptable de l'endettement des pays débiteurs. On pourra objecter que c'est un vain jeu sur les mots auquel je me livre puisque "encréancement" et endettement sont les côtés pile et face d'une même réalité. Certes aucune des situations ne pourrait exister sans l'autre. Mais privilégier l'une des deux n'est pas un choix neutre. Ce choix témoigne d'un "point de vue" sur la réalité, d'une vision ponctuelle donc, unilatérale disais-je. On peut même parler d'un parti-pris. Parler de l'endettement des pays du Sud plutôt que de l'encréancement de leurs banquiers du Nord revient à renvoyer la responsabilité sur les premiers et à amnistier, à bon compte, les seconds qui subiraient une situation étrangère dans tous les sens du terme. Ponce Pilate n'aurait pas désavoué ce regard des créanciers sur leurs bilans catastrophiques et désignant les endettés d'un index accusateur. Je ne souhaite aucunement inverser les responsabilités, changer d'unilatéralité, ne parler que de l'encréanccment ce qui ne ferait que remplacer une vision ponctuelle par une autre. Qu'on

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me permette de rappeler cette évidente banalité que la situation décrite suppose la rencontre de ceux qui p~tent excessivement à ceux qui empruntent outrancièrement. Il s'agit d'une interdépendance complice. L'heure n'est pas au jugement mais à la compréhension de la situation qui éclate en 1982 et dont les conséquences perdurent. C'est en effet le principal reproche que l'on peut faire à la dénomination unilatérale "endettement" : elle rend quasi impossible la compréhension du phénomène. Un conducteur ivre peut toujours prétendre avoir rempli d'air une bouteille de whisky, cette présentation, pour n'être objectivement pas fausse, n'en est pas moins une vision ponctuelle et unilatérale. Puisqu'il faut réconcilier les deux points de vue, hasardons plutôt une tentative de synthèse dans laquelle chacun pourra se retrouver: En 1982 a éclaté une crise des paiements internationaux. Dans cette expression, chacun devrait se reconnaître, ceux qui ne payent plus et ceux qui ne sont plus payés, les États débiteurs du Sud comme leurs créanciers, banquiers et fournisseurs du Nord. Cette dénomination permet aussi d'éviter pour le moment la question, subalterne, on le verra plus tard, des responsabilités.
LE POINT DE VUE DES BORGNES

Une même approche unilatérale et réductrice a accompagné le compte rendu médiatique de la "chute du dollar" commencée en 1985, jusqu'à ce qu'en 1987, il soit décidé d'arrêter cette "baisse". Qu'il soit permis de rappeler la banalité suivante: si le dollar a chuté, c'est par rapport aux autres monnaies dans lesquelles il est exprimé. Il est donc tout aussi légitime de parler des ascensions du yen, du mark ou du franc que de la chute du dollar. Les Japonais ont d'ailleurs désigné sous le nom de endaka la situation à laquelle ils ont été confrontés lorsque leur monnaie a quasiment doublé de valeur en deux ans par rapport au billet vert. Ils ont nommé cette hausse qui leur posait problème et ont pu, par là même, surmonter les difficultés apparues. De même lorsque les prix augmentent, on peut également affirmer que le pouvoir d'achat des monnaies baisse. Mais il n'est pas indifférent d'utiliser une formulation plutôt que l'autre, les salariés qui réclament une revalorisation de leurs revenus et non une actualisation de la valeur du franc en conviendront... La réalité monétaire qui fait irruption en 1985 est la réunion des deux points de vue: le dollar s'est effondré par rapport aux principales 16

monnaies eurasiatiques qui ont, simultanément, flambé vis-à-vis de lui. Tenons-nous-en à une approche bilatérale et optons pour l'expression de crise monétaire internationale pour désigner un fantastique mouvement de balançoire qui a vu la devise américaine et ses homologues modifier leurs parités respectives quasiment dans un rapport du simple au double... ou du double au simple.
LE MONOCLE ENCORE...

Ter repetita, une troisième version de l'unilatéraHté des présentations, ce que l'on pourrait désigner sous le nom de "ponctuation médiatique", les médias n'exprimant qu'un point de vue, s'est produite en octobre 1987 et répétée en octobre 1989. Un krach boursier suivi d'un mini-krach. Ces expressions sont extraites du vocabulaire des détenteurs d'actions, frappés de plein fouet par une chute des cours de la Bourse. Elles sont témoignage de leur point de vue, de ceux qui perdent. Mais là encore, seule une moitié de la réalité est ici prise en compte. Chacun sait bien que dans une Bourse de valeurs mobilières, si les cours des actions baissent, c'est parce que certains vendent... ce que d'autres achètent. Nous sommes dans un jeu à somme nulle puisque gains et pertes, manques à gagner et manques à perdre, s'équilibrent mutuellement. Que le discours médiatique se soit adressé, en privilégiant leurs perceptions, aux lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, tous actionnaires supposés et, par là même, perdants, est dans la logique des choses, mais témoigne à nouveau d'une partialité qui ne serait après tout qu'anecdotique si elle ne rendait difficilement compréhensible l'événement. Tout se passe comme dans un de ces bulletins de la météo britannique qui, prétend-on, a coutume d'annoncer que le continent est coupé de l'Angleterre lorsqu'une tempête souffle en Manche. Loin de moi l'idée de lui reprocher cette vision nombrilique, mais on conviendra de sa partialité. Si toutefois l'on souhaite comprendre les événements pour ultérieurement agir, sinon dessus, du moins en en tenant compte, encore faut-il ne pas adopter un point de vue d'insulaire. Pour rendre compte des soubresauts qui ont frappé ces marchés où dans le monde entier se négocient les valeurs mobilières, nous proposons donc de les désigner sous l'expression de crise financière internationale. Nous éviterons ainsi de privilégier ceux dont on sait qu'ils y ont perdu. Et nous réserverons la possibilité 17

de nous pencher sur le sort, plus enviable et plus discret à la fois, de ceux dont on peut soupçonner qu'ils ont, au même moment, gagné. Crise, crise, crise... Notre terminologie vient de gagner en homogénéité conceptuelle ce qu'elle a perdu en spectaculaire médiatique. Ce n'était pas là une fin en soi. Répétons encore que le but n'était pas non plus l'hypothétique plaisir du jeu sur les mots. Il s'agissait en revanche de mettre au point, au sens photographique du terme, une terminologie opératoire. Chacun sait que c'est là le nécessaire prélude à un développement ultérieur où négatif et positif se révéleront mutuellement.
TRANCHES D'HISTOIRE

Crise des paiements, crise monétaire, crise financière ont non seulement fait l'objet d'une présentation unilatérale, mais celle-ci était également doublée d'une deuxième distorsion, le synchronisme, comme si l'on avait isolé une photographie d'un film qu'on aurait occulté. Comme trois coups de tonnerre éclatant dans des ciels qu'on croyait sereins, les trois ruptures sont apparues comme inopinées, inattendues, voire imprévisibles. Il n'est pas question de mettre en doute la surprise, voire l'abasourdissement dont ont été frappés, à chaque fois, les acteurs comme les spectateurs de chacune de ces crises et encore moins la stupéfaction de ceux qui se sont chargés de les médiatiser. Mais un aveuglement, même sincère et collectif, ne devient pas pour autant gage de lucidité. n serait trop facile de jouer les Cassandre avec effet rétroactif et je ne m'y hasarderai pas. Il est cependant indispensable de démontrer qu'il était possible, dès l'époque, de comprendre que ces trois ruptures ne faisaient pas irruption dans des présents paisibles, mais que toutes trois marquaient l'aboutissement, le point culminant d'évolutions qui se déroulaient depuis plusieurs années et dont il était acquis qu'elles ne pouvaient pas être éternelles. (Ce qui ne permettait pas pour autant de prédire avec précision le jour de l'achèvement). On sait aussi que les trois crises n'ont pas été de brèves et simples parenthèses, douloureuses, onéreuses et fugitives, se refermant sur un statu quo ante, retour à la case départ. 1982, 1985 et 1987 ont ouvert, chacune sur son registre, de nouvelles périodes, tranches d'histoire dynamiques dont nous ne 18

sommes pas nécessairement sortis. Il apparaît dès lors nécessaire de resituer chaque crise dans sa chronologie, un avant qui les appelait, un après dont elles étaient porteuses. Cette volonté d'une explication diachronique, reconstituant le film autour de la photographie, contribuera, espérons-le, à améliorer encore la compréhension. Ce dépassement de l'instantané permettra en outre d'amorcer une réflexion sur le concept même de crise économique et sur les attitudes professionnelles, décisions et comportements, qu'exige, dans leur contexte, l'ambition d'être acteur, décideur, gestionnaire. Peut-être s'agira-t-il de l'amorce d'une propédeutique des crises... Place donc à la chronique.....

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