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La Nouvelle Revue de L'inde n°3

De
147 pages
L'industrie du tourisme est toujours à la recherche de contrées inconnues, de territoires vierges, de nouveaux espaces ouverts à la découverte. Les agences de voyage spécialisées dans la découverte multiplient leurs offres à destination de l'Inde. L'Inde, par-delà les clichés, offre une diversité de visages déconcertante. L'Inde vit sur elle-même, pour elle-même et en elle-même, et non pour le bénéfice du touriste. On dit que le tourisme tue l'âme d'un pays... pas celle de l'Inde.
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143
ESPRIT144
ESPRITDOSSIER:VOUSAVEZDITTOURISME ?2 ÉDITORIAL
L’industriedu tourismeest toujoursàla recherchedecontréesinconnues,de
territoires vierges, de nouveaux espaces ouverts à la découverte, de plages qui
n’ontpasencoreétéenvahiesparleclubMéditerranée.C’estpourquoilesagences
devoyagespécialiséesdansladécouvertemultiplientleursoffresàdestinationde
l’Inde.
Car l’Inde, par delàles clichés,offre une diversitéde visages déconcertante.
Elle peut apparaître comme le pays du folklore par excellence, le paradis du tou-
risteousonenfer,lelieudestraditionsqui perdurentoud’uneoccidentalisation
accélérée, surchargéedefoulesqui sedéversent danssesrues etses artères,ou
déserteàpertedevueensesendroitslesplusreculés:voustrouvereztoujoursdes
montagnesquinesonthabitéesquepardesautochtones,desplagesdésertes–en
Orissa parexemple–oubiendes villagesoùnulOccidentalne s’estencoreaven-
turé.L’Indeestàlafoisle paysdesgrandsmonuments quel’on visite,desgrands
espaces quel’onexplore,desindustriesde pointe qui rivalisentavecl’Occidentet
despopulationstribalesàpeinesortiesdel’âgedepierre;lepaysdumysticismeet
ducommercialismeleplusâpre.
Maisce quiestfrappant,c’est quel’Indevitsurelle-même,pourelle-mêmeet
en elle-même – et non pour le bénéfice du touriste, comme c’est le cas de nom-
breuses destinations touristiques d’Asie. Prenez la foire aux chameaux de Push-
kar,auRajasthan,sansdouteundesévénementsindienslesplusvantésdeparle
monde.Lesdizainesdemilliersde touristesquiyaffluentdepuisvingtansn’ont
rienchangéaufaitquechaquenovembre,lespaysansduRajasthancontinuentde
vendreou échanger leurs chameaux et de prier au fameux temple Brahma, sans
se préoccuper des ferengis (étrangers). Ou bienBénarès,aujourd’hui renommée
Varanasi,oùchaquematin,dessadhous(moineshindous)imperturbables,conti-
nuentdefaireleur pranayama,malgrélescentainesde touristesjaponais,bardés
decamérasvidéos,quipassentenbarquesurleGange.
INTRODUCTION©Photo:YvesPons
3
Alors quelamondialisation batson plein et intègre toujoursplus l’Inde au
marchédeséchangesplanétaires,lesfestivalsreligieuxcontinuentdedrainerleurs
millionsd’enthousiastes,indifférentsauxchangementsquiébranlentlemonde.
On ditquele tourisme tuel’âme d’un pays,cen’est pas le cas de l’Inde où
les visiteursétrangersne représentent qu’unefaible partdel’activité touristique
(3,5 %) ;ce sontd’abordlesIndiens qui partentàladécouvertedeleur pays, plus
de166millionschaqueannée.Carl’Inde s’occuped’elle-mêmed’abord,elle roule
commeunfleuveimmenseauxmultiplesressacs,portéeparunevitalitétoujours
recommencée.On pourraitdiredece paysce qu’un poète russejadisditdusien:
«L’Inde,onnepeutlacomprendre,onnepeutquelacroire. »
BonvoyageenInde.
FrançoisGautier,
RédacteurenchefLNRI
Écrivain,journalisteetphotographe,
FrançoisGautieraétéduranthuitans
lecorrespondantduFigaroenIndeetenAsie.
Ilestl’auteurdeplusieurslivressurl’Inde :
Unautreregardsurl’Inde(LeTricorne, 1999)
Swami,PDGetmoinehindou(J.P.Delville,2003)
Lacaravaneintérieure(LesBellesLettres,2005)
DesFrançaisenInde(FranceLoisirs,2008)
INTRODUCTIONSOMMAIRE
ÉDITORIAL 2
INTRODUCTION 6
4
DESTINATIONS 8
AlexLeBeuan–Interview:ar unimac houdhur y
EnsorcelantSikkim:cl aude arpi
Kochi,lepaysdespalmiers : ahana nagd a
Pèlerins,voyageursettouristesdePushkar : aman nath
RestaurationarchéologiqueenInde : bindu manchand a
Dharamsala,ouLhassaenexil:cl aude arpi
FrancisWacziarg–Interview:Franç ois gautier
LeBénarès-Kyôto–Extrait:olivier germ ain-thom as
CULTURE 36
Lethéàl’heureindienne :ahana nagd a
Shekhawati-Unmonded’imagesquisemeurt:philippe prat
LefestivalHolioulescouleursdelavie :haridini hirlek ar simson
Restauration:aman nath
L’Indemulticulturelle:mrinalini &mallik asar abhai
MiniaturesduRajasthan:namritabindr a-ga utier
Danserl’Inde : maya
Maya,oul’Inderetrouvée : Franç ois gautier
L’espritdel’architectureindienne:sri aurobindo
ENVIRONNEMENT& ETHNOLOGIE 64
LechâledePoothukuly:ra ndhir khare
x
SOMMAIRE©Photo:Sven Ulsa
yves pons :Voyageenpaysbonda
ra ndhir khare :L’espritdupeuplebhil
bikr am gre wa l :LesSundarbans
Franç ois gautier :RoulerÉcoenInde–EasyRider 5
shridhar la kshm anan &aruls ek ar :Ecologin
88 ESPRIT
Untourismespirituelest-ilpossible? : Jean-y ves lu ng
Lesashrams : rober to ca puto
RobertoCaputo–Interview : ar unimac houdhur y
KumbhaMela : dominique ra bott ea u
LessentiersdelaMère:nicole elFi
LeGange–SourceéternelledesIndes:Franç ois gautier
Letemple:satprem
110 HUMANITAIRE& SANTÉ
Rencontreavecleshommesdespetitsriens : cl aire argouin
Unallersimple : cyril rollinde
Letourismeayurvédique : kir an vyas
LetourismemédicalenInde:Franç ois gautier
QuandlesKanjarsquittentlacase“prison”:web –ell amar tin
126 RÉCITS
Retrouvailles : Janine brÉgeon
RamBalal’humilié:FrÉdÉric mari
SOMMAIREL’inde
incr oy abLe !
par
Jean-DenisArdoin
6 Deux cents emplois, des études de journalisme, quelques minorités nanties on pouvait avoir
des passions et des hobbies éclectiques, Jean- l’impressionquepasgrand-chosen’avaitbougé.
Denis Ardoin, qui vit en Inde depuis 27 ans, a
Pourtant, il y a des faits et des chiffres trou-finalement posé son parcours atypique dans le
blants:en2007,leministèreindienduTo uris-«management » en particulierausein desa pe-
meannonce5,37millionsde touristesétran-tite entreprise d’édition internationale. Il nous
gers (estimation),apportantenIndeenvironexplique ici que l’Inde est au bord d’une double
11,75milliardsdedollars,etmentionnepourexplosion touristique : une marée montante du
2008 une estimation d’environ 530 millionstourisme intérieur qui commence à submerger
de touristes indiens (supposés passer à 595leseffectifsmodestesdetouristesétrangers,une
millions en 2008). Même sil’on peut s’atten-diversification radicale des destinations, des iti-
dregénéralement à une baisse de touristesnéraires et des centres d’intérêt. L’Inde est donc
en 2009,dufaitdelacriseeten réactionauxconfrontée à un véritable défi d’organisation et
attentats de Mumbai, cela fait quand mêmed’infrastructure.
plusde100touristesindienspouruntouriste
étranger!
Qui sontdoncces touristesindiens, qu’est-ce
lyaquelquesdécennies,onauraitpubros- quilesfaitbougeretpourquoi?Nousn’avons
seràgrands traits un tableaudu tourisme que peu de détails sur leurs déplacementsIen disant que pour l’Occident, dans les maisontrouvenéanmoinsquelqueséléments
grandeslignes,ils’agissaitsurtoutd’allerres- de réponse dans un rapport du NCAER [Na-
pirer le bon air de la mer ou de la montagne tionalCouncilofAppliedEconomicResearch
etd’entreprendre uneactivité physique,ludi- – institut indien de recherche économique].
queou sportive,alors que pourlesIndiensle Apparemment le principal objet du tourisme
tourisme représentait principalement les pè- n’est plus le pèlerinage (seulement 14 % des
lerinages. voyages)maisplutôtlescélébrationsfamiliales
(mariages, naissances, décès, fêtes religieu-
Oràl’heureactuelle,côtéoccidental,lesvoya- ses,etc.–environ59%desvoyages).Lereste
gessontdevenusplusabordables,onfaitdéjà desvoyages,soitenviron27%,concernepour
dusporttoutel’année,aveclatéléetinternet 6 %, les vacances, pour 8 %, les voyagesd’af-
il est maintenant possible de mieux cibler et fairesetpour13%,touteunediversitédedé-
préparer son séjour : on veut donc tout natu- placementsspécifiques.
rellementdécouvrirautrechosedelavie.Côté
indien,l’évolution sembleavoirété pluslente Siletourismeindienestmaintenantprincipa-
et hormis les escapades internationales de lementlefaitdemigrantsprofessionnels,c’est
INTRODUCTIONpluslerefletd’uneIndeenmélangequed’une grandeur de quelques dizaines de milliers,
Inde en mouvement. Il n’en reste pas moins voiredequelquescentainesdemilliers !
que si l’on ajoute les quelque 36 millions de
Maismêmeavec toutcela,l’approchenecon-vacanciers de 2007, les quelque 83 millions
cerneencore quele tourisme traditionnel.Etde pèlerins et les 47 millions de voyageurs
celanesuffit plus:le tourismemédicalestend’affaires nous avons quand même un total
plein essor (une chaîne d’hôpitaux indiensde166millionsd’Indiensquisontoccupéesà
vientdesignerdescontratsavecunedesgran-visiterl’Inde.C’estassez respectable !
des compagnies d’assurances de l’Amérique
du Nord pour opérer ses malades à prix in-On peut noter par ailleurs que beaucoup de
dien), le tourisme humanitaire, écologique,données contextuelles lourdes comme la dé-
spirituel, professionnel, etc., sont émergentsmographie indienne, une forte croissance
etprometteurs.Ilfautdel’infrastructureetleéconomique du pays, l’expansion des classes
gouvernementindiennepourrapassatisfairemoyennes qui en résulte, et les politiques
àlademande sansmultiplierles partenariatsdélibérées des différents gouvernements au
avec les gouvernements des États, les entre-centre comme dans les États, se conjuguent
prises privées, les ONG, des organisationssuffisammentpourgarantirunetendancedu-
étrangères,etc.rableàl’accroissementdeceschiffresàmoyen 7
terme.
L’inévitable ruée des classes moyennes in-
térieures et extérieures doit être organisée,
Ilfautdoncprendrenotequeces166millions canalisée, et à cet égard, l’Inde est donc au
deviendront sûrement 200 puis 250 mil- bord d’une ligne de partage des eaux. De
lions de visiteurs d’ici quelques années. Et si fait,commeobservateuronne peut pas rater
l’on veut anticiper le mouvement pour ne pas l’explosion hôtelière, la valorisation des sites
êtredébordé,ilne reste plus qu’àdéterminer patrimoniaux, la multiplication des festivals
maintenantoùsouhaitentserendrecesvoya- culturels,la proliférationdes guesthousesru-
geurs. raux (surtout dans les plantations de thé et
de café), et plus pratiquement la montée des
La tendance naturelle est d’une certaine ma- prixetdestauxd’occupationdesresorts,etc.
nièreassezclairesil’onpeutdire:nonpastant
sur un choix précis de destinations, que sur Comme on peut s’en douter, notre idée en
des approches à multiples centres d’intérêts, présentant ce dossier sur le tourisme n’est
multiplesactivités,multiplesgéographies.Le évidemment pas de faire un catalogue ex-
zapping touristique en quelque sorte ! Nous haustifdesfacilités,descircuits,desdestina-
n’essaierons donc pas de dégager des typolo- tions:cequel’Indepeutoffriraujourd’huidé-
gies, des circuits, des thèmes, des segments passe déjà largement nos possibilités. Notre
de marché : nous laisserons cela aux profes- idéeestdemontrerdesfacettesnouvelles,de
sionnels et aux intéressés. Nous allons plus donnerdes pointsde vue vécus surdesdesti-
simplementtenterdevoirquellesconséquen- nationsconnuesouclassiques,de rencontrer
cesonpeuttirerdecetétatdefait. des acteursoudesobservateursdela profes-
sion, de présenter des tendances émergentes
ou des aspects moins connus, d’illustrer ceDéjà, simplement au vu des chiffres concer-
mouvementdediversification,brefdemettrenés, au vu de leur progression prévisible, on
à la portée de notre lecteur une mise à jours’attend assez clairement, tant du côté des
stimulantesurnotre“IndeIncroyable!”(titrepouvoirs publics que du côté des profession-
del’excellentecampagnedepromotiondumi-nels, à la multiplication des destinations et
nistèreindienduTo urisme).des saisons, à la déclinaison complète des
événements culturels (expositions, festivals,
musées,ateliers,etc.).L’Indedoitfairepasser
seslieuxde visites touristiquesd’unordrede
grandeur de quelques milliers à un ordre de
INTRODUCTION8
Destinations
AlexLeBeuan–Interview :ar unimac houdhur y1 0
EnsorcelantSikkim : cl aude arpi 15
Kochi,lepaysdespalmiers : ahana nagda1 9
Pèlerins,voyageursettouristesdePushkar : aman nath 22
DESTINATIONS9
©Photo:SvenUlsa
24 bindu manchand a : RestaurationarchéologiqueenInde
26 cl aude arpi : Dharamsala,ouLhassaenexil
29 Franç ois gautier : FrancisWacziarg–Interview
31 olivier germ ain-thom as :LeBénarès-Kyôto–Extrait
DESTINATIONSAlEx
lE bEUAn
InTERVIEW
par ArunimaChoudhur y
10
Alex Le Beuan est l’un des premiers directeurs ALB : Par dépit ! Je souhaitais devenir an-
français d’une agence de voyage basée en Inde. thropologue, mais après avoir réalisé que le
Shanti Travelorganise des voyages en Inde, au « terrain » ne constituait qu’une infime par-
Népal, au Bhoutan et au Tibet, en groupe ou à tie de l’activité, j’ai opté pour l’accompagne-
lacarte.Ilnousracontedanscetteinterviewson ment, puis la production touristique, avant
parcours et les raisons qui l’ont amené à ouvrir dedevenirentrepreneurdansce secteur. Au-
uneagencedevoyageenInde. jourd’hui,jen’aiabsolumentaucun regretcar
c’estjusqu’àprésentlemeilleurmoyenquej’ai
trouvé pour voyager,etlefaitd’organiserdes
circuits et séjours pour de nombreux voya-
LNRI :Pouvez-vousnousraconterbrièvement geursm’apportebeaucoupdesatisfaction.
votreparcoursjusqu’à votrearrivéeenInde?
LNRI : Comment s’est passée la découverteALB : Mon bac en poche, je suis parti un an
del’Inde?en Inde et au Népal, pour randonner et don-
ner des cours d’anglais dans une école népa- ALB : Après cinq mois passés dans les mon-
laise. Ensuite, étudiant à L’INALCO (langues tagnes népalaises, du côté des Annapurnas,
orientales) en hindi et en civilisation indien- du Langtang et de l’Everest, j’ai pris un vol
ne, j’accompagnais le plus souvent possible pour New Delhi avec unami pouryretrouver
desgroupesde trekkingenHimalaya (Népal, sa mère, styliste, qui était de passage dans
Ladakh,Sikkim)etenVTTauRajasthanpour le cadre de ses activités. On s’est retrouvé
destour-opérateursfrançais.Aprèsavoirpas- à séjourner à l’Hôtel Imperial durant trois
sémondiplômed’accompagnateurenmonta- nuits... Donc ma première vision de l’Inde a
gne, j’ai rejoint un tour-opérateur basé à Pa- été plus que bonne ! Je suis d’ailleurs assez
ris, spécialiste des voyages-aventures. J’étais nostalgique de l’Imperial d’il y a quinze ans,
chargé du développement de la destination avecsesmoquettesélimées,sesserveursdont
Asie,ce quim’a permisdedécouvrirdenom- les costumes étaient tachés... ce charme dé-
breuxpaysduranttroisans,etdecomprendre suet,«horsdutemps»,bienloindel’Imperial
comment « marche » un tour-opérateur. Je d’aujourd’hui...
suis ensuite venu m’installer définitivement
LNRI:Pourquoiavez-vouschoisil’Inde?enIndeenjanvier2005.
LNRI : Comment vous est venu cet intérêt ALB : D’abord par fascination pour la civili-
pourle tourisme? sation indienne, si antinomique dela société
DESTINATIONSdans laquelle j’ai grandi. Ensuite, parce que ALB : To utes les destinations de l’Inde pré-
le potentiel de l’Inde sur le plan touristique sentent un intérêt pour les voyageurs. De
est immense. Des vallées himalayennes aux plus en plusd’Européens attirés par leboud-
plages de l’archipel des Andaman, de la jun- dhismevisitentl’ÉtatduBihar;destrekkeurs
gle d’Arunachal Pradesh au désert du Kutch, quiontd’abordvoyagéauLadakhsetournent
la variété des paysages et des cultures nous désormaisversdesrégionsencoreméconnues
permetd’organiserdes voyageset séjours qui comme le Kinnaur-Spiti ou l’Arunachal... À
répondent aux attentes du plus grand nom- nos yeux,le seulcritère quijustifiedene pas
brede voyageurs. proposer de voyage dans une région donnée
estliéauxproblèmesdesécurité...
LNRI:Quelles sontlesdifficultésauxquelles
vousavezétéconfrontépourquevotreprojet LNRI : Comment sont choisis vos guides, et
aboutisse? quelle relationentretenez-vousaveceux?
ALB : Avant tout, des difficultés administra-
ALB : Plusieurs critères : passion du voyage,tives pour obtenir en tant qu’étranger mon
connaissance, pédagogie, bonne maîtrise devisadetravail,l’ouverturedenotrecompteen
la langue de ses guests, disponibilité, dyna-banque, puisl’accréditationauprèsduminis-
11misme, ouvertured’esprit. Le choix du guidetère du To urisme, etc. Quant aux clients, il y
est primordial, car il est la pierre angulairea cinq ans, ils étaient parfois frileux à l’idée
d’un voyage. L’équipe qui confectionne lesde réserverun voyageavecun tour-opérateur
voyages (responsables de destination, con-basé en Inde plutôt qu’en France. Depuis, les
seillers-voyage, responsables des hôtels, desmentalitésontbienévolué.
véhicules) attend beaucoup de son compte
rendude voyage,demanièreà toujoursamé-LNRI : Quelle a été la première destination
liorerles prestations.Carmême sinous som-proposéeauxclients?
mes souvent sur le « terrain », nous ne voya-
ALB : La première année, nous avons axé geonsquerarementavecnosclients,aussiles
notre programmation sur l’Ouest himalayen remarques, suggestions et « bons plans » de
(Ladakh,Zanskar,Himachal,Uttarakhand)et la part des guides sont pris très au sérieux.
l’Inde du Nord (Rajasthan, Madhya Pradesh, Nous essayons aussi de les faire évoluer en
UttarPradesh),destinationsquenousmaîtri- fonctiondeleursattentes:certainsguidescul-
sionsdéjàparticulièrementbien. turels sont ainsi devenus des guides de trek-
king après avoir suivi des formations ; d’au-
LNRI : Avez-vous rencontré des difficultés tres,spécialistesduRajasthan,ontélargileur
spécifiques sur le terrain qui vous ont aidé à champd’actionàd’autresdestinationsmoins
améliorer votreserviceet vosprestations? couruescommeleGujarat.
ALB : Contribuer à faire évoluer les mentali-
LNRI : Y a-t-il un profil type du touriste quitésdesguidesetchauffeurs quantau pushing
vientenInde?Qu’est-cequ’ilsouhaitevoiretshopping (pratique des chauffeurs et des tour
découvrirdanscepays ?opérateurs indiens d’emmener leurs clients
dans des boutiques présélectionnées, contre
ALB:Le voyageenInde s’est«démocratisé»commission bien sûr) n’a pas été facile, mais
cesdernièresannées, suiteà unengouementon yestarrivé ;demême,fairecomprendreà
pourcepaysdelapartdesmédiaseuropéens,l’équipe indienne que les attentes et besoins
qui présentent désormais une Inde en muta-des voyageurs européens ne sont pas forcé-
tion,etnon plus seulementla pauvretéetlesment les mêmes que ceux des voyageurs in-
catastrophes naturelles… De ce fait, l’Indediens, notamment sur les critères de choix
faitmoinspeur…Deplus,l’excellentecampa-deshôtels,aprisuncertain temps.
gne Incredible India a eu un impact très posi-
LNRI : Selon quels critères choisissez-vous tif sur les voyageurs et les professionnels du
lesdestinationsde voscircuits? tourisme.
DESTINATIONSLes infrastructures touristiques quant à el- attentes. En outre, nous sommes transpa-
les se sont largement améliorées, avec un rentsquantauxprestationsetprixpratiqués.
grand choix de lieux d’hébergement de qua- Comparéà un tour-opérateurbaséenFrance,
lité,denombreusescompagniesaériennes,de nousavonsuntripleavantage:lefacteurprix
meilleures routes,destrainsplus rapides... (30-40 %moinscher pourlesmêmes presta-
tions), la connaissance des lieux, et la proxi-
Denouvellesniches touristiquesontaussi vu mité avec le client. Comparé à nos confrères
le jour, avec le tourisme médical ou les cures indiens francophones, nous avons l’avantage
ayurvédiques par exemple. To ut cela contri- de baigner entre deux cultures, l’européenne
bueaufaitd’attirerde plusen plusde touris- etl’indienne,ce quifacilitelacompréhension
tes étrangers, pour des raisons très diverses. desattentesdenosclients.
Ceci dit, la majorité des touristes reste des
LNRI:Pensez-vous quefairedu tourismeenbackpackers, des routards, qui viennent pour
Inde à travers des circuits organisés donneun long séjour découvrir l’Inde authentique.
uneidéesatisfaisantedupays ?Denotrecôté,denombreuxclients voyagent
généralement pareux-mêmesmais préfèrent
ALB : Il y a mille et une manières de vivrepasser par une agence pour découvrir l’Inde,
l’Inde le temps d’un voyage. Mais un mini-pour éviter les galères de transport et de lo-12 mum d’organisation est nécessaire lorsqu’ongement.
a seulement 10 ou 15 jours devant soi… Par
exemple,ilpeutêtretrèsutiledevoyageravecLNRI : Quelles différentes sortes de circuits
unguideet/ouunchauffeur,avecquionpeutproposez-vous?
échanger dans sa langue pour mieux com-
prendre l’Inde; de même, seul un véhiculeALB: Nous sommes spécialistesdes voyages
privé peutnous permettrede séjournerdanssur mesure pour les voyageurs individuels.
un fort totalement hors des sentiers battusNousconstruisonsavecnosclientsleurvoya-
duRajasthan.geétapeparétapeselonleursbesoinsetleurs
envies. Nous proposons, ils disposent. En Quant aux voyages « techniques » tels que le
terme d’activités, nous avons une program- trekking, l’alpinisme, la randonnée équestre
mation très large : du voyage découverte à la ou la plongée, ils requièrent obligatoirement
plongée en passant par la randonnée éques- une bonne logistique et l’encadrement par
tre, le trekking, l’alpinisme, le séjour spa et uneéquipeprofessionnelle.
ayurvéda, ou encore le safari dans les parcs
animaliers.Sanscompterlesvoyagesàthème Enfin, chez nous, qui dit organisation ne dit
pointu:mariagedansunpalaisduRajasthan, pas formatage. Nous préférons par exemple
lunedemiel sur uneîledésertedesAndaman, la formules bed & breakfast dans les grandes
festivalsreligieuxetculturelscommelaKum- villes plutôt que le « tous repas inclus », et
bhaMela,leLosar,nouvelanLadakhi,etc. remettonsànosclients unfasciculefaitmai-
son intitulé NosBonnesAdresses qui peutles
LNRI:Enquoivotreagencedevoyagesedif- aiguiller quant au choix de leurs restaurants.
férencie-t-elledesautres? Nous proposonsaussidenombreuxmodules
permettant de « vivre » l’Inde, comme la dé-
ALB : Pour nous, chaque client est unique. couverteduvieuxDelhienVTTàl’aube,lors-
Les programmes qui sont en ligne sur notre que Delhi s’éveille, ou encore d’expérimenter
sitene sont quedes trames,etnous prenons letrainaumoinssuruneétape,d’assisteràla
plaisiràfabriquerdes voyagesnonformatés, confection de tissus imprimés ou à la récolte
exclusifsetoriginaux. De plus,le faitde réu- d’épices,departiràlapêchesurunefrêleem-
nir une équipe comprenant huit nationali- barcationavecdespêcheurskéralais,etc.
tés (Indiens, Népalais, Français, Allemands,
Américains,Italiens,Espagnols, Autrichiens) LNRI : Souvent les touristes qui visitent le
nous permetdecommuniquerdanslalangue nord du pays, sont choqués par le bruit, la
de nos clients et de mieux interpréter leurs pauvreté et trouvent le Sud plus plaisant.
DESTINATIONS