//img.uscri.be/pth/544385cc6dfef90b92f6119e305814120d4fe119
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 19,13 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'économie économe

De
303 pages
Crise sociale et crise écologique sont liées, selon Jean-Marie Harribey, parce que sans l'exploitation de la nature, celle du travail n'aurait pas eu de support matériel, et sans l'exploitation du travail, celle de la nature n'aurait pu s'enclencher et se généraliser. La crise du développement est analysée et l'imposture qui consiste à croire qu'une croissance économique infinie serait possible est critiquée. Il explore la voie d'une économie économe des ressources naturelles et du travail humain. Tâche difficile ? Oui parce qu'il s'agit de transformer les rapports sociaux et l'imaginaire que la société marchande a imposé à tous.
Voir plus Voir moins

L'économie économe
Le développement soutenable par la réduction du temps de travail

Collection Logiques Economiques dirigée par Gérard Duthil
DUMEZ Hervé et JEUNEMAITRE Alain, Diriger l'économie: l'Etat des prix en France (1936-1986). DU TERTRE Christian, Technologie, flexibilité, emploi: une approche

sectorielledupost-taylorisme.

.

DUTHIL Gérard, Les entreprises face à l'encadrement du crédit" DUTHIL Gérard, Les politiques salariales en France, 1960-1992. GROU Pierre, Les multinationales socialistes. GUILHON Bernard, Les dimensions actuelles du phénomène technologique. JANY-CATRICE Florence, Les services aux entreprises dans la problématique du développement. JULIEN P.-A., LEO P. -Y., PHILIPPE J. (eds), PME et grands marchés. PME québécoises et françaises face à l'ALENA et au Marché unique. LE BOLLOC'H-PUGES Chantal, La politique industrielle française dans l'électronique. MAHIEU François-Régis, Les fondements de la crise économique en Afrique. MARCO Luc, La montée des faillites en France. MAYOUKOU Célestin, Le système des tontines en Afrique. . Un système

bancaire informel.

MIGNOT-LEFEBVRE Yvonne, LEFEBVRE Michel, La société combinatoire. Réseaux et pouvoir dans une économie en mutation. PINARDON François, La rentabilité, une affaire de points de vue. VATIN François, L'industrie du lait. Essai d'histoire économique. WILLARD Claude-Jacques, Aspects actuels de l'économie quantitative. ZARIFIAN Philippe, PALLOIX Christian, La société post-économique : esquisse d'une société alternative. ZARIFIAN Philippe, La nouvelle productivité. WILMOTS A., Crises et turbulences du commerce international ABDELMALKI Lahsen, COURLET Claude, Les nouvelles logiques du développement. PALLOIX Christian, Société et économie ou les marchands et l'industrie. GALAND Gabriel,GRANDJEAN Alain, La monnaie dévoilée KEYNES John MAYNARD, Comment payer la guerre. REIMAT Anne, Des retraites et l'économie. BECART Alain, Intégration et développement. (Ç)L'Harmattan, ISBN: 1997 2-7384-6079-8

Logiques économiques

Jean-Marie

Harribey

L'économie économe
Le développement soutenable par la réduction du temps de travail

Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

à M., A., D., F., C. et J.

Avaut-propos

Cet ouvrage est issu d'une thèse de doctorat de sciences économiques soutenue à l'Université de Paris I-PanthéonSorbonne le 30 septembre 1996, intitulée «Développement soutenable et réduction de travail, A.\nalyse critique appliquée au cas de la France ». Elle fut dirigée par le Professeur Serge Latouche de l'Université Paris XI que nous remercions encore pour son aide précieuse. Nous avons repris ici l'essentiel de ce travail en laissant de côté les développements les plus techniques que le lecteur intéressé pourra retrouver dans le texte intégral avec une bibliographie plus complète.

Introduction
« Etant donné l'intensité et la productivité du travail, le temps que la société doit consacrer à la production matérielle est d'autant plus court, et le temps disponible pour le libre épanouissement des individus d'autant plus grand que le travail est distribué plus également entre tous les membres de la société. et qu'une couche sociale a moins le pouvoir de se décharger sur une autre de cette nécessité imposée par la nature. » « L'économie vraie, l'épargne. consiste à économiser du temps de travail. » Karl Marx [1965, p. 1023 et 1968, p. 310]

La rupture intervenue au début de la décennie 1970 aura eu le mérite de disqualifier les analyses d'une croissance économique prétendument infinie et de faire une place à des interrogations sur les finalités et les contraintes du développement, considéré jusqu'alors comme le seul vecteur du progrès humain. _Cetterupture qui a ouvert une phase de croissance très ralentie dans les vieux pays industriels, comparativement à la phase précédente de l'après-guerre, ne peut être analysée comme une simple crise économique traditionnelle. Il y a eu certes, pour une part, une crise de suraccumulation et de rentabilité du capital dans la mesure où les formes de régulation et de gestion de la force de travail sont devenues progressivement moins efficaces. Mais la crise est aussi le produit d'un modèle de développement qui conduit dans une voie sans issue parce qu'il menace les mécanismes régulateurs conditionnant la survie de la planète. Il ne s'agit plus d'une crise économique mais d'une. crise sociale dans le sens de sociétale parce que les rapports de production trouvent leurs limites dans des rapports de répartition devenus insoutenables: insoutenable répartition des richesses produites, insoutenable répartition du temps au travers de l'affectation des gains de productivité, insoutenable répartition des ressources naturelles entre les générations. Le modèle de développement, tout particulièrement depuis la seconde guerre mondiale, était fondé sur l'affectation de la majeure partie des gains de productivité à des fins d'augmentation de la production et sur la croissance de la consommation essentiellement marchande de biens et de services, en vertu d'une équation simple: plus = "lieux. Ce développement est entré dans une impasse caractérisée par l'exclusion humaine et sociale et par la dégradation écologique dont voici les principales manifestations: - L'impossibilité d'endiguer la montée du chômage et la précarisation qui frappe plusieurs dizaines de millions d'individus au sein même des pays développés. - La concentration des richesses et des revenus dans le monde: au cours des trois dernières décennies, la part des 20% les plus riches est passée de 70 à 85% du produit mondial et celle des 20% les plus pauvres de 2,3 à 1,1%. - La déculturation de masse: parallèlement à l'instauration de la rareté matérielle qui fait miroiter 1'1bondance à des milliards a d'êtres humains, sont peu à peu détruites les racines culturelles dans lesquelles ils puisaient le sens de leur existence et trouvaient leur dignité. Il

des menaces pesant sur l'environnement, évaluée encore avec plus ou moins de certitude, provenant de la pollutiQn, de l'effet de serre, de prélèvements abusifs sur les ressources naturelles, des atteintes à la biodiversité animale et végétale. Ces dangers trouvent historiquement leur première origine dans l'industrialisation depuis deux siècles des pays aujourd'hui développés, et ils ne pourraient que s'aggraver si ces pays devaient poursuivre leur croissance selon le même modèle et si les pays du tiers-monde devaient les imiter, d'autant plus que ces derniers connaissent souvent une croissance démographique encore forte. L'inventaire des impasses desquelles le monde éprouve des difficultés à sortir nous amène à interpeller les définitions traditionnelles du développement et à définir la crise du développement. François Perroux [1991, p. 191]1 écrivait: «Le développement est la combinaison des changements mentaux et sociaux d'une population qui la rendent apte à faire croître, cumulativement et durablement, son produit réel global.» Le développement ne pouvait être que celui «de tout l'homme et de tous les hommes» [Perroux, 1981, p. 32]. Or, les critères définissant le développement, que les théoriciens considéraient comme indissociables, apparaissent aujourd ~hui éclatés. Le développement économique a vu la productivité du travail s'accroître selon un processus cumulatif mais il n'a jamais été celui de tout l 'homme pour tous les hommes. Nous définirons alors la crise du développelnent comme la rupture entre un processus d'accumulation et l'ensemble des procédures de régulation des rapports sociaux et des rapports entre ['honzme et la nature instrulnentalisée. La crise du développement englobe et dépasse une crise du capitalisme. Cette dernière est une interruption de la valorisation du capital liée à la difficulté de produire et réaliser de la plus-value mais sans que soit remise en cause l'adhésion aux valeurs du progrès matériel. La crise du développement se produit parce que les conditions matérielles, sociales et culturelles du développement ne sont plus garanties et parce que la tentative de les réunir de nouveau à tout prix pour perpétuer le même développement aurait peut-être des conséquences encore plus graves. L'ampleur et la persistance de cette crise témoignent de la difficulté à trouver de nouvelles formes de régulation, rappelant ainsi qu'un développement sans finalité humaine serait vide de sens (1). Face à cette crise, le renouveau de la réflexion théorique est indispensable (2).
1. Les dates entre crochets renvoient à la bibliographie en fin d'ouvrage.

- L accentuation
~

12

1. Quel développement?
Le concept de développement durable ou soutenable1, est une tentative de réponse à cette crise à la fois socio-économique et écologique, depuis que le Rapport Brundtland [Commission mondiale sur l'environnement et le développement, 1987, p. 51] en a proposé la définition: «Le développement soutenable est un développement qui -répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.» D'emblée, la double question de l'équité intra et intergénérationnelle est posée. Le développement soutenable, selon ses concepteurs, s'inscrit dans le temps et suppose la poursuite d'une croissance économique, considérée comme condition nécessaire q uoiq u' insuffisante, qui permette un meilleur partage des richesses. La soutenabilité est en outre conditionnée par une maîtrise de la démographie et par le respect des écosystèmes appréciés uniquement en tant que potentiel productif. Or, ces principes sont controversés car ils soulèvent des interrogations majeures. La première limite du concept de développement durable tient à l'ambiguïté sur ce qui doit être durable. Est-ce le modèle de développement qui dure déjà depuis deux siècles? Dans ce cas, la profondeur de sa crise conduit à n'en plus souhaiter sa poursuite. Est-ce un modèle de développement, qui prendrait en compte à l'avenir la promotion de tous les êtres humains et le respect de l'environnement? Dans ce cas, le développement humain dur"ble, dont la responsabilité de la mise en oeuvre incombe en premier lieu aux pays industrialisés, devrait se fonder sur le renoncement à la croissance économique illimitée au sein de ces pays pour affecter les gains de productivité, lorsqu'ils sont eux-mêmes obtenus sans porter atteinte à l'environnement naturel, en priorité à l'amélioration de la qualité de la vie dont la diminution du temps de travail pourrait constituer un aspect fondamental. Les enjeux de ce débat sont théoriques et politiques. Ils sont théoriques parce qu'ils donnent lieu dès l'abord à deux approches largement étrangères l'une à l'autre. La première est celle de l'économie de l'environnement qui est aujourd'hui une branche de l'économie en pleine extension depuis que fut reconnu le risque d'épuisement des ressources naturelles. Elle tente d' inté grer l'environnement dans le modèle d'équilibre général néo-classique
1. Résultat incertain de la traduction de sustainable development. Le tenne de viable est parfois employé [Vaillancourt, 1995] mais l'usage ne l'a pas encore retenu.

13

et propose une méthode de gestion des ressources naturelles consistant à intemaliser les.effets externes, soit par une tarification incitant à prendre des mesures de protection, soit par la mise sur le marché de droits à polluer. Mals nous verrons que cette approche pose de graves problèmes logiques et méthodologiques. La seconde démarche est celle de l'économie dans l'environnement qui replace l'économie dans la biosphère. Sa méthode est née de l'approche systémique et des principes de la thermodynamique: celui de conservation de l'énergie et celui d'entropie, ce dernier ne conduisant pas nécessairement à la destruction mais à des phénomènes de destruction-créationcomplexification. Dans ce cadre, la préservation des ressources se fonde sur des critères physiques et non pas monétaires car les mécanismes biologiques ne relèvent pas du marché. Les enjeux de ce débat sont également politiques car le concept de développement durable et la stratégie du même nom peuvent aboutir à des choix radicalement opposés. D'un côté, la logique de l'économie de l'environnement conduit à promouvoir sans cesse la création d'activités économiques nouvelles de réparation des dégâts causés à l'homme et à l'environnement, notamment sous le prétexte fallacieux que l'écologie crée des emplois. Ainsi, le développement durable devient le support d'une nouvelle impulsion donnée à la logique du profit et du productivisme en restant soumis au libéralisme et aux règles internationales du libre-échange. D'un autre côté, la logique de l'homme ou, selon l'heureuse formule de René Passet [1996], la logique du vivant conduit à subordonner les prétendus impératifs économiques à la vie de l'espèce humaine et des autres espèces et à favoriser toute entreprise de désaliénation de l'être humain. Théorie et politique sont à ce point liées que le chercheur et le citoyen du monde sont en droit de se demander comme Jean Chesneaux : «La notion de développement durable ne vise-t-elle, en dernière analyse, qu'à sauvegarder un "développement" seulement aménagé par la prise en considération de nouveaux paramètres écologiques? Ou, au contraire, la priorité désormais accordée à nos responsabilités tant envers l'environnement qu'envers les générations futures conduit-elle à remettre en cause le principe même de ce développement si souvent présenté comme une fin en soi? »1 En allant plus loin, doit-on considérer comme Serge Latouche [1994] que le développement durable est le «dernier avatar du développement» ou bien encore un «concept alibi»? Cela est sans aucun doute vrai si l'on assimile le développement durable à la
1. J. Chesneaux, 1993. «Quel développement? », Le Monde diplomatique, novembre

14

vision réductrice de l'économie de l'environnement vers laquelle cherchent à l'entraîner les principaux protagonistes de ce débat, au premier rang desquels figurent les responsables des grandes entreprises ainsi que les grandes instances internationales soutenues par la plupart des économistes de l'environnement. Mais la discussion théorique et les choix politiques ne sont peut-être pas réglés. En ce cas, il n'y aurait, à notre sens, pas lieu d'abandonner déjà aux tenants de cette vision le terme de développement durable ni celui de développement, sauf à considérer que toute forme de développement est à proscrire parce que le développement ne pourrait être autre que ce qu'il a été, le développenzent réellelnent existant, disqualifiant pour toujours tout développement. Nous n'avons pas adopté ce dernier point de vue parce qu'il nous paraît comporter deux risques. D'abord, celui de considérer comme inéluctable le destin de l'humanité: à cet égard, le «sens de l'histoire» et la «fin de l'histoire» se rejoignent. Ensuite, .celui de dire, en tant que chercheur et citoyen de pays développé ayant goûté aux délices de l'amélioration du niveau de vie matériel, à l'adresse des immenses populations du tiers-monde vivant encore dans le dénuement le plus extrême: «surtout, n'attendez rien de l'augmentation de la production et de la consommation ». Kous avons donc fait le choix d'explorer les formes que pourrait prendre un développement qualitatif. Il apparaît que le développement durable n'a de sens qu'accompagné de la remise en cause du développement existant lui-même, c'est-à-dire de la remise en cause des conditions qui l'ont fait devenir nécessaire. Dans le cas contraire, il serait alors le moyen de survie de ce développement existant qui s'est révélé dévastateur.

2. Quelle recherche

théorique?

Notre point de départ est que les conditions de réalisation des gains de productivité et les conditions de leur répartition contribuent à l'exacerbation des contradictions du monde et ne sont donc pas indifférentes aux (dés)équilibres sociaux et naturels.

2.1.

Les contradictions

à surmonter

La volonté de poursuivre le développement exacerbe les contradictions entre les forces sociales et nationales pour lesquelles il représente toujours un enjeu matériel, politique et symbolique. Peut-on entrevoir le dépassement de ces contradictions? des marchés est apparu

- L'affrontement

entre puissances

capitalistes

pour

le partage

sans voile au sein des négociations

du

15

GATT et contribue à écarter toutes les préoccupations humaines et environnementales dont la Conférence de. Rio avait affirmé l'importance. La cristallisation des désaccords. autour de l'agriculture illustre parfaitement le choix de s'engager dans une guerre commerciale (en faisant le pari qu'on la gagnera et que le voisin la perdra) sans jamais remettre en cause le productivisme de l'agriculture intensive. - L'accumulation du capital étant incapable d'intégrer le progrès technique autrement que par la mise à l'écart d'une fraction de plus en plus grande des populations actives, l'impasse des théories et des politiques traditionnelles pour expliquer et endiguer la montée du chômage n'est plus niée, même par les économistes les plus attachés à celles-ci. Toutefois, -les contradictions théoriques et politiques ne sont pas résolues pour autant puisque, d'un côté, la croissance économique est désormais réputée ne pouvoir créer que peu d'emplois, mais, de l'autre, cette même croissance continue d'être espérée. Le paradoxe est tel qu'il ne peut pas ne pas être perçu par ses auteurs et le fait qu'il soit donc assumé par ces derniers suggère l'interprétation suivante: la croissance de l'économie est souhaitée moins parce qu'elle est susceptible de créer des emplois que parce qu'elle engendre des profits capitalistes et qu'elle permet d'éviter largement la question des profondes inégalités de la répartition des richesses produites en concentrant 1.attention sur la simple répartition du supplément périodique, les célèbres et mythiques « fruits de la croissance ». - La nécessité de poser le problème de l'emploi dans les pays développés en dehors du paradigme de la croissance, c'est-à-dire en termes d'utilisation des gains de productivité non plus à des fins d'augmentation de la production, mais à celles de diminution du temps de travail, constitue la voie de recherche privilégiée d'une stratégie de développement humain durable au sein de ces pays. La question, encore tabou il y a quelques années à peine, obtient aujourd. hui droit de cité.1 - L'impossibilité de séparer la question du partage du travail de celle du partage des revenus montre qu'il s'agit là d'une question sociale et non pas économique. Il y a moins de problèmes techniques à résoudre que de rapports sociaux à faire évoluer.
1 . Elle est même évoquée par un prix "Nobel" d'économie, James Meade [1996, p. 14] qui écrit: « Il y a déjà dans notre société une grande surabondance, une forte pollution, et une utilisation excessive des ressources naturelles. Ces tensions vont augmenter de plus d'un tiers dans les dix. ans à venir. (...) Il faut s'intéresser davantage à la répartition des revenus et moins au volume et au taux de croissance de la production. L'une des solutions possibles consisterait à utiliser les gains de producti vité découlant de la hausse de la production par unité de main d'oeuvre pour réduire la durée du tfa v ai I. » 16

- La transformation des pratiques quotidiennes de consommation dans les pays développés que suppose un développement durable de tous les hommes implique l'acceptation des interrogations de 1'«éthique du renoncement» [Jonas, 1990] et la réhabilitation de la notion de « suffisant» [Gorz, 1988]. Ainsi, la préservation des écosystèmes, l'accès plus facile des plus pauvres aux ressources de la planète, le moindre gaspillage des plus riches, le choix d'un développement qualitatif et la libération partielle et progressive du travail aliéné sont-ils intimement liés.
2.2. La problématique productivité de l'utilisation des gains de

Depuis le début de l'histoire du développement industriel jusqu'à nos jours, parmi les quatre éléments liés par la relation productivité = production / (emploi x durée du travail), la production et la productivité ont été considérées comme des finalités immédiates au service d'une finalité ultime (la rentabilité du capital), le temps de travail et l'emploi, alternativement, comme des contraintes presque immuables sauf à très long terme ou bien comme des variables régulatrices d'ajustement. Dans une perspective d'amélioration essentiellement qualitative, le développement durable pourrait se définir comme une stratégie d'inversion des variables d'ajustement et de régulation sociale: la croissance faible de la production deviendrait la contrainte, non plus subie mais acceptée compte tenu de la raréfaction des ressources naturelles, la productivité deviendrait le moyen d'atteindre les nouveaux objectifs que sont l'emploi et le temps de travail, ce dernier pouvant être à la fois un objectif et un moyen. Cette inversion soulève immédiatement la question de la probable incompatibilité de la soutenabilité et de la logique de l'accumulation du capital, celle-ci étant gouvernée par le critère du profit qu'un peu plus de social et d'écologie ne suffirait pas à infléchir. 2.2.1. Une proposition théorique concernant la valeur

Pour reproduire et étendre sa domination, et, de plus, la faire apparaître comme légitime, le capital a besoin d'évacuer du chalnp des représentations du réel le point de départ et le coeur du système productif: le travail humain. La logique de la théorie économique dominante s'attache donc à nier le travail comme fondement de la valeur et à nier même la nécessité et l'utilité d'une théorie de la valeur, alors que le processus de développement capitaliste consiste à généraliser l'emprise de la marchandise et de

17

la valeur d'échange et à soumettre progressivement la totalité des forces de travail au régime du salariat. La double contradiction de l'idéologie se situe à cet endroit: premièrement, le travail fut présenté comme le facteur principal, sinon exclusif, de socialisation dans les sociétés modernes, tout en étant nié en tant que seul facteur productif au sens propre; deuxièmement, c'est au moment même où un nombre croissant d'individus sont exclus de toute possibilité d'insertion sociale et où apparaissent les dangers de la non prise en compte du « patrimoine» naturel que resurgit le problème de la valeur, autant sous sa forme économique que sous sa forme éthique. L'analyse critique du concept et des projets de développement durable est l'occasion d'interpeller l'économie prétendument scientifique. Celle-ci, après un siècle de néo-classicisme, a évacué toute théorie de la valeur qui pourtant est au centre de deux questions concernant le développement durable: - L'attribution d'une valeur aux biens environnementaux qu'il s'agit de protéger peut-elle se faire dans le cadre du corps théorique néo-classique? - La mesure des gains de productivité, strictement inverse de la baisse de la valeur des marchandises, est-elle autre chose que la mesure de la réduction progressive des besoins en travail dans le processus de production? D'une part, la théorie économique a exclu du champ du calcul économique les éléments du patrimoine naturel réputés sans valeur car inépuisables. D'autre part, le développement économique conduit à l'exclusion progressive du travail vivant du processus de production, ce qui se traduit par une augmentation de la productivité du travail et dOllC par une baisse des coûts de

production et de la valeur des marchandises.

.

Cette double exclusion conduit d'un côté au gaspillage et à la détérioration des ressources naturelles et de l'environnement, et d'un autre côté à un gâchis humain et social dans la mesure où des populations entières et de plus en plus nombreuses sont rejetées à l'écart du monde de l'économie, tant dans les pays pauvres que dans les pays riches. Il y avait les « superflus et les surnuméraires» [~larx, 1965, p. 1146], les « damnés de la terre» [Fanon, 1969], il Y a désormais les bannis de la société ou encore les «inutiles au monde» [Castel, 1995, p. 16, 90, 386]. Sur le plan théorique, une stratégie de développement humain véritable et durable se fonde donc sur une remise en cause de la rationalité économique traditionnelle. Sur le plan pratique, une telle stratégie pourrait consister, dans les pays développés, à abandonner 19 espoir d'une croissance perpétuelle de la production et de la consommation marchandes, recherchée jusqu'ici parce qu'elle permet d'élargir constamment le champ potentiel de 18

réalisation de prQfits, gage de rationalité et d'efficacité, et à poursuivre la diminution de l'implication du travail humain dans le processus de production, à condition que cette diminution soit plus également partagée en même temps que les r~venus, puisque seule la réduction des inégalités peut permett~e de financer les créations d'emplois sans que celles-ci reposent sur les plus bas revenus, et à condition également que l'économie du travail n'entre pas en contradiction avec celle de la nature. L'augmentation du temps libéré pourrait être, par le biais d'activités autonomes non nécessairement marchandes, une voie de transformation de l'imaginaire des individus susceptible de faire évoluer les pratiques quotidiennes et le mode de consommation dévastateur qu'elles supposent et qu'elles fondent. La diminution du temps de travail et l'augmentation du temps libéré ne constituent pas seulement une réponse possible à la montée du chômage. Elle sont une manière de frayer la voie à une autre logique que celle du capital et de son accumulation, tout en étant amorcées par celle-ci. L'humanisation du travail salarié s'avérant difficile sinon impossible parce que la division croissante du travail dans la société moderne capitaliste a vidé ce travail de tout sens, la désaliénation ne peut se construire que par la prise de possession individuelle et collective du temps. Cependant, la proposition que nous allons présenter et discuter ne signifie pas qu'au mirage et à l'illusion du développement économique infini on pourrait substituer une nouvelle utopie de la réduction illimitée du temps de travail des hommes qui tendrait ainsi vers zéro. Il y a des limites sociales et écologiques au développement; il y en a aussi à l'automatisation des processus de production. La perspective du développement soutenable ou durable prend un sens si celui-ci est conçu comme une économie, au sens premier du terme, des ressources rares et du travail humain. Economiser les premières, c'est donner du temps à la biosphère, économiser le second, c'est donner du temps à l' homme. 2.2.2. Une proposition de critique sociale théorique à replacer dans une perspective

La domination du mode de production capitaliste ayant pour corollaires la subordination à l'économie de tous les autres aspects de la vie sociale et la subordination aux catégories économiques de tous les outils d'analyse, il est possible de renouer avec les fondements de la critique de l'économie politique de rvIarx : le travail comme point de départ de la valeur et comme point ultime de l'activité humaine. Peut-être sera-t-il possible de montrer que tvIarx reste l'un des penseurs les plus utiles pour comprendre le processus qui conduit le rapport social qu'il appelle capital à 19

rendre le travail abstrait et pour permettre la subversion de ce travail. Il apparaît cependant alors un paradoxe qui tient au fait que la loi de la valeur, catégorie de l'économie marchande, soit l'instrument de régulation de l'activité économique et qu'en même temps elle puisse être l'instrument de mesure d'un développement véritablement humain largement contradictoire avec le cadre de l'économie marchande. Ce paradoxe peut aussi être exprimé d'une autre façon: la crise du modèle de développement est une crise de la valeur, en tant que phénomène social, mais la loi de la valeur, en tant qu'expression du développement de l'économie, c'est-à-dire de l'accumulation du capital, ne cesse pas de se manifester. Inexorablement, la loi de la valeur capitaliste conduit à la rationalisation des processus de production et à une forme d'économie de travail par l'exclusion de celui qui ne peut valoriser le capital. Economie de travail signifie alors gâchis humain symétrique du gaspillage de la nature. Mais, à condition que la diminution du travail nécessaire à la production se répercute dans la vie de chaque individu de telle sorte que emplois et revenus soient partagés le plus équitablement possible, et à condition que les prélèvements sur les ressources naturelles soient toujours inférieurs aux capacités de renouvellement, l'économie réalisée peut être traduite par ce que nous appellerons la loi de la valeur soutenable: la valeur économique diminue au fur et à mesure que l'économie du travail et celle de la nature prennent le pas sur leur gaspillage. C~est dire que l'économie économe ne peut plus être une économie capitaliste. Nous suivrons trois étapes. Dans une première partie, nous essaierons de montrer que le concept de développement soutenable ou durable est né de la crise du développement et de celle de la théorie de ce développement; cependant, la critique contenue dans la notion de soutenabilité n'est pas allée jusqu'à remettre en cause le développement lui-même. Dans une seconde partie, nous examinerons l'alternati ve devant laquelle est placée la problématique du développement soutenable durablement: entre la poursuite du développement tel qu'il a existé jusqu'ici et la rupture avec celui-ci. Dans le premier cas, le développement durable n'offre qu'une portée très limitée, dans le second cas, il ouvre une perspective nouvelle. Enfin, dans une troisième partie, nous tenterons de montrer les liens qui peuvent être établis entre une réduction du temps de travail et une rupture avec la problématique de la croissance productiviste, cette dernière étant incompatible avec la promotion de tous les êtres humains et la préservation des écosystèmes vivants, vis-à-vis desquels le respect des principes de responsabilité, de solidarité et d'économie (au

sens d ' écononziser) est nécessaire.
20

Première partie La remise en cause du développement

Le concept de développement soutenable ou durable s'affirme de manière critique vis-à-vis du phénomène de développement économique, et aussi vis-à-vis du corps de théorie et de doctrine du développement. Cette ambition ne peut être comprise et appréciée qu'en replaçant la perspective de développement soutenable dans le contexte de crise du développement marquant la fin du ~Xo siècle et en analysant les rapports entre les deux concepts, développement et développement soutenable. Trop souvent, l"analyse économique, à travers le paradigme de l'individualisme méthodologique et le principe de rationalité, est coupée de toute analyse sociologique, ou, pire, a la prétention d'annexer celle-ci. Une légitime ambition scientifique exige de sortir des cadres de pensée aujourd"hui défaillants et d'adopter une démarche pluridisciplinaire. Il nous faudra analyser la crise du développement et dresser la critique de celui-ci à la fois dans ses formes concrètes, marquées par le maintien de la pauvreté sur toute la planète et un déséquili bre écologique croissant (Chapitre 1), et dans sa conceptualisation à visée tant explicative que normative (Chapitre 2).

Chapitre

1

La crise du développement

La plupart des travaux historiques s'accordent pour reconnaître que le développement est un phénomène récent dans l'histoire humaine [Bairoch, 1997]. Jusqu'à la veille de la révolution industrielle, le niveau de vie matériel par personne s'est peu élevé et les écarts de richesse entre peuples du monde entier sont restés très limités. Ce n'est qu'à partir du XVIIIo siècle que certains d'entre eux vont enregistrer des bouleversements sociaux et techniques, profonds et rapides, marquant l'espérance de vie, la proportion de la population active dans l'agriculture, celle de la population rurale par rapport à celle de la population -urbaine, la production et la
consommation par tête. Aujourd'hui, il n'est plus certain que le développement soit un remède au sous-développement ou aux dégâts du... développement. Nous avons défini sa crise comme la rupture entre un processus d'accumulation et l'ensemble des procédures de régulation des rapports sociaux et des rapports entre l'homme et la nature instrumentalisée. Cette crise atteint le développement dans son projet, dans la mise en oeuvre de sa stratégie et dans sa théorisation. Chacun de ces aspects renforce l'autre. Le développement économique conduit dans le cadre des rapports sociaux capitalistes a eu tendance à constituer une économie-monde mais sans que celle-ci engendre une quelconque cohésion. Les disparités de niveau de vie s'aggravent entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres, et le phénomène de paupérisation touche également à l'intérieur des pays riches de plus en plus de personnes. La dislocation des pays de l'Europe de l'Est peut être considérée comme le résultat d'un échec d'une variante du modèle de développement. Sur toute la planète, les cohésions sociales se trouvent donc menacées. Quelles que soient les variantes qu'il a connues, le développement est aujourd'hui en crise. Cette crise présente deux aspects indissociables: d'une part, elle atteint l' homme ( 1) et, d'autre part, l'écologie, c'est-à-dire le rapport de l' homme à son environnement (2).

1. La crise du développement

atteint

l'homme

On ne peut mettre sur le même plan les dégâts du développement qui atteignent les populations des pays pauvres et ceux dont soufrent les populations des pays riches, mais il est possible d'y voir deux éléments communs: d'une part, l'impossible éradication de la pauvreté et, d'autre part, l'uniformisation et l'exclusion comme produits de la marchandisation. 27

1.1. L'impossible

éradication

de la pauvreté

L'élimination de la pauvreté ou du moins sa réduction significative n'ont pas été réalisées, principalement au sein des pays pauvres et secondairement au sein des pays riches. Globalement, la fracture entre pays riches et pays pauvres s'est approfondie puisque, sur le long terme, les écarts de développement sont un « fossé qui devient un gouffre» [Bairoch, 1997, tome III, p. 1036]. 1.1.1. Dans les pays pauvres. S'il faut abandonner une vision du capitalisme mondial surdéterminante dans laquelle le sous-développement ne puisse que se développer dans tous les espaces du tiers-monde, force est de constater tout de même que bon nombre d'entre eux voient leur niveau de vie stagner, voire reculer. Dans les pays dits en développement, 1,3 milliard d'individus disposent d'un revenu monétaire de moins de 1 $ par jour; parmi eux, 950 millions vivent en Asie et dans le Pacifique, 220 millions en Afrique subsaharienne et 110 millions en Amérique latine et aux Caraïbes [PNUD, 1997, p. 2]. Ces populations représentent environ un tiers de la population totale de ces pays. La principale conséquence de la pauvreté est la persistance de la sousalimentation et de la malnutrition. Les grandes famines d autrefois
~

ont laissé la place à la faim chronique. La production alimentaire mondiale est suffisante mais elle est inadaptée et mal répartie. Sur

tous les continents sauf I Afrique noire, la production céréalière par
habitant a progressé au cours des trente dernières années. ?vlais cet accroissement marque la suprématie des céréales modernes, objets de tous les soins et de la recherche, essentiellement le blé tendre et le maïs, au détriment des céréales traditionnelles, telles que le mil, le sorgho, le manioc. Il en résulte un maintien de l'insécurité alimentaire, forme la plus violente de l'exclusion, pour environ 800 millions de personnes dans le monde en 1995 vivant pour la plupart en Asie et en Afrique [FAG, 1995]. L~Indicateur de Développement Humain et l'Indicateur de la Pauvreté Humaine élaborés par le PNUD pour rendre compte des aspects qualitatifs du développement confirment assez largement le diagnostic: 507 millions de personnes devraient mourir avant d'atteindre I âge de 40 ans, 1,2 milliard n'ont pas accès à l' ea u
~

~

potable, 842 millions sont analphabètes et 158 millions d'enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition [PNUD, 1997, p. 29]. Les jugements les plus contradictoires se rencontrent au sujet de l'évolution de la pauvreté. D'un côté, l'ONU croit déceler un recul spectaculaire de la pauvreté dans le monde depuis le début du XXo siècle: davantage au cours des 50 dernières années que pendant les
28

cinq siècles précédents. Pourtant, les 20% d'individus les plus pauvres ne possèdent que 1,1% du revenu mondial. alors qu'ils en avaient 1,4% en 1991 et 2,3% en 1960. Au cours des trente dernières années, la part des 20% les plus riches est passée de 70 à 85% du produit mondial. Il s'ensuit que l'écart entre les quintiles extrêmes était de 1 à 30 en 1960 et de 1 à 78 en 1991 [PNUD, 1997, p. 1-10]. Après avoir lancé en 1960, 1970, 1980 successivement trois « Décennies du développement», l'ONU fixe aujourd'hui pour les dix à vingt prochaines années l'objectif d'éradiquer la pauvreté dont le coQt ne représenterait qu'environ 1% du PNB mondial [PNUD, 1997, p. 13]. D'un autre côté, la Banque Mondiale [1992, p. 32] disposant des mêmes données déclare: « Même dans l'hypothèse relativement optimiste d'un redressement économique dans lé courant de la décennie, le nombre absolu de pauvres sera, au tournant du siècle, probablement plus élevé qu'en 1985. » Certes, dans ces pays, tous les habitants ne sont pas situés audessous de ces seuils (environ 30% de leur population), mais l'ampleur des chiffres donne une idée de l'étendue du phénomène de la pauvreté à travers le monde et du nombre de pays concernés. L'échec en matière de recul significatif de la pauvreté ne doit pas faire oublier l'importance des changements que connaissent tous les pays du tiers-monde, tant les plus performants d'entre eux que les plus pauvres. Ainsi l'espérance de vie progresse partout, l'analphabétisme recule presque partout et la proportion de pauvres dans la population mondiale régresse très légèrement. Néanmoins, on peut parler d'échec du développement en termes matériels et aussi en termes de destructions culturelles. 1.1.2. Dans les pays riches Les deux dernières décennies ont vu les phénomènes de pauvreté prendre de l'ampleur dans les pays développés après une longue période où la croissance économique avait fait croire à leur disparition définitive. Ces phénomènes prennent la forme de l'extension du chômage (près de 20 millions de demandeurs d'emploi recensés dans l'Union Européenne, entre 35 et 40 dans les pays de l'OCDE), de la précarisation de l'emploi, de la discrimination sexuelle, raciale, ethnique, culturelle, de la marginalisation ou de l'exclusion sociales aux niveaux de la formation, de l'habitat, et parfois de la santé. Ils sont la conséquence directe d'une croissance économique certes réduite, mais surtout inégalitaire, d'un partage de la valeur ajoutée en faveur des profits des entreprises renforcé par des politiques étatiques d'austérité, d'une progression rapide des revenus du capital et d'une quasi stagnation des revenus du travail, d'une utilisation des gains 29

de productivité soit .pour accroître la production, soit pour réduire la quantité de travail employée. Se basant sur un seuil de pauvreté monétaire égal à 14,40 $ (PPA de 1985) par jour et par personne correspon<!~nt à la moitié de la médiane du revenu individuel disponible, l'ONU estime que 37% de la population se situent en deçà de cé seuil en Irlande, 21 % en Espagne, 14% aux Pays-Bas et aux Etats-Unis, 13% au RoyaumeUni, 12% en France, Belgique et Allemagne. La progression du taux de pauvreté est considérable dans certains pays: près de 60% au Royaume-Uni entre 1979 et 1991, près de 40% aux Pays-Bas entre 1986 et 1992 [PNUD, 1997, p. 39]. Tableau 1.1 : Le chômage dans les pays de l'OCDE
Taux de chômage 1980 % 7,0 7,2 2,0 2,0 2,9 3,2 6,2 6,2 5,6 7,5 5,3 6,4 7,5 7,5 Taux de chômage 1990 % 5,6 5,6 2,1 2,1 4,8 6,2 8,9 8,9 9,1 10,3 6,9 5,8 8,1 8,1 Taux de chômage 1995 % 5,6 5,5 3,1 3,1 9,4 8,2 1,1 11,6 2,0 12,2 8,1 8,7 9,5 9,5 Taux de chômage 1996 % 5,4 3,3 10,3 12,4 12,1 7,4 9,7

Chômage 1993 en milliers 8927 lEtats- Uni s ~apon 1666 ~lIemagne 3419 France 2946 2335 Italie 2884 Royaume- V ni Canada 1649 Total G7 Total OCDE Union Europ.

5,3 6,9 5,6 6,8 23 826 5,8 7,5 5,6 5,9 6,1 7,6 7,5 37 662 5,6 7,9 Il,2 11,3 18 232 Source: OCDE[1997, p. A24, A25 et A26, extraits des tableaux 21, 22 et 23]. Les taux de chômage de gauche sont exprimés selon les définitions courantes et les taux de droite sont standardisés.

En France, la dernière étude publiée par le CERC [1989] avant sa disparition fait état de Il,7 millions de personnes actives frappées ou menacées d' excl usion économique et sociale, soit 46,8% de la population active. Ce nombre et cette proportion d'exclus ou de menacés ne prennent donc pas en compte les mem bres de leur famille, ni les anciens actifs retraités en situation de pauvreté, ni les marginaux en dehors du système économique et social qu'il faudrait ajouter pour cerner l'ampleur de la pauvreté et de la précarité (tableaux 1.2 à 1.5 et graphique 1. 1).

30