//img.uscri.be/pth/7d36a154c4a4ca9a8227575245f10373ea2d417f
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,38 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Le tourisme dans la mondialisation

De
119 pages
Depuis sa naissance dans l'Europe médiévale, le capitalisme ne cesse d'accompagner le développement touristique, des touristes d'affaires à l'origine au tourisme de masse, international puis mondialisé. Par ailleurs, l'industrie touristique, qui s'inscrit dans la globalisation financière, devient l'une des activités capitalistes les plus dynamiques aujourd'hui, malgré les effets néfastes de la crise économique qui sert souvent de fil conducteur à cet ouvrage. Mais le capitalisme et la mondialisation auront-il finalement raison de nos sociétés "hyperfestives" ?
Voir plus Voir moins

LE TOURISME
DANS LA MONDIALISATION
Les mutations de l’industrie touristique

Jean-Michel HOERNER

LE TOURISME
DANS LA MONDIALISATION Les mutations de l’industrie touristique

L’HARMATTAN

© L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11444-9 EAN : 978229609114449

INTRODUCTION Le tourisme dans la mondialisation implique son rapport avec le capitalisme, et on pourrait craindre des écarts de langages. Le capitalisme est ainsi souvent chargé de tous les vices, certes moins en tant que système que pour la profusion des scandales ou des injustices sociales qu’on lui associe, tandis que le tourisme, malgré les accents d’humanisme que certains lui prêtent, est parfois perçu comme le dévoiement des voyages. Cependant, des défenseurs du capitalisme, las de sa caricature, essayent de se débarrasser de la mauvaise image des traders, des profiteurs ou des spéculateurs, en rappelant à l’envi son succès dans le développement économique du monde et, justement, la mondialisation. De leur côté, beaucoup de professionnels, d’institutionnels et de formateurs en tourisme cherchent toujours à valoriser des activités auxquelles ils se dévouent sans compter. Ce que la plupart ignorent ou feignent d’ignorer, c’est que le tourisme et le capitalisme partagent le même destin depuis leurs origines. Beaucoup (j’en ai longtemps fait partie) croient à tort que le tourisme d’agrément existe depuis le commencement des temps. Pourtant, si nous admettons que de telles activités nécessitent des flux conséquents, il est difficile de les faire remonter à des époques où le temps libre était réduit à la portion congrue et réservé à la jouissance d’une toute petite élite. C’est le cas de l’Antiquité puis du bas Moyen Âge, malgré l’existence des pèlerinages, et c’est encore vrai pour les touristes privilégiés de la leisure class européenne et surtout britannique du XIXe siècle, qui représentent guère plus de 10% de la population. Quant aux bourgeoisies urbaines de

6 la même période, qui font construire des villas sur les côtes de la Manche ou de la Mer du Nord, ils sont encore moins nombreux. Par conséquent et depuis longtemps, partout dans le monde (rappel des caravansérails des négociants arabes) et notamment en Europe, le tourisme est déjà lié aux affaires et aux échanges commerciaux, mais reste limité. On s’étonne alors que quelques spécialistes dénigrent le tourisme d’affaires, en ne voulant reconnaître que le tourisme d’agrément. Certes, selon les données internationales1, l’un et l’autre sont presque à égalité (40 contre 60%), mais il est reproché au premier de n’être pas assez ludique et d’avoir peu de points communs avec le monde des loisirs. D’après les définitions de l’Organisation mondiale du tourisme2 ou OMT du « motif de la visite » (le touriste étant un visiteur), celui des « affaires et motifs professionnels » fait seulement partie d’une liste de six groupes, aux côtés des « loisirs », des « visites à des parents et amis », du « traitement médical », de la « religion » et d’un vague « divers ». Ainsi, bien qu’elle s’en défende, l’organisation de Madrid est loin de valoriser le tourisme d’affaires. Pourtant, selon nos propres définitions3, toutes les personnes qui voyagent pour des raisons professionnelles et qui font des dépenses touristiques auprès d’établissements ad hoc, tels que les

1 Agence de voyages CWT ou Carlson Wagonlit Travel (pour l’année 2007).

L’Organisation mondiale du tourisme siège à Madrid et est affiliée à l’ONU.
3 Jean-Michel Hoerner et Catherine Sicart, La science du tourisme, précis franco-anglais de tourismologie, Perpignan, Balzac Éditeur, 2003.

2

7 entreprises de transport (aériennes surtout), les hôtels ou les restaurants, doivent être appelées touristes. L’ensemble de notre propos serait donc amputé d’une grande partie de son intérêt si le touriste d’affaires était mal pris en compte. Il est vrai, qu’à l’opposé de l’OMT, nous valorisons au maximum l’achat de produits touristiques que le touriste d’affaires peut naturellement effectuer. Cependant, il ne néglige pas non plus de participer à des animations culturelles et /ou sportives dès qu’il a rempli ses obligations professionnelles, et il est même très fréquent qu’il fasse des repas gastronomiques. C’est le principe même de tout voyage qui, même s’il est studieux, s’accompagne d’à-côtés festifs. Or l’évocation du tourisme d’affaires va de pair avec les activités capitalistes de commerce, de représentation ou de délégations. Et il n’a pas cessé de se développer depuis l’époque médiévale. Pour autant, le motif des « loisirs » lato sensu n’est pas secondaire, et il faut rappeler les grandes conquêtes sociales arrachées au système capitaliste, qui sont profitables au tourisme. Les congés payés, nés en Europe pendant la première moitié du XXe siècle, ont ainsi poussé les travailleurs à partir en vacances. Avec le fractionnement des séjours, dont le succès des week-ends, ils permettent au tourisme d’agrément d’occuper toute sa place. Si le tourisme d’affaires international concerne des salariés, cadres ou non, qui dépendent des entreprises et appartiennent aux catégories supérieures de hauts techniciens, de managers et de commerciaux, le tourisme d’agrément nous conduit à évoquer l’ensemble des classes sociales et notamment l’étendue des classes moyennes du Nord et des pays émergents. Or, si les touristes internationaux d’affaires et souvent d’agrément relèvent plutôt des classes aisées, même sous la forme d’un certain tourisme de masse, l’essentiel du tourisme interne ou

8 domestic tourism s’inscrit sans ambiguïté dans le tourisme de masse populaire et produit socialement par le capitalisme. Le binôme travail / temps libre, au fil du temps, est devenu incontournable, et on peut se demander si son expansion ne nécessitait pas l’essor du tourisme festif. Enfin, nous n’oublions pas le rôle majeur et complexe que joue l’industrie touristique, qui s’appuie sur des stratégies d’entreprises. Si elles sont de moins en moins familiales et de plus en plus gérées au sein de la globalisation financière, ce n’est sans doute pas un hasard. Finalement, notre plan pourra paraître assez banal. Pourtant, nous nous sommes fixés la démonstration selon laquelle non seulement le tourisme est lié au capitalisme, mais qu’il en devient très complémentaire, notamment aujourd’hui dans le cadre de la mondialisation. Des critiques avisées ne manqueront pourtant pas de nous reprocher cette juxtaposition, voire un certain parti pris. Pourquoi donner tant d’importance au système capitaliste ? Notre perception n’est pourtant pas idéologique mais réaliste. Nous constatons et nous expliquons. Ce n’est pas une simple vue de l’esprit que de constater la superposition des développements capitalistes et touristiques par le truchement du tourisme d’affaires, comme il est indéniable que la mondialisation a entraîné l’expansion du tourisme international. Ce sont des faits qui vont de pair avec le succès du libéralisme, puis le triomphe, même contrarié depuis la grande crise financière et économique, du capitalisme mondialisé. Si en outre, avec Robert Fossaert, nous considérons que les déviations socialistes des pays prétendument « communistes » ne sont que des « avatars du capitalisme »4, nous sommes

4

Robert Fossaert, La société (7 volumes), Paris, Le Seuil,

1977.

9 tentés de dire encore que le tourisme et l’industrie touristique sont certainement les produits du capitalisme. Par ailleurs, nous situerons cette étude dans une réflexion scientifique en évitant de l’enfermer dans des carcans disciplinaires. Contrairement à la méthode notamment française qui implique le cloisonnement des sciences, nous dirions qu’il ne s’agit pas ici d'une réflexion géographique, sociologique ou même géopolitique. Cela étant dit, nous ne pouvons passer sous silence notre vocation de géopolitiste, qui nous permet d’appréhender les sociétés sous l’angle des territoires, des hiérarchies et des conflits, comme nous ferons souvent référence à la « science du tourisme » que nous avons contribué à créer. On sait que la géopolitique a beaucoup souffert de sa filiation hitlérienne à ses débuts, mais on ignore que cette science est souvent encore incomprise malgré son succès médiatique. Nous avons pu le mesurer auprès de nos étudiants tunisiens, qui se demandaient, avant le cours, de quoi il s’agissait vraiment. Nous ajouterons que la géopolitique est issue de la géographie et que sur son modèle, elle permet de traiter toutes les questions sociales, économiques et politiques, selon une dynamique synthétique. Lorsque nous abordons les questions de globalisation financière, nous avons ainsi le sentiment d’en simplifier le sens et de tirer le meilleur profit d’une approche très complexe. Mais, comme nous l’avons suggéré, cette recherche s’inscrit également dans la perspective de la « science du tourisme »5 que nous évoquerons plus longuement à propos des définitions. Selon le modèle américain des Ph.D.6, nous réclamons des

5 6

La science du tourisme, Op. cit.

Ce « doctorat en philosophie » peut très bien être délivré en maths ou en tourisme.

10 thèses de doctorat françaises qui ne feraient pas appel au choix d’une discipline pour justifier leurs sujets. Le tourisme, même en tant que champ d’études, y gagnerait certainement beaucoup. Enfin, on ne peut pas déconnecter cette étude sur le tourisme et le capitalisme des effets de la crise économique actuelle, qui sera donc sans cesse présente dans cet ouvrage.

I - LES DEFINITIONS Il est prétentieux de définir le tourisme et surtout le capitalisme ou sa forme moderne, la mondialisation. Certes, la présentation du tourisme nous tient beaucoup plus à cœur, dans la mesure où nos propres définitions s’opposent à celles très officielles de l’OMT. En guise de préambule, comme dans beaucoup d’ouvrages, nous dirons simplement que nous accordons peu d’importance au « statut » du touriste qui doit passer la nuit hors de son « environnement habituel », pour le considérer avant tout comme le consommateur de produits touristiques. En revanche, il est beaucoup plus délicat de tenter une approche objective du capitalisme qui est débattu depuis très longtemps. Outre les questions de vocabulaire, on fera d’ailleurs l’impasse sur le problème de l’exploitation humaine que soulève le capitalisme dans l’analyse rigoureuse de Karl Marx7. Cependant, sans aller jusqu’à évoquer la lutte des classes, les dirigeants de la planète ne critiquent-ils pas aujourd’hui la cupidité de certains patrons qu’ils adoubaient hier8 ? Par ailleurs, en tant que géopolitiste, nous nous sommes déjà penchés sur la notion du « capital » et nous tirerons tous les enseignements de l’ouvrage que nous lui

7 Karl Marx, Le capital. Critique de l’économie politique (8 volumes), Paris, Éditions sociales, 1948-1960. Depuis les débuts de la crise, certains voudraient revenir aux thèses de Marx comme on pourrait, bien évidemment, rêver de la vie de nos ancêtres les Gaulois.

Les conclusions du G20 de Londres, début avril 2009, sont ainsi très claires.

8