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Les Antilles-Guyane et la Caraïbe

De
245 pages
Jusqu'à présent, en matière de coopération régionale, les responsables politiques des Antilles et de la Guyane ont encouragé les initiatives de toutes sortes, sans stratégie d'ensemble. Mais, face aux risques de la globalisation internationale, on ne peut plus se contenter d'une telle approche. Ce travail évalue les difficultés et les résultats de la coopération régionale, au cours de cette dernière décennie. Il analyse les tendances lourdes de l'évolution à l'œuvre dans la zone Caraïbe-Amérique latine, et ses risques et opportunités pour les Antilles et la Guyane.
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LES ANTILLES-GUYANE ET LA CARAÏBE Coopération régionale et globalisation

A Henrie, Kar/-frédéric, Laurence-fay
et Stéphanie

Jean CRUSOL

LES ANTILLES-GUYANE ET LA CARAÏBE
Coopération régionale et globalisation

Ouvrage publié avec le concours du CRPLC

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5764-2 EAN 9782747557641

SOMMAIRE

Introd

ucti

on.

. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . .. 7

Chapitre 1 : Les Antilles et la Guyane françaises dans leur environnement caribéen 1. La Caraïbe, une région aux contours imprécis 2. Dispersion géographique et disparités économiques 3. Une grande diversité culturelle 4. La balkanisation politique... ... 5. Les Antilles dans la Caraïbe insulaire 6. La Guyane dans son environnement Continental 42 ... 11 14 16 .20 23

Chapitre 2 : La coopération et l'intégration essai d'évaluation 1. Le cloisonnement des communications et des relations préférentielles 2. La stratégie de coopération régionale des Antilles-Guyane 3. Les moyens de la coopération régionale 4. Les résultats de la coopération régionale

régionales;

51 61 64 67 70 74

5. Les résultats décevants de l'intégration régionale 6. Evaluation d'ensemble

Chapitre 3 : La grande Caraibe face à la globalisation 1. Les tendances lourdes de la globalisation 2. La régionalisation en méga blocs 3. De l' ALENA à la ZLEA 4. De Lomé aux grands marchés d'Amérique latine 5. Les risques de marginalisation de la Caraïbe 6. Les risques de marginalisation des DFA 7. De nouvelles opportunités pour les DFA 8. Les réponses caribéennes à la globalisation Chapitre 4 : Une nouvelle politique de coopération régionale pour les DF A 1. Vers une conception rationnelle de la coopération régionale dans les DFA 2. Penser la coopération régionale décentralisée 3. Une nouvelle stratégie de coopération régionale 4. Hiérarchiser les priorités communes 6. Quelques projets de « coopération élargie » 7. Le programme INTERREG III « Espace caraiDe »

87 93 96 103 117 135 143 148

157 167 169 179 206 222

5. Quelques programmes de « coopération approfondie» . 188

Conclusion... ... ... ... ... .. . ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ..233

Annexes:

...

...

...

237

INTRODUCTION

Il Y a un peu plus de dix ans, les 5 et 6 avril 1990, se tenait à Cayenne la première conférence interministérielle sur la coopération régionale entre les Antilles et la Guyane françaises et leur environnement. Le coup d'envoi était donné, par le Gouvernement de Michel Rocard, pour une nouvelle politique de coopération régionale dans ces Départements Français d'Amérique (DFA)l, en direction de la Caraïbe. Une politique visant à «mieux insérer ces départements dans leur environnement géographique ». Les moyens prévus paraissaient conséquents et la conjoncture favorable. Un dispositif étatique nouveau était mis en place. Il comprenait un Délégué interministériel à la coopération régionale et un Fonds interministériel de coopération (FIC). A cela s'ajoutaient les interventions du Fonds d'aide à la coopération (FAC) et de la Caisse centrale de coopération économique (CCCE). La Convention de Lomé N fut signée la même année. Elle intégrait deux nouveaux partenaires, Haïti et la République dominicaine, deux des plus grands pays de l'archipel Caribéen. Ainsi, la population des pays de la Caraïbe signataires de la Convention Afrique-Caraïbe-

Pacifique - Union européenne triplait, passant de moins de
sept millions à vingt et un millions d'habitants. Grâce à ces nouvelles adhésions, le groupe des pays ACP de la Caraïbe s'enrichissait de deux nouvelles cultures: la culture hispanophone avec les huit millions de Dominicains et la
culture francophone

-

créolophone

avec les sept millions de

Haïtiens. Le cadre préférentiel de la Convention de Lomé
I

Dans ce qui suit nous utiliserons indifféremment Antilles-Guyane ou
les trois départements français d'Amérique.

DF A pour désigner

s'étendait, dès lors, à la quasi-totalité de la Caraïbe insulaire, la reliant à l'Union européenne (DE) et contribuant au renforcement des liens entre pays à l'intérieur de la zone. A un moment où ces pays subissaient encore les effets des crises pétrolières et de l'endettement international des années 1970 et 1980, cet accord ouvrait une perspective porteuse d'espérance. Des moyens nouveaux et importants étaient prévus par le Fonds européen de développement (FED), pour répondre aux besoins de coopération pour le développement de ce nouvel ensemble. Tandis que la coopération nationale bilatérale gardait toute sa place, la coopération régionale devenait un des axes privilégiés de cette nouvelle donne. L'accord de Lomé IV mettait nettement l'accent sur la nécessité de favoriser les projets régionaux. Dès 1992, pour répondre à ce besoin, le Forum caribéen (CARIFORUM)2 était créé. Réunissant les dix-sept partenaires ACP, il se voyait confier la mission de coordonner la gestion des fonds et d'organiser la coopération régionale entre ces pays. Pour la nouvelle politique de coopération régionale des DFA qui venait d'être lancée, cette nouvelle donne des relations entre la Caraïbe et l'Europe, et entre les pays de la Caraïbe eux-mêmes, créait une conjoncture favorable. Partie intégrante de l'UE, les DFA pouvaient désormais s'appuyer sur une politique plus large, conduite à l'échelon de l'ensemble de l'Union européenne, en direction des pays ACP de la zone, pour réussir dans leurs efforts de coopération régionale en direction de leur environnement. Ceci d'autant que dans l'accord de Lomé IV lui-même, une disposition particulière était prévue pour encourager les projets de

2

Pays membres du CARICOM, plus Haïti et la République Dominicaine.

8

coopération entre les DFA et les pays ACP de la Caraïbe (Convention de Lomé IV, titre XII, articles 56 à 58)3. Au cours des dix années écoulées (1990 - 2000), des initiatives ont été prises par les différents acteurs, Etat, assemblées locales, institutions publiques et privées, dans les DFA, pour mener à bien cette politique. Des modifications sont intervenues dans le dispositif mis en place à l'origine, notamment à la faveur des changements de gouvernements. Des évolutions ont affecté aussi la situation interne et l'environnement international de la Caraïbe. Comme dans les autres parties du monde, les effets de la globalisation et les efforts des gouvernements pour y répondre, ont constitué l'un des principaux facteurs ayant affecté ces évolutions. Grâce aux nouvelles mesures prévues par la Loi d'orientation pour l'outre-mer (LOOM), votée le 13 décembre 2000, le Gouvernement de Lionel Jospin a relancé la politique de coopération régionale décentralisée des DFA. La LOOM propose de nouvelles mesures visant à renforcer le dispositif mis en place à partir de 1990. Comme la précédente, cette nouvelle politique intervient au moment même où entre en application un nouvel accord entre I'DE et les pays ACP, l'accord de Cotonou signé le 23 juin 2000. Tandis que ce nouvel accord mentionne que « la coopération régionale peut également concerner les PTOM et les régions ultrapériphériques4» (article 28), l'important volet de la politique régionale, INTERREG III, destiné aux régions frontalières de I'DE, est désormais applicable dans les régions ultrapériphériques. Le 21 juin 2002, la Commission européenne a approuvé le programme INTERREG III volet B « Espace caraïbe ». Pour la période à venir, les DFA pourront
3

Cf. notre rapport: « La coopération entre les Etats ACP et les tenitoires
M Jean Crusol,

et départements d'outre-mer dans la zone caralbe», Conseil économique et social, JO 1991, pp. 74-75.
4

Açores, Canaries et Départements d'Outre mer.

9

donc mobiliser ce nouvel instrument dans le cadre de leur coopération régionale avec les pays ACP de la Caraïbe. Face à ces nouvelles dispositions, il paraît nécessaire d'évaluer le chemin parcouru depuis 1990, en matière de coopération régionale entre les DFA et les pays de la Caraïbe, de prendre la mesure des évolutions en cours dans la zone et de tenter d'en préciser les perspectives. C'est en effet à partir d'une réflexion de cette nature qu'il sera possible d'apprécier les chances de succès des politiques mises en œuvre et de défmir de nouvelles actions pour une coopération régionale réellement efficace, visant à favoriser l'insertion des DFA dans leur environnement géographique. Pour étudier ces questions, nous avons organisé ce travail en quatre chapitres: le premier chapitre, «Les DFA dans leur environnement caribéen », donne une vue d'ensemble de la zone et de la place qu'y occupent les DFA ; le second, « La coopération et l'intégration régionales: essai d'évaluation », fait le bilan et l'évaluation de l'expérience passée en matière de coopération régionale; le troisième, «La grande Caraïbe face aux enjeux de la globalisation », étudie les grandes tendances de l'évolution liées à la globalisation, à l'œuvre dans la zone; le quatrième, «Une nouvelle politique de coopération régionale pour les DFA », définit des éléments conceptuels et pratiques pour une nouvelle politique de coopération décentralisée des DFA dans la zone caraïbe et apprécie les chances de succès du programme INTERREG« Espace caraïbe ».

10

CHAPITRE 1
LES ANTILLES ET GUYANE FRANÇAISES

DANS LEUR ENVIRONNEMENT

CARmE EN

Comprendre les enjeux et les difficultés de la coopération régionale des DFA vis-à-vis des pays de la Caraïbe suppose que l'on prenne une vue d'ensemble de la région, de ses caractéristiques physiques, économiques et culturelles et du positionnement des DFA au sein de la zone. Si ces départements présentent de nombreux traits communs avec les pays de leur environnement, ils présentent aussi des disparités de taille, de niveau de développement et de compétitivité, ainsi que des différences culturelles et institutionnelles par rapport à ces pays avec lesquels ils sont appelées à coopérer. Ce sont ces trais communs et disparités que nous étudierons dans ce premier chapitre.
1. LA CARAÏBE, UNE REGION AUX CONTOURS IMPRECIS

Les contours de la Caraïbe ne correspondent pas à une zone aux frontières clairement délimitées et unanimement acceptées. Pour certains, la région se limite à l'archipel, de Cuba et des Bermudes jusqu'à Trinidad et Tobago. C'est la Caraïbe insulaire. Elle comprend: les Bermudes, les Bahamas, Cuba, Jamaïque, la République dominicaine, Haïti, Porto Rico, les Îles Vierges américaines et britanniques, Montserrat, Saint-Kitts et Nevis, Anguilla, les Îles Caïman, Turks et Caicos, Antigua et Barbuda, Saint-Eustache, SainteCroix, Saba, Saint-Martin et Saint John, la Guadeloupe et ses dépendances, la Dominique, la Martinique, Sainte-Lucie,

Saint-Vincent et les Grenadines, Grenade, la Barbade, Trinidad et Tobago, Curaçao, Aruba et Bonnaire. Pour d'autres, on doit ajouter les Guyanes à l'archipel. Pour d'autres encore, la Caraïbe c'est l'ensemble des terres qui entourent la mer des Caraïbes. L'émergence de la Grande Caraibe Avec l'accroissement des contacts et des échanges entre habitants de la zone, et la création d'associations et d'organismes destinés à affennir les liens entre pays, cette définition va en s'élargissant, se précisant et s'unifiant. Depuis ces récentes années, la définition qui tend à s'imposer - mais on n'en est encore qu'au tout début, et cela ne concerne que les milieux spécialisés, intellectuels et politiques en particulier - est celle de la Grande Caraïbe. Elle inclut tous les pays et territoires qui entourent la mer des Caraïbes, à l'exception de la côte sud des Etats-Unis que baignent les eaux du Golfe du Mexique et du détroit de Floride. Le concept de Grande Caraïbe est entré dans une phase d'institutionnalisation, avec la création, en 1994, de l'Association des Etats de la Caraïbe (AEC), à laquelle a adhéré à titre de membre ou de membre associé la quasitotalité des pays et territoires qui bordent la mer des Caraïbes, y compris la France, au titre de ses trois DFA, mais à l'exception de Porto Rico et des Îles Vierges américaines5. C'est la mer des Caraibes région qui confère son unité à la

Cinq millions de kilomètres carrés, 230 millions d'habitants et 850 milliards de dollars US, tels sont les
S

Le nouveau Gouverneur de Porto Rico, SiIa Calderon, a exprimé le

souhait d'y adhérer.

12

chiffres globaux qui caractérisent l'espace de la Grande Caraïbe ainsi défini. L'unité de cette vaste région repose, avant tout, sur la continuité ou la relative proximité géographique des territoires qui la composent, et leur localisation autour de la mer des Caraïbes, dans une zone stratégique de passage entre l'Océan Atlantique et le Pacifique, à quelques centaines de kilomètres des côtes américaines, à 3.000 kilomètres de celles d'Afrique et 7.000 de celles d'Europe. Ces pays partagent les avantages et les inconvénients liés à ce patrimoine commun qu'est la mer des Caraïbes. Un environnement paradisiaque, particulièrement propice au développement du tourisme balnéaire tropical, des ressources halieutiques relativement abondantes, notamment en ce qui concerne les espèces pélagiques. Mais ensemble, ils subissent aussi les dégâts que causent périodiquement dans la région les tempêtes, houles et cyclones tropicaux, ainsi que les risques sismiques, qui menacent périodiquement la zone. Certaines des petites îles sont aussi menacées par des risques volcaniques. La dernière catastrophe en date est celle de l'île de Montserrat6. Ils partagent enfin les opportunités et les risques attachés à leur position géostratégique. C'est qu'en effet, la Caraïbe est une zone stratégique pour les Etats-Unis parce qu'elle est proche des côtes américaines (qu'on se souvienne de la crise des fusées, à Cuba, en 1962), parce qu'elle ouvre la voie au Canal de Panama où passe une grande partie du commerce américain avec le Pacifique et l'Asie, qu'elle est bordée de pays pétroliers (Trinidad et Tobago, le Venezuela et le Mexique), et qu'elle se situe entre l'Amérique du Nord et les vastes marchés de l'Amérique latine. C'est en un mot la « Méditerranée américaine ».
6

Eruption de 1998. 13

Elle l'est aussi pour l'Europe, parce que c'est la voie la plus courte de l'Atlantique au Pacifique 7, c'est dans cette zone que se trouve Kourou, la base spatiale européenne8 et parce qu'elle constitue un point d'accès à l'Amérique latine. Enfin pour l'Asie, nouveau bassin de développement du XXIèmesiècle, le Canal de Panama est la voie maritime la plus courte vers l'Atlantique.
2. DISPERSION GEOGRAPHIQUE ECONOMIQUES ET DISPARITES

Vu d'avion, cet ensemble de tenitoires qui encercle la mer des Caraïbes au nord et à l'est par un chapelet d'îles en arc de cercle joignant la masse septentrionale à la partie méridionale du continent américain, à l'ouest et au sud par l'isthme centraméricain et la partie nord de l'Amérique du sud, peut donner l'impression d'une grande unité. Mais ce n'est là qu'une vue d'avion. Une région dispersée Davantage encore que son unité, ce qui caractérise la zone ainsi définie, c'est sa dispersion et sa diversité. D'abord sa grande dispersion géographique. A vol d'oiseau, la distance entre Cayenne au sud, en Guyane française, et Mexico au nord, est de plus de 5.000 kilomètres. De l'est à l'ouest, Bridgetown capitale de la Barbade est à plus de 3.000 kilomètres de Guatemala City, et Nassau capitale des Bahamas, est à plus de 2.000 kilomètres de Caracas, capitale du Venezuela. Ce sont là des distances
7

C'est le passage qu'empruntent les transports de déchets nucléaires en

provenance du Pacifique qui font l'objet de vives protestations des pays de la zone, contre la France. S Son positionnement, à proximité de l'Equateur, pennet à la base de Kourou de réduire de manière significative le coût de lancement. 14

beaucoup plus grandes que celles qui séparent, par exemple, les principales capitales européennes. Des distances qui ne peuvent être franchies que par air ou par mer, car par voie terrestre, cela est ou bien impossible, lorsqu'il s'agit d'îles, ou bien long et difficile, lorsqu'il s'agit d'espaces continentaux, compte tenu de la mauvaise qualité des voies terrestres de communication. D'ailleurs, dans cet ensemble, on peut très clairement distinguer une Caraïbe insulaire allant de Cuba à Trinidad et Tobago, divisée en Grandes et Petites Antilles, et une Caraïbe continentale, comprenant les pays d'Amérique centrale, les pays de la côte nord de l'Amérique du sud et les Guyanes. Des disparités économiques fortes Ensuite les différences de taille. Quel que soit le critère que l'on retient pour mesurer la taille, qu'il s'agisse de la superficie, la population ou le produit global, on aboutit à des classifications dont la dispersion est forte. Il suffit pour s'en convaincre, de noter que les états les plus petits ont moins de 100.000 habitants, alors que les pays les plus grands dépassent les dix millions. La population de l'Etat de SaintKitts et Nevis n'atteint pas les 50.000 habitants alors que celle du Mexique dépasse les quatre-vingt-dix millions. De même, bien des pays n'atteignent pas le milliard de dollars US de PIB, alors que les plus grands dépassent les 100 milliards. Les niveaux de per capita sont aussi très disparates. Il existe dans la région, aussi bien des pays qui ont moins de 1.000 dollars par tête (Haïti), ce qui les classe dans le groupe des «pays les moins avancés» (PMA), que d'autres qui dépassent les 10.000 dollars (Bahamas), chiffre qui correspond au groupe des pays les plus riches. Enfin, en terme d'indice de développement humain, certains pays se

15

situent parmi les trente premiers au niveau mondial, alors que d'autres sont classés bien en dessous du centième.
3. UNE GRANDE DIVERSITE CULTURELLE

A la dispersion et aux disparités, s'ajoute la diversité culturelle, manifeste non seulement dans la diversité des types de sociétés, mais aussi dans les langues et religions pratiquées. Trois types de sociétés Les pays de la Grande Caraioe peuvent être classés en trois types de sociétés: Les sociétés latino-américaines La société latino-américaine est issue du choc entre deux civilisations: la civilisation européenne et les civilisations précolombiennes. Bien qu'ayant subi une violente agression, les civilisations précolombiennes sont encore présentes dans leur territoire d'origine et ont conservé partiellement leurs structures originelles: langues, techniques, cultures, croyances, etc. Il s'agit à l'origine d'une colonie de conquête. Les cultures en présence y demeurent clairement séparées, voire opposées les unes aux autres. Deux mondes cohabitent mais ne se mélangent guère. Les sociétés latino-américaines qui entourent le bassin caribéen représentent des variantes de ce modèle. Elles vont du cas extrême où les ethnies amérindiennes, majoritaires démographiquement, sont politiquement marginalisées par une minorité d'origine européenne qui détient les leviers du pouvoir et de la richesse, à celui où la majorité de la population, tout comme la minorité dominante, est d'origine européenne ou métissée. A la première variante correspondent des pays comme le Guatemala et le

16

Nicaragua; à la seconde, des pays comme le Costa Rica, la Colombie ou le Venezuela. Les sociétés de plantation caribéennes La société de plantation caribéenne est issue de « l'assemblage» dans Ie cadre de l'esclavage de plantation, puis de « l'engagement », d'entrepreneurs émigrés d'Europe et de travailleurs esclaves ou engagés, importés d'Afrique, d'Inde et d'autres parties du monde. La société précolombienne ayant été éliminée, aucune des composantes de la nouvelle société ainsi formée n'est originaire du territoire. C'est à l'origine une colonie d'exploitation. Les agents qui ont créé cette société ont été coupés de leurs cultures d'origine. Ils ont créé une société et une culture nouvelles, synthèse d'éléments détachés des cultures originelles. Les structures politiques reposent sur les clivages socioéconomiques que recoupent les différences de couleur. Les pays de la Caraïbe insulaire de Cuba à la Barbade répondent à ce modèle, avec des variantes diverses. Les sociétés plurales caribéennes La société plurale caribéenne est elle aussi composée, à l'origine, d'entrepreneurs européens et de travailleurs importés d'autres parties du monde, dans des territoires dont on a éliminé ou marginalisé la population d'origine. Mais les conditions historiques spécifiques de formation - ces sociétés se sont développées essentiellement après l'abolition de la traite et de l'esclavage - ont pour conséquence que, d'une part, une forte proportion de la population est d'origine indienne et asiatique, d'autre part, les cultures des groupes ethniques importés ont pu partiellement se reconstituer, sous des formes nouvelles. Ce modèle colonial emprunte certaines de ses caractéristiques aux deux cas précédents. Européens, Noirs, Indiens, Chinois, se mélangent peu et s'organisent en partis politiques correspondant à chaque groupe ethnique. 17

C'est le cas de Trinidad, du Guyana et du Suriname notamment, qui constituent chacun une variante particulière de ce modèle. Quatre aires linguistiques où l'espagnol domine En même temps, ces sociétés portent encore la marque des puissances coloniales occidentales (espagnole, portugaise, anglaise, française, hollandaise, suédoise9 et américaine) qui sont intervenues dans la région, ainsi que des nombreux changements de sphères coloniales que certains territoires ont subi. Cette marque se révèle notamment dans la langue et la religion dominantes dans chaque territoire. De ce point de vue, quatre aires culturelles se partagent la région. L'aire hispanophone où la religion dominante est le catholicisme, pratiqué par plus de 95 % de la population. Ce groupe est de loin le plus important, il comprend 213 millions d'habitants, soit plus de 93 % de la population de la Grande Caraïbe. L'aire francophone, où la religion principale, sinon dominante, est le catholicisme. Avec 8,9 millions d'habitants, il représente un peu moins de 4 % de la population totale. L'aire anglophone où, à côté de nombreuses autres religions, le protestantisme est majoritaire en terme relatif. Il compte six millions de personnes et représente 2,6 % du total. Enfin, l'aire de langue néerlandaise, où la population se répartit entre catholiques, protestants, hindouistes, musulmans. Au Suriname par exemple, il y a 27 % d'hindous, 20 % de musulmans, 23 % de catholiques et 25 % de protestants. La population de langue néerlandaise regroupe moins de 1 % de la population de la zone.

9

On trouve encore des traces de la présence historique suédoise à Saint-

Barthélemy notamment.

18

Dans la Grande Caraïbe, la proportion du groupe hispanophone est écrasante, du fait de la présence des trois grands pays continentaux, Venezuela, Colombie, Mexique, et des sept pays de l'isthme centraméricain, Guatemala, Belize, Honduras, Salvador, Nicaragua, Costa Rica et Panama. Ces pays représentent plus de 80 % de la population totale. Mais même si l'on réduit la Caraïbe à sa dimension insulaire, les hispanophones demeurent majoritaires. Cuba, Porto Rico et la République dominicaine représentent près de 70 % de la population. Cultures créoles et cultures autochtones En dehors des langues et religions occidentales, des langues créoles ou indigènes et des religions autochtones ou non occidentales sont présentes. Des langues amérindiennes ou d'origine africaine sont encore parlées au Venezuela, en Colombie, au Mexique, en Amérique centrale et dans les Guyanes. On parle un créole à base francophone en Haïti, dans les Antilles et Guyane françaises, ainsi qu'à la Dominique et à Sainte-Lucie 10. A la Jamaïque existe un créole à base anglophone. A Curaçao et au Suriname, le Papiamento et le Taki Taki, langues populaires, sont des créoles qui empruntent au hollandais, à l'espagnol et à l'anglais. Les religions non occidentales pratiquées dans la zone sont le vaudou, majoritaire en Haïti11, l'hindouisme et la religion musulmane, pratiquées à Trinidad, au Suriname et au Guyana, par une proportion relativement élevée de la population, et le culte rastafari par une minorité à la Jamaïque.

10

Il

Il existe des différences non négligeables
Les adeptes du vaudou sont souvent

entre ces créoles.
en même temps.

catholiques

19

4.

LA BALKANISATION POLITIQUE

A l'hétérogénéité culturelle s'ajoute la balkanisation politique. Selon le régime politique, on peut classer les pays de la région en six groupes: Les grands pays continentaux Le Mexique, la Colombie, le Venezuela et la plupart des pays d'Amérique centrale sont des pays qui ont accédé à la souveraineté nationale depuis la première moitié du XIXèmesiècle -le Panama a été créé en 1903. L'histoire de ces pays, à l'exception du Costa Rica, a été profondément marquée par le populisme, le «caudillisme» et les régimes autoritaires, dirigés par les militaires, ou s'appuyant sur l'année. Si la plupart de ces nations ont, depuis ces dernières années, évolué vers des pratiques plus démocratiques, la tentation populiste et autoritaire y constitue encore une menace récurrente. Ceci d'autant que les fortes inégalités sociales et le bas niveau d'alphabétisation qui marquent ces sociétés, favorisent cette tendance. Les grandes îles d'indépendance ancienne On peut rapprocher du groupe précédent les trois grands pays insulaires que sont Haïti, Cuba et la République dominicaine. L'histoire de ces pays, devenus indépendants

tout au long du ~me

dominicaine en 1844 et Cuba en 1898 - a été traditionnellement marquée par la violence et les dictatures. Pour l'instant, seule la République dominicaine semble s'être dégagée de cette tradition. Elle conduit, depuis ces récentes années, un processus de transformation démocratique. Les deux autres pays, en dépit de leur rapprochement de la Communauté caribéenne (CARICOM) et de l'Association

siècle - Haïti en 1804, la République

20

des Etats de la Caraïbe (AEC), ont des régimes autoritaires, même si leurs systèmes sociaux sont très différents. Les îles d'indépendance plus récente Les anciennes colonies britanniques, devenues indépendantes à partir des années 1960, constituent un troisième groupe. Les plus grandes sont indépendantes depuis le début des années 1960, Jamaïque et Trinidad et Tobago en 1962, Barbade et Guyana en 1966. Les plus petites, SainteLucie, Saint-Vincent et les Grenadines, la Dominique, Grenade, Saint-Kitts, Antigua et Barbuda le sont devenues entre les années 1970 et 1980. Ces états de formation récente ont pratiqué, presque sans discontinuerl2, des régimes démocratiques, inspirés du modèle de Westminster. Ils ont fondé, depuis 1973, le CARICOM, une organisation régionale dont l'objectif, à l'origine, était surtout l'intégration régionale. En sus des résultats obtenus en matière d'intégration, l'influence du CARICOM en tant que cercle démocratique est allée en s'affirmant dans la région. L'adhésion du Suriname et sa conversion à la démocratie, après une longue période de dictature militaire et de guerre civile, depuis son indépendance en 1974, paraît confirmer ce rôle. Porto Rico, Etat associé des Etats-Unis Porto Rico représente un quatrième cas. L'île dispose depuis 1952 d'un statut d'état associé au sein des Etats-Unis d'Amérique. Ce statut lui confère une large autonomie en matière de législation fiscale et administrative. La défense et les relations extérieures relèvent du pouvoir fédéral. Ce statut n'interdit pas les initiatives extérieures de l'état associé, mais
12Des régimes autoritaires ont été établis par F. Burnham au Guyana et M. Bishop à Grenade dans les années quatre-vingt, mais il furent de
courte durée.

21

le Gouvernement fédéral dispose d'un droit de veto. Le régime politique de Porto Rico est démocratique. Malgré certaines différences, on peut rattacher à cette catégorie les Îles Vierges américaines, Saint-Thomas, Saint John et Saint Croix. Les pays et territoires néerlandais et britanniques Le cinquième groupe est celui des Antilles néerlandaises. Elles sont formées de six îles réparties en deux ensembles, l'un dans l'archipell3, l'autre au nord de la côte du Venezuela. Ces territoires sont partie intégrante du Royaume des Pays-Bas. Ils appartiennent à la catégorie des Pays et Territoires d'Outre-Mer (PTOM) vis-à-vis de l'Union Européenne. Leur statut, qui date de 1954, leur réserve une grande autonomie. Aruba a obtenu en 1995 un «statut à part », qui la soustrait de la tutelle du gouvernement central de Curaçao. Ces îles vivent en régime démocratique, sur des bases semblables à leur métropole. On peut classer dans ce même groupe, les Îles Vierges britanniques ainsi qu'Anguilla, Montserrat, les Îles Turks et Caicos et les Îles Caïman, qui bénéficient, dans le cadre du Royaume-Uni, d'une grande autonomie. Ils sont aussi des Pays et Territoires d'Outre-Mer de l'Union Européenne. Leur régime politique est démocratique. Les départements français d'Amérique Le sixième groupe enfin est celui des départements français d'Amérique (DFA). Ils sont partie intégrante de la République française depuis 1946, et de l'UE depuis 1957. Au plan interne, le droit commun français et le droit communautaire européen s'appliquent. Citoyens français, les
13

Saint-Martin, Saint-Eustache, Saba pour le premier groupe; Aruba,

Bonnaire et Curaçao pour le second.

22

Antillais et Guyanais sont représentés dans les différentes assemblées françaises (Assemblée nationale, Sénat, Conseil économique et social). Ce statut permet des adaptations limitées du droit commun et des politiques communautaires. Bien que la décentralisation de 1982 ait transféré un certain nombre de compétences aux assemblées locales, de nombreux domaines restent réservés à l'Etat, tandis que les politiques douanière, monétaire et de la mer sont confiées à l'UE. Cette situation est en train d'évoluer, puisque la Loi d'orientation pour l'outre-mer a accordé de nouveaux pouvoirs aux assemblées locales en matière de coopération régionale, et que des discussions concernant une éventuelle évolution institutionnelle sont en cours actuellement. Le lancement de la nouvelle réforme constitutionnelle de la décentralisation ouvre, dans ce domaine, de nouvelles perspectives. C'est dans cet environnement caractérisé par son hétérogénéité économique, politique et culturelle que les DFA sont appelés à s'insérer. La géographie positionne les Antilles françaises dans la Caraïbe insulaire, et la Guyane dans un environnement continental. Voyons d'abord les Antilles.
5. LES ANTILLES DANS LA CARAÏBE INSULAIRE

La Guadeloupe et la Martinique, distantes de 150 kilomètres l'une de l'autre, mais séparées par l'île anglophone indépendante de la Dominique, se situent au sein même de l'arc des Petites Antilles. Des économies à haut niveau de vie Ce sont des économies de taille moyenne. La Guadeloupe compte 430.000 habitants, 2.000 Km2 et 3,5 milliards de dollars US de PIB; la Martinique 23

380.000 habitants, 1.000 Km2 et 4,5 milliards de dollars US de PIB. Elles disposent d'un niveau de revenu par tête de 8.600 et II.000 dollars US respectivement. Leur croissance économique a été assez forte, au début de la décennie des années quatre-vingt dix. Le taux moyen de croissance de la Guadeloupe, au cours de la première moitié de la décennie a été de 9,2 %. Pour la Martinique, il a été plus modéré, 5,4 % en moyenne entre 1990 et 1995. Bien qu'il n'existe pas de comptes économiques postérieurs à 1997, certains indices incitent à penser que la croissance s'est quelque peu ralentie au cours de ces récentes années. Vers la fin de la décennie, la baisse du taux de croissance des importations - étroitement liées à la croissance économique générale dans ces départements - tend à confirmer cette impression. Des économies très ouvertes, aux productions protégées et peu diversifiées Ces économies sont très ouvertes. Leur coefficient de commerce extérieur est supérieur à 60 %. Les exportations sont peu diversifiées. Elles sont constituées essentiellement de produits agricoles et d'industrie agro-alimentaire (sucre, rhum, banane, melons), qui en représentent 50 et 60 %. Ces produits agricoles bénéficient tous de protections (quota et soutien du prix) sur le marché européen, dans le cadre des organisations communes du marché: OCM-sucre, OCMbananes, mesures d'exonération fiscale pour le rhum sur le marché français, etc. Le pétrole raffiné et les biens de consommation courante représentent aussi une proportion appréciable des exportations martiniquaises, près de 12 % en 1999. A ces exportations, il faut ajouter les recettes touristiques qui, pour n'être pas facilement mesurables, n'en représentent pas moins un élément important des recettes extérieures. A la Martinique les recettes touristiques sont, 24