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La théorie générale de John Maynard Keynes

De
272 pages
Dix-huit études regroupées autour de deux grands thèmes: La "Théorie générale" et l'histoire de la pensée - La "Théorie générale" et les programmes de recherche keynésiens. Colloque, Nanterre, 12-14 juin 1986
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LA «THEORIE GENERALE» DE J-M KEYNES: UN CINQUANTENAIRE
Etudes présentées par

Patrick

MAURISSON

CAHIERS

D'ÉCONOMIE 14-15

POLITIQUE

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Comité de lecture: Richard ARENA, Louis BAS LE, Carlo BENETTI, Claude BERTHOMIEU, Arnaud BERTHOUD, Marie-Thérèse BOYER-XAMBEU, Jean CARTE LIER, Ghislain DELEPLACE, Michel de VROEY, Daniel DIATKINE, Sylvie DIATKINE, Olivier FAVEREAU, Roger FRYDMAN, Lucien GILLARD, Régis MAHIEU, Bernard MASSON, Patrick MAURISSON, André ORLEAN, Antoine REBEYROL, Michel ROSIER. Secrétariat: C. BENETTI, J. CARTELlER, G. DELEPLACE, P. MAURISSON.

Les manuscrits de la publication: Paris.

doivent être envoyés en trois exemplaires au directeur Patrick MAURISSON, 83, avenue Paul-Doumer, 75116

Prochain

numéro: économique: interprétations et analyses

N° 16-17 : Libéralisme

Abonnement

et Diffusion:

Editions L'Harmattan: 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique, 75005 Paris Abonnement 2 numéros: France Fr.F. : 160 Étranger Fr.F. : 180 (courrier normal) 200 (par avion)

En couverture: John Maynard Keynes photographié à Berlin. Copyright Roger Violet, Paris @ L'Harmattan, 1988 ISBN: 2-7384-0135-X

SOMMAIRE

Résumés des articles Introduction: Cinquante ans de Théorie Générale par Patrick Maurisson

v 1

La « Théorie Générale))
Henri GUITTON Richard ARENA Anna MARICIC Jean-Luc GAFFARD Philippe de VILLÉ

et l'histoire de la pensée
11 15

L'accueil fait par les Français à la pensée keynésienne (1936-1986) Les réactions françaises à la Théorie Générale (1936-1951) : la recherche d'une dynamique économique La Théorie Générale de Keynes: une lecture hicksienne
((

43
51

Une lecture hicksienne de la

Jan KREGEL

Jérôme de BaVER

Ghislain DELEPLACE

Roger FRYDMAN Suzanne de BRUNHOFF

Théorie Générale de Keynes)): de la difficulté de conjuguer des grammaires différentes Irving Fisher, Great-Grandparent of the General Theory: Money, Rate of Return over Cost and Efficiency of Capital Irving Fisher, Great-Grandparent of the General Theory)): un commentaire Ajustement de marché et taux d'intérêt spécifiques)) chez Keynes et Sraffa La Théorie Générale de Keynes: Economie et Politique Remarques sur le texte de R. Frydman: La Théorie Générale de Keynes: Economie et Politique))
(( (( ((

59

69

75

99 111

et les programmes La (( Théorie Générale)) de recherche keynésiens Gilles DOSTALER La théorie post-keynésienne, la Théorie génér(Jle et Kalecki Sylvie DIATKINE La théorie post-keynésienne, la Théorie Générale et Kalecki)): quelques réflexions complémentaires.
((

123 143

IV

Augusto GRAZIANI
Jean CARTELlER

Le financement de l'économie la pensée de J.M. Keynes

dans

151 167

Le ccfinance motive)) et la réinterprétation de la pensée de Keynes: un commentaire du texte d'Augusto Graziani
La Généralisation de la Théorie de l'Emploi à l'Economie Monétaire de la Production (esquisse d'un programme de recherche) La Théorie Générale: de l'Economie Conventionnelle à l'Economie des Conventions Le double projet dans la Théorie Générale de Keynes: un commentaire du texte d'Olivier Favereau Réponse Berthoud au commentaire d'Arnaud

Alain

BARRERE

173

Olivier

FA VEREAU

197

Arnaud

BERTHOUD

221

Olivier André

FA VEREAU ORLEAN

227 229

L'auto-référence dans la théorie keynésienne de la spéculation

v

RÉSUMÉS ABSTRACTS

DES ARTICLES OF THE PAPERS

Henri GUITTON L'accueil fait par les Français à la pensée keynésienne (1936-1986)

l'accueil des Français lors des années qui ont suivi la parution de la « General Theory». Un retard de compréhension. Un étonnement face aux premières obscurités de la pensée keynésienne. le souvenir de G. Pirou mort lui aussi en 1946. Nécessité d'une relecture et peut-être même d'une réécriture. Avec sa malice et son humour, 40 ans après sa mort, Keynes réécrirait-il ce qui a fait son prestige en 1936? The reception General Theory. of keynesian thought in France (1936-1986)

The reception by French economists in the years following the coming out of

A delay in understanding. A surprise caused by the first

obscurities of keynesian thought. Remembering G. Pirou, who also died in 1946. Necessity for a new reading and maybe even a new writing. With his smartness and humour, would Keynes write again what gave him prestige in 1936?
Richard ARENA et Anna MARICIC Les réactions françaises à la Théorie Générale (1936-1951) : la recherche d'une dynamique économique l'objet de l'article porte sur l'accueil reçu par la Théorie Générale chez les économistes français durant les quinze années qui ont suivi sa publication. Plus précisément, il s'agit de dégager les questions théoriques essentielles qu'a posées la lecture de cet ouvrage aux économistes français ainsi que les principales réponses que ceux-ci ont fournies. Un examen global de ces questions et de

VI
ces réponses fait apparaître un thème de réflexion prédominant et récursif durant toute cette époque: celui du statut temporel de la Théorie Générale. Dans un premier temps, est alors envisagé l'ensemble du spectre des interprétations rencontrées et ordonnées par l'importance de l'apport reconnu à la Théorie Générale à la construction d'une dynamique économique; dans cet ordre, la position théorique dont se réclament les auteurs (néo-classique, « classique Il, marxiste, keynésienne, écclectique, ...) joue évidemment un rôle important. Dans un second temps, parmi les économistes qui attribuèrent à l'approche keynésienne au moins une capacité à être dynamisée, des critères plus fins peuvent être introduits, qui permettent de définir une distinction entre plusieurs formes possibles de dynamique économique dont le contenu est très contrasté. Au bout du compte apparaissent les contours d'une véritable lecture « française Il de la Théorie Générale, qui souligne l'intérêt de cet ouvrage dans la perspective de la construction d'une dynamique d'ensemble des économies occidentales développées. The French reactions to the General Theory (1936-1951) The paper deals with the reception of the General Theory among the French economists during the fifteen years which followed its publication.More precisely, the authors try to stress the main theoretical questions French economists raised in reading the General Theory and the main answers they offered. A general examination of these questions and answers leads to emphasize the predominant

and recursive theme of General
The whole range impact acknowledged

Theory's

temporal framework.

of possible interpretationsis first reviewed, according to the
to the General Theory from the viewpoint of its contribution

to economic dynamics; in this prospect, the theoretical origin of the authors (neo-classical, « classical)), marxist, keynesian, ecclectic, ...) plays obviously an

criteriaare then introduced to provide a more thorough description of the attempts which considered that the keynesian approach could be at least developed in a dynamic perspective. According to this viewpoint, several possible types of economic dynamics are distinguished and their contrasted
contents are characterized.

important part. More accurate

Finally, the distinctive features of a "French" reading of the General Theory are depicted; they help to understand how the keynesian approach could be considered as a crucial contribution to economic dynamics.
Jean-lue GAFFARD une lecture hicksienne

la Théorie Générale de Keynes:

La Théorie Générale de Keynes représente un changement radical de méthode. La nature de ce changement est discutée dans une perspective hicksienne. En effet, nous prenons en considération, d'abord, ce que Hicks appelle une théorie de la période unitaire, ensuite, ce qu'il appelle une théorie de la continuation. Du point de vue de la théorie de la période unitaire, le changement le plus révolutionnaire tient dans l'usage de la méthode des anticipations qui implique que demandes et offres sont considérées comme étant déterminées non seulement par les goûts et les ressources mais aussi par les anticipations: l'analyse d'équilibre peut être utilisée non seulement dans des conditions statiques, mais même dans le monde réel en déséquilibre. Cependant, du point de vue de la

VII
théorie de la continuation, la manière rigoureuse d'interpréter l'analyse de Keynes est de considérer les seules solutions stationnaires qui impliquent des stocks stationnaires ou des stocks augmentant tous à un taux commun. Dès lors la théorie de la continuation de Keynes repose sur l'hypothèse que les anticipations de courte période sont toutes réalisées et doivent donc être ajustées aux changements des anticipations de longue période.

Keynes' General Theory: a Hicksian lecture Keynes' General Theory represents a change in theoretical method. The nature of this change is discussed in a Hicksian perspective. In fact, we take into consideration first what Hicks calls single period theory, and secondly what he calls continuation theory. From the standpoint of single period theory, the most revolutionnary change is the use of the method of expectations which implies that demands and supplies are regarded as determined not only by tastes and resources but also by expectations: equilibrium analysis can be used no only in static conditions, but even in the real world in disequilibrium. Yet, from the standpoint of continuation theory, the rigorous way to interpret Keynes' analysis is to regard the only stationnary solutions which imply stationnary stocks or stocks all growing at a common proportional rate. Therefore the continuation theory is setting forth on the assumption that short period expectations are always fulfilled and so must be adjusted to changes in long period expectations.
Philippe de VILLÉ Une lecture hicksienne de la Théorie Générale de Keynes

On y présente la critique d'une interprétation de la Théorie Générale qui reposerait sur l'approche hicksienne de la dynamique. Cette approche séquentielle de Hicks est basée sur la méthode de l'équilibre statique. L'unité de temps élémentaire doit être un intervalle de temps caractérisé par un équilibre stationnaire. La définition d'une telle unité est difficile dans un modèle stock-flux où les conditions d'équilibre des stocks peuvent s'avérer contradictoires lorsqu'elles impliquent des attentes ayant des horizons temporels différents. A l'opposé, l'approche implicite de la dynamique chez Keynes s'efforce de rompre avec l'approche en terme d'équilibre stationnaire de Hicks. La dynamique keynésienne « au jour le jour» repose sur une unité de temps élémentaire qu'on appelle la « période comptable n. Celle-ci se caractérise par "intervalle de temps à l'intérieur duquel les décisions à horizon temporel donné sont irréversibles. Au début d'une telle période, les attentes de court comme de long terme sont formulées, les décisions sont prises et les résultats de la période antérieure sont connus. A la fin de la période comptable, l'équilibre des comptes est réalisé par "émission de nouveaux engagements ou l'acceptation de nouveaux avoirs. Les contraintes physiques comme financières sont réévaluées. Quoique non encore pleinement développée et formalisée, une telle approche de la dynamique paraît une possible alternative à la méthode des équilibres pseudo-dynamiques de Hicks. A Hicksian Reading of Keynes' General Theory It is argued that it is not logically consistent to interpret Theory in the light of Hicks' conceptual approach of dynamics. Keynes' General Hicks' sequential

VIII
analysis is ultimately based on the static equilibrium method. The basic time unit must be a period characterizedby a stationary equilibrium. However such basic time unit is difficult to define in a stock-flow model where the stock equilibrium conditions might be inconsistent when they involve expectations with different time horizons. On the contrary, Keynes' implicit approach to dynamics in the General Theory is to get away from Hicks' stationary equilibrium of the basic time unit. The" day-to-day" keynesian dynamics is based on a basic time unit called the" accounting period" ; it is the time interval within which no change in decisions can be made. At the beginning of each" day", short-run and longrun expectations are formed, decisions are made and results of the previous period are known. At the end of the accounting period, balance-sheets constraints are fulfilled by issuing new assets and liabilities. Financial as well as physical constraints are reevalued. Although still not fully developed and formalized, this approach to dynamics based on a continuous" day-do-day" adjustment of expectations seems. to be an alternative to the hicksian pseudo-dynamic equilibrium method.
Jan KREGEL de la Théorie Générale)) et Efficacité du Capital :

ccIrving Fisher: arrière grand-père Monnaie, Taux de rendement

Dans la Théorie Générale, aussi bien que dans ses écrits de 1937, Keynes, pour clarifier les thèmes principaux du livre, mentionne sur divers arguments ses dettes vis-à-vis d'Irving Fisher. Aux yeux du lecteur moderne au courant de la fracture qui existe entre la théorie de la valeur néo-classique basée sur les travaux de Fisher et les théories post-keynésiennes développées à partir de l'œuvre de Keynes, cette reconnaissance de dette laisse perplexe. Etant donné la prééminence des interprétations néo-classiques de Keynes de nos jours, cet article se propose d'examiner les fondations des références de Keynes à Fisher et d'établir sa contribution aux idées de la Théorie Générale, 50 ans après sa publication.

"Irving Money,

Fisher: Great-grandparent of the General Theory" Rate of Return over Cost and Efficiency of Capital

In both the General Theory and his 1937 writings clarifying the main themes of the book, Keynes refers in various respects to his debts to Irving Fisher. To the modern reader aware of the cleavage between neo-classical value theory based on Fisher's work and the post-Keynesian theories stemming from Keynes' work this indebtedness appears perplexing. Recognising the dominance of the neo-classical intepretations of Keynes in modern times this paper seeks to assess the foundations of Keynes' references to Fisher and to clarify his contribution
to the ideas of the General Theory 50 years after

its publication.

IX
Jérôme
« Irving Fisher, great-grandparent

de BOYER
General

of the

Theory)):

un commentaire

Ni l'incertitude, ni le lien entre liquidité et taux d'intérêt ne sont absents de la théorie d'I. Fisher. C'est moins l'analyse de l'évaluation du capital qui distingue Keynes et Fisher que l'introduction par Keynes du concept de demande de monnaie, repris de Hawtrey. La thèse keynésienne d'une détermination monétaire du taux d'intérêt repose sur une dichotomie entre biens de consommation et biens capitaux absente à la fois chez Fisher et Hawtrey.
"Irving Fisher, great-grandparent of the General Theory" : a comment

Neither uncertainty nor the link between liquidity and the rate of interest are lacking in I. Fisher's theory. The distinction between Keynes and Fisher arises less from the analysis of capital evaluation than from the introduction of the concept of the demand for money, inherited by Keynes from Hawtrey. The keynesian statement of a monetary determination of the rate of interest rests on a dichotomy between consumption goods and capital goods, which is lacking in Fisher and Hawtrey as well.

Ghislain Ajustement

DELEPLACE spécifiques))

de marché et « taux d'intérêt chez Keynes et Sraffa

Après avoir souligné que l'indépendance du taux d'intérêt de la monnaie par rapport au revenu global est une hypothèse essentielle de la Théorie Générale,

la présente étude s'attache à retracer la genèse du concept de

«

taux d'intérêt

spécifique» et de l'ajustement de marché qui lui est associé. On peut alors montrer que, contrairement aux apparences, l'utilisation de ce concept par Sraffa et Keynes révèle deux analyses alternatives de la relation entre le taux d'intérêt de la monnaie et l'investissement; la portée de l'approche de Keynes s'en trouve à la fois précisée et limitée. Market adjustment
and own-rates in Keynes and Sraffa of interest

The present paper first emphasizes that General Theory rests crucially on the assumption that the money rate of interest is independent of aggregate income. In this view are analyzed the origin and development of the concept of ownrate of interest, and of the market adjustment associated with that concept. It is shown that, against the appearances,the use of that concept by Sraffa and Keynes reveals two alternative theories of the relation between the money rate of interest and investment; as a consequence, the scope of Keynes's approach becomes more precise and limited.

x
Roger La Théorie Générale FRYDMAN Economie et Politique

de Keynes:

Même si les développements que la Théorie Générale leur consacre sont modestes, pour la plupart des commentateurs elle marque une rupture dans la conception de la nature et de l'extension de l'intervention économique publique. Dans cet article, on tente de réévaluer ces thèses à partir de deux questions. Celle de la manière dont les économistes ont défini le statut de l'Etat dans ses relations avec le système économique. Celle de la compatibilité entre les stratégies macro-économiques et la démocratie.

Keynes'

General Theory: Economics and Politics

Even though the General Theory devotes few to those questions, for most of the commentators, it breaks the traditionnal conception of the nature and the extent of the public economic intervention. The purpose of this paper is to appraise that position from two points of view. Those of the way in which economists have defined the status of the State in relation to the economic system. Those of the compatibility between macro-economic strategies and democracy.
Suzanne de BRUNHOFF Remarques sur le texte de R. Frydman : « La Théorie Générale de Keynes: Economie et Politique)) Keynes, comme tous les économistes, se réfère à un Etat-sujet politique sans la théorie. Il introduit cependant une rupture profonde, notamment avec la micro-économie et « l'économie appliquée » selon Walras. Sa conception des

en faire

agents économiques, « actifs» et « inactifs», met en question non seulement les droits des « rentiers », mais toute la représentation des individus propriétaires. Elle légitime une intervention financière de l'Etat sur l'Investissement comme pivot d'une politique de l'emploi. Les incertitudes et les limites de la « macropolitique» keynésienne ne mettent pas en cause son originalité par rapport à
«

l'économie

sociale»

préconisée

par Walras. General Theory:

Some remarks about R. Frydman's "Keynes's Economics and Politics"

Keynes, like all the economists, refers to the State considered as a political subject, without providing the theory of it. Nevertheless, he introduces a deep break, in particular with micro-economics and" applied economics" according to Walras. His conception of economic agents, divided in "active" and "inactive" ones, questions not only the rights of rent-owners, but also the whole figuration of individuals as owners. It legitimates the use of financial State intervention on investment as pivot of the employment policy. The uncertainties and the limits of the keynesian "macro-policy" do not prevent it from being original as compared with" social economy" praised up by Walras.

XI
Gilles DOSTALER La théorie post-keynésienne, la Théorie Générale et Kalecki

L'auteur examine les caractéristiques principales de la théorie post-keynésienne, souvent présentée par ses partisans comme un nouveau paradigme apte à remplacer la théorie néo-classique. Fondamentalement, le projet post-keynésien consiste à tenter de réaliser une synthèse entre la théorie de la demande effective de Keynes et la théorie classique de la croissance et de la répartition. On trouve cette synthèse, à laquelle Keynes lui-même aurait sans doute été allergique, dans l'œuvre de Kalecki. l'auteur procède donc à une présentation de cette théorie, après avoir examiné les liens entre la théorie de Keynes et la théorie post-keynésienne. le noyau commun entre les théories de Kalecki, de Keynes et des disciples « post-keynésiens» de ce dernier, réside dans la place de l'investissement, moteur de la croissance. C'est là que s'opère la rupture avec la vision néo-classique, aujourd'hui dominante. Post-keynesian theory, The General Theory and Kalecki

The author views the main characteristics of the post-keynesian theory, which is often presented by its advocates as a new paradigm aimed at replacing the neo-classical theory. Basically, the main point of the post-keynesian project is to attempt a synthesis between Keynes' theory of effective demand and the classical theory of growth and distribution. This synthesis, to which Keynes himself would probably have been allergic, can be found in Kalecki's work. The author presents this theory, after having considered the links between Keynes and the post-keynesian theory. The common core of these theories lies in the place given to investment, the motor of growth. This is where the break occurs

with neo-classical views, which are prevalent nowadays.
Sylvie ccLa théorie DIATKINE

post-keynésienne, la Théorie Générale Quelques réflexions complémentaires

et Kalecki))

Ce commentaire se propose de prolonger la discussion du caractère novateur de la théorie post-keynésienne en insistant sur le rôle qu'y joue la monnaie, un point relativement peu abordé par G. Dostaler. Ce rôle sera étudié au niveau des salaires monétaires et de la dépendance financière. On pourra alors préciser les apports des post-keynésiens, notamment en référence à M. Kalecki, comme les insuffisances actuelles de la théorie quant aux prolongements du message de Keynes lui-même.
cc Post-keynesian

theory,

the General

Theory and Kalecki))

: a complement

This comment aims at backing at the analysis of the innovating nature of post-Keynesian theory, given the part played in it by money, an aspect that G. Dostaler does not approach. This part is studied from the angle of money wages and financial constraints. This makes it possible then to judge the contribution of the Post-Keynesians compared with M. Kalecki as well as the

XII
present inadequacy of the theory, as far as developments of Keynes's heterodoxy are concerned.

Augusto

GRAZIANI

le financement de l'économie dans la pensée de J.M. Keynes

le but de cet article est établir l'existence d'une théorie de la monnaie circulatoire chez Keynes. On va démontrer que c'est justement le fait d'avoir négligé l'analyse de l'offre de monnaie et d'avoir considéré la monnaie comme grandeur exogène qui a permis à la théorie néoclassique de développer l'idée fausse que ce sont les épargnes comme grandeur indépendante qui déterminent le niveau des investissements. l'analyse de la théorie keynésienne du financement montre que Keynes a donné une description complète du circuit monétaire, que Keynes parvint à traiter la quantité de monnaie comme une variable endogène, et que l'analyse de la circulation monétaire le porta à abandonner la théorie marginale de la répartition, qu'il avait suivie dans la Théorie Générale, pour accepter, dans ses ouvrages ultérieurs, la nouvelle formulation du mark-up qui venait d'être présentée par M. Kalecki. The financement of the economy in Keynes's thought

The aim of the present paper is to show the existence of a theory of monetary circulation in Keynes' thought. It is going to be shown that it is just the fact of having neglected the analysis of money supply and to have defined the money stock as an exogeneous variable, that allows neo-classical theory to consider savings as an independent variable determining the level of investment. The analysis of Keynes's theory of financement shows that he supplied a complete description of the monetary circuit, that he considered the money stock as an endogeneous variable, and that the analysis of the supply of money led him to drop, in his subsequent writings, the marginal theory of distribution, a theory he had followed in the General Theory, in favour of the new mark-up theory of prices and distribution, recently suggested by M. Kalecki.

Jean CARTELlER le « finance motive» et la réinterprétation de la pensée de Keynes: un commentaire du texte d'Augusto Graziani

Trois points sont examinés

dans ce commentaire

de l'article de A. Graziani: être de
la

- la thèse de la monnaie endogène complétée par l'explicitation du système
la limite de l'approche du circuit

dont on suggère qu'elle devrait de règles qui la constitue;

- le rôle du marché financier dans le financement dont il conviendrait rappeler qu'il est le lieu où se vérifie la cohérence des anticipations;
quant à l'étude des modalités de

circulation.

XIII
The "finance motive" and the reinterpretation of Keynes's a comment on Graziani's paper thought:

Three questions are discussed in the comment of Graziani's paper: it is suggested that the theory of endogenous money, expounded by A. Graziani, should be completed by the explicitation of the system of rules which is at its root; - the role of financial markets is not only to finance the planned expenditures but also to avoid the bankruptcies due to the discrepancies between expectations and realisations; - the" circuit approach" does not go very far into the study of the rules of circulation.

-

Alain BARRERE La Généralisation de la Théorie de l'Emploi à l'Economie Monétaire de la Production (esquisse d'un programme de recherche) Le champ d'analyse de la T.G. est anormalement limité par les hypothèses de la courte période: non concordance du profit maximum et de l'emploi maximum; plein emploi conçu comme limite des situations d'équilibre possibles; bloquage de la production au niveau du plein emploi qui fait apparaître une économie de transfert d'activités. La T.G. n'est donc pas une interprétation d'ensemble d'une économie de production croissante: la loi des rendements décroissants a une portée générale; l'investissement crée des emplois mais reste sans effet sur le volume de l'équipement et sur sa capacité de production. Cependant, dans les C.W., Keynes montre que l'économie d'entrepreneurs est caractérisée par l'accroissement de la richesse courante. L'investissement productif doit l'emporter sur l'accumulation personnelle stérile, de sorte que soit dépassé l'équilibre stationnaire de plein emploi. Ceci conduit au réexamen des relations entre épargne et consommation, lequel pose l'option fondamentale entre l'accumulation de la richesse acquise et l'investissement du surplus courant. La spéculation et les anticipations influencent les décisions d'employer et de produire par le jeu de deux facteurs: la monnaie et l'équipement durable. La T.G. n'étudie que les conséquences de l'investissement, mentionnant sans les intégrer, le coût d'usage, les coûts d'investissement et de remplacement. faut " intégrer ces trois éléments dans le cycle du capital, ce qui conduit à raisonner hors des hypothèses de courte période, et en termes de grandeurs brutes et non en termes de grandeurs nettes, et donc à examiner le comportement autonome des trois variables précitées. Du circuit du revenu net on passe alors au circuit du produit brut qui dégage la règle selon laquelle: « quand le produit croît, le revenu et la consommation augmentent, mais le revenu augmente moins que le produit et la consommation moins que le revenu ». The Generalization of Employment Theory: towards a Monetary Production Economy (sketch of a research project) Keynes' General Theory analysis is limited by three kinds of assumptions which are reserved for the short period: non-conformity between maximum employment and maximum profit: full employment considered as the limit of

XIV
the equilibrium situations and as a bottleneck of production. Therefore General Theory is not a model of a growing economy. Investment creates employment but is without effect on the volume and capacity of production, since the scale of production is given and the returns are decreasing. However, in his Collected Papers, Keynes shows that an entrepreneurial economy is caracterized by the growth of current wealth. In such an economy investment overtakes personnal accumulation to overpass the stationary situation of full employment. This takes us to a new examination of the relationships between saving and consumption and of the fundamental choice: to increase one's own wealth or to invest to increase the common wealth. Speculation and anticipations influence the decisions to employ and to produce by two factors: money and fixed capital. The General Theory only considers the consequences of investment, mentioning the user costs, the costs of disinvestment and the replacement costs without considering their effects in the analysis: our purpose is to integrate them in the capital cycle, and thus to abandon the short period hypothesis as well as the analysis in terms of gross - and not net - variables. Therefore from the income circuit we can pass to the gross product circuit, which enables us to find the golden rule of growth: "when the product increases, the income and the consumption increase, but the income increases less than the product and the consumption less than the income" .
Olivier FA VEREAU

La Théorie Générale: de l'Economie Conventionnelle à l'Economie des Conventions l'hypothèse d'une dualité de projets de recherche dans la Théorie générale peut réveiller l'intérêt pour deux concepts keynésiens, tombés dans l'oubli: « "orthodoxie» (c'est-à-dire l'Economie Conventionnelle), la « convention )). Keynes élabora le 16' concept, lorsqu'il prit conscience (en éditant son Essai sur Malthus) de ce que la cohérence du modèle « classique» excluait la prise en compte d'un chômage involontaire massif. Son projet « pragmatique» consista dès lors à introduire, aux moindres frais, la possibilité de chômage par l'effet de l'incertitude sur les marchés financiers: la détermination du taux d'intérêt (trop élevé) résulte d'une logique de « convention I). le projet « radical I), auquel Keynes renonça à la mi-1933, impliquait la prise en compte de l'incertitude sur tous les marchés. Dans la mesure où règles, conventions et institutions constituent des adaptations rationnelles à l'incertain non probabilisable, l'avenir du keynésianisme réside sans doute dans la construction d'une Economie des Conventions, et la forme présente de « "Economie

Conventionnelle

I),

dans le silence analytique sur les mécanismes de coordination
de marché.

autres que les prix (ou rationnements)

The General Theory: From Conventional Economics to the Economics of Conventions Our previous hypothesis about a duality of research projects in the General Theory is shown to put to the fore two theoretical notions, usually neglected when reading the G. T. : "Orthodoxy" (conventional Economics) and" Convention". Keynes built the notion of "Conventional Economics" when he became aware of its inability to deal consistently with involuntary unemployment; his

xv
"pragmatic" project then consisted in making unemployment logically possible inside" Conventional economics" by introducing strong uncertainty in the financial markets: although too high, the level of the interest rate results quite rationally from a "convention". Keynes' "radical" project, which he renounced in 1933, would have been toextend the behavioural consequences of such an uncertainty to goods and labour markets. Rules, institutions and conventions, being rational adaptations to uncertainty we suggest that the future of Keynesian economics depends on the. development of the" Economics of Conventions" whereas the present "Conventional economics" may be the whole corpus of economic theories unable to deal with coordinating mechanisms other than market price (or rationing),
Arnaud BERTHOUD

Le double projet dans la Théorie Générale de Keynes: un commentaire du texte d'Olivier Favereau O. Favereau formule avec fougue et brio l'hypothèse selon laquelle Keynes approfondirait et divulguerait dans un ordre et selon une accentuation variables différents éléments de sa théorie économique en fonction de ce qu'il estime luimême à différentes époques être la lutte la plus efficace contre l'orthodoxie. Or cette idée revient à imputer l'hétérogénéité de la théorie économique de Keynes à une hésitation de la pensée pratique et non à des obscurités ou des confusions de type analytique ou épistémologique. Il semble que sur quelques points jugés décisifs par Favereau lui-même cette question « hésitation stratégique ou confusion théorique » chez Keynes permet d'être tranchée plutôt dans le second sens. On fait ici successivement référence aux notions d'équilibre marchand ou d'équilibre non marchand par quoi qualifier l'état de sous-emploi; à l'origine de l'incertitude non probabilisable - temps ou argent? ; à la présence chez Keynes d'une théorie de l'allocation des richesses alternatives à la théorie orthodoxe du marché. Two projects in Keynes's General Theory: a comment on O. Favereau's paper.

O. Favereau assumes with spirit and brio that Keynes would have deepened and disclosed various elements of his economic theory with such an order and stressing as to accommodate it to the most efficient fighting against orthodoxy at the time, according to his own judgment. This idea attributes the heterogeneity of Keynes's economic theory to an hesitation in his practical thinking, and not to obscurities or confusions of an analytical or epistemological type. On some points considered as decisive by Favereau himself, it seems that this question "strategic hesitation or theoretic confusion" may be rather settled in the second way. The following points are here stressed in turn: the qualification of the unemployment state by the notions of market or non-market equilibrium; the origin of non-calculable uncertainty: time or money?; the existence in Keynes of a theory of wealth allocation, alternative to the orthodox market theory.

XVI
André ORLEAN L'auto-référence dans la théorie keynésienne de la spéculation

l'idée centrale, qui fonde l'analyse de la spéculation financière menée par J.M. Keynes dans la Théorie Générale, est que l'anticipation du spéculateur est une anticipation quant à l'opinion des autres opérateurs sur le cours boursier de la période suivante. On peut caractériser cette situation comme auto-référentielle dans la mesure où on anticipe une valeur qui n'est pas extérieure au marché, comme le serait la « valeur fondamentale Il, mais qui est produite par le marché lui-même, l'opinion moyenne des agents. Cette caractéristique conduit à doter la spéculation de propriétés spécifiques: rôle des prophéties autoréalisatrices, multiplicité et indétermination des équilibres... la mise en évidence par J.M. Keynes de ces propriétés le conduit à s'écarter de la vision traditionnelle de la spéculation comme processus stabilisateur. Elle le mène à critiquer sévèrement la recherche systématique de la liquidité financière. Dans une dernière partie, nous soulignons la convergence entre ces résultats et les résultats modernes obtenus dans l'analyse des bulles spéculatives avec anticipations rationnelles. Self-reference in Keynes's Theory of Speculation

At the heart of Keynes's theory of financial speculation in the General Theory is the idea that the speculator's expectation is essentially concerned with what the other operators will believe about prices of the Stock Exchange at the next period. This situation is self-referentialto the extend that the expectations have

to do with the market's own product. i.e. the average opinion of the agents and not with an exogeneous value - such as "the fundamental value". The consequence is that speculation shows special characteristics such as self-fulfilling prophecies, and an inderterminacy of equilibria. Keynes's understanding of these phenomena led him to abandon the traditional view whereby speculation plays a stabilizing role. Consequently he conducts a severe criticism of the agent's strategy always of seeking liquidity. In conclusion we demonstrate that there is a close link between Keynes's findings and those reached in modern studies of speculative bubbles (theory of rational expectations).

INTRODUCTION: CINQUANTE ANS DE « THÉORIE
par Patrick MAURISSON

GÉNÉRALE»

Pour Evelyne et pour Gilbert: à la mémoire de notre mère.

A l'occasion du cinquantenaire de la publication de la Théorie Générale de l'Emploi, de l'Intérêt et de la Monnaie de John Maynard Keynes, le Centre d'Anthropologie Economique et Sociale (Applications et Recherches) de l'Université de Paris X-Nanterre, la RCP 837 du CNRS: Histoire de la Pensée et Analyse Economique, et les Cahiers d'Economie Politique, ont organisé les 12, 13 et 14 juin 1986 un colloque international qui s'est tenu à l'Université de Paris X-Nanterre 1. Onze communications ont été présentées durant ces trois journées, chacune d'entre elles faisant l'objet d'un rapport. Au total, vingt
chercheurs
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ont suscité et orienté les débats dont on trouvera l'essentiel

dans le présent ouvrage 3. * **
Depuis sa publication en février 1936, la Théorie Générale de

J.M. Keynes a reçu de nombreuses interprétations. De la « version hicksienne » à « l'approche fondamentaliste» de G.L.S. Shackle, on pourrait recenser tout un « arc-en-cielde lectures» mettant l'accent sur tel ou tel aspect de ce livre magistral. L'historien de la pensée économique se doit de rendre compte de cette pluralité de points de vue et tenter de les expliquer. Il doit également apprécier ceux d'entre eux qui jouent aujourd'hui un rôle actif dans les progrès de l'analyse économique contemporaine.
Par ailleurs, la publication des œuvres complètes de J.M. Keynes 4

2

Pa~ick

A1aur~son

ne permet plus - dorénavant - de considérer la Théorie Générale comme le livre qui contiendrait en lui-même l'intégralité de la contribution de son auteur à l'Economie Politique. En conséquence il convenait de proposer aux participants à ce colloque, d'une part d'analyser l'évolution des interprétations de la Théorie Générale depuis sa parution jusqu'à nos jours, et d'autre part de confronter les lectures actuelles de la Théorie Générale aux divers textes rassemblés dans les Collected Writings qui ont précédé ou suivi cette parution. Suite à son« appel d'offre », le comité d'organisation avait regroupé en trois thèmes principaux les projets de communications:

-

« Les sources et la réception de la Théorie Générale lors de sa parution », « Les thèmes de la Théorie Générale, récurrents dans l'œuvre de J.M. Keynes », « L'actualité de la Théorie Générale, relue et approfondie à la lumière des Collected Writings, et les controverses en cours ».

Le colloque s'est déroulé selon ces trois ordres de considérations, et l'on trouvera son programme en annexe à cette introduction. Mais comme le savent bien leurs organisateurs, les réunions scientifiques sont des institutions vivantes qui, malgré le cadre formel qu'on leur donne, imposent à leur déroulement même une logique propre qui fait ressortir des articulations thématiques ne recoupant pas forcément l'ordre des exposés. A tel point que le plus souvent, ce n'est qu'à tissue de ces réunions, en reconstituant les moments cruciaux où leurs acteurs ont véritablement noué le dialogue et décanté leurs idées respectives, qu'apparaissent les véritables lignes de force et les enjeux des problèmes abordés. C'est pourquoi l'édition de ses «Actes» peut sensiblement différer du déroulement effectif d'un colloque. Il ne faut pas s'en étonner, et encore moins s'en plaindre, car c'est la preuve que ces réunions ne sont pas vaines ,. qu'elles permettent de clarifier certaines positions théoriques, d'infléchir la compréhension de certaines autres, et en définitive d'amorcer de nouvelles recherches en délimitant plus précisément les domaines d'investigation. Il en a été de la sorte pour le colloque de Nanterre sur la Théorie Générale,. aussi le sommaire de cet ouvrage n'est-il pas le simple décalque du programme annoncé. Quoique les thèmes initiaux aient bien été traités, les contributeurs les ont envisagés sous deux angles qui méritaient d'être distingués dans la présentation définitive de leurs travaux. Non pas que ces deux angles ne se recouvrent pas en partie, sur le plan théorique, mais ils délimitent des domaines méthodologiques que l'on peut séparer, sans pour autant les opposer l'un à l'autre. Pour les uns, ce fut la place de la Théorie Générale dans l'histoire de la pensée économique contemporaine qui retint principalement l'attention,. pour les autres, la réflexion se centra sur l'examen des programmes de recherche pouvant découler de relectures

Introduction

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de la Théorie Générale. C'est en conformité avec ces deux grandes orientations que nous avons choisi de regrouper les textes présentés lors du colloque sous les titres suivants: La «Théorie Générale» et J'histoire de la pensée La « Théorie Générale» et les programmes de recherche keynésiens. * ** Les intitulés des deux parties de l'ouvrage que l'on va lire correspondant à une distinction d'ordre plus méthodologique qu'analytique, il ne semble pas inutile de souligner certaines des convergences qui se manifestèrent lors du colloque. Nous en retiendrons deux. Tout d'abord, la plupart des contributeurs, pour ne pas dire tous, ont considéré que la relecture de la Théorie Générale devait impérativement passer par sa réinsertion au sein de l' œuvre de J.M. Keynes 5. Cette nouvelle approche de la Théorie Générale déborde le clivage méthodologique que nous avons retenu. Il s'agit, en effet, de reconsidérer les concepts mêmes de la Théorie Générale, soit en les resituant dans le contexte intellectuel qui vit leur émergence (ce qui relève par excellence de l'histoire de la pensée économique), soit de développer certaines de leurs potentialités théoriques (ce qui est spécifique aux programmes de recherche). Pour ne mentionner que deux illustrations de cette impérieuse nécessité, citons Augusto Graziani qui, insistant sur l'importance des innovations analytiques contenues dans les articles de J.M. Keynes de 1937-1939 considère
« qu'ils devraient être lus comme un vrai supplément à la Théorie

Générale

». Nous pouvons

également reprendre les questions sui-

vantes posées par Henri Guitton: « est-ce que la Théorie Générale
doit être l'ouvrage le plus significatif, le plus keynésien de tous les 25 volumes de la Collection complète? C'était sûr hier. Est-ce encore certain aujourd'hui? N'est-ce pas encore moins certain pour demain? ». L'on pressent au vu de ces réflexions lapidaires que la lecture de la Théorie Générale, et des Collected Writings, quand elle s'évade du carcan de cet ouvrage cinquantenaire, peut tout aussi bien conduire à mieux comprendre l'architecture de ses vingt-quatre chapitres, qu'à mettre en évidence ses faiblesses analytiques - voire ses contradictions internes - et, pour apprécier l'esprit novateur de son auteur, à rechercher «ailleurs» dans l'œuvre de J.M. Keynes des formulations plus décisives que celles de la Théorie Générale. La Théorie Générale ne serait plus alors qu'un des maillons dans l'évolution de la pensée de J.M. Keynes, et pas forcément le moins fragile. .. La seconde affinité qui donna une coloration commune à l'ensemble des interventions ne surprendra guère, puisqu'il s'agit de la place éminente tenue par la monnaie dans l'analyse keynésienne. Dire que l'objet de prédilection de la réflexion théorique de J.M. Keynes est

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Patrick Alaurisson

la monnaie est une banalité. Ce qui l'est assurément moins est de considérer que les propriétés de la monnaie conditionnent à tous ses niveaux le fonctionnement d'une économie marchande,. de telle sorte que l'on peut dire que ce type d'économie est avant tout une économie monétaire. Dans cette optique du primat monétaire, il est postulé que la monnaie est un «facteur réel» qui joue un rôle crucial à l'instant même où les agents économiques forment leurs décisions, jusqu'au moment où elles sont sanctionnées par le marché, et - dans l'intervalle séparant ces deux points du temps - tout au long de la chaîne causale qui mène de l'un à l'autre. Pour reprendre une expression introduite par J.M. Keynes lui-même: l'économie marchande est « une économie monétaire de production» 6. Il s'ensuit que toute hypothèse qui tendrait à neutraliser la monnaie, notamment pour contourner les difficultés théoriques qui surgissent dès lors que les processus économiques s'inscrivent dans une temporalité non réversible, dénature la réalité dont l'Economie Politique a vocation à rendre compte en termes théoriques. La conjonction de ces deux points de vue convergents ne produit pas uniquement un consensus quant à la manière de se dire keynésien. Elle autorise des perspectives théoriques originales qui dans plusieurs lignes de recherche tendent, soit à relativiser l'importance de certains aspects de la Théorie Générale - tout spécialement dans la conceptualisation de la monnaie -, soit au contraire à en réactualiser certains autres, par exemple: la notion de convention. * ** Il ne nous appartient pas dans cette brève introduction aux Actes d'un colloque si riche d'idées et si enrichissant par leurs échanges, d'analyser en détail le contenu des communications et des rapports dont ce recueil contient les versions définitives. Nous nous contenterons d'énumérer dans l'ordre du sommaire les sujets traités par les auteurs, en distinguant bien évidemment les deux parties où nous les avons reclassés. La première partie porte donc sur: «La Théorie Générale et l'histoire de la pensée ». Sous cet intitulé l'on retrouvera tout d'abord des textes portant sur les premières interprétations de la Théorie Générale à l'époque de sa publication, tant en France (H. Guitton et R. Arena-A. Maricic), qu'en Grande-Bretagne (J.L. Gaffard et Ph. de Villé) ,. ensuite des textes consacrés à la genèse de la Théorie Générale et aux influences subies par son auteur (J.A. Kregel, J. de Boyer et G. Deleplace) ,. enfin des textes qui traitent de la relation ambiguë entre l'Economie et le Politique dans la Théorie Générale (R. Frydman et S. de Brunhoff). Dans la seconde partie consacrée à: «La Théorie Générale et les programmes de recherche keynésiens », les auteurs ont clarifié,

Introduction

5

développé ou encore amorcé des programmes de recherche qu'il faut bien qualifier d'hétérodoxes pour les distinguer de la synthèse néoclassique qui fait appel à ce que nous nommerions volontiers le keynésianisme ordinaire 7. Successivement sont examinés la théorie dite post-keynésienne (G. Dostaler et S. Diatkine), la théorie du circuit macroéconomique (A. Graziani et J. Cartelier), l'économie monétaire de la production (A. Barrère), l'économie des conventions (O. Favereau et A. Berthoud), enfin un renouvellement de la conception du lien social marchand sur la base de la notion d'auto-référence (A. Orléan). * ** Nous ne saurions conclure sans exprimer toute la gratitude des membres du comité d'organisation aux participants à ce colloque de Nanterre: contributeurs, rapporteurs, mais aussi simples intervenants dans les débats. Au cours de ceux-ci la vigueur des discussions ne l'a jamais emporté sur le souci de mieux se faire comprendre, peut-être, du moins sommes-nous enclin à le croire, pour mieux connaître sa propre pensée. C'est en tout cas l'impression stimulante que nous gardons de ces trois journées de juin 1986, pleines de cette émulation si particulière que suscite parfois la confrontation des idées, et dont la correspondance de J.M. Keynes demeure l'un des témoignages les plus vivaces qui soient. Université de Lille l

CREPPRA (Université de Picardie)
RCP 837 (CNRS)
NOTES
1. Le comité d'organisation de ce colloque comprenait : Carlo Benetti: Directeur de la RCP 837 ; Ghislain Deleplace : Membre du Secrétariat des CEP; Roger Frydman : Directeur du CAESAR; Patrick Maurisson : Directeur des CEP. Nous tenons ici à remercier Hervé Defalvard - chargé de recherches au CAESAR à l'Université de Paris X-Nanterre - qui a grandement soulagé le comité d'organisation de bien des tâches matérielles. 2. Parmi eux, six de nationalités étrangères. 3. A la demande de son auteur, la communication de Marcello Messori ne figure pas dans cet ouvrage. Quant aux rapporteurs, certains n'ont pas souhaité que leur intervention fasse l'objet d'un texte publié. 4. The Collected Writings of John Maynard Keynes (25 tomes) Mac Millan, St Martin's Press for the Royal Economic Society (1973). 5. Ce nouveau « mode d'emploi » de la Théorie Générale confirme (s'il en était besoin) le bien-fondé de la démarche intellectuelle de plusieurs auteurs, notamment au cours de deux colloques antérieurs, d'une part: Keynes aujourd'hui: théorie et politique. Etudes coordonnées par Alain Barrère (Economica 1985) et d'autre part: L'hétérodoxie dans la pensée économique: K. Marx, J.M. Keynes, J.A. Schumpeter. Etudes présentées par Ghislain Deleplace et Patrick Maurisson (Anthropos 1985). 6. Est-il nécessaire de rappeler qu'initialement le livre qui devint la Théorie Générale devait contenir cette expression dans son titre?

6

Patrick

Maurisson

selon laquelle tous les économistes étaient devenus des keynésiens. Ce qui n'est vrai que dans la mesure où l'on croit que l'économie d'obédience néo-classique est le seul discours pertinent en Economie Politique, et que de plus l'on censure des pans entiers de la pensée keynésienne qui sont totalement réfractaires à leur intégration à ce système analytique.

7 ANNEXE PROGRAMME DU COLLOQUE DE NANTERRE

Jeudi 12 Juin: LE~ S,0URCES ET LA RÉCEPTION DE LA « THEORIE GENERALE» LORS DE SA PARUTION R. ARENA-A. MARICIC Université de Nice G.DELEPLACE Université d'Orléans J.L. GAFFARD Université de Nice J.A. KREGEL John Hopkins University : Les réactions françaises à la Théorie Générale (1936-1951) : la recherche d'une dynamique économIque Rapport de H. Guitton (Institut de France) : Ajustement de marché et « taux d'intérêt spécifiques » chez Keynes et Sraffa Rapport de G. Grellet (Université de Nantes) : La Théorie Générale de Keynes: une lecture hicksienne Rapport: P. de Villé (Université Catholique de Louvain) : Irving Fisher, Great-grandparent of the General Theory: Money, Rate of Return over Cost and Efficiency of Capital Rapport de J. de Boyer (Université de Paris IXDauphine)

Vendredi 13 juin: LES THÈMES DE LA «THÉORIE GÉNÉRALE» RÉCURRENTS DANS L'ŒUVRE DE J.M. KEYNES R. FRYDMAN Université de Paris XNanterre O. FAVEREAU Université du Maine A. GRAZIANI Université de Naples M. MESSORI Université de Cassino : La Théorie Générale de Keynes: Economie et Politique Rapport de S. de Brunhoff (CNRS) : La Théorie Générale: de l'Economie Conventionnelle à l'Economie des Conventions Rapport de'A. Berthoud (Université de Paris XNanterre) : Le financement de l'économie dans la pensée de J.M. Keynes Rapport de M. de J. Cartelier (Université de Nice ) : L'offre de monnaie et ses relations avec la demande spéculative de monnaie Rapport de M. de Vroey (Université Catholique de Louvain)

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Samedi 14 juin:

Patrick Maurisson
L'ACTUALITÉ DE LA « THÉORIE GÉNÉRALE », RELUE ET APPROFONDIE A LA LUMIERE DES « COLLECTED WRITINGS» ET LES CONTROVERSES EN COURS

A. BARRÈRE Université de Paris 1Panthéon-Sorbonne G. DOSTALER Université du Québec à Montréal A. ORLÉAN INSEE

: La Généralisation de la Théorie de l'Emploi à l'Economie Monétaire de la Production (esquisse d'un programme de recherche) Rapport de M. T. Boyer-Xambeu (Université de Picardie) : La théorie post-keynésienne, la Théorie Générale et Kalecki Rapport de S. Diatkine (Université de Lille I) : L'auto-référence dans la théorie keynésienne de la spéculation Rapport de A. D'Autume (Université de Paris I)

Théorie Générale » et l'histoire de la pensée
«

La

L'ACCUEIL FAIT PAR LES FRANÇAIS A LA PENSÉE KEYNÉSIENNE
(1936-1986)

par Henri GUlTfON

C'est en 1936 que Keynes écrivait la Théorie Générale. Un cinquantenaire permet à ceux qui ont vécu la première date, et qui sont encore vivants à la seconde de tenter un réveil de leurs souvenirs. A la vérité, la génération à laquelle j'appartiens n'a pas connu l'ouvrage l'année de sa parution en Angleterre. En 1936 d'autres problèmes nous préoccupaient. Sans doute nous n'étions pas sans connaître l'existence du Maître de Cambridge, mais presque uniquement par l'ouvrage: « The Economic Consequences of the Peace» (1919). C'est après coup que nous avons découvert les étapes de sa carrière et de son œuvre. J.M. Jeanneney a bien écrit une esquisse de cette œuvre dans la Revue d'Economie Politique, où l'on avait la belle initiative, malheureusement tombée en désuétude, de tracer l'œuvre scientifique de quelques économistes étrangers. C'était cependant en 1936 (mars-avril, p. 532), trop tôt pour parler de la Théorie Générale. La guerre et l'occupation ne permettaient guère la réflexion sereine. C'est toutefois en 1942, six ans donc après 1936, que paraît chez Payot la traduction française par Jean de Largentaye, et la fameuse préface pour l'édition française, écrite trois ans plus tôt, le 20 février 1939, quelques mois avant l'entrée en guerre. Quel était en ces années 1936-1942 l'état de l'opinion des économistes français, j'allais même dire leur état d'âme? En vérité nous étions, les tout jeunes et leurs maîtres d'alors peu préparés à recevoir l'enseignement de Keynes. C'était dans une autre ambiance que nous étions formés. Lescure et Aftalion nous livraient leurs pensées sur les crises, sur la monnaie, les problèmes internationaux, mais ce n'était pas dans l'atmosphère keynésienne. Seul Gaëtan Pirou aurait pu le faire dans ses cours des Hautes Etudes, où nous étions tenus au courant des grands courants
de la pensée contemporaine, mais c'était trop tôt

-

Walras,

Pareto

et

les théories de l'équilibre, l'école marginaliste autrichienne (Bôhm-Bawerk, Menger, von Wieser) les auteurs américains occupaient la première place. Gonnard ne parle pas de Keynes et Dieu sait si nous avons apprécié son histoire. C'est dans la 6e édition, 1944, de l'Histoire de Gide et Rist, que Ch. Rist consacre plusieurs pages (837 à 850) à l'œuvre de notre auteur: l'épargne, le chômage, les crises. Nous avons été rapidement frappés par une certaine résistance de la pensée française, il faudrait plutôt dire un étonnement, une difficulté à comprendre un livre qui correspond si mal à la méthode que l'on nous transmettait dans les leçons d'agrégation. Les admirations ne sont venues que bien plus tard. Ce qui nous surprenait, au premier abord, c'était l'absence de plan: les redites, un langage nouveau, ce que nous pensions être des obscurités. Mais l'admiration pour les mercantilistes et l'exaltation de Montesquieu (la préface) considéré comme le plus grand économiste

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