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Gouvernance du développement local

243 pages
La gouvernance du développement local part du principe qu'il serait possible d'agir au niveau local sans s'en remettre à l'autorité de l'Etat. Le rôle de l'Etat ne consiste plus à intervenir directement, mais à innover dans les techniques et outils à utiliser pour orienter et guider l'action collective. Les autorités au niveau local doivent identifier et offrir des possibilités, favoriser et créer des partenariats et jouer un rôle protecteur à l'égard de l'environnement local. Dans cette nouvelle approche, l'Etat a besoin de nouvelles formes de régulation. La décentralisation en constitue une.
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Gouvernance du développement local

Collection MOUVEMENTS ECONOMIQUES ET SOCIAUX DIRIGÉE PAR CLAUDE ALBAGLI
La collection « les Mouvements Economiques et sociaux» présentée par L'HARMATTAN et l'INSTITUT CEDIMES se propose de contribuer à l'analyse des nouveaux aspects de la mondialisation en embrassant tes phénomènes économiques, sociaux et culturels. Elle vise à faire émerger des recherches et des contributions originates sur tes mutations du développement et de la mondialisation.

Ouvrages

parus ou en cours de parution à la

ALBAGLI Claude, «Le surplus agricole, De la puissance jouissance », L 'Hannattan, Coll. M.E.S., 2001 DELIV ANIS-NEGREPONTI conspiratrice », L'Hannattan, Maria, « La Coll. M.E.S., 2002

mondialisation

RUBY Marcel (sous la direction) « Une mondialisation humaniste », Préface du Ministre Délégué de la Coopération et de la Francophonie, Pierre-André WILTZER L'Harmattan, Coll. M.E.S., 2003 RAJEMISON Sahondravololona et ALBAGLI Claude, «Mutations contemporaines et développement », Préface du Ministre de l'Enseignement Supérieur, Jean-Théodore RANJIV ASON, L'Harmattan, ColI. MES, 2003 MA YOUKOU Célestin, THUILLIER Jean-Pien-e, ALBAGLI Claude, TORQUEBIAU Elnnlanuel, (Coordonnateurs), «Gouvernance du Développement local », CIRAD, L'Hannattan, ColI. M.E.S., 2003 KIM Yersu et ALBAGLI Claude, (Coordonnateurs) « Corée du Sud, Modèle de développement et crise », Traduction MA YOUKOU Célestin, Commission Nationale Coréenne pour l'UNESCO, L'Harmattan, Coll. M.E.S. (en cours de publication) Claude ALBAGLI (Coordonnateur) « Le Développement, Mélanges en l'Honneur de Jacques AUSTRUY», L'Harmattan, Coll. M.E.S. (en cours)

Célestin MA YOUKOU
Jean-Pierre THUILLIER Claude ALBAGLI Emmanuel TORQUEBIAU

Gouvernance du développement local

Collection

Mouvements

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Economiques et Sociaux

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INSTITUT CEDIMES

CIRAD L'HARMATTAN

@L'Hannatlan,2003 ISBN: 2-7475-5363-9

INSTITUT
Réseau Francophone

CEDIMES
et gestionnaires

d'économistes

Président

d'Honneur

Fondateur:

Jacques

AUSTRUY

Président: Claude ALBAGLI Secrétaire Général: Célestin MAYOUKOU
ALGERIE: AUSTRALIE: BULGARIE: CAMEROUN: CANADA: CHINE: CONGO: FRANCE: FRANCE HONGRIE: COLOMBIE: CEDIMES-ORAN CEDIMES-SYDNEY CEDIMES-SOFIA CEDIMES-DOUALA CEDIMES-QUEBEC CEDIMES-KUNMING CEDIMES-SANTA CEDIMES-BRAZZAVILLE CEDIMES-PARIS Outre-Mer: Alain CEDIMES-LA Jian

Abdelkader

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Claude BEKOLO

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GRECE : CEDIMES-KOMOTINI

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MALI: CEDIMES-BAMAKO
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CEDIMES-WROCLAW CEDIMES-TÂRGOVISTE CEDIMES-NEUCHATEL CEDIMES-ALEP CEDIMES..TUNIS CEDIMES..IZMIR CEDIMES-KIEV CEDIMES-HANOï Hassan Neçafi Petro

Ion CUCUl Jean-Pierre GERN
HAZZOURI ZOUARI TASKIRAN SAPOUN PHAM

Abderrazak

Vu Luan

LISTE DES AUTEURS

Sonia ADAM-LEDUNOIS, CREGO, Université de Rouen Francis AKINDES, IRD, Université de Bouaké Claude ALBAGLI, CEDIMES, Université Panthéon-Ass, Paris 2 Michel Ambert, CARE, Université de Rouen Jean-Pierre GERN, CEDIMES, Université de Neuchâtel Khaled GHERZOULI, CREGO, Université de Rouen Célestin MA YOUKOU, CARE, CEDIMES, Université de Rouen Hubert de MILLY, CIRADI ÉCOPOL Hadi MOCHTARI, CREGO, Université de Rouen Pierre POUGNAUD, Ministère des affaires étrangères Francis RAZAKABOANA~ ClRAD Jean-Michel SERVET, IRD-I.F.P Jean-Pierre THUILLIER, CARE, Université de Rouen Jean-Philippe TONNEAU, ClRAD Emmanuel TORQUEBIAU, CIRAD

INTRODUCTION

Célestin MA YOUKOU Université de Rouen

La notion de gouvernance est à la mode. Elle fait référence au nouveau pouvoir des actionnaires. Généralement des fonds de pensions, en quête de valeur et de profitabilité. Cette montée au pouvoir des actionnaires a donné à la gouvernance d'entreprise une image parfois très négative notamment lorsque la valeur des actions augmentait après l'annonce de réduction d'effectijs. I Certaines grandes entreprises multinationales témoignent de cette dérive: Michelin et Danone2. Mais comme le souligne Michel Godet, «il faudrait aussi faire le bilan de ce qu'a coûté et coûte au citoyen-contribuable la mauvaise gouvernance des banques nationalisées comme le Crédit Lyonnais (...) d'entreprises publiques comme les Charbonnages de France». Il y aurait donc un lien étroit entre l'efficacité d'une organisation et la qualité de la gouvernance. Cette notion renvoie aux règles de contrôle de cette direction. C'est le cas par exemple d'une entreprise lorsque la direction échappe aux contrôles des actionnaires. Dans ce cas, il est difficile qu'une telle entreprise serve les intérêts des actionnaires. Dans la société, on peut aussi établir une similitude avec un système de gouvernement. Lorsque celui-ci est mal contrôlé, il est peu efficace. Il s'en suit souvent une défiance de l'opinion publique à l'égard de la classe dirigeante. Cette notion
!

Michel Godet, traiter les citoyens aussi bien que les actionnaires, Le Monde du 15 février, 2001, p. 13.
2 Ibid. (1)

de gouvernance dérivée de la notion anglo-saxonne de corporate gouvernance et transposée à la société civile est comprise au sens de gouvernabilité autrement dit de l'efficacité du pouvoir politique sur les systèmes sur lesquels s'exerce ce même pouvoir. L'efficacité du pouvoir est le sens qui lui a été donné par les instances internationales. Il y a donc en filigrane le principe de subsidiarité, qui consiste à traiter au niveau local tous les problèmes qui peuvent l'être et au niveau global ceux qui ne peuvent être résolus autrement. S'il y a une gouvernance à l'échelon global, il y a aussi une gouvernance à l'échelon local. La gouvernance est donc ce processus qui fait intervenir un ensemble complexe d'institutions et d'acteurs qui n'appartiennent pas tous à la sphère du gouvernement. Autrement-dit, devant l'ampleur et la complexité des activités de l'Etat, le processus de gouvemance se révèle de plus en plus nécessaire. Or, l'une des caractéristiques de la gouvernance est la participation de plus en plus grande des secteurs privé et associatif dans l'octroi des services et dans la prise des décisions stratégiques. On peut citer comme exemple, le développement de la sous-traitance et du partenariat entre les secteurs public et privé. En outre, les citoyens expriment au plus haut point le désir de voir les services publics ou collectifs pris en charge par des acteurs locaux. Au surplus, l'Etat est de plus en plus enclin à se départir de certaines responsabilités, en les remettant aux secteurs privé etlou associatif, ou même aux citoyens à l'échelon locale. Ainsi, en situation de gouvernance, les frontières de responsabilités sont-elles parfois tenues dans les domaines de l'action sociale et économique. La gouvemance doit donc traduire une interdépendance entre les pouvoirs des institutions associées à l'action collective. Il s'en suit que la gouvernance en favorisant la responsabilité locale, n'induit pas pour autant une autonomie locale, ni une autosuffisance locale. Car, une responsabilité locale ne pourrait être efficiente que si elle engage en même temps un partenariat entre les secteurs privé et associatif et les divers niveaux de prise de décision à l'échelon local. La gouvernance part du principe qu'il serait possible d'agir au niveau local sans s'en remettre à l'autorité de l'Etat. Le rôle de l'Etat ne consiste plus à intervenir directement, mais à innover dans les techniques et outils à utiliser pour orienter et guider ] - 2-

l'action collective. Les autorités au niveau local doivent identifier et offrir des possibilités, favoriser et créer des partenariats et jouer un rôle de protecteur à l'égard de l'environnement local. On doit retenir de ce qui précède que l'approche de la gouvemance vise à articuler les variables institutionnelles avec les nouvelles formes d'actions collectives tout en accordant un primat aux dernières. La gouvernance est donc cette nouvelle manière de voir les territoires dans le développelnent économique et social; elle postule une diminution de la « centralité » de l'Etat ainsi que de sa capacité à orienter l'ensemble de la société. L'Etat dans cette approche en term,e de gouven1ance a besoin de nouvelles formes de régulation. La gouvernance renvoie à des formes intermédiaires de régulation, ni marchande, ni étatique, qui articulent intérêts privés et bien public, aspects économiques et sociaux, et qui rendent compatibles efficacité et équité. Dans ces formes de gouvernance interviennent les institutions et notamment les institutions publiques locales. La décentralisation est l'une de ces nouvelles formes. La collectivité locale est donc assimilée à une organisation poursuivant des objectifs utilitaires de développement et de productivité; il Y a donc une nouvelle logique de gouvernement local orientée vers la recherche de l'efficacité. Mais les acteurs de cette nouvelle logique de gouvernement local, ne sont pas tous préparés notamment en Afrique pour assumer ces nouvelles responsabilités. La gestion de ces nouvelles responsabilités requiert l'apprentissage de nouvelles formes de savoirs nécessaires pour une gestion efficace du territoire. Cette gestion de nouvelles responsabilités devient fondamentale du fait des changements liés à la mondialisation qui ont produit tant au Nord qu'au Sud des phénomènes d'exclusion sociale (chômage, pauvreté, marginalisation, etc...). Pour lutter contre ces nouvelles formes d'exclusion, des acteurs locaux ont pris l'initiative. Ils sont à l'origine d'actions diverses de revitalisation économique et sociale, en milieux urbains comme ruraux, localisées sur le territoire identifié soit géographiquement soit par un sentiment d'appartenance à une communauté. Ces initiatives cherchent à inverser le cycle de désertification économique et de marginalisation sociale. L'essentiel des actions menées par les acteurs locaux vise d'une part à générer un ensemble de conditions - 13-

favorables à la relance de l'activité économique et d'autre part à améliorer la situation locale de l'emploi afin de lutter contre les phénomènes d'exclusion sociale. Ces multiples démarches centrées sur le «lieu de vie» et le «territoire» relèvent des approches du développement local. Beaucoup de travaux confirment l'importance de la dimension locale du territoire dans le processus d'organisation et de développement économique: atmosphère marshalienne, districts industriels, systèmes productifs ou industriels localisés, milieux innovateurs; mais très peu d'études insistent sur la question du lien développement local et gouvernance, notamlnent sur l'impact de l'efficacité de la gouvernance sur le Inilieu local. Les contributions rassemblées dans cet ouvrage ont cherché à combler cette lacune. Le lien entre développement local et gouvemance prend aujourd'hui toute son importance du fait de la montée des politiques de décentralisation. Ces politiques organisent le transfert de compétences de l'Etat central vers les collectivités territoriales. Or, ces collectivités locales, tout au moins au Sud, ne pas souvent préparées pour assumer ces nouvelles responsabilités. Les contributions de cet ouvrage regroupées en trois parties ont cherché à souligner les contours de cette gouvernance du développement local. La première partie de l'ouvrage, rassemble les contributions portant sur les approches et enjeux économiques de la gouvernance du développement local. Claude Albagli, Globalisation et localisation, un processus interdépendant, s'interroge sur les marges que peuvent prendre, face à la prédominance de l'idée de liberté sur celle d'égalité, les critères d'une bonne gouvernance locale. Pour l'auteur, la gouvemance locale n'est pas de déplacer quelques commandes du haut vers le bas, mais de comprendre comment les mécanismes sociaux et économiques sont perturbés, de quelles logiques nouvelles ils sont porteurs. Pierre Pougnaud, La coopération entre les collectivités locales françaises et étrangères dans le cadre des relations NordSud, souligne la nécessité d'évaluer le travail accompli entre les collectivités locales du Nord et celles en activité et en émergence au Sud. Ce travail est d'autant plus important que les collectivités territoriales françaises sont parmi les plus impliquées dans la démarche de la coopération décentralisée qu'il qualifie de - 14-

«solidarité et de progrès». L'auteur pense que la coopération décentralisée a atteint une phase de maturité et se situe dans une éthique d'échange et de service. Elle n'a pas la prétention de se substituer à la coopération intergouvernementale... La coopération décentralisée à la française apporte sa valeur ajoutée, son inventivité, son sens du concret aux partenaires du Sud. Hubert de Milly, Le développement local, pour ou contre la décentralisation ?; cherche à éclairer les liens existant entre décentralisation et développement local. Le premier type de liens que fait ressortir l'auteur est l'imbrication des acteurs. Les acteurs impliqués dans la gouvernance et la dynamique locales sont souvent les mêmes. Mais l'auteur approfondie ce qu'il nomme par liens symétriques. Le premier lien symétrique est l'existence de collectivités locales en tant que outil de développement local. Ce lien est appuyé par les textes régissant l'exercice des collectivités dans le cadre de plusieurs lois sur la décentralisation. Le second lien porte sur l'effet des processus de développement local sur l'émergence de véritables pouvoirs locaux dans les institutions qui constituent les collectivités nouvellement créées. Mais cette liaison réciproque entre développement local et décentralisation pose in fine la question de l'ambiguïté qui peut exister, en matière de politique publique entre objectifs et moyens. Jean-Pierre Gern, De la concurrence inter-entreprises à la concurrence interrégions, met en garde sur le fait de ne pas extrapoler l'évolution rapide du système productif mondial dont l'impact sur les changements de structures et des systèmes socio-économiques est porteur de phénomènes qui sont caractéristiques de l'évolution elle-même. Pour Jean-Pierre Gern, ce qui semble émerger de l'évolution du système productif c'est d'une part, un réseau de grandes entreprises opérant à une large échelle et d'autre part, des petites entreprises menant des activités soit en liaison directe avec ces grandes entreprises soit impliquées dans des activités de proximité qui n'ont pas d'intérêt pour les grandes entreprises. Mais à côté de cette dynamique induite par les grandes entreprises, émergent des espaces économiques de dimension limitée, les régions, qui se font désormais concurrence pour attirer une fraction de l'activité de ces grandes entreprises. L'enjeu de cette concurrence d'un type nouveau est la croissance des activités - 15-

productives. Cette conculTence porte sur les avantages financiers, les facilités foncières etc. Il en résulte pour l'auteur des conséquences directes sur la région et des conséquences qualifiées de générales. Ces dernières risquent tout au moins pour les bénéfices qui en résulteraient d'échapper aux régions qui se sont engagées les premières dans cette concurrence. La seconde partie, regroupe des contributions soulignant le rôle des acteurs de la gouvernance du développement local. Michel Ambert et Hachi Mochtari, Citoyenneté locale, action des élus et bonne gouvernance, cherchent à circonscrire les déterminants de la légitimité du pouvoir local afin de s'interroger sur les critères de la bonne gouvernance. La légitimité d'un pouvoir local est assujettie au respect des conventions qui le lient à la fois au pouvoir central et aux citoyens locaux. La bonne gouvernance est un donc un corollaire de la décentralisation au niveau local d'une partie du pouvoir central. La bonne gouvemance exige davantage de participation politique et une protection des groupes défavorisés. Au niveau local, elle traduit la volonté de l'Etat d'être plus proche des citoyens. Mais, la bonne gouvernance pour contribuer à l'amélioration du bien être collectif doit être adaptée aux pratiques locales. Francis Ankindes, Société civile et participation au développement locale en Côte-D'Ivoire: des concepts aux réalités, questionne la problématique de le participation dans les politiques de décentralisation introduites en Afrique au début des années 1980. De plus en plus, souligne l'auteur, l'approche participative est envisagée en milieu urbain comme modalité d'ingénierie sociale et politique. Francis Ankindes s' interro ge sur la pertinence des notions de sociétés civiles, de démocratie participative dans le contexte africain en général et ivoirien en particulier. Dans le cas de la Côte-D'Ivoire, la décentralisation est approchée en terme de participation des citoyens au développement local. La décentralisation se veut un acte instituant la démocratie locale. Mais cette décentralisation, ou mieux cette participation est perverse. Elle est à la fois détournée pour leurs propres intérêts par les élus locaux et elle est non comprise par les citoyens. La gestion de la décentralisation bute entre autres sur la distance entre la modernité du projet politique et - 16-

les habitudes de gestion. La décentralisation reste une projection de norme dans un contexte socio-culturel qui n'est pas encore approprié par les citoyens locaux. Pour l'auteur, il faut aller au delà des mécanismes actuels sur lesquels repose la décentralisation, autrement dit le mouvement associatif, en promouvant un esprit citoyen par la formation des élus sur le management des ressources humaines. La troisème partie met l'accent sur le rôle des acteurs du développement local et des études de cas sur les acteurs locaux. Entre autres acteurs, la petite et moyenne entreprise (PME) est

1 acteur qui constitue grâce à l'appui des décideurs locaux un
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cataliseur efficace de certaines formes de coopération dans un contexte de concurrence entre territoires. Tel est l'argument que défendent Sonia Adam-Ledunois et Khaled Gherzouli in les dispositifs d'appui au partenariat Grande-En trep ris e-PME. Les partenariats suscités par les décideurs locaux de Haute-Normandie entre grande entreprise et PME ont pour objectifs de diffuser le savoir faire de la grande entreprise vers la PME locale. Deux structures soutenues par les décideurs locaux, Synergie Normandie et Renault Plus Normandie aident à renforcer ces partenariats. Les auteurs s'attachent à mettre en lumière la spécificité de ces partenariats locaux à partir d'une étude appronfondie des dispositifs. Ils concluent que les dispositifs fondés sur un maillage étroit des actions des pouvoirs publics, des organismes consulaires et les différents acteurs en charge des dispositifs, s'inscrivent dans une démarche plus globale du développement local. Dans un registre différent, Francis Razakaboana, dans quelle forme de gouvernance pour un service à l'agriculture efficace en Afrique, porte sa reflexion sur le rôle des acteurs locaux pour une bonne gestion du territoire. Une gouvernance efficiente des acteurs locaux nécessite qu'ils bénéficient d'une formation indispensable leur permettant de mieux assurer le rôle qui leur est dévolu. Ce thème de la formation des acteurs locaux est approfondi par JeanPhillipe Tonneau et Emmanuel Torquebiau au travers d'une reflexion sur le Développement local et besoin de formation. Confier la gestion des ressources et des espaces aux collectivités territoriales nécessite des ressources humaines appropriées. Ces - 17-

nouveaux acteurs, gestionnaires des collectivités territoriales, élus, responsables professionnels, cadres des entreprises ou d'organisations locales, sont confrontées à des sitations de responsabilités auxquelles ils n'étaient pas préparées. JeanPhillipe Tonneau et Emmanuel Torquebiau mettent l'accent sur les moyens pouvant aider les acteurs des collectivités territoriales à mieux jouer leur rôle et à assurer leur fonction. Entre autres moyens, la formation est celui que préconisent les auteurs. Cette formation doit être de deux types: l'une destinée à faire partager les valeurs de vision et de représentation communes d'une part; et l'autre plus technique destinée à favoriser les mécanismes d'animation et de résolution des problèmes techniques, économiques et sociaux sous-jacents aux projets dont sont en charge les acteurs locaux d'autre part. Mais l'accès aux ressources humaines appropriées ne sont pas les seules contraintes que doivent surmonter les acteurs locaux. Les contraintes de financement sont tout aussi importantes. Le financement des activités entreprises au niveau local étant très risquées, beaucoup de banques délaissent ces activités pour leur préferer celles plus nationales ou internationales. Jean-Michel Servet, met l'accent sur le rôle de la Microfinance pour le développement local. La microfinance entendue comme organisations de financement de proximité d'acteurs locaux, est l'une des innovations les plus fortes et les plus originales des actions de développement local au cours des années 1990. La microfinance prend le relais des anciennes formes de crédit-lié caractéristiques des années 1960 et de l'ensemble de l'aide publique dans beaucoup de pays du Sud. Célestin Mayoukou insiste, dans Microbanque et financement du développement local, sur le rôle que prend désormais la microbanque dans le financement local de proximité en Afrique. Les financements octoyés participent à la lutte contre la pauvreté en zone rurale. La microbanque contribue aussi à faire émerger de nouveaux modes de gouvemance au niveau local au travers d'un apprentissage de la démocratie locale par les assemblées intervillageoises. Mais aussi par les acteurs les plus dynamiques, les micro-entrepreneurs. Les expériences les plus avancées sont manifestes au Mali. Dans ce pays notamment, des assemblées - 18-

intervillageoises se tiennent dans la zone de la vallée du fleuve Niger où la pratique héritée du modèle des associations villageoises est devenue l'instrument de la diffusion de la démocratie locale dans les institutions de micro- finance notamment au travers des Caisses implantées dans les villages.

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PREMIERE

PARTIE

APPROCHES ET ENJEUX ECONOMIQUES

CHAPITRE I GLOBALISA TION ET LOCALISATION UN PROCESSUS INTERDÉPENDANT

Claude ALBAGLI CEDIMES
Université Panthéon-Assas (Paris II)

Le développement local est à la mode, l'implication des acteurs sociaux et des agents économiques de base est une référence. Est-ce le contrecoup de l'échec de certaines politiques globales qui plaçaient l'Etat au cœur des processus et du constat amer qu'une bonne partie des ressources dégagées ou octroyées se sont perdues dans des projets pharaoniques aux implications mal maîtrisées ou dans des dérives corruptrices n'enrichissant que quelques-uns placés opportunément à l'intersection du pouvoir et des affaires? Si les critiques de ce passé récent et les limites de cette méthodologie ont bien une consistance réelle, le changement d'approche que constitue cette revalorisation de l'action à la base, est néanmoins d'une toute autre portée. Elle intervient dans un contexte radicalement nouveau vis-à-vis des paradigmes qui s'affrontaient et s' Ünposaient depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y a assurément un monde neuf qui émerge depuis le début des années quatre-vingt-dix. Il ne s'agit pas tant de répartir de façon différente, la décision et la gestion des programmes de

croissance et de développement en valorisant les actions du terroir que de les insérer dans un autre cadre de références, porteur de possibilités inédites, Inais non dénuées de contraintes politiques et de biais sociaux. L'analyse sociale traditionnelle répartissant l'activité entre les trois secteurs primaire, secondaire et tertiaire, devient moins pertinente pour appréhender les ressorts d'une réalité très dépendante de ses connexions avec l'extérieur. Par ailleurs, les bouleversements sociaux s'accompagnent d'une rupture avec les espérances qui avaient présidé à la croissance des «Trente Glorieuses» et aux analyses du développement: tant au Nord qu'au Sud, l'éradication de la pauvreté ne semble plus pouvoir survenir. De nouvelles pistes apparaissent avec l'ambition d'être un mode opératoire dans les nations industrialisées et les pays pauvres. Mais, la toute puissance du marché au nom de ses normes à vocation planétaire, provoque des résistances. Le décalage social d'une partie significative de la population ne répond pas aux attentes, la contestation des pouvoirs de l'Etat par le marché et l'entreprise développe le sentiment d'une certaine impuissance des gouvernements. Cet Etat de fait interfère directement sur la redéfinition du rôle de la puissance publique. Les restrictions au plein exercice de son autorité lézardent sa légitimité et remettent en cause sa représentativité. La quête identitaire des citoyens est alors un double positionnement. Elle est simultanément une contestation contre la toute puissance du marché et une réponse à une certaine friche sociale. Elle réoriente les forces du développement vers une prise en compte de la proximité. La promotion du désir porté par le consumérisme mondialisant et la glorification du terroir portée par l'affirmation identitaire expriment la prédolninance de l'idée de liberté sur celle d' égalité3 . Quelles marges peuvent prendre, dans ce contexte, les critères d'une bOlIDegouvernance locale?

3 FUKUYAMA Francis, La fin de I'histoire FlalTImarion, 1992, p. 326. - 24-

et le dernier homme,

La gouvernance locale n'est pas tant de déplacer quelques commandes du haut vers le bas, en laissant plus de capacités de choix à ceux qui opèrent près du terrain, mais de comprendre comment les mécanismes sociaux et économiques sont perturbés, de quelles logiques nouvelles ils sont porteurs, comment il convient de concevoir la chaîne des relations et des décisions pour pouvoir en réaménager l'organisation avec le plus d'efficacité possible et en répondant au mieux aux attentes. Les technologies de l'information et de la communication donnent de nouvelles possibilités d'actions et d'organisation, offrent de nouveaux moyens de puissance et s'inscrivent dans un jeu d'acteurs sensiblement renouvelé d'un bout à l'autre de la planète. Encore faut- il inscrire d'éventuelles redistributions des pouvoirs dans la logique de cette nouvelle donne, pour la cadrer avec la plus grande efficience. Notre objectif est de tenter de comprendre quelle est la dimension nouvelle des enjeux sur cette question, compte tenu du potentiel technologique, des effets du marché, de la puissance entrepreneuriale et de la recomposition du champ social. Les aspects techniques et entrepreneuriaux de la globalisation sont porteurs d'une profonde transformation sociale et institutionnelle qui touche les pays pauvres comme les pays riches. Cette mutation sociale reste encore inachevée. Est-ce simplement un processus d'obsolescence des forces passées pour laisser la place à de nouveaux modes de production et de nouvelles forces sociales, mais sans remettre en cause le cadre fondamental? Il semble bien que la transformation soit profonde et fondamentale, même si les réponses pour délimiter la configuration des nouvelles structures conservent des marges d'incertitudes. Les répercussions s'insinuent si profondément dans le champ social et institutionnel qu'il convient de dresser certaines hypothèses sous un double aspect, celui de la recomposition sociale et celui de la redistribution des Pouvoirs.

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A - Les distorsions sociales Quelles sont les répercussions sociales de cette dynamique mondialisante ? A coté de l'appauvrissement s' affinnent des noyaux en prise directe avec la mondialisation et porteurs de progrès fulgurants dans le niveau de vie. Comme ces interférences touchent sélectivement le territoire par une dissémination en métastases, il n'est pas commode de se faire un point de vue objectif et rationnel dans le cadre d'un territoire national. Le jugement pourra être diamétralement opposé selon le point de perspective. Qui reviendra des faubourgs de Calcutta ou des quartiers high-tech de New-Delhi ne conduira pas la même analyse sur l'Inde. La certitude est l'incontestable inégalité sociale qui zèbre les tissus sociaux du Nord et du Sud. Il convient donc de faire, d'abord, quelques observations liminaires avant de tenter de proposer une mise en cohérence des restructurations sociales. Celle-ci nous incitera à sortir du sempiternel triptyque de l.a division sociale de l'âge industriel qui répartit les forces actives entre le primaire, le secondaire et le tertiaire. On perçoit l'épure d'une nouvelle forIlle de division du travail qui ne s'inscrit plus dans la dichotomie classique entre ceux qui définissent et ceux qui exécutent selon la logique du Taylorisme, mais qui partage les acteurs entre ceux qui utilisent les infonnations pour atteindre les objectifs choisis par eux et ceux qui subissent les médias et leur influence dans la dépendance économique et culturelle. C'est dans ce cadre que semblent s'élaborer de nouveaux modes de sujétion et de domination. L'essor de la nouvelle économie s'accompagne de fortes distorsions sociales. L'augmentation des niveaux de vie caracole avec la croissance des inégalités. On pensait que cette progression vers la modernisation poussée par la technologie s'accompagnerait de la disparition de la pauvreté. Or, non seulement, celle-ci n'a pas été éradiquée dans les nations les plus faibles, mais encore la pauvreté a repris de nouvelles Inarques dans les sociétés les plus riches. De larges fractions de la population ne parviennent pas aux Inarches d'accès de cette nouvelle économie et se retrouvent en - 26-