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L'économie ne peut être que sociale

De
244 pages
Le système économique néolibéral paraît actuellement avoir le vent en poupe. Aucun pays, aussi pauvre soit-il, n'a d'autre rêve que d'entrer dans ce système, de s'enrichir et de ressembler aux Occidentaux consuméristes. Ses fondations bancaires et financières ont fortement évolué ces dernières années. De supports à la production et à la transformation, elles se sont tournées vers la spéculation. Les auteurs montrent que l'économie peut garder un visage humain et social, par un mécanisme réfléchi de redistribution.
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L€économienepeutêtrequesocialeAu Carrefour du Social
Collection dirigée par Marc Garcet et Serge Dalla Piazza.
L€Association Interrégionale de Guidance et de Santé (AIGS) est
née en 1964 de la volonté de quelques hommes de promouvoir la
santé et la qualité de vie pour tous. Des dizaines de services de
proximité et extrahospitaliers ont vu le jour pour accompagner,
insérer, aider, soigner, intégrer, revalider, former des milliers
d€usagers en mal d€adaptation personnelle ou sociale. En
collaboration avec les éditions L€Harmattan de Paris, la
collection Au Carrefour du Social veut promouvoir ce modèle
et offrir une réflexion ou des rapports de ces pratiques et de ces
innovations.
Déjà parus
Serge DALLA PIAZZA, Ces étrangers parmi nous, 2011.
Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET (dir.), Rendre la commune
aux citoyens, Citoyenneté et démocratie locale à l€ère de la
mondialisation, 2010.
Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET (dir.), Jeunes, inactifs,
immigrés : une question d€identité. Vivre dans un désert industriel,
2010.
Marc GARCET, Construction de l€Europe sociale, 2009.
Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET, L€avenir de l€homme en
question, 2009.
Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA, En marche vers un idéal
social, 2005.MarcGarcet
et
SergeDallaPiazza
L€économienepeutêtrequesociale
L€HARMATTAN AIGS©L'HARMATTAN,2011
5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-55011-7
EAN:9782296550117SOMMAIRE
INTENTIONS 7
PROPOS LIMINAIRES 9
INTRODUCTION 17
INTUITION SOCIO-ÉCONOMIQUE 23
PARTIE I : DE LۃCONOMIE 35
PARTIE II : DIMENSION SOCIALE DES ENTREPRISES 77
PARTIE III : VERS UNE ÉCONOMIE HUMAINE 183
CONCLUSION 217
LEXIQUE 231
TABLE DES MATIÈRES 239
5INTENTIONS
Nous sommes tous interpellés par la situation économique de nos pays
industrialisés et de ceux qui les entourent. Nous assistons,
impuissants, à une succession de crises économiques, devenues
progressivement des crises financières qui ébranlent la planète entière.
Ces crises passent. Si certains financiers ont perdu des sommes
colossales, ils les ont vite récupérées dans la plupart des cas,
notamment grâce au soutien des états. Ces états ont dû s€engager dans
de nouveaux endettements qui bloquent leur croissance, sans négliger
la spéculation dont certains sont victimes. Par contre, bon nombre de
travailleurs, de commerçants, de petits industriels, d€épargnants ont
tout perdu.
D€une ère économique amorale, nous sommes très clairement entrés
dans une ère monétaire immorale. Les financiers et spéculateurs
n€aident plus les entreprises à fonctionner et à s€adapter. Ils cherchent
à s€enrichir en dépeçant leur proie au nom d€un profit immédiat.
Cette dernière crise 2009-2010 a révélé la fragilité des états et la
nécessité d€une régulation de ces marchés financiers. Au moment de
la mise sous presse, nous n€en voyons pas encore les prémisses.
Nous avons voulu écrire ce livre afin de rencontrer plusieurs
objectifs :
1. Lorsque cela est possible, il nous faut rester les témoins du monde
qui nous entoure.
2. L€analyse que nous en faisons nous amène à nous interroger sur
les mécanismes en cause dans les rapports de l€homme avec la vie,
la société et l€économie.
3. Malgré la redistribution partielle des impôts au profit de
populations fragiles et précarisées, nous devons travailler à la
réparation des dégâts causés par les tempêtes financières et
économiques.
74. Ces risques et dégâts mis en avant, les entrepreneurs sociaux
peuvent alors mettre en place des services d€aide et de self help.
5. Nous introduisons le concept de rentabilité sociale qui légitime les
services en question, qui cherche à les pérenniser selon une
méthodologie de cinq critères : l€utilité, la pertinence, la plus-
value sociale, la qualité de vie et la solidarité.
6. Ces mécanismes d€action ont certes des effets réparateurs, mais
également des effets régulateurs pouvant servir de modèle social.
Dans ce sens, l€économie ne peut être que sociale.
À partir des concepts d€économie morale et de rentabilité sociale,
nous souhaitons engager un nouveau dialogue avec les différents
acteurs locaux, y compris dans une perspective nord-sud, notamment
avec les pays africains francophones. Grâce à internet et au réseau
L€Harmattan, nous espérons installer un véritable partenariat avec
d€autres entrepreneurs sociaux, dans le cadre d€échanges de bonnes
pratiques, de connaissances culturelles et dێlaboration de nouvelles
coopérations.PROPOS LIMINAIRES
Voilà septembre 2009 et nous reprenons nos rencontres, à Liège cette
fois. Du haut du Boulevard, au centre de la vie bourgeoise, avec à
gauche le conservatoire de Liège inauguré en 1887. On y présente
cette année les grands compositeurs romantiques. À droite, le Parc
d€Avroy est encore vert, mais on pressent déjà l€automne et les
préparatifs de la foire d€octobre, la grande foire où des attractions les
plus excitantes l€occupent pendant un mois et demi. Durant l€été, nous
avons eu du soleil.
Au-delà, les krachs boursiers et bancaires ont mis la société belge
K.O. ; les épargnants ont perdu leurs réserves pour les jours mauvais.
Les pensions privées sont passées à la trappe, les plantureux bénéfices
des banques de ces dernières années se sont soudainement évaporés.
Partout les banques sont en faillite. Les banques, sorties de leur rôle,
sont devenues des joueuses en bourse pour leur propre compte et celui
de certains clients. Devenues instruments boursiers, elles en ont pris
les voies occultes et sans contrôle. L€argent a migré vers des sociétés
offshore, dans des paradis fiscaux.
On dit qu€une société est « offshore » lorsqu€elle a établi son siège social dans un
pays dans lequel elle n€exerce aucun commerce et dont les dirigeants responsables
n€y sont pas domiciliés. Une société offshore est donc une société non résidente.
Pour bénéficier des avantages fiscaux offerts, une société offshore s€interdit de
travailler dans le pays dans lequel elle est installée, et n€utilise absolument pas son
économie : pas de main d€uvre locale, pas de financement en provenance d€une
banque locale, pas d€aides publiques, etc. La société offshore, parfois représentée
1par un correspondant local, est toujours dirigée de l€extérieur.
Finalement, tous les États ont renfloué le déficit artificiel des banques.
Malgré ce krach énorme de septembre 2009, jeté dans le public par les
1 Liste des principaux paradis fiscaux selon l€indice global de secret financier, dans
l€ordre : État du Delaware (USA), le Luxembourg, la Suisse, les Îles Caïmans, la
City de Londres, l€Irlande, les Bermudes, Singapour, la Belgique, Hongkong, Jersey,
l€Autriche, Guernesey, Bahreïn, les Pays-Bas, les Îles Vierges britanniques, le
Portugal, Chypre, Panama et Israël. (Alternatives économiques, novembre 2009).
9médias, nous savons déjà qu€en 2010 les bénéfices des banques, hier
en faillite, seront des plus plantureux. Les États ont été saignés, les
citoyens aussi. Il n€y a pas de coupable ! Seulement le système sans
loi, sans contrôle. Une seule raison, l€explosion des bulles financières
artificielles, la fin des illusions paradisiaques dont les banques se sont
faites porteuses. Elles ont flambé les avoirs des citoyens à la bourse,
ont engrangé de larges profits dans les paradis fiscaux. Le maximum
d€argent est parti, le maximum de ce qui pouvait être éloigné de la
circulation. Le maximum, c€est trop.
Les banques ont été momentanément au bord de la faillite. Elles en
ont appelé à l€intervention des États ! Dans le monde se déroulent des
réunions exceptionnelles des gouvernements français, britannique,
belge, hollandais, américains. Tous les États européens et les
Amériques se concertent, le FMI, la FED envisagent le pire. Des
banques importantes sont en faillite. Les bons penseurs ont rappelé à
bon escient que la banque constituait le lieu par lequel transitaient tous
les avoirs dans le sens du donner et du recevoir. Les États, les
entreprises, les citoyens en sont les clients. La faillite du secteur
bancaire constituerait aussi la faillite de l€État et du système. Nous
sommes dans cet esprit quand nous nous retrouvons à regarder de haut
la Ville de Liège dans un de ses quartiers bourgeois.
Tous deux employés du secteur psychosocial, acteurs de l€Association
2Interrégionale de Guidance et de Santé , nous pourrions nous sentir
quelque peu à l€écart de ce débat. Mais, l€AIGS se considère comme
partie intégrante de la société. Elle instrumentalise ses objectifs en
utilisant toutes les vertus de l€approche collective au profit de
personnes, en tenant compte de la dimension sociétale et de l€intérêt
collectif. Nous sommes engagés dans les principes qui régissent la
citoyenneté et que l€on peut identifier à travers les notions
d€intégration sociale de toute personne, quelles que soient ses
caractéristiques et faiblesses personnelles (culturelle, physique ou
mentale). Pour cela, l€AIGS met tout en uvre pour favoriser l€égalité
des chances des citoyens dans des principes de non-discrimination
afin que chacun accède aux ressources de la communauté. Elle inscrit
de manière prioritaire la qualité de vie comme la perspective
privilégiée de la société multiculturelle du troisième millénaire.
2 www.aigs.be
10Nous écrivons ensemble le livre « l€Économie ne peut être que
sociale ».
Nos réflexions ont pour cadre les crises financières successives de
1999 à 2009. Nous voulons en analyser les éléments en tant que
3citoyens. Nous avons déjà réfléchi et écrit ensemble deux ouvrages.
4Nous avons aussi élaboré l€idée de « construire l€Europe sociale », en
tant que citoyens, acteurs de l€action sociale. Maintenant, sous
l€influence de cette crise, nous nous interrogeons l€un et l€autre sur les
dix années d€histoire immédiate, desquelles nous dégageons au moins
un postulat « l€économie sera sociale ou cessera d€être un facteur de
bien-être ». Nous en arrivons à nous poser cette question, tout en
regardant le paysage, l€esprit imprégné de l€ambiance des catastrophes
financières. Nous pensons qu€il faut changer le système même de
lێconomie, les citoyens ne peuvent accepter de telles escroqueries
collectives. La discussion de ces différentes questions connues du
public nous a amenés à devenir des témoins privilégiés du moment.
Chacun se pose ces questions, chacun est interloqué par la situation.
Parents, acteurs sociaux, psychologues, travailleurs des entreprises,
nous sommes la boîte de résonnance des angoisses de la population.
Lێcole aussi se questionne, que dire aux enfants pour ne pas en dire
trop. Serge a été sollicité pour répondre à des questions sur l€avenir de
l€homme. Faut-il y aborder l€avenir de notre économie ? Serge ne sait
comment envisager cette situation. Parler aux enfants est difficile,
alors que de nombreuses questions habitent nos propres esprits. Les
enfants de 11 ans auxquels Serge va s€adresser sont déjà bien ouverts,
ils lisent les journaux, ils sont en fin de période de latence, ils sont
déjà des adolescents en herbe, et rien ne leur est inconnu. C€est dans la
classe de Madame Louise Henri que Serge va avec autant de questions
que se posent sans doute l€institutrice et les élèves. L€école du Jardin
Botanique accueille des enfants de la classe moyenne. C€est une école
multiculturelle, comme toutes celles de la Ville de Liège, avec des
3 En marche vers un idéal social, Marc Garcet et Serge Dalla Piazza, chez
l€Harmattan en 2005.
L€avenir de l€Homme en question, Serge Dalla Piazza et Marc Garcet, chez
l€Harmattan, en 2009.
4 Construire l€Europe Sociale, Marc Garcet, chez l€Harmattan en 2010.
11parents qui ont investi de l€espoir dans l€enseignement, voyant dans
celui-ci un tremplin vers l€avenir.
eLes bâtiments de l€école datent de la fin du XIX siècle, comme tout le
quartier. Ils sont situés derrière une loge maçonnique, vieille de plus
de huit siècles, à quelques pas de l€église Sainte-Véronique, non loin
du Jardin botanique et des laboratoires de la faculté de pharmacie.
Dans la rue Louvrex, des maisons d€avocats, des médecins, des
professions libérales de Liège donnent au quartier son air bourgeois.
L€école est en arrière-cour, les classes s€étalent autour d€une cour de
récréation, avec de grandes fenêtres. Dans une des classes, Serge est
accueilli par une vingtaine de garçons et filles. La maîtresse d€école de
sixième année introduit Serge par ses qualités de Docteur en
Psychologie, écrivain, analyste de la réalité sociale et économique de
sa région. « C€est un homme comme tout le monde », dit-elle, et « il
aborde les questions de tous les jours dont vous êtes tous témoins ».
« Vos parents s€inquiètent : qu€est-ce que cette affaire de banque en
faillite ? Qu€est-ce que ce monde qui s€effrite ? »
Serge explique le plaisir qu€il a, rappelle qu€il était lui aussi sur les
bancs de l€école et qu€à l€époque se posaient d€autres questions : la
fermeture des charbonnages de la région de Liège et les menaces de
chômage, la peur de la guerre froide. Nous connaissions aussi, dit-il,
tous les effets désastreux sur la santé de la profession de mineur.
Certains d€entre eux étaient atteints de silicose et pour beaucoup les
menaces de tuberculose étaient importantes. Ils en mourraient. Le
sujet est lancé. Serge a trouvé la manière de s€adresser aux enfants,
tous attentifs à cet homme qui pense à eux, avec eux. « Je ne suis pas
un économiste, je ne suis pas un financier, je suis comme vous, vos
parents, je vis un moment difficile que j€essaie de comprendre. Je vais,
avec vous, partager mes questions et tenter de vous donner ma
compréhension des choses. J€ai lu, comme vous, les journaux, j€écoute
la radio, la télévision et tous parlent de l€écroulement de l€édifice
bancaire.
Qu€est-ce que l€édifice bancaire ?
Vous savez, la banque a une fonction déterminante. Elle est le moteur
de l€économie, car elle permet aux entreprises d€assurer leurs
investissements. Qu€il s€agisse de petites ou de grandes entreprises,
12tout transite par la banque, toutes les opérations d€importation,
d€exportation, de gestion de fonds privés, industriels et les
investissements personnels de nos parents et de nous-mêmes ou
encore les prêts que nous contractons pour faire face à des besoins
plus importants comme la construction d€une maison, l€achat d€une
voiture. Sur ces fonctions de base bien connues et traditionnelles sont
venues s€ajouter ces dix dernières années des fonctions d€assurance de
toutes sortes, des placements en bourse. Finalement, les banques sont
devenues des agents spécialisés dans les placements d€argent au
service des personnes ou des entreprises. La banque est devenue le
moyen par lequel les personnes et les entreprises ont accès à la bourse.
Auparavant, cet accès était plus difficile, réservé à une élite, avec des
intermédiaires spécialisés comme l€agent de change.
Mais qu€est-ce que c€est que la Bourse ?
La Bourse est une plateforme financière où sont cotées les actions des
entreprises et les obligations de fonds dۃtat. La Bourse a pris durant
ces vingt dernières années un espace de plus en plus large dans les
mouvements financiers. Les bourses les plus importantes sont celles
de Londres, Tokyo, Paris, New York, Zurich, Bruxelles pour ce qui
nous concerne. Nous avons découvert qu€il y a en réalité un décalage
important entre le capital réel dont disposent les fonds bancaires et le
montant du capital placé en investissement dans différents fonds
nationaux ou internationaux. En fait, le capital de base est comme un
capital fictif. On pourrait dire qu€il y a l€argent réel et l€argent virtuel.
La Bourse est, comme un grand marché où se vendent et s€achètent
des actions en temps réels, par le concours de la toile Internet. Il s€agit
donc d€un espace de spéculation des échanges financiers. Les traders
tentent de réaliser sur ces transferts de fonds le maximum de profit
pour eux-mêmes et pour l€entreprise qui les commandite. Il paraît que
cette fonction peut rapporter des milliards d€euros ou de dollars en
quelques semaines si la chance de la spéculation sourit aux parieurs.
La Bourse est-elle donc un jeu ?
On ne peut vraiment le dire ainsi, mais tout se passe comme si la
Bourse était un jeu où le gagnant est celui qui fait le plus de profit et le
plus vite dans les échanges d€achat et de vente de produits financiers
en actions ou en obligations. Cette situation est à la fois ludique et
13dramatique. Elle est ludique, car dans ce casino mondial dێchanges,
la roulette va tantôt vers le gain tantôt vers la perte. Des mécanismes
savants régulent le jeu des bourses. Cependant, nous constatons qu€en
dix ans vos parents ont connu trois crises financières fameuses et vous
en connaissez maintenant une à votre tour. Les crises de 1999, 2005 et
2009 témoignent de cette absence de contrôle, d€un manque
d€encadrement juridique du fonctionnement de la bourse et des
banques. Aucun organisme public ou privé n€a pu contrôler la création
de bulles spéculatives dont les contours sont encore inconnus pour les
non-initiés, mais nous savons qu€elles ont conduit en 2009 les états à
se porter garants de banques au bord de la faillite. Les prêts furent
énormes. Les montants perdus constituent en fait l€économie de toute
la population belge. Dans ce jeu, tout le monde n€est pas perdant. En
effet, parmi ceux qui jouent, certains placent de l€argent hors du
circuit admis. On dit que certains pays ont peu d€obligations
internationales, comme les îles Caïmans par exemple, et constituent
des paradis fiscaux. Là, les gagnants transfèrent des fonds qui,
d€invisibles deviennent visibles et reconstituent un capital réel à l€abri
de tout regard. Si les bénéfices de la spéculation boursière échappent
aux revenus des différents États, ils se trouvent capitalisés dans les
sociétés financières non enregistrées sur le plan national et
international. L€enrichissement spéculatif aboutit à l€effet contraire
des missions bancaires de créer la richesse par la production
industrielle.
Rétrospective :
2007, retournement immobilier et début de la crise des subprimes. Tant
d€Américains avaient alors acheté leur maison avec un crédit à taux variables. Les
taux s€étaient élevés et ils n€avaient plus pu payer les primes de remboursement. Il
s€agissait d€Américains moyens, de personnes qui travaillaient, qui avaient un
revenu.
Juillet 2007, début de la crise des liquidités sur le marché interbancaire. Les
épargnants retirent leur liquidité des banques, les autres assistent à la chute de
leurs épargnes boursières.
Août 2007, BNP Paribas est menacée de faillite, car cette banque gère
essentiellement des fonds de pension américains. La Banque Centrale européenne,
mais aussi celle des États-Unis, celle du Japon, injecte des dizaines de milliards
dans les banques sous la forme de prêts à court terme.
Décembre 2007, toutes les banques européennes souffrent.
Février 2008, une grande banque anglaise est nationalisée.
Le 15 septembre 2008, la banque d€investissement américaine Lehman Brothers est
déclarée en faillite.
14Le 17 septembre 2008, AIG est nationalisée aux États-Unis.
Le 28 septembre 2008, Fortis en Belgique est renflouée par les gouvernements
belge, néerlandais et luxembourgeois.
Le 30 septembre 2008, c€est le tour de Dexia.
Entre octobre 2008 et mars 2009, divers gouvernements proposent des plans de
relance économique.
Janvier 2010, la Grèce révèle au monde l€état calamiteux de ses finances publiques.
Nous ne sommes en rien spécialistes de l€économie et pourtant, nous
la pratiquons quotidiennement, même sans le vouloir. Nous sommes
imprégnés par la valeur des choses, par la publicité, par le prix du
travail, des biens, des services. Tout se monnaie, croit-on volontiers.
Dans nos sociétés occidentales complexes, l€individu a perdu de son
essence, de son âme. Sa fonction sociale s€efface au détriment d€un
statut inerte : travailleur, chômeur, pauvre, riche, assisté, indépendant.
L€être humain ne peut se réduire à ces statuts, même si on ne peut en
négliger l€existence et l€importance. On induit de cette manière une
nouvelle hiérarchie mondiale : les possédants de grosses fortunes, les
pouvoirs tertiaires (juge, avocat, banquier, politique), les intellectuels,
les manuels et tous les autres, de plus en plus nombreux. Nous ne
pouvons assister sans réagir à leur augmentation effrayante en
nombre.
Jusqu€où ce nouvel équilibre tiendra-t-il ?
Comment la Grèce en est-elle arrivée là ?
Le tourisme et le transport maritime, les deux piliers de lێconomie grecque, ont
certes subi de graves revers en 2008. Mais la crise n€explique pas tout. D€ailleurs,
le PIB grec n€a baissé que de 1,1 % en 2009. L€État souffre surtout d€un déficit
structurel chronique. D€abord, la Grèce, qui a toujours été fortement endettée, n€a
pas profité des années de forte croissance, entre 2000 et 2005, pour assainir ses
finances publiques. Depuis dix ans, son ratio de dette publique a toujours été
supérieur à 100 % du PIB. Ensuite, la Grèce n€a pas encore introduit les mesures
nécessaires pour amortir le choc du vieillissement de la population, ce qui va
entraîner de fortes hausses des dépenses publiques. Or les recettes fiscales sont
insuffisantes pour compenser ces dépenses. L€économie souterraine dans les
services à domicile et dans le tourisme est estimée à 20 % du PIB, autant d€argent
qui échappe à l€impôt. Par ailleurs, la collecte de ce dernier est inefficace, les
niches fiscales nombreuses et l€assiette de l€impôt sur le revenu étroite. À cela
s€ajoutent, de l€aveu même du premier ministre Papandréou, une corruption
5rampante et des statistiques économiques frauduleuses.
5 Laura Raim, L€expansion, janvier 2010.
15Nous postulons que la vie est par essence source d€organisation, de
lutte contre l€entropie. Notre fil conducteur montrera au lecteur que
tout être humain devrait avoir droit à une fonction sociale, une sorte
d€utilité publique, et une reconnaissance de son identité et de sa
nécessité.
Notre propos n€est pas utopiste dans la mesure où nous savons que la
nature de l€homme ne peut changer. Vie parmi les vies, son
intelligence, sa conscience lui permettent d€émerger, d€exploiter, de
s€étendre dans le temps et de s€étaler dans l€espace, mais aussi de se
mettre en danger. Nous pensons cependant que cette nature
conquérante est domptable, qu€elle peut aussi offrir la fraternité et la
solidarité plutôt que la cruauté et la guerre. Encore faut-il une
régulation de ses rapports sociaux, de ses échanges économiques. Le
rôle de l€état est primordial, mais pas unique. Cette conscience peut
lui servir à choisir une voie de sagesse, une voie de paix et de sérénité
dans le partage des richesses de la terre. Les lois du marché libre vont
vers une exacerbation de la force au détriment de la faiblesse,
l€absence de régulation a des effets dévastateurs, aussi forts que des
guerres matérielles. Des villes riches hier sont désormais dévastées,
comme Detroit par exemple. Des pans entiers des populations ont
émigré. L€État peut intervenir, mais pas tout assumer. La
reconnaissance de chaque être humain passe par le respect de ce qu€il
est, de ce qu€il représente et de ce qu€il offre à la communauté. Nous
ne pouvons changer l€homme, et si nous ne pouvons tout demander à
lێtat, nous pouvons mettre en place des services, des conditions qui
permettent à chacun d€approcher de ses rêves, de rencontrer ses
besoins d€estime et d€accomplissement.
La première partie de l€ouvrage consiste à établir un état des lieux
avec des considérations critiques utiles. La deuxième partie nous
permet de rendre visible la dimension sociale, voire sociétale de toute
entreprise. Enfin, la troisième partie aborde des modèles
d€organisation de services qui intègrent les notions d€indice de
développement humain, de microcrédits, de micro services et
dێconomie relationnelle. Nous poserons aussi la question de la
pertinence de l€existence d€une économie sociale de marché et nous
mettrons en avant le concept de rentabilité sociale.INTRODUCTION
6L€Association Interrégionale de Guidance et de Santé (AIGS ) occupe
près de 800 travailleurs du secteur médico-psycho-social dans plus de
cent services extrahospitaliers de la banlieue liégeoise, à l€est de la
Belgique.
Depuis plus de 45 ans, elle repose sur le principe vivant d€une
association qui unit ses membres sur un plan égalitaire, tout en
conciliant les différences dans la perspective d€égalité, de liberté, de
justice, de solidarité entre la population et les bénéficiaires. Ce
principe associatif s€applique tout autant aux approches scientifiques,
méthodologiques et pratiques auxquelles les disciplines
professionnelles se réfèrent dans les sciences sociales et humaines. La
vocation sanitaire de l€AIGS s€est progressivement élargie à des
besoins différents en réponse à une société en mutation. Elle a
interprété le concept sanitaire sur un plan global. Son action actuelle
s€étend à la réadaptation psychosociale, au champ du travail, à la
création artistique, au développement culturel, aux pratiques liées à
l€écologie sociale, à la formation continue des travailleurs et au
développement d€un réseau social européen participant à la
construction de l€Europe sociale.
L€AIGS se considère comme partie intégrante de la société, et elle
instrumentalise ses objectifs en utilisant les vertus d€une approche
collective au profit de la personne en tenant compte de la dimension et
de l€intérêt collectif. Elle répond par là aux principes qui régissent la
citoyenneté que l€on peut identifier à travers des notions d€intégration
sociale et économique de toute personne, quelles que soient ses
différences personnelles, physiques, culturelles ou mentales. Pour
cela, elle met tout en uvre pour favoriser l€égalité des chances des
citoyens et de la non-discrimination pour accéder aux ressources de la
communauté. Elle inscrit de manière prioritaire la qualité de vie
comme perspective prioritaire dans la société multiculturelle des
6 www.aigs.be
17eannées du 3 millénaire. Les deux auteurs s€interrogent ici sur dix d€histoire immédiate, desquelles nous dégageons un postulat :
l€économie sera sociale ou cessera d€être un facteur de bien-être. Nous
arrivons à nous poser cette question en considérant plusieurs
changements dans la configuration des composantes de lێconomie.
La sphère économique a quitté le domaine régional et national pour
s€engager dès les années 1950 dans des transactions internationales. Il
y eut, notamment en 1994 et en 1995, la modification des accords du
GATT et celle de la convention créant l€Office Mondial du Commerce
(OMC).
La mutation du rôle des banques
La banque a par essence une fonction déterminante comme moteur de
l€économie par ses missions d€investissements (entreprise, industrie) à
lێgard des petites et moyennes entreprises, du transit financier
(import, export), par la gestion des fonds privés industriels
(entreprise), par des investissements personnels ou encore des prêts.
Sur ces fonctions de base sont venus s€ajouter, ces dix dernières
années, des fonctions d€assurances diverses, des placements en
bourse. Elle est finalement devenue une agence spécialisée dans les
placements au service des entreprises et des personnes
Le rôle spéculatif de la bourse
La bourse a pris durant ces vingt dernières années un espace de plus
en plus large dans les mouvements financiers. Nous constatons une
modification du rapport entre le capital réel et le capital fictif, l€argent
réel et l€argent virtuel. La bourse est par excellence un espace
spéculatif des échanges monétaires à des fins de profit direct. Elle a eu
une fonction d€enrichissement par le moyen de la spéculation du cours
des actions et des obligations. Les trois crises financières 1999, 2005
et 2009 témoignent du manque d€encadrement du fonctionnement de
la bourse et des banques, du manque de contrôle, la création d€une
bulle spéculative dont les contours restent flous et méconnus de tous.
À peine un an après avoir sauvé les banques en y consacrant de chaque côté de
l€Atlantique des sommes colossales - 25 % du PIB, selon la Banque centrale
européenne -, voici les États endettés attaqués par ces mêmes établissements
financiers. Telle est l€une des leçons amères de la crise grecque, la plus importante
187qu€ait connue l€euro depuis sa création. En effet, les banques prêtent de l€argent
aux états, à la Grèce en particulier au début de 2010, afin d€enrayer sa descente
vers une faillite virtuelle. Ces mêmes banques assurent les capitaux prêtés (credit
default swaps) qui eux-mêmes font l€objet de spéculations boursières. Spéculer sur
les difficultés d€un état à rembourser ses dettes accroît, voire provoque les
difficultés de cet état.
Le bénéfice de la spéculation boursière échappe au revenu national
brut des différents états et se trouve capitalisé dans des sociétés
financières « non enregistrées » sur le plan international.
L€enrichissement spéculatif aboutit à l€effet contraire des missions
bancaires de créer de la richesse par la production industrielle.
La destruction de richesses
Nous enregistrons sur cette période, à la faveur des crises monétaires,
des destructions extrêmement préjudiciables du bien-être général des
populations dans le secteur des entreprises, PME, des délocalisations,
la perte de l€épargne dans des fonds spéculatifs toxiques, la perte de
richesse à travers les assurances vie et les assurances pension, la perte
de richesse dans les situations de chômage et ses conséquences en
matière de revenu familial. La destruction de ces richesses est
concentrée dans les pays riches à forte production et forte épargne.
Parmi les remèdes, le Président Obama préconise de réduire les
banques à des fonctions essentiellement axées sur le développement
industriel, à des activités dans le secteur privé et encore d€interdire
aux banques des fonctions spéculatives. Du rêve à la réalité Les
élections à mi-mandat, en novembre 2010, l€ont fait déchanter.
Inventaire des questions
Pour notre part, nous voudrions faire l€inventaire des questions
importantes par rapport à la perte de la plus-value sociale en termes de
bien-être, de qualité de vie et d€environnement. L€économie n€a de
sens que si elle contribue, par une plus-value immédiate, à la
production de biens et de services, un enrichissement du patrimoine
national et international, une amélioration des conditions de vie des
travailleurs. Ces aspects doivent être évalués en matière de qualité de
7 Le Monde, 10 février 2010.
19vie et d€environnement. Notre perspective de questionnement a
comme point d€interprétation la stabilité du gain social.
1) Les crises successives ne sont-elles pas liées à la volonté, aux
qualités intrinsèques de l€homme qui veut toujours transformer,
changer, contrôler, domestiquer toutes ses inventions ?
2) Les crises seraient-elles donc directement liées aux qualités
intrinsèques de l€homme, incapable de maîtriser sa créature
économique et entraîné dans une spirale de production et de
développement qu€il ne peut contrôler sur les plans individuel et
collectif ?
3) La vie est en elle-même créative pour chacune des espèces. En ce
sens, la même finitude ne concerne-t-elle pas toutes les matières et
leurs fonctions ?
4) Ces règnes ne seraient-ils en fait que des étapes sur un chemin où
l€aboutissement n€est pas écrit ? Le déterminant créatif semble ne
tenir compte que du facteur adaptatif aux circonstances extérieures
objectives et subjectives. La crise serait ainsi un élément de
l€activité humaine.
5) Nous faisons le constat que dans un espace-temps donné,
l€invention détruit le projet existant. Ce fut la fin du régime
communiste et l€émergence d€un autre régime, aux contours
encore largement méconnus. La fin d€une période et le début de la
suivante entraînent-ils une crise avec sa détérioration de richesse,
sa perte de bien-être, sa destruction de patrimoine en général ?
6) Peut-on opposer doctrine (par exemple capitalisme, communisme,
socialisme) et vitalité humaine ? Chacune de ces doctrines et
idéologies, comme d€ailleurs les expressions religieuses, traduit la
vitalité intellectuelle et adaptative de l€homme.
7) La crise monétaire n€est-elle pas la fin du capitalisme monétaire,
car il n€est plus productif de richesse ? Il a atteint sa phase
d€autodestruction.
8) Gérer la richesse ne sert-elle qu€à la développer, la contenir, la
protéger ?
Bien-être global et qualité de vie
Nous devons pouvoir mesurer le bien-être. Il faut ajouter au revenu
national brut la valeur ajoutée de tous, l€alphabétisation, l€éducation,
20la qualité de vie, la culture, l€environnement. Un indice du
développement humain (IDH) a été établi par l€ONU en 1990 selon
les théories de l€économiste indien A. Sen et de l€économiste
pakistanais M. Ul Haq.
L€indice de développement humain, publié dans le cadre des rapports mondiaux sur
le développement humain, est la mesure comparative de :
- L€espérance de vie, y compris dans l€accès à l€alimentation, l€eau potable, les
soins médicaux ;
- Le niveau d€instruction calculé par le taux brut de scolarisation (Le total des
effectifs dans un degré spécifique d€enseignement, quel que soit l€âge, exprimé
en pourcentage de la population ayant le droit et l€âge légal d€entrée à l€école
au même degré d€enseignement dans une année scolaire donnée) et le taux
d€alphabétisation du pays ;
- Le niveau de vie selon la formule du logarithme du produit intérieur brut par
habitant (corrigé de l€inflation) en parité de pouvoir d€achat (montant assurant
le même pouvoir d€achat dans tous les pays), le P.I.B. par habitant donnant une
indication du niveau de vie moyen du pays.
Cela donne un indice, entre 0 et 1, pour tous les pays affiliés à l€ONU. Le rapport de
2010 couvre la période de 2007-2008.8 Le fossé est grand entre le premier de la
liste, la Norvège avec un indice de 0,971 et le dernier, le Niger avec un indice de
0,340. Sans surprise, l€Afrique détient le record des indices faibles. Cet indice de
développement humain est intéressant, même pour des entreprises locales, même si
les paramètres sont propres à chaque pays.
Cette notion complète celle du développement économique et désigne
les évolutions positives dans les changements structurels d€une zone
géographique ou d€une population sur les plans démographique,
technique, industriel, sanitaire, culturel, social. De tels changements
engendrent l€enrichissement de la population et l€amélioration des
conditions de vie. C€est la raison pour laquelle le développement
économique est associé au progrès.
Voici le schéma que nous allons suivre pour expliquer notre démarche
intellectuelle. Les facteurs humains font partie intégrante de
lێconomie. Ces facteurs permettent de prendre en
considération les réponses aux besoins et d€offrir un cadre de dignité à
travers le travail et les services. En parallèle s€installe la notion de
risques, d€abord de perdre sa santé et donc sa productivité et ensuite
8 http://hdr.undp.org/en/reports/global/hdr2010/
21son travail et donc sa dignité. L€AIGS peut alors être considérée,
parmi d€autres entreprises sociales, comme un instrument de
réparation des effets dits collatéraux des actions économiques des
êtres humains.
ÉCONOMIE
EXTRACTION TRANSFORMATION SERVICES
Utilité Pertinence Qualité - Plus-value sociale - Intégration
Facteurs humains vs rentabilité
Réponses aux besoins
RISQUES
Réparation
Entreprises sociales
Perspective dێcologie sociale
VERS UNE ÉCONOMIE MORALE
Tableau 1 : Schéma du propos de ce livre.INTUITION SOCIO-ÉCONOMIQUE
Gran Canaria, le 16 mai 2010.
Depuis quelques jours, je suis à Gran Canaria. Cet ensemble d€îles
volcaniques en plein milieu de l€océan Atlantique témoigne de
l€activité volcanique cataclysmique du tertiaire. À l€époque, l€activité
volcanique le long de la grande faille océanique était à son comble,
des centaines de volcans dispersés ont inondé le ciel de poussières
sulfuriques, de cendres de manganèse, obscurci les rayons du soleil
sur toute la Terre. De là sans doute vinrent les périodes glaciaires dont
la durée se chiffre en millions d€années. À ce jour, le volcanisme à
Gran Canaria est éteint ou à tout le moins en sommeil.
Nous ne pouvons oublier ainsi que nous sommes les produits de la
planète bleue autant que les dauphins, les mollusques et les coraux.
Nous sommes tout aussi vulnérables. Tout est vulnérable.
Nous avons failli ne pas arriver à destination ce 15 mai 2010. Un autre
volcan en Islande, l€Eyjafjöll, est entré en éruption voici près d€un
mois. Il inonde à basse altitude le ciel nord-européen de ses cendres
tout aussi sulfureuses. Les vents du nord balayent sur l€ensemble de
l€hémisphère les poussières agressives et détergentes. Il y a deux cents
ans, vers 1780, un volcan de cette chaîne est resté en éruption durant
plusieurs années. On lui attribue l€arrêt des récoltes durant deux à trois
ans. La disette s€installa. Bientôt, la famine prit place dans les
campagnes et dans les villes. Le phénomène fut important en Irlande,
Angleterre et dans l€hémisphère nord continental, en France, en
Belgique, aux Pays-Bas et dans les pays nordiques. Les conséquences
alimentaires dues à ces pluies acides et mortifères ont généré des
maladies inconnues.
On dit que ces problèmes alimentaires, la pauvreté et la misère qui
s€en suivirent, sont à la base des révolutions européennes de la fin du
eXVIII siècle. Aucune étude sociologique directe n€a établi de
parallèles entre ces troubles socio-économiques et politiques dans
23l€hémisphère nord à cette époque et la misère faisant suite à la
catastrophe climatique. Cependant, a posteriori, bon nombre
dێconomistes, historiens et anthropologues en soulignent la
coïncidence. Nous devrions probablement être plus attentifs aux effets
secondaires des phénomènes géologiques ou astrophysiques.
Maintenant que nous raisonnons sur la globalisation et la
mondialisation, nous nous familiarisons avec l€idée que la terre a sa
propre homéostasie et que sa dimension est bien petite par rapport à
l€univers intersidéral dont elle est dépendante. À l€image de ces
explosions géologiques bien naturelles liées à notre équilibre
géostatique, nous vivons comme terriens d€autres effets plus
politiques avec autant d€impacts sur l€état de santé physique et
mentale des populations.
La globalisation
La globalisation est un terme que nous avons découvert en 1995.
Pourtant, bien avant cela, un certain nombre de penseurs philosophes
sociopolitiques avaient inventé le terme « mondialisme », observant
une connexion entre les phénomènes démographiques, géophysiques,
géopolitiques, économiques, financiers et militaires. Ils avaient pu
déjà constater l€homéostasie planétaire où tous les éléments
constitutifs de la planète interagissaient au travers de phénomènes
dont l€humanité subissait les conséquences. L€homme, dans sa
prétention et son égocentrisme, s€est considéré comme maître du
monde et des phénomènes qui l€habitent. En fait, il est secoué comme
la coque du bateau sur l€océan. Il est simplement membre de
l€équipage, passager régulier ou clandestin. Cette métaphore ramène
l€homme à sa réalité pour mieux affirmer sa nécessaire réconciliation
avec son environnement dans toute sa complexité.
La globalisation est aussi devenue un concept sur lequel l€organisation
mondiale du commerce a fondé sa légitimité. En réduisant les
contraintes protectionnistes de lێchange des biens et des services, en
augmentant la libre circulation des monnaies, l€OMC a provoqué des
regroupements d€intérêts économique, financier et politique, laissant
le monde sans régulation. La loi du marché de l€offre et de la demande
est considérée comme l€élan vital de l€activité humaine. Une pure
fiction, une croyance largement diffusée par ceux qui y trouvent un
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