L'avenir des économies du Maghreb

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La crise financière de 2008, conjuguée avec les récents bouleversements du printemps arabe, ont dévoilé la fragilité des systèmes politiques et économiques des pays du Maghreb. Ce numéro est consacré aux enjeux et défis auxquels font face ces pays dans leur mutation vers un nouveau modèle de développement basé sur l'innovation : quelles politiques publiques d'investissement et d'innovation ? Comment dynamiser les secteurs économiques clés ? La promotion de l'entrepreneuriat local est-elle capable de réveiller les forces productives ?
Publié le : dimanche 15 mai 2016
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EAN13 : 9782140009501
Nombre de pages : 302
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L’avenir des économies Sous la direction dedu Maghreb
Sonia Ben Slimane et Messaoud Zouikri26Entre inertie structurelle et envie de rupture
La crise financière de 2008, conjuguée avec les récents bouleversements
du printemps arabe, ont dévoilé la fragilité des systèmes politiques L’avenir des économies
et économiques des pays du Maghreb. Ces événements ont mis
en évidence l’incohérence, déjà présente dans les modèles de
développement entrepris par ces pays et particulièrement la faiblesse du Maghreb
structurelle des économies nationales. La question qui se pose ainsi est
liée à leur capacité future à répondre à une réalité bien présente : celle Entre inertie structurelle du chômage des diplômés, de l’intensité croissante de la concurrence
internationale et des difficultés à assurer une croissance économique et envie de rupture
soutenue et durable. Le défi majeur à relever est ainsi intimement lié à 26la possibilité de refonder leurs modèles de développement, avec une
mise en perspective des capacités scientifiques, techniques et de leur
potentiel d’innovation.
Ce numéro de Marché et Organisations, est consacré aux enjeux et
aux défis auxquels font face les pays du Maghreb dans leur mutation 26 vers ce nouveau modèle de développement basé sur l’innovation :
quelles politiques publiques d’investissement et d’innovation ?
Comment dynamiser les secteurs économiques clés ? La promotion
de l’entrepreneuriat local est-elle capable de réveiller les forces
productives ?
Mounir Amdaoud, Rajae Amine, Mohammed Amine Balambo, Abdeslam
Bendiabdellah, Sonia Ben Slimane, Jamel Elbaz, Samia Haddad, Issam Mejri,
Maarouf Ramadan, Soraya Sedkaoui, Mounia Sliman, Fatima Tahir Metaiche,
Ezzeddine Zouari, Messaoud Zouikri.
Dessin de couverture : Alexandre Uzunidis.
http://uzunagaz.blogspot.fr/
ISBN : 978-2-343-09251-5
31 €
organisations
Sous la direction de
L’avenir des économies du Maghreb
Sonia Ben Slimane et Messaoud Zouikri
organisations








L’AVENIR DES ÉCONOMIES DU MAGHREB

ENTRE INERTIE STRUCTURELLE ET ENVIE DE RUPTURE
© L’HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-09251-5
EAN : 9782343092515 Sous la direction de
Sonia BEN SLIMANE et Messaoud ZOUIKRI





L’AVENIR DES ÉCONOMIES
DU MAGHREB

ENTRE INERTIE STRUCTURELLE
ET ENVIE DE RUPTURE




















L’HARMATTAN Marché et Organisations
Cahiers d’économie et de gestion thématiques dont le but est de
promouvoir la recherche originale sur les relations de plus en plus
étroites qui se tissent entre le marché et les organisations. Les acteurs
économiques de taille, de puissance et de pouvoir différents dont les
intérêts peuvent être convergents, complémentaires ou, le plus souvent,
antagoniques, ont tendance à organiser les marchés. La raison du
marché, pourtant, est la référence stratégique pour l’entreprise ainsi que
pour les institutions publiques de décision économique.
Marché et Organisations questionne l’actualité entrepreneuriale et révèle
les liaisons inter temporelles qui font évoluer la formation économique.
Les articles proposés :
– 45000-50000 signes, espaces, notes, bibliographie, tableaux, figures et
annexes compris,
– soumis par email à : Dimitri Uzunidis et Justine Manier,
uzunidis@univ-littoral.fr, justine.manier@univ-littoral.fr
Sont acceptés pour évaluation des articles mono ou multidisciplinaires…
Économie, Gestion, mais aussi Droit, Sociologie, Histoire selon le thème
du Cahier.
Marché et Organisations est une publication sous la responsabilité
éditoriale du Réseau de Recherche sur l’Innovation : http://2ri.eu
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Comité de rédaction : Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri
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Secrétariat de Rédaction : Justine Manier
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MarcHubert Depret, Claude Fournier, Delphine Gallaud, Pascal Glémain,
Samia Haddad, Abdelillah Hamdouch, Blandine Laperche, Serge Le
Roux, Nadine Levratto, Céline Merlin-Brogniart, Francis Munier, Irina
Peaucelle, Fabienne Picard, Sophie Reboud, Peter Stokes, Nadine
Richez-Battesti, Corinne Tanguy, Faruk Ülgen, Dimitri Uzunidis.

SOMMAIRE


Introduction générale ................................................................................. 11

Sonia BEN SLIMANE
Messaoud ZOUIKRI
Investissements directs étrangers et capacité d’absorption nationale : les
leviers de croissance des économies du Maghreb ...................................... 19

Mounir AMDAOUD
La construction d’un système national d’innovation en Algérie :
institutions et politique d’innovation ........................................................... 49

Rajae AMINE
Les clusters au Maroc : vers l’émergence d’une nouvelle politique
industrielle territoriale .................................................................................... 93

Soraya SEDKAOUI
Les obstacles au processus d’innovation : étude empirique basée sur un
échantillon d'entreprises pharmaceutiques algeriennes. .......................... 121

Ezzeddine ZOUARI
Samia HADDAD
Le financement par le capital risque en Tunisie : réalites et contraintes.
......................................................................................................................... 153

Issam MEJRI
Maarouf RAMADAN
Capital social, connaissances et identification d’opportunités
entrepreneuriales dans un processus d’internationalisation : cas de la
Tunisie ............................................................................................................ 189

Fatima TAHIR METAICHE
Abdeslam BENDIABDELLAH
Les femmes entrepreneures en Algerie : savoir, vouloir et pouvoir ! .... 219

Mohammed Amine BALAMBO
Jamel ELBAZ
Les réseaux sociaux dans le canal de distribution traditionnel au
Maroc : l’exemple des souassa ..................................................................... 241


Mounia SLIMAN
Les dirigeants des PME face au défi de l’intelligence économique : cas de
trois entreprises marocaines ........................................................................ 259
Résumés / Abstracts ................................................................................. 283



PRESENTATION GENERALE :
L’INNOVATION DANS LES PAYS DU MAGHREB. ENTRE
TENDANCES PROMETTEUSES ET CONTRAINTES
STRUCTURELLES


« Ôter la cause et l’effet cesse. »
Miguel de Cervantes

« La caractéristique fondamentale de la vie moderne n’est
pas la compétition, mais la liberté de l'industrie et du
travail. »
Alfred Marshall (1890), Principes d’économie politique,
Livre 1, Chapitre 1, paragraphe 4


Une littérature abondante portant sur l’économie de développement
s’est développée dans les décennies 1960-1970. De nombreux pays dits
sous-développés qui venaient d’accéder à leur indépendance dans la
vague de décolonisation, cherchaient des options sérieuses leur
permettant de rattraper le train des pays développés. Plusieurs approches
soutenant ce mouvement, ont alors été élaborées qui, dans leur majorité,
stipulent la possibilité d’un rattrapage du retard technologique
(technological catch-up) grâce aux échanges de biens d’équipement et de
marchandises. On a vu ainsi se développer en France dans les années
1970 une théorie dite « d’industries industrialisantes » autour de l’auteur
Gérard Destanne de Bernis (1971). Selon cette approche, la mise en
place d’industries lourdes traditionnelles serait une solution capable de
créer à terme les conditions d’un développement autocentré rendu
possible par la double intégration amont-aval, précisément dans les pays
riches en ressources naturelles. L’Algérie a été l’un des pays ayant
expérimenté pleinement cette option. Deux décennies plus tard, force est
de constater que ce modèle est loin de réaliser l’industrialisation espérée.
Les années 1980 ont été marquées par le développement de la théorie de
transfert technologique soutenant le même objectif « solidaire » : le
rattrapage économique. En théorie, ce transfert correspond à « la diffusion
et la capacité qu’ont les économies en développement à se réapproprier la technologie
étrangère pour l’intégrer dans leurs activités de production en vue de se lancer sur le
marché (local et/ou mondial) des produits et des services compétitifs et à une valeur
ajoutée croissante » (Casadella et al., 2015). Concrètement, il s’agit d’un
11 transfert unilatéral de technologies et de connaissances, s’accompagnant
d’une imitation de la technologie générique étrangère. Le problème est
que les pays en développement et particulièrement ceux du Maghreb,
n’ont pas entrepris les politiques nécessaires pour réussir ce transfert de
technologie et accéder au rattrapage économique espéré. En effet, les
options de développement choisies par la Tunisie et le Maroc après leur
indépendance en 1956 ont produit les mêmes faiblesses structurelles
observées dans la majorité des pays en voie de développement. Parmi les
traits marquants de cet échec, on peut dénombrer la dispersion et
l’insuffisance des moyens dédiés à la recherche, à la science et à la
technologie ; l’absence de l’Etat comme acteur majeur de la conduite
d’une politique favorisant l’apprentissage par l’éducation et comme
acteur proactif de la constitution du système national d’innovation. Face
à cela, on assiste dans certains pays du Maghreb à l’absence de liens entre
le monde universitaire et l’industrie, à l’inefficacité du système judiciaire,
à une gouvernance centralisée et bureaucratique et à une fragilité du
cadre institutionnel.
Ainsi, le rattrapage prédit par la théorie n’a pas pu se réaliser pour la
majorité des pays en voie de développement. Ceci a conduit certains
auteurs à parler de « trappe de sous-développement » (e.g. Lucas, 1988) ou de
« situation d’enfermement » (lock-in) dans laquelle se trouvait la grande partie
de ces pays. Ce pessimisme a fait perdre son « aura » à l’économie de
développement. Ce n’est qu’au début des années 1990 qu’on a assisté à
un regain d’intérêt des travaux de recherche pour les économies
émergentes. Ce nouvel enthousiasme est suscité par les performances
économiques réalisées par les nouveaux pays émergents désignés
aujourd’hui par le sigle anglais BRICS (Brésil, Russie, Inde, Corée et
Afrique du Sud).
Durant cette période, une vague de réformes s’est amorcée par de
nombreux pays en voie de développement dont les pays maghrébins.
Pour ces derniers, elle s’inscrit dans une perspective d’intégration dans
l’économie mondiale suite à la signature des accords de partenariats
euroméditerranéens, et concerne principalement la politique d’investissement,
le commerce extérieur et les systèmes de propriété. Dans les trois pays
du Maghreb, la décennie 1990 a été particulièrement propice à la
croissance économique. En outre, on a assisté à partir de la mi-1990 à
l’arrivée d’une vague d’investissements directs étrangers (IDE) dont ont
pu bénéficier à des degrés divers les trois pays. A l’instar d’autres pays
récipiendaires d’IDE, les pays du Maghreb espéraient tirer profit de ce
type d’investissement en proposant des outils d’attractivité et d’incitation
divers, allant des avantages fiscaux accordés, au développement des
infrastructures en passant par des facilités du transfert des bénéfices vers
l’étranger et la maîtrise des coûts liés à l’implantation étrangère. Malgré
ces efforts, on observe sur le long terme que les promesses liées aux
effets des IDE en termes de développement de capacités d’innovation ne
12 se sont pas réalisées. Continuant leurs tentatives de s’inscrire dans une
perspective de développement et de croissance basée sur l’innovation, les
pays du Maghreb, se sont engagés dans la création de technopoles et
pôles de compétitivité dans la dernière décennie. Ces actions font partie
d’une politique publique volontariste visant à redynamiser la croissance
et instaurer une culture d’innovation. Cependant, force est de constater
que ces efforts n’ont pas été cohérents sur certains aspects, ni planifiés
sur le long terme avec toute l’exigence de coordination et d’évaluation
qui s’en suit. Pourtant, « ces milieux, renferment un ensemble de connaissances
tacites qui pourraient être à la base d’un processus vertueux d’innovation »
(Casadella et al., 2015). Il en résulte que de nombreux enjeux majeurs
subsistent, auxquels ces pays restent sérieusement confrontés afin de
relever le défi d’une croissance économique basée sur un véritable
développement des capacités d’innovation. Parmi ces enjeux, citons les
réformes institutionnelles nécessaires au fonctionnement d’une
économie de la connaissance, les politiques de Recherche et
Développement (R&D) et d’innovation, sans oublier l’investissement
dans le capital humain, dans les nouvelles technologies de l’information
et de la communication. Il est également question de rappeler le rôle de
l’Etat, non seulement comme coordinateur d’actions des différents
acteurs impliqués dans le processus de développement, mais comme
précurseur des investissements fondamentaux et comme moteur de
l’instauration des réformes. Le travail original de Mazzucato (2014) a
montré que, contrairement à ce qui est habituellement admis, dans
plusieurs cas de réussite industrielle majeure comme celle de la firme
privée Apple, c’est bien l’Etat américain qui était à l’origine des
importants investissements effectués en amont du développement
technologique qui a suivi.
Le présent numéro de Marché & Organisations propose de contribuer
dans ce cadre, à une meilleure compréhension des enjeux et difficultés
actuels que rencontrent les pays maghrébins dans leur mutation vers un
nouveau modèle de production basé sur l’innovation et la connaissance.
Le passage d’une économie administrée à une économie de marché pour
l’Algérie ou d’une économie centralisée à une économie décentralisée et
plus ouverte pour le Maroc et la Tunisie, ne se passe pas sans difficultés
majeures héritées des dysfonctionnements structurels caractérisant ces
économies. Les contributions des différents auteurs dans ce numéro
peuvent être regroupées selon trois axes de réflexion correspondant à
autant de niveaux d’analyse. Il s’agit d’abord des politiques publiques
d’investissement et d’innovation au niveau macroéconomique. Sont
abordées ensuite les contraintes à l’innovation exprimées sur le plan
sectoriel et enfin la dynamique entrepreneuriale individuelle située à un
niveau microéconomique.
La leçon générale qui peut être tirée de cette lecture est que
l’instauration d’une véritable politique d’innovation dans les pays en voie
13 de développement nécessite l’articulation et la cohérence de ces trois
niveaux d’analyse pris ensemble.
Si les pays du Maghreb misent aujourd’hui énormément sur les IDE
pour stimuler la compétitivité de leur économie et permettre un transfert
technologique, l’acquisition de nouvelles connaissances et compétences
par les acteurs locaux ne s’opère pas de manière automatique, comme l’a
montré la contribution de Sonia BENSLIMANE et Messaoud
ZOUIKRI dans ce numéro. En utilisant différentes techniques
statistiques, les auteurs testent les relations dynamiques qui existent entre
croissance économique, éducation, exportations et investissement direct
étranger. Le mérite de ce travail est de mettre en évidence l’idée d’un lien
indirect entre la croissance économique et les IDE. Celui-ci serait
conditionnel à l’existence d’une capacité d’absorption du pays d’accueil.
En prenant la part des dépenses d’éducation dans le produit national
brut comme mesure de la capacité d’absorption, les auteurs observent un
lien faible et non-significatif entre l’effort fourni par les pays maghrébins
dans ce domaine et l’arrivée des investissements directs étrangers. Ils
relativisent cependant ce constat par le fait que la qualité de l'éducation
dans un pays n’est qu’une dimension parmi d’autres de la capacité
d’absorption.
Différents facteurs peuvent être à la base de l’attrait des
multinationales pour investir dans un pays ou une région donnée comme
le résume le modèle OLI (Ownership, Location, Internalisation) décrivant les
déterminants de l’internationalisation des entreprises (Duning, 2001). Les
expériences marocaine et tunisienne dans le domaine du textile sont
riches d’enseignement à ce propos. Certains investisseurs étrangers dans
le secteur du textile en Tunisie ont dû relocaliser leur production dans les
années 2000 vers la Chine ou d’autres pays jugés plus favorables en
termes de coûts de production. Une politique d’attraction
d’investissements extérieurs basée exclusivement sur l’avantage de coûts
favorables de production ne peut être qu’une stratégie temporaire pour
les firmes multinationales. Si les pays maghrébins souhaitent réaliser des
investissements durables, ils devront préparer les conditions qui
permettent d’attirer des investisseurs susceptibles de s’engager dans des
projets de long terme. Dans une étude sur les déterminants de
localisation des activités de R&D des firmes multinationales, Le Bas et
Sierra (2002) ont trouvé que dans 70 % des cas, la localisation des
activités de R&D de ces entreprises à l’étranger se fait dans des domaines
technologiques intimement liés à leurs activités domestiques. Les
Systèmes Nationaux d’Innovation (SNI) au Maghreb ne sont qu’à leurs
premiers balbutiements. Les dépenses de R&D au niveau
macroéconomique restent très faibles comparativement aux pays
développés. Selon les données de l’Unesco (http://data.uis.unesco.org)
pour les trois années 2001-2003, les pays maghrébins ont dépensé moins
de 1 % de leur Produit Intérieur Brut (PIB) en recherche et
14 développement. La part moyenne des dépenses de R&D dans le PIB
pour cette période était de 0.27 %, 0.61 % et 0.57 % pour l’Algérie, le
Maroc et la Tunisie, respectivement. L’article de Mounir AMDAOUD
sur la construction d’un Système National d’Innovation algérien illustre
bien l’état général des SNI maghrébins. Bien qu’il porte sur les activités
scientifiques et technologiques en Algérie, la situation du Maroc et de la
Tunisie ne diffère guère dans ces domaines. En analysant la capacité
d’innovation de l’économie algérienne, cette contribution pointe les
raisons de l’absence de liens entre la sphère de recherche et la sphère
productive. En dépit de l’existence de dispositifs institutionnels
encadrant la recherche depuis des décennies, il n’existe pas encore de
liens forts entre d’un côté, la sphère de recherche et l’activité de
développement et entre la sphère de recherche et le monde de la
production, de l’autre côté. Ceci se traduit par une faiblesse des outputs
d’innovation en termes de nouveaux produits-procédés ainsi qu’une
modeste production scientifique et technologique comme les
publications, les brevets et autres types de propriété intellectuelle. Dans
le cas du Maroc, Rajae AMINE expose l’expérience marocaine de la mise
en œuvre de politiques industrielles territoriales en mettant l’accent sur le
rôle des clusters. Après un examen du concept de « cluster » à la lumière
de la théorie économique, l’auteur décrit la stratégie de développement
territorialisé entrepris par le gouvernement en vue de favoriser la
croissance et l’innovation. Malgré les objectifs annoncés de
réindustrialisation et d’accélération industrielle, la part du PIB industriel
dans le PIB national continue à régresser, ce qui nécessite des efforts
supplémentaires en vue d’inverser cette tendance. En tenant compte de
l’expérience relativement récente du Maroc en matière de pôles de
compétences exclusivement dédiés à la croissance et à l’innovation, cette
étude souligne une disparité dans la mise en place des clusters entre les
différentes régions du pays, susceptible de créer à terme un déséquilibre
dans le développement régional attendu.
Les enjeux et contraintes macroéconomiques d’innovation sont
reflétés au niveau sectoriel. Dans cette perspective, l’article de Soraya
SEDKAOUI examine les obstacles au processus d’innovation à partir
d’un échantillon d’entreprises pharmaceutiques algériennes. Il fournit par
son aspect empirique, des informations capitales sur l’état de l’innovation
et les obstacles qui entravent son émergence dans ce secteur en Algérie.
Le choix de ce terrain d’étude a été motivé par l’intensité des activités
innovantes que caractérisent traditionnellement cette industrie. Une des
raisons majeures qui empêche l’émergence de l’activité d’innovation est
la contrainte de financement. Cette entrave s’avère plus aigüe dans les
activités hautement risquées ou incertaines qui nécessitent un
financement particulier ne remplissant pas de ce fait les exigences d’un
financement bancaire classique. La contribution de Ezzeddine ZOUARI
et Samia HADDAD explore la situation du capital risque en Tunisie en
15 tant qu’outil spécifique de financement de l’innovation. Les auteurs
concluent par une spécificité culturelle et structurelle du système de
financement de l’innovation en Tunisie et dans les pays en voie de
développement, de manière générale. Un des faits marquants de cette
particularité culturelle est que les sociétés de capital-risque en Tunisie
(SICAR) qui sont créées pour financer des projets risqués, montrent
qu’elles ont elles-mêmes une attitude d’aversion au risque.
Dans une société entrepreneuriale si nous reprenons le terme
d’Audretsch (2007), l’esprit entrepreneurial devient non seulement une
action individuelle, mais aussi un défi de toute entreprise, région et état.
Ainsi, l’émergence de la culture entrepreneuriale n’est plus un
phénomène aléatoire indépendant des autres éléments constitutifs du
système national d’innovation. L’entrepreneur, en tant qu’acteur du
changement, entretient des relations complexes avec le système
d’innovation au niveau national, d’un côté, et avec les dynamiques
économiques locales et régionales, de l’autre côté. Dans le cadre de cet
axe, il s’agit d’analyser les tendances ainsi que les potentialités en termes
d’entrepreneuriat dans les pays du Maghreb. Il est question d’expliciter la
spécificité des facteurs de développement des PME innovantes dans les
pays du Maghreb. En considérant l’internationalisation comme un acte
entrepreneurial, l’article de Issam MEJRI et Maarouf RAMADAN vise à
établir un lien entre la détention de connaissances spécifiques et la
détection d’opportunités entrepreneuriales. Les auteurs énoncent que
l’accumulation et l’exploitation de connaissances contribuent à
développer une stratégie entrepreneuriale internationale. Ils testent cette
hypothèse sur un échantillon de PME tunisiennes du secteur des TIC.
Les résultats de cette investigation mettent en lumière que les PME
technologiques utilisent leurs connaissances et leurs expériences pour
identifier les opportunités sur les marchés internationaux. En outre, ils
trouvent que les avantages informationnels tirés de l’usage des réseaux
sociaux contribuent à identifier ces opportunités et à les développer.
L’entrepreneuriat féminin, en vogue dans les pays développés, reste un
aspect très peu répandu dans les pays du Maghreb. L’article de Fatima
TAHIR-METAICHE et Abdeslam BENDIABDELLAH traite cette
problématique dans le cadre de l’Algérie. En centrant l’analyse sur le
triptyque Savoir, Vouloir et Pouvoir, les auteurs ont cherché à comprendre
la démarche entrepreneuriale et managériale des femmes algériennes et
identifié les difficultés que celles-ci rencontrent dans leur interaction avec
le contexte socio-économique local. Pour cela, ils exploitent des données
originales issues d’une enquête effectuée en ligne et complétée par des
entretiens individuels avec un échantillon réduit de femmes
entrepreneures. Les résultats de cette étude montrent que les besoins de
formation, la rareté du financement et le manque d’informations sont les
16 principaux obstacles auxquels les femmes entrepreneures algériennes
font face pour mener leurs projets à terme.
La prise en compte des spécificités culturelles est souvent négligée au
niveau local d’un pays. On considère habituellement que les agents
économiques se comportent de manière homogène au sein d’un même
pays. Mohammed-Amine BALAMBO et Jamal ELBAZ proposent
d’explorer le poids et le rôle des relations de confiance dans le cadre de
relations marchandes et le développement des canaux de distribution au
Maroc. L’aspect innovant de l’article réside dans l’instauration d’un cadre
scientifique pour expliquer un mode de fonctionnement dans une
communauté culturelle spécifique à savoir les «Amazighs». Pour ce faire,
les auteurs mobilisent les concepts de réseaux sociaux, de l’approche
relationnelle et la notion de confiance. Ils ont identifié deux types de
comportements distincts présents dans les réseaux sociaux liés au canal
de distribution traditionnel au Maroc. Le premier est basé sur des
schémas coopératifs régis par la communauté dont les origines sont bien
enracinées dans les coutumes traditionnelles et collectives, tandis que le
second est individualiste se référant aux normes occidentales modernes.
Le travail de Mounia SLIMAN traite d’un processus important que les
PME de façon générale et les entreprises marocaines en particulier, de
par leurs ressources limitées, éprouvent des difficultés à mettre en place.
Il s’agit de la démarche d’intelligence économique. Dans le cadre de cette
recherche, l’auteur a exploré le lien entre le profil du dirigeant et la
pratique d’intelligence économique au sein de trois PME marocaines.
Sans prétendre à la généralisation des résultats, en raison de l’exploitation
d’un échantillon limité d’entreprises, ce travail souligne le manque de
sensibilité du dirigeant à l’information et plus particulièrement, l’absence
d’une réflexion stratégique qui représente le point commun pour les trois
cas d’entreprises étudiées.
Les politiques publiques (industrielles) au Maghreb depuis une
décennie cherchent incessamment à inaugurer un nouveau modèle de
production basé sur l’innovation et la connaissance. Certaines actions
apparaissent, toutefois, plus comme un remède temporaire appliqué à
une situation de crise permanente que comme une solution radicale à
celle-ci. Les politiques d’aides aux jeunes sans emploi, envisagées par les
gouvernements comme une stratégie de développement de
l’entrepreneuriat, en est un exemple particulièrement intéressant. Ces
actions viennent traiter plutôt une situation de chômage endémique
(effet) et non pas résoudre les questions profondes d’emploi et de
croissance (cause). S’attaquer aux causes du chômage, c’est chercher
comment impulser un processus dynamique d’entreprenariat.


17 BIBLIOGRAPHIE
AUDRETSCH, D.B., 2007, The entrepreneurial society, Oxford University
Press
CASADELLA,V., LIU, Z., UZINIDIS, D., 2015, Développement
économique et capacités d’innovation dans la mondialisation, Collection
Innovation, entrepreneuriat et gestion, Série Smart innovation, Ed,
ISTE.
DESTANNE DE BERNI, G., 1971, « Les industries industrialisantes et
les options algériennes », Revue Tiers-Monde, tome 12, N° 47, pp. 545-563
DUNNING, J.H., 2001, «The eclectic (OLI) paradigm of international
production: Past, present and future», International Journal of the Economics
of Business, Vol. 8, No. 2, pp. 173-190
LE BAS, C., SIERRA, C., 2002, « Location versus home country
advantages in R&D activities: some further results on multinationals
locational strategies», Research Policy, 31, pp. 589-609
LUCAS, E.R., 1988, «On the mechanics of economic development»,
Journal of monetary economics, 22, pp.3-42
MAZZUCATO, M., 2014, The entrepreneurial State. Debunking Public vs.
Private Sector Myths, Anthem Press, edition révisée de 2013
18



INVESTISSEMENTS DIRECTS ETRANGERS ET CAPACITE
D’ABSORPTION NATIONALE : LES LEVIERS DE
CROISSANCE DES ECONOMIES DU MAGHREB


Sonia BEN SLIMANE
Enseignant-Chercheure
Novancia Business School
sbenslimane@novancia.fr

Messaoud ZOUIKRI
Ingénieur de Recherche CNRS
EconomiX-Université Paris Ouest Nanterre la Défense
mzouikri@u-paris10.fr


INTRODUCTION


Plusieurs théories économiques se sont intéressées à la contribution
de l’innovation à la dynamique industrielle dans une perspective de
croissance économique dans le cas des pays développés. Dans ce cadre,
la théorie de la croissance endogène a mis l’accent sur la dimension locale
des externalités de connaissance (Lucas, 1987, Romer et Mankiw, 1991).
De ce fait, les rendements croissants de l’innovation sont considérés
comme une source de polarisation géographique des activités
économiques pour les uns et facteur de croissance localisée pour les
autres, et sont par conséquent à l’origine de dynamiques de croissance
localisées (Antonelli, 2003). La présence d’externalités de connaissance
est encore plus accentuée dans les modèles attribuant la croissance de la
productivité au secteur de R&D. En effet, le modèle de Romer (1986)
associe la croissance aux externalités de capital physique. D’autres
modèles introduisent un secteur spécifique dont l’activité consiste à
produire l’innovation (Aghion et Howitt, 1998). Les externalités de
connaissance seraient ainsi à l’origine des dynamiques de croissance. Leur
caractère géographiquement limité, à l’échelle des villes, des régions ou
des nations expliquerait notamment les phénomènes cumulatifs qui
conduisent à des écarts de développement entre régions ou entre pays
(Romer et Mankiw, 1991). Ainsi les stocks initiaux d’expérience par la
19 pratique, déterminent la nature initiale des avantages comparatifs et de la
spécialisation de chaque pays (Krugman, 1994).
Dans le cas spécifique des pays en développement (PED), les auteurs
ont tenté d’explorer les facteurs permettant à ces économies de rattraper
leur retard technologique dans une perspective de croissance et
d’appréhender le rôle de la capacité d’absorption nationale dans la
compétitivité d’un pays sur le plan international. Ces travaux se sont
multipliés grâce à la vague d’investissements directs étrangers (IDE)
ayant permis le transfert de technologies des pays développés vers des
pays beaucoup moins développés technologiquement (Bouoiyour et al.,
2008 ; Farkas, 2012 ; Blomtröm et al., 1999 ; Kokko, 1996). L’essor des
investissements directs étrangers qui reposait sur une mobilisation de
ressources considérables, portait l’espoir non seulement de générer des
avantages comme les emplois, les réserves de change, et les recettes
fiscales, mais aussi la réalisation d’avantages dynamiques pour l'économie
nationale à travers leurs « retombées ». Ces externalités se réfèrent
généralement à des améliorations de productivité résultant de la diffusion
des connaissances - à la fois sous la forme de transmission involontaire
ou transfert intentionnel - des filiales multinationales aux entreprises
nationales, englobant simultanément la technologie et toutes les formes
de « connaissances tacites » liées à la production, y compris la gestion et les
pratiques organisationnelles (Farole et Winkler, 2012).
Mais l’interrogation principale dans ce contexte porte sur la
contribution des IDE à la croissance économique des pays en
développement. Dans cette perspective, plusieurs études empiriques ont
exploré le rôle des flux d’investissements étrangers dans la croissance des
PED grâce aux transferts technologiques. Cependant, les résultats ne
sont pas homogènes pour différentes raisons. D’abord, la nature et
l'ampleur des retombées de productivité varient selon les pays et les
contextes (Farole et Winkler, 2012). Certaines études portent sur un pays
spécifique, ce qui fait que les résultats demeurent particuliers au contexte
local et ne peuvent être généralisés. Ensuite, les facteurs pris en compte
pour mesurer l’impact des IDE sur la croissance ne sont pas
homogénéisés. Les résultats des différents travaux empiriques peuvent
être classés en deux catégories. Selon la première, il existe une relation
linéaire et directe entre les IDE et la croissance (Haddad et Harrison,
1993 ; Blomström et al., 1999 ; Li et Lui, 2005). Cette relation est
généralement expliquée par le gap technologique entre les entreprises
étrangères et les économies locales des pays récipiendaires (Findlay,
1978 ; Haddad et Harisson, 1993). Ainsi l’implantation des entreprises
étrangères a un effet sur la croissance grâce à la diffusion des
connaissances et le transfert technologique. La deuxième catégorie établit
au contraire une relation non linéaire et non directe qui s’appuie
généralement sur le rôle de la capacité d’absorption nationale des pays
d’accueil de tirer profit ou d’étendre les effets positifs des IDE,
20 notamment sur la croissance (e.g. Borensztein et al.,1998 ; Durham,
2005 ; Girma, 2005 ; Farkas, 2012). Dans cette optique, le présent article
tente d’apporter un éclairage complémentaire aux travaux existants en
cherchant à déterminer si les IDE ont un lien positif avec la croissance et, par
extension, avec l'activité d’exportation. Le terrain d’application porte sur trois
pays en développement : l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Le choix de ces
trois pays s’explique par la proximité géographique, le stade de
développement, mais aussi par l’origine des partenaires étrangers ayant
investi dans ces économies. Pourtant, chaque pays présente des
spécificités structurelles et a suivi un modèle de développement
particulier. Sur le plan empirique et pour répondre à notre question, nous
1mobilisons des données de la Banque Mondiale et de la CNUCED , en
vue de tester principalement trois types de liens : croissance
économique - IDE, capacité d'absorption – IDE et exportations - IDE.
Le choix de ces liens repose sur l'idée selon laquelle les pays qui reçoivent
le plus d'investissements de manière stable dans le temps, développent
une capacité d'absorption de l'économie locale, laquelle contribue à leur
croissance économique. Ces liens sont explorés grâce à l’utilisation aussi
bien de techniques statistiques paramétriques que non-paramétriques. Le
cadre conceptuel peut être ainsi schématisé (cf. figure 1).


1 Conférence des Nations Unies sur le Commerce Et le Développement.
21 Figure 1. Caractérisation du lien entre IDE et croissance économique
Effets directs
accélérés par le niveau
du retard
technologiqueCroissance IDE
économique
Capacité
d'absorption
Déterminants de la capacité d'absorption:
• Ouverture sur l'extérieur
• Système financier
• Niveau du capital humain
• Distance technologique
• Cadre institutionnel
Source : Auteurs.
L’article est organisé comme suit. La première section dresse une
revue de la littérature empirique de l’effet des IDE sur la croissance
économique. La deuxième section identifie le rôle de la capacité
d’absorption du pays d’accueil des IDE. La troisième section est
consacrée à l’identification des liens dynamiques entre croissance et IDE
d’un côté, et entre IDE et capacité d’absorption, de l’autre côté.
1. LES EFFETS DES IDE SUR LA CROISSANCE
ECONOMIQUE : UNE RELATION POSITIVE ET AMBIGÜE
L'existence de retombées des IDE sur les pays d’accueil s’appuie sur
l'hypothèse selon laquelle les entreprises multinationales disposent
d’avantages technologiques et de niveaux de productivité plus élevés
(Javorcik, 2004). Blomstrom et al. (1999) constatent que l'écart de
productivité pour le cas du Mexique, par rapport aux filiales étrangères
s'était rétréci à un rythme d'autant plus rapide que l'écart de productivité
22
Effets
conditionnels était lui aussi élevé au départ. L’étude de Haddad et Harrison (1993) sur
l'industrie manufacturière au Maroc sur la période 1985-1989, montre
que la présence du capital étranger dans les industries de faible
technologie conduit à observer des niveaux élevés de productivité totale
des facteurs. Mais les retombées peuvent se diffuser dans les pays
d’accueil d’une manière horizontale (au sein de la même industrie) ou
verticale (inter secteurs) (Farole et Winkler, 2012) et peuvent par
conséquent avoir un effet positif et significatif sur la croissance.
Cependant les études empiriques montrent que le sens de la causalité
entre IDE et croissance est « ambigu » (Farkas, 2012). En effet, Kokko
(1994, 1996) pour le cas de l'économie mexicaine, suggère que les écarts
technologiques entre les firmes étrangères et locales freinent les effets
externes. Par ailleurs, Haddad et Harrison (1993) montrent que dans une
perspective dynamique, l'impact du capital étranger sur la productivité
n’est pas certain. Ils expliquent ce phénomène par le fait que les
spillovers technologiques tendent à disparaître si l’écart technologique est
important. Il s’avère ainsi que les spécificités structurelles et contextuelles
locales pourraient conditionner l’effet des spillovers des IDE dans une
perspective dynamique de long terme. Nous présentons dans ce qui suit
les deux catégories de résultats empiriques stipulant une relation directe
ou indirecte entre les IDE et la croissance des pays d’accueil, avant
d’expliciter les facteurs pris en compte dans la littérature pour mesurer
cette capacité des pays bénéficiaires à exploiter les spillovers liés aux
IDE.

1.1. Effets positifs et inconditionnels des IDE sur la croissance
économique des pays d’accueil

L’IDE peut être décrit comme un flux de capitaux, de technologie et
de savoir-faire d'un pays vers un autre pays (Nguyen et al., 2009).
Plusieurs études ont montré les bénéfices des IDE sur les pays d’accueil
notamment en termes de croissance, et ce principalement par le transfert
et la diffusion des technologies des pays technologiquement développés
vers les pays non développés en termes technologiques. Cet objectif est
réalisable en raison du gap technologique « historique » entre pays
développés et pays en développement (Findlay, 1978 ; Romer, 1990)
lequel facilite le transfert. En effet, les entreprises étrangères ont la
particularité de posséder un avantage technologique par rapport aux
entreprises locales. Les effets de cet avantage se cristallisent d’une
manière intuitive dans l’évolution des modes d’organisation, de
distribution, d’assistance et de formation des employés (Bouoiyour et al.,
2008). Ainsi, le progrès technologique est une fonction croissante du
retard technologique. Par conséquent, les IDE peuvent s’étendre à
l’ensemble de l’économie locale d’un pays et affecter la croissance selon
23 les mécanismes de diffusion appelés « spillovers » ou externalités
positives (Kokko, 1996 ; Borensztein et al., 1998 ; Blomström et al.,
1999 ; Girma et Görg, 2005 ; Fu, 2008 ; Farkas, 2012). Ces spillovers
peuvent se concrétiser selon quatre formes principales :
1. L’imitation. Les entreprises locales vont imiter les technologies
étrangères : adoption de technologies, adaptation au contexte local et
développement technologique (Khordagui et Saleh, 2013 ; Athreye et
Cantwell, 2007) ;
2. La concurrence. L’existence des IDE exerce une pression sur les
firmes locales pour développer de nouvelles technologies et les
introduire sur le marché local (Geroski, 1990 ; Khordagui, Saleh, 2013).
Même si l'entreprise nationale ne peut pas imiter la technologie et les
connaissances de l'entreprise multinationale, elle peut au moins réduire
les inefficacités au sein de ses propres processus, ou adopter de nouvelles
technologies à une vitesse plus rapide (Gorg et Greenaway, 2004) ;
3. Les liens verticaux. Cette forme se réfère à l’effet de contagion
possible à partir d'une multinationale à ses fournisseurs ou à ses clients
locaux, via l'aide à la mise en place des installations de production, la
fourniture de savoir-faire et la formation des cadres (Lim, 2001) ;
4. La formation des employés aux nouvelles technologies et leurs
qualifications (Fu, 2008 ; Kinoshita, 1998). A cet effet, la main-d'œuvre
employée par l'entreprise étrangère pourrait contribuer au transfert de la
technologie ou des connaissances lors du déplacement à une entreprise
nationale, ou à l’occasion de la création de sa propre entreprise
(Khordagui, Saleh, 2013).
En résumé, ces travaux empiriques convergent sur le fait que les IDE
présentent des avantages indéniables pour le pays d’accueil en termes
d’externalités et leurs effets sur la croissance sont directs et
inconditionnels du fait de l’existence d’un gap technologique initial entre
l’investisseur étranger et le pays d’accueil.
Cependant les canaux de diffusion de ces externalités tels qu’ils sont
décrits, suscitent un doute quant à l’effet systématique et direct des IDE.
En effet, pour pouvoir assimiler les technologies étrangères et créer une
dynamique locale intra et intersectorielle, il est nécessaire que le pays
d’accueil dispose d’un seuil minimum de qualifications et de
compétences permettant aux employés locaux de comprendre ces
technologies et les diffuser (Borensztein et al., 1998 ; Ben Abdallah et
Meddeb, 2001). D’autre part, l’existence de réformes et de mécanismes
d’incitations attractifs (fiscaux, institutionnels, éducatifs et financiers)
sont nécessaires non seulement pour attirer les capitaux étrangers en
volume et en qualité mais aussi pour étendre les externalités des IDE sur
le long terme. Ces facteurs sont défendus par les protagonistes de
l’existence d’une relation non linéaire et conditionnelle entre les IDE et
la croissance des pays en développement.
24 1.2. Effets des IDE sur la croissance : relation non-linéaire et
conditionnelle

L’existence d’un seuil minimum de facteurs structurels, institutionnels
et économiques, permettant aux IDE de contribuer à la croissance d’un
pays en développement a été soulignée dans plusieurs travaux empiriques
(Carkovic et Levine, 2002 ; Farkas, 2012 ; Ben abdallah et Meddeb,
2001 ; Krogstrup et Matar, 2005). Ces travaux insistent sur des facteurs
spécifiques tels que le niveau d'éducation de la force de travail, le niveau
de l'infrastructure, le développement institutionnel, lesquels ne
conditionnent pas forcément l’implantation des IDE mais freineraient
leurs externalités (Blomström et al., 1994 ; Li et Liu, 2005 ; Kokko,
1994). Dans ce sens, le capital humain est un facteur de localisation des
IDE provenant des entreprises multinationales (Lebas et Sierra, 2002).
C’est l’existence d’une main d’œuvre qualifiée qui permet de
comprendre, diffuser les nouvelles technologies et tirer un avantage des
technologies importées (Borensztein et al., 1998 ; Bouoiyour et al., 2008).
Fu (2008) explique que l’intensité technologique établie par les IDE dans
le pays d’accueil permettrait de bénéficier des spillovers en termes de
liens générés. Cet effet est complété par l’existence de compétences
locales et connaissances technologiques suffisantes, susceptibles de
capter les retombées des IDE (Farole et Winkler, 2012). A l’opposé,
lorsque le « gap technologique » est important, le pays d’accueil aurait du
mal à développer le capital humain et l’apprentissage nécessaire
permettant de bénéficier des effets des IDE en termes de spillovers
(Girma et Görg, 2005). Un ensemble de conditions initiales présentes
dans le pays d’accueil est alors nécessaire pour tirer profit de l’étendue
des effets des IDE dans une perspective dynamique de croissance. Cet
ensemble de facteurs constitue la capacité d’absorption d’un pays
(Farkas, 2012).


2. LA CAPACITE D’ABSORPTION DES PAYS D’ACCUEIL ET
IDE

Selon l'OCDE (2002) les IDE déclenchent des retombées
technologiques, favorisent la formation du capital humain, aident à
l'intégration du commerce international et contribuent à créer un
environnement commercial plus concurrentiel. Ils sont ainsi censés
promouvoir la croissance économique du pays d’accueil. Cela a conduit
de nombreux pays à introduire des réformes soutenant l’implantation des
IDE. Mais les effets attendus de ces derniers pourraient dépendre de la
capacité d’absorption des économies locales.

25 2.1. Définition de la capacité d’absorption nationale
Dans une optique microéconomique, la capacité d’absorption
technologique est définie comme l’aptitude d’une entreprise à identifier,
assimiler et à exploiter la connaissance à partir de son environnement
(Cohen et Levinthal, 1989). Au niveau macroéconomique, elle désigne le
degré d’assimilation ou d’intégration significative des apports de l'IDE à
l’économie du pays d'accueil (Kalotay, 2000). Il est cependant à noter que
la plupart des études empiriques traitant des déterminants de la capacité
d’absorption ont été réalisées à un niveau microéconomique. Ainsi, rares
sont les études ayant traité du rôle de la capacité d’absorption au niveau
national. Par ailleurs, lorsque les études traitent du cas de pays d’inégal
développement, la capacité d’absorption est mesurée par l’écart
technologique entre le pays hôte et le pays d'origine des IDE. L’accent
est mis dans ce cas sur la condition que le pays hôte dispose au préalable
de connaissances initiales et de capacités connexes pour bénéficier des
effets des IDE (Fu, 2008 ; Farkas, 2012 ; Khordagui, Saleh, 2013).
D’autres études ont considéré la capacité d’absorption technologique
comme étant une variable associée à l’intensité en R&D locale (Kokko et
al., 1996 ; Kinoshita, 2001 ; Barrios et Strobl, 2002). Plus récemment et
dans une perspective de développement des PED, des études empiriques
retiennent des facteurs macroéconomiques constituant les conditions
initiales du pays d’accueil permettant de comprendre la technologie
transférée, de la diffuser et d’assurer une dynamique industrielle source
de croissance (Farkas, 2012 ; Borensztein et al., 1998 ; Alfaro et al.,
2010 ; Blomström et al., 1994 ; Cardovic et Levine, 2002 ; Girma et
Görg, 2005 ; Krogstrup et Matar, 2005 ; Fu, 2007). Ces facteurs
déterminent la capacité d’absorption nationale. Etant donnée la diversité
des mesures utilisées, dans ce qui suit est présenté un panorama des
principaux facteurs considérés par les auteurs comme déterminants de la
capacité d'absorption dans un contexte d’IDE.
2.2. Les déterminants de la capacité d’absorption nationale
Plusieurs études empiriques ont exploré les déterminants de la
capacité d’absorption nationale dans le contexte des pays en
développement. Ces déterminants ne sont toutefois pas mesurés d’une
manière homogène. Sur le plan empirique, la multiplication des mesures
proposées est liée à l’absence d’indicateurs clés permettant de cerner la
capacité d’absorption. Les contributions empiriques distinguent par
conséquent cinq principaux déterminants de la capacité d’absorption
nationale, appliqués aux pays en développement :
• Le capital humain qui renvoie au niveau d’éducation de la main
d’œuvre, principal acteur responsable de la diffusion des effets des IDE à
toutes les industries. Ce facteur aurait un impact positif sur la croissance
26 en interaction avec les IDE (Blomström et Kokko, 2003 ; Girma et
Gorg, 2005). Au niveau empirique ce déterminant peut être évalué par le
nombre d’années de scolarité au niveau secondaire (CNUCED, 1999 ;
Lu et Liu, 2005 ; Bouoiyour et al., 2008 ; Krogstrup et Matar, 2005 ;
Farkas, 2012). Plus précisément, Borensztein et al. (1998, p.125)
montrent que tous les pays ayant un score de scolarité secondaire
audessus de 0.52 parmi la population masculine de plus de 25 ans
bénéficieront d’un effet positif des IDE.
• Le niveau technologique qui renvoie au retard technologique du
pays d’accueil (Krogstrup et Matar, 2005) ou encore à la distance d'une
entreprise par rapport au leader technologique de l'industrie (Girma et
Görg, 2005).
• L’environnement institutionnel (Krogstrup et Matar, 2005),
lequel peut être mesuré par un indice de régulation des affaires, la
protection de la propriété intellectuelle ou bien l’indice de corruption.
Ainsi, Durham (2004) montre qu’en prenant comme mesure de la
capacité d’absorption nationale, la capitalisation du marché boursier et la
réglementation des affaires, les IDE présentent dans la majorité des
estimations un effet positif sur la croissance.
• Le développement du système financier permet aux économies
en développement de bénéficier des effets des IDE. Ce facteur peut être
mesuré par le crédit intérieur au secteur privé fourni par le secteur
bancaire (Hermes et Lensink, 2003 ; Sadik et Bolbol, 2003 ; Farkas,
2012 ; Krogstrup et Matar, 2005).
• Le degré d’ouverture commerciale (Fu, 2007 ; Khordagui et
Saleh, 2013) aurait également un impact sur la performance des IDE en
termes de croissance.
Il est cependant à noter que d’autres études trouvent des résultats
mitigés. Ainsi, Khordagui et Saleh (2013) indiquent que l’effet des
externalités des IDE est significatif dans les pays émergents et les
économies de la région MENA (Middle East and North Africa), lorsque la
scolarisation est prise en compte comme facteur mesurant la capacité
d’absorption. L’ouverture commerciale et la qualité des institutions
semblent avoir peu d'influence sur les retombées de l'IDE. En outre, il
apparaît que les pays ayant des niveaux de scolarité plus faibles devraient
bénéficier le plus des retombées des IDE. Par ailleurs, Blomström et al.
(1994) et Li et Liu (2005), montrent que plus le niveau technologique du
pays d’accueil est bas et plus l’impact des IDE sur la croissance est faible
voire négatif. Enfin, tous ces facteurs sont difficilement mesurables et
intégrables au sein d’une même spécification économétrique (Krogstrup
et Matar, 2005). Par ailleurs, le manque de données pour certains PED
rend ardue la caractérisation des effets socio-économiques des IDE.


27 3. ETUDE EMPIRIQUE: CAS DES PAYS DU MAGHREB
3.1. Evolution des IDE à destination des pays maghrébins
Les données de la CNUCED montrent que les années 1990 ont
connu une augmentation significative des IDE dans les pays en
développement mais cette tendance à la hausse est inversée dans les
années 2000, à la suite du ralentissement économique mondial qui a
commencé en 2001. Si en termes de tendance l’évolution des IDE est
positive entre 1990 et 2009 pour les trois pays du Maghreb (cf. graphique
1, schéma de droite), les variations conjoncturelles restent marquées d’un
pays à l’autre (cf. graphique 1, schéma de gauche). L’examen des données
brutes (sans lissage), montre que la première grande période de baisse
des IDE pour l’Algérie était en 2003 (cf. graphique 1, schéma de gauche).
Leur niveau qui s’élevait en 2002 à un peu plus d’un milliard de dollars
est revenu à 638 millions en 2003, soit une diminution de 427 millions.
L’année 2002 marque le premier grand ralentissement des IDE pour le
Maroc. Ils sont passés de deux milliards et 800 millions de dollars en
2001 à seulement 480 millions de dollars en 2002, soit une baisse
d’environ deux milliards et 300 millions. La Tunisie n’a connu sa
première grande chute de l’arrivée des IDE qu’en 2007. Durant cette
année, la Tunisie a vu ses IDE reculer de deux milliards et 700 millions
de dollars par rapport à l’année précédente, à savoir le passage de trois
milliards et 300 millions à seulement un milliard et 600 millions de
dollars. Sur le reste de la période, la Tunisie a enregistré une
augmentation des entrées des IDE en 2008 mais sans atteindre le pic de
2006, puis une diminution les trois années suivantes. Cette situation est
liée à deux principaux évènements : le premier est la crise financière
ayant eu pour conséquence la baisse des investissements étrangers en
Tunisie en faveur des pays à main d’œuvre plus compétitive. Le
deuxième évènement est la révolution du jasmin vers la fin de l’année
2010-début de l’année 2011. Cet évènement a impacté négativement la
stabilité politique et sociale et a produit par conséquent la chute des
investissements en direction de la Tunisie. Pour le Maroc on remarque
une évolution en forme de scie entre 2002 et 2012. En ce qui concerne
l’Algérie, les IDE ont connu une évolution très favorable après 2003
avant d’enregistrer une baisse en 2010 et une chute plus sensible encore
en 2012 (cf. graphique 1, schéma de gauche).
28
Graphique 1. Evolution des flux entrants des IDE en millions de dollars
courants dans les pays du Maghreb sur la période 1980-2012 (schéma de
gauche) et lissage par moyenne mobile (schéma de droite)


Source : CNUCED et lissage par moyenne mobile (3 1 3) par les auteurs

Pour expliquer ces évolutions, mentionnons tout d’abord que les
accords de Barcelone de 1995 ont eu un effet positif sur le décollage des
IDE les années suivantes. Par ailleurs, la Tunisie et le Maroc avaient
entrepris des réformes économiques, intégré le processus de
libéralisation des échanges, et révisé leur régime financier pour le rendre
incitatif et répondre ainsi aux exigences des accords de libre-échange. Il
est à noter que l’un des effets de la libéralisation des échanges réside dans
la modification de la structure de production des pays émergents qui, par
conséquent, impacte la valorisation des spécialisations locales au niveau
de leur nature et de leur contenu technologique. Dans ce sens, les
2travaux du CEPII (2003) portant sur les liens entre ouverture
commerciale et croissance, montrent que les divergences de croissance
de ces pays s’expliquent par des spécialisations différentes. Ces mêmes
travaux montrent également que ces spécialisations reposent sur la
capacité d’un pays à assimiler les technologies importées. La nature et la
convergence des spécialisations de ces pays reposent non seulement sur
la structure des produits échangés, notamment les produits à fort
contenu technologique et ceux ayant un niveau de qualité reconnu
(Grosman et Helpmann, 1991), mais aussi sur la volonté de se
positionner sur des secteurs technologiques où la demande internationale
est forte (Villa, 1997).
Le Maroc et la Tunisie ont par ailleurs entamé un processus de
privatisation. En Tunisie les privatisations se sont sensiblement

2 Citons à titre d’exemple les travaux de Lemoine, F. et Ünal-Kesenci, D. (2003).
« Insertion internationale et transfert de technologies: le cas comparés de la Turquie, de
l'Inde et de la Chine », Revue Région et Développement, no 17 et Bchir, H., Fontagné, L. et
Zanghieri, P. (2003). « The impact of EU enlargement
on member states: a CGE approach, CEPII Working Paper, no 2003-10
29

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