Problèmes économiques contemporains

De
Publié par

Cet ouvrage explore le développement de l'économie de marché, la présentation des crises économiques, la place de l'entreprise, l'internationalisation, l'emploi, le travail, le progrès technique. L'histoire des faits et systèmes économiques permet de comprendre les ingrédients, les règles et les réalisations de l'économie contemporaine. L'analyse de l'économie de marché nous enseigne les relations entre l'économique, le politique et le social et nous fait entrevoir les perspectives du capitalisme extrêmement technicisé et financiarisé.
Publié le : lundi 1 décembre 2008
Lecture(s) : 281
Tags :
EAN13 : 9782296211308
Nombre de pages : 281
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

PROBLÈMES ÉCONOMIQUES CONTEMPORAINS

Collection « L'esprit économique»
fondée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis en 1996 dirigée par Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri Uzunidis Si l'apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion, toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L'esprit économique» soulève le débat, textes et images à l'appui, sur la face cachée économique des faits sociaux: rapports de pouvoir, de production et d'échange, innovations organisationnelles, technologiques et financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement... Ces ouvrages s'adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion, ainsi qu'aux experts d'entreprise et d'administration des institutions. La collection est divisée en cinq séries: Economie et Innovation, Monde en Questions, Krisis, Clichés et Cours Principaux. Le

Dans la série Economie et Innovation sont publiés des ouvrages d'économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l'accent sur les transformations économiques et sociales suite à l'introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L'innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. Dans la série Le Monde en Questions sont publiés des ouvrages d'économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l'étude des ressorts fondamentaux de l'économie mondiale sont les sujets de prédilection dans le choix des publications. La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d'aujourd'hui liés aux métamorphoses de l'organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d'ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes questions et des ouvrages d'histoire de la pensée et des faits économiques. La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d'une situation donnée. Le premier thème directeur est: mémoire et actualité du travail et de l'industrie; le second: histoire et impacts économiques et sociaux des innovations. La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples, fondamentaux et/ou spécialisés qui s'adressent aux étudiants en licence et en master en économie, sociolo~ie, droit, et gestion. Son principe de base est l'application du vieil adage chinois: « le plus long voyage commence par le premier pas ».

Éric KERMARREC

PROBLÈMES ÉCONOMIQUES CONTEMPORAINS Les grands thèmes

L'Harmattan

L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

@

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fi harmattan I @wanadoo.fi

ISBN: 978-2-296-06822-3 EAN : 9782296068223

AVANT-PROPOS

Cet ouvrage a pour but de réunir les savoirs nécessaires pour réussir des études de sciences économiques et acquérir les bases suffisantes pour comprendre les grands problèmes qui se posent aujourd'hui au niveau économique. Le but est ici de proposer aux enseignants, aux étudiants et aux élèves, un outil de travail documenté et facile à utiliser. La conception de ce livre résulte du travail et de l'expérience de vingt ans d'enseignement. Son objectif est de présenter à titre de complément pour les étudiants, mais aussi pour le public cultivé, un panorama des problèmes économiques contemporains. Les références utilisées sont le plus souvent issues d'ouvrages qui font autorité en la matière, qui rendent compte de la complexité des phénomènes étudiés et qui respectent la cohérence intellectuelle des doctrines ou des auteurs. Afin de permettre une bonne connaissance des faits et des systèmes économiques d'aujourd'hui et aussi, d'avoir une vision globale du développement de l'économie de marché, un premier chapitre rappelle comment a débuté le système capitaliste. Les changements dans les méthodes de production, la Révolution industrielle, la Révolution agricole, la Révolution démographique, ainsi que les évolutions sociales ont permis l'avènement du capitalisme et l'émergence d'une nouvelle structure sociale. La présentation des crises économiques est ensuite abordée avec des indicateurs, les tendances de la croissance de longue période ainsi que les principales transformations structurelles qui l'accompagnent. L'étude des cycles économiques puis des différents types de crise permet de retracer l'évolution de l'économie en retrouvant quelles sont les causes des crises et comment s'opère leur régulation. Ce chapitre traite donc de la crise de 1929, des trente glorieuses et du développement de la société de consommation de masse, de la crise de 1973, des chocs pétroliers et de l'émergence des nouveaux pays industrialisés. Il explique aussi l'inflation, le rôle de l'Etat, le rôle du dollar, l'importance des institutions internationales, la 7

financiarisation de l'économie et enfin la mondialisation et le rôle des firmes multinationales. L'analyse des grands théoriciens de ces domaines est expliquée afin de comprendre les tenants et les aboutissants du mode de régulation tayloro-fordiste qui a prévalu pendant toute cette période du développement du capitalisme et qui a connu et connaît encore aujourd'hui de nombreuses remises en cause. L'économie capitaliste est une économie d'entreprise. Une entreprise combine des facteurs de production afin d'obtenir des biens et des services qu'elle vendra sur le marché à des consommateurs. Ainsi, en fonction de l'évolution des besoins et des revenus des ménages vont se développer les échanges. Le chapitre sur l'entreprise propose un panorama succinct des différents types d'entreprise que l'on rencontre dans une économie de marché et explique pourquoi certaines entreprises réussissent alors que d'autres disparaissent. Ce chapitre aborde le fonctionnement du marché, s'intéresse aux coûts de production, à la fixation des prix sur le marché et au niveau de concurrence qui règne entre les entreprises. Il permet ainsi d'avoir une idée de la stratégie de l'entrepreneur qui doit créer de la valeur ajoutée grâce à son processus de production pour espérer réaliser un bénéfice. Enfin, lorsqu'une entreprise réalise un profit, elle réalise des investissements et cherche à accroître sa taille par des techniques de concentration qui lui permettent d'obtenir un certain pouvoir sur son marché. Les entreprises qui développent le plus ces mécanismes deviennent des firmes multinationales qui ont un pouvoir certain. La croissance et le développement sont deux concepts proches mais distincts. La croissance est l'augmentation sur une longue période des ressources dont disposent les membres d'une société (les indicateurs les plus utilisés pour calculer la croissance sont le produit intérieur brut et le produit national brut), alors que le développement correspond aux transformations des structures qui favorisent le bien-être (l'indicateur de développement humain sert à évaluer le niveau de développement d'une société). La distinction entre pays développé et pays en développement permettra aussi de constater que le développement des échanges internationaux est lié à l'augmentation de la division internationale du travail mais aussi au rôle que jouent les firmes multinationales dans le commerce international (notamment par l'intermédiaire des investissements directs à l'étranger). Pour comprendre cela, il faudra ensuite s'intéresser à l'impact qu'a le libreéchange sur le commerce international et les critiques qu'il soulève dans certains cas. Enfin, l'exemple de l'augmentation actuelle du prix du pétrole et de la plupart des autres matières premières tend à démontrer que la croissance économique ne peut continuer éternellement en utilisant les mêmes techniques et devra s'adapter à une énergie de plus en plus chère. Tous les pays ne connaissent pas la même croissance et n'ont pas le même développement. Le moindre développement de certains pays peut provenir des caractéristiques physiques du pays, d'un retard de développement, de la domination économique exercée par les pays déjà 8

développés... Certains pays parviennent actuellement à se sortir de leur situation de sous-développement et s'industrialisent rapidement alors que d'autres restent enlisés dans leurs problèmes: démographie incontrôlée, secteur informel dominant, épargne et investissements insuffisants, faiblesse des revenus... Plusieurs stratégies de développement sont possibles mais la dégradation des termes de l'échange rend leurs résultats aléatoires. Le Fonds monétaire international (FMI) peut aider certains pays mais ils doivent alors accepter de se conformer à certaines règles et certains refusent. Dans plusieurs pays la pauvreté est tellement développée que l'Organisation des Nations Unies doit intervenir. Le dilemme entre le protectionnisme et le libre-échange a longtemps duré, puis la création de zones de libre-échange a entraîné le développement du commerce international. Le fonctionnement du marché a connu de nombreuses évolutions notamment grâce à la période de forte croissance des trente glorieuses, au passage de l'Etat-gendarme à l'Etat Providence puis à l'application de politiques anti-inflationnistes conjoncturelles et structurelles, et de politiques monétaires novatrices. Afin d'accroître la richesse disponible il faut accumuler du capital. Si un niveau de production donné engendre un bénéfice, un niveau de production supérieur engendrera un bénéfice supérieur; donc, si en économie, tout ce qui est possible est nécessaire, il faut produire plus, tant que cela est rentable. Pour cela, il faut réaliser des investissements, tant au niveau microéconomique en fonction de différents déterminants qui orientent la stratégie du chef d'entreprise, qu'au niveau macroéconomique car l'investissement agit sur la croissance économique qui agit à son tour sur l'investissement, et ainsi peut apparaître le phénomène du multiplicateur. Les investissements favorisent aussi le progrès technique en finançant le développement des innovations. Certaines innovations peuvent prendre la forme de grappes ou même engendrer une révolution technologique. Le progrès technique fait aussi évoluer les mentalités, et est donc un facteur du changement social. Quand l'économie se modernise, la division du travail augmente. Le tayloro-fordisme a permis de développer une production de masse, mais lorsque les individus ont évolué dans leurs qualifications, dans leurs aspirations... ils ont aussi voulu que leur manière de travailler évolue; les limites rencontrées alors par le tayloro-fordisme ont nécessité le passage à une nouvelle organisation du travail: le post-fordisme. En effet, l'adéquation entre la qualification de l'emploi et la qualification des individus est souvent difficile à trouver et le marché du travail évolue, d'un côté on trouve un niveau de chômage élevé, et de l'autre, on assiste à la précarisation de plus en plus importante des travailleurs. Plusieurs théories permettent alors de comprendre le fonctionnement du marché du travail. Le travail est l'une des manières de se procurer un revenu et il existe plusieurs types de revenus du travail. La possession d'un capital permet aussi d'obtenir des revenus. Les individus paient des cotisations sociales en 9

fonction de leurs revenus et certains perçoivent des prestations sociales en raison de leurs situations particulières. Ces trois éléments constituent le revenu disponible brut des ménages et déterminent leur pouvoir d'achat et leur niveau de consommation. Les prélèvements obligatoires sont en partie redistribués sous forme de revenus de transferts, et constituent les recettes qui alimentent le budget de l'Etat. Ce dernier sert à financer les rémunérations des fonctionnaires, l'enseignement, la dette publique... Le budget de l'Etat est souvent en déficit, et c'est aussi le cas des entreprises: ces agents économiques ont des besoins de financement et peuvent trouver les capitaux dont ils ont besoin auprès du marché financier ou des établissements bancaires qui ont des capacités de financement, car ils recyclent l'épargne des ménages. Les développements actuels de l'économie aux Etats-Unis, en Europe et en Asie ont démontré que la mondialisation de l'économie connaît aussi des crises (crise asiatique en 1997, crise des subprimes actuellement...) à cause de la volatilité des capitaux internationaux, de la gestion trop aventureuse de certaines banques... Au delà de cela, le développement actuel de la Chine, de l'Inde et de quelques autres pays, marque un tournant dans l'évolution de l'économie mondiale. De plus, les variations des cours du pétrole et des principales matières premières, ainsi que les variations démographiques mondiales, la stratégie chinoise en Afrique, l'urbanisation du Sud, l'enjeu agricole, sont autant d'éléments propres à faire évoluer l'économie mondiale d'une manière que nous ne comprenons pas encore entièrement.

10

CHAPITRE I RÉVOLUTION INDUSTRIELLE ET DÉMOGRAPHIE
1.1 Une Révolution industrielle consiste en un ensemble de transformations économiques, techniques et sociales permettant le passage d'une économie archaïque à une économie dominée par l'industrie. Les facteurs économiques sont une augmentation de la demande et des effets d'entraînement entre branches motrices (agriculture, textile, sidérurgie. ..) mais aussi l'essor du capitalisme et de l'économie de marché. Les facteurs techniques sont les progrès techniques et les inventions (métier à tisser, machine à vapeur...) Les facteurs sociaux sont les changements politiques et institutionnels (évolution vers la démocratie), les changements culturels (du magique au rationnel) et la mobilité géographique et sociale (exode rural et urbanisation). Commencée en Grande-Bretagne au XVIIIème siècle, la révolution industrielle s'est propagée au reste de l'Europe occidentale, aux Etats-Unis, au Japon et à la Russie, et concerne aujourd'hui l'immense majorité des PED (pays en développement) à des degrés divers. Le processus de la Révolution industrielle met donc en œuvre des facteurs économiques, techniques et sociaux qui interagissent entre eux. La demande stimule la production et bientôt la production stimulera la demande A. Smith distingue trois phases dans son exemple de la manufacture d'épingles: - Dans le cadre d'une économie archaïque, un individu qui chercherait à fabriquer une épingle de ses propres mains devrait se procurer tous les facteurs de production puis les combiner, cela lui demanderait au moins un an de travail. Le prix de vente de son épingle devant rémunérer un an de travail serait donc prohibitif. - Dans le cadre d'une économie artisanale, un artisan faiblement outillé (fil de fer, marteau, enclume.. .), pourrait produire une dizaine d'épingles par jour. Le prix d'une épingle serait alors équivalent à un dixième d'une journée de travail ce qui demeure très cher pour une épingle mais peut quand même satisfaire une demande fortunée mais peu nombreuse. Il

- Dans le cadre d'une économie industrialisée, la production d'épingles s'effectue dans une manufacture où des ouvriers travaillent pour le compte d'un patron, ils n'effectuent plus toutes les tâches de la production mais sont spécialisés dans certaines fonctions et travaillent sur des machines. La mécanisation de la production et cette nouvelle organisation du travail permettent de fabriquer des milliers d'épingles par jour. Le prix d'une épingle est alors suffisamment bas pour pouvoir intéresser la plus grande partie de la population. La Révolution industrielle modifie les structures économiques et sociales. Diminution du secteur primaire (révolution agricole), augmentation du secteur secondaire (révolutions industrielles successives), puis du tertiaire. Modification de la structure socioprofessionnelle (salarisation, augmentation du nombre des ouvriers, nouvelles hiérarchies...), évolution de l'activité féminine (révolution culturelle)... Il s'agit en fait du développement des méthodes industrielles de production et des modifications des structures économiques et sociales que l'on rencontre à certaines périodes. C'est la Grande-Bretagne qui connaît la première les mutations agricoles et juridiques nécessaires, puis l'exode rural et l'urbanisation qui constituent le réservoir de travail pour les nouvelles industries; le progrès technique s'accélère, la propriété des moyens de production se généralise et le capital est utilisé pour générer un profit qui sera réinvesti en vue de l'accumulation du capital nécessaire au développement du capitalisme. On passe alors d'une société précapitaliste à une société industrielle. Il y a eu plusieurs révolutions industrielles pendant ces 250 dernières années car plusieurs innovations majeures ont modifié les techniques de production et les pratiques commerciales et ont participé à modifier l'ensemble du système économique et social des pays qui les ont connues. 1.2 Cela commence par une révolution agricole. Les transformations dans l'agriculture revêtent une grande importance dans les économies préindustrielles. Le mouvement des enclosures en Grande-Bretagne va permettre d'accroître la productivité de l'agriculture et augmenter les revenus agricoles générant ainsi de nouveaux débouchés pour les productions industrielles. Ces transformations des structures agraires (enclosures, remembrements, fin des pratiques communautaires), les améliorations des cultures et de l'élevage qui vont de pair vont permettre de produire plus avec moins de main d'œuvre grâce aux machines achetées à l'industrie et cela va entraîner de profonds changements sociaux (développement de l'individualisme agraire, les petits propriétaires deviennent des ouvriers agricoles, exode rural). L'augmentation de la population urbaine est rendue possible par l'amélioration des rendements agricoles qui permettent de produire suffisamment pour la nourrir. Pour W. Rostow, la révolution agricole est donc une condition préalable à la révolution industrielle car les progrès de l'agriculture précèdent toujours les progrès de l'industrie. 12

Si l'augmentation des revenus agricoles procure de nouveaux débouchés aux produits manufacturés, il s'agit aussi d'un moyen de financement de l'industrialisation par l'intermédiaire du système bancaire. F. Crouzet a une autre opinion: pour lui, la révolution agricole n'a pas fourni d'hommes à l'industrie car l'exode rural ne peut servir à la production que lorsque le démarrage a déjà eu lieu. Le capital venu de l'agriculture est moins dynamique et moins abondant que ceux du commerce ou de la banque. Les débouchés supplémentaires qui ont permis l'évolution de la sidérurgie sont plus le fait de la demande de fer de la marine que du secteur agricole. Dans certains cas, il n'est pas sûr qu'il y ait eu révolution agricole alors que le développement du capitalisme industriel est avéré. La révolution technique qui accompagne la révolution industrielle rend l'utilisation des machines de plus en plus fréquente et les innovations techniques augmentent. Dans le textile, le prix du coton baisse grâce aux importations et la productivité augmente grâce à de nouveaux procédés de production. Le prix du fil de coton baisse très fortement, ses débouchés augmentent et il est exporté vers les colonies, les autres pays européens puis vers l'Orient. L'ère de la production de masse débute alors. 1.3 Au début, les croisades ont permis aux banquiers lombards de s'enrichir, ils ont alors financé des expéditions lointaines. Les réseaux financiers européens sont prêts dès le début du XVlème siècle et ils vont financer le commerce international. Dès le XVIIIème siècle, la Grande-Bretagne a un empire colonial important dans lequel son industrie va trouver un marché capable d'absorber la production de son industrie. L'augmentation de la population et celle des revenus agricoles accroissent la demande du marché intérieur pour les vêtements et les objets en fer: - De nouvelles colonies vont permettre de trouver les métaux précieux qui vont accroître les moyens de paiement pour financer le commerce international. - Le protestantisme se développe et considère la réussite matérielle comme un signe de l'élection divine de l'individu. - Le système financier se développe par l'intermédiaire des banques, les sociétés par actions apparaissent ainsi que les premières bourses (échanges de valeurs mobilières dans des lieux consacrés). Au début, le capitalisme est d'abord commercial et financier aux PaysBas au XVIIème siècle puis en Grande-Bretagne au XVIIIème siècle C'est une économie commerciale ouverte sur l'extérieur et réceptive aux innovations techniques qui va permettre le développement du capitalisme industriel. La présence d'une forte demande nécessite que les biens produits soient transportés facilement et en grande quantité; les transports vont donc se développer.

13

Le transport se fait d'abord par les canaux sur lesquels la machine à vapeur fait son apparition puis c'est le chemin de fer qui se développe, il permet d'ouvrir de nouveaux marchés et stimule l'industrie et l'agriculture. La révolution industrielle se produit dans des pays où l'éducation a progressé et où le nombre d'adultes analphabètes a régressé ce qui permet aussi de faire circuler des idées plus modernes et engendre l'évolution des mentalités sans lesquelles le progrès est impossible. La manière de voir l'argent et l'enrichissement individuel évolue aussi car l'Eglise n'a plus de positions aussi marquées qu'avant sur le prêt à intérêt et le profit. L'addition de tous ces éléments va rendre possible la modification du régime de la propriété et permettre l'instauration de nouvelles formes de marché. C'est cette évolution des lois qui a rendu possible le progrès économique avant que le progrès technique ne puisse exister. Les Pays-Bas se dotent les premiers d'une organisation commerciale basée sur des marchés libres où l'Etat n'intervient pas. Le droit à la propriété privée de la terre en permet l'exploitation individuelle. Les innovations qui permettent d'augmenter la production ou la productivité peuvent être utilisées car le réseau commercial du pays est développé et trouve les débouchés nécessaires. Ces pratiques sont alors novatrices car elles vont à l'encontre des idées mercantilistes, dominantes à cette époque, et qui préconisent d'obtenir un excédent commercial par des pratiques protectionnistes et grâce à l'intervention de l'Etat pour favoriser un certain nationalisme économique. L'excédent commercial doit permettre d'attirer les métaux précieux dans le pays. Ce sont les pratiques mercantilistes qui ont permis de réunir les conditions préalables au décollage économique Aujourd'hui encore, beaucoup de pays adoptent des mesures néomercantilistes plus ou moins protectionnistes, maintiennent leur monnaie sous-évaluée (c'est le cas de la Chine), limitent la demande intérieure et produisent essentiellement pour l'exportation. En Grande-Bretagne à cette époque, certaines coutumes paralysent encore l'initiative individuelle dans l'agriculture. La volonté de redéfinir les droits de propriété s'amplifie. Les éleveurs faisaient paître leurs bêtes sur des prés communaux. La hausse du prix de la laine amena les éleveurs à augmenter le nombre de leurs bêtes pour essayer de gagner plus d'argent, le nombre de moutons sur les pâturages devint trop important et le rendement baissa. L'idée de posséder un pré individuel p rivé se développa et à la fin du XVIIIème siècle la propriété privée des pâturages permit à chaque éleveur d'avoir le nombre optimum de bêtes sur son lopin privé. Cette possibilité de clore son pré constitue le phénomène des "enclosures", point de départ de la généralisation du droit à la propriété privée individuelle qui constitue le début de l'économie capitaliste en Grande-Bretagne. Les innovations vont se développer car les nouveaux propriétaires vont directement bénéficier des investissements qu'ils réalisent. Il ne reste plus à 14

ce nouveau type de droit qu'à se développer dans d'autres domaines pour y favoriser l'initiative individuelle. Les agents économiques combinent des ressources rares qu'ils doivent gérer le mieux possible, avec un maximum d'efficacité. Si tout le monde gère sa propriété en fonction de son intérêt individuel, cela sera aussi bénéfique à l'ensemble de la société. Donc, le progrès et la croissance économique ne peuvent s'installer que si les droits de chacun lui permettent de poursuivre son intérêt personnel et protègent suffisamment la propriété privée. C'est ainsi que la Grande-Bretagne, les Etats Allemands, la France et les Etats-Unis vont s'émanciper de la société traditionnelle et obtenir les conditions préalables au décollage constituant la deuxième phase du développement selon W. Rostow. L'industrialisation de ces économies permettra leur décollage à trois conditions: le taux d'investissement doit fortement augmenter, il faut construire des industries de transformation et réunir les conditions politiques et sociales nécessaires à la modernisation. Ce processus aura un coût social élevé et plusieurs générations devront être sacrifiées avant que les conditions de vie ne s'améliorent pour le plus grand nombre car du début du capitalisme jusqu'après la deuxième guerre mondiale, on a considéré que la rémunération des ouvriers devait être limitée au minimum vital pour l'ouvrier et sa famille. Pendant la première révolution industrielle, les conditions de travail sont très difficiles, la protection sociale n'existe pas, les chômeurs sont nombreux et n'ont pas d'indemnités... - La Grande-Bretagne de 1800 a déjà connu deux siècles de croissance économique, c'est le plus riche, le plus urbanisé et le plus industrialisé des pays. Les revenus augmentent et accroissent la demande intérieure, l'empire colonial constitue un marché captif dynamique. La main d'œuvre se raréfie et devient plus chère, cela nécessite de nombreuses innovations pour renforcer la croissance, le fonctionnement des marchés et la mobilité sociale sont plus efficaces qu'ailleurs pendant le XIXème siècle. - Les Etats-Unis représentent le but du flux migratoire qui part d'Europe pour chercher de meilleures perspectives d'avenir. La population américaine augmente rapidement pendant tout le XIXème siècle et l'industrie profite de cette main d'œuvre nombreuse et bon marché. L'Etat aide les entrepreneurs à développer l'industrie puis se retire. Il lance aussi la création d'inuastructures qui seront nécessaires à l'économie par la suite (les routes par exemple). - La Russie ne connaît pas de réelle révolution industrielle, la domination des capitaux étrangers augmente pendant le XIXème siècle, le niveau de vie demeure très bas et la demande est faible. L'industrialisation ne se fera vraiment qu'au XXème siècle par le travail forcé. Cela n'évoluera que plus tard quand la forte augmentation de la production pendant la phase de maturité de ces économies nécessitera de trouver de nouveaux consommateurs et quand les sociétés passeront à la consommation de masse dans la phase ultime du développement du 15

capitalisme, c'est la consommation qui devient alors la variable fondamentale de la croissance économique et nécessite l'amélioration du pouvoir d'achat des individus. Puis les différentes r évolutions industrielles vont induire de profonds changements dans les normes, les valeurs et les croyances ainsi que dans les manières d'agir, de sentir et de penser qui façonnent nos cultures. Ces révolutions culturelles peuvent être illustrées par le déclin de la culture paysanne, la libération des mœurs, le déclin de la culture ouvrière, la marchandisation croissante de la société... Les pays aujourd'hui développés ont connu leur Révolution industrielle dans un monde où il n'y avait pas de pays plus développés qu'eux. Les pays aujourd'hui en développement évoluent dans un contexte différent: restes de la colonisation, forte pression démographique (dans la plupart des cas), changement technique accéléré (passage d'une technique archaïque aux techniques les plus avancées) et de plus grandes contraintes extérieures (pays développés dominants). Ces contraintes les obligent à un développement rapide qui modifie en peu de temps leurs structures sociales. L'industrialisation d'un pays suppose toujours un coût social élevé et les pays qui se développent aujourd'hui en s'industrialisant n'ont pas de solution pour l'éviter. L'économie fonctionne par et pour les populations qui fournissent du travail et des capitaux et consomment des biens et des services. Il est donc important d'étudier les relations entre population, croissance et développement. Pour cela quelques précisions sont nécessaires: - Le taux de mortalité étant le nombre de décès dans l'année rapporté à la population moyenne. - L'espérance de vie à la naissance étant l'âge moyen où décéderait une génération qui subirait, de sa naissance à sa disparition, les conditions de mortalité de l'année d'observation. - Le taux de natalité étant le nombre de naissances de l'année rapporté à la population moyenne. - Le seuil de renouvellement d'une population étant le nombre moyen d'enfants par femme préservant l'identité numérique entre le nombre des mères et celui de leurs filles (par exemple: 2,1 enfants par femme en moyenne pour la France). - Le taux d'accroissement naturel s'obtient en soustrayant le taux de mortalité au taux de natalité. - Le taux net d'immigration étant le nombre d'immigrants moins le nombre d'émigrants, le tout divisé par la population moyenne. - Le taux d'accroissement total est donc le taux d'accroissement naturel plus le taux net d'immigration. lA La Révolution industrielle s'est accompagnée d'évolutions démographiques qu'A. Landry a appelées des "régimes démographiques". 16

- L'ancien

régime démographique se caractérisait par une forte natalité (plus de 40 pour mille) et une forte mortalité générant un accroissement lent et irrégulier de la population à cause des famines et des épidémies. Cependant, en deux siècles, la population mondiale est passée de 680 millions à 6,5 milliards aujourd'hui. Cette forte augmentation constitue une "Révolution démographique" (A. Landry) que l'on appelle plus communément de nos jours: transition démographique. - La transition démographique apparaît au XVIIIème siècle dans certains pays d'Europe, en même temps que la Révolution industrielle. Aujourd'hui, elle concerne essentiellement les pays du tiers monde et y revêt des aspects spécifiques. La transition démographique est tout d'abord caractérisée par une mortalité déclinante qui entraîne une augmentation de la durée de vie (il s'agit souvent d'une conséquence de la révolution agricole) et une augmentation de la natalité liée aux progrès de l'hygiène et de la médecine. L'accroissement naturel devient donc de plus en plus important. Puis on constate la poursuite de la baisse de la mortalité alors que la natalité et la fécondité baissent au fur et à mesure qu'évoluent les mentalités et l'accroissement naturel diminue. Dans les PED d'aujourd'hui, la transition démographique est souvent plus tardive et plus rapide. - Le régime démographique moderne est caractérisé par une faible natalité et une faible mortalité. L'accroissement naturel est donc faible et stable. Les naissances sont volontairement limitées et la population vieillit. Dans certains cas le seuil de renouvellement de la population n'est même plus atteint et si les flux migratoires ne sont pas suffisants, la population peut même diminuer. Concernant les relations entre l'économie et l'accroissement de la population, deux théories s'opposent: - La théorie populationniste concernant la démographie des pays industrialisés dans lesquels la population vieillit ou diminue. Les populationnistes pensent qu'une forte croissance de la population est souhaitable. Les politiques pro-natalistes de certains pays tendent à inciter les familles à avoir plus d'enfants pour restaurer le dynamisme de leur population active et rétablir un certain équilibre entre actifs et inactifs. Ces politiques consistent souvent en des incitations (aides financières, aménagements fiscaux. ..). - La théorie anti-populationniste ou malthusienne concerne plutôt l'évolution démographique des pays en développement où l'évolution de la population est souvent liée aux moyens de subsistance. L'antipopulationnisme considère que la croissance démographique est plutôt un frein au bon fonctionnement de l'économie. Selon eux, si la population augmente plus rapidement que les moyens de subsistance ou si le taux de croissance démographique est supérieur au taux de croissance économique, il y a appauvrissement. Pour éviter cela, il faut inciter ou obliger les familles (surtout les plus pauvres) à avoir moins d'enfants. 17

Toujours est-il que c'est à partir du XVIIIème siècle que la population mondiale se met à augmenter de plus en plus vite, passant de 680 millions en 1750 à 900 millions en 1800 puis un milliard deux cents millions en 1850... et la part de la population européenne dans la population mondiale augmente, passant de 19% en 1750 à 26% en 1900. Pendant ce temps, le niveau de vie augmente, les mentalités évoluent et le régime démographique change. L'augmentation de la population génère de nouveaux débouchés pour la production industrielle et rend la main d'œuvre plus abondante et donc moins chère, si la main d'œuvre se raréfie, le prix du travail augmente et rend nécessaire de nouvelles innovations techniques. Selon T. R. Malthus l'accroissement de la population est un obstacle au développement et la misère des travailleurs résulte de la surpopulation car la population croît selon une suite géométrique alors que les moyens de subsistance augmentent selon une suite arithmétique. La misère a une utilité sociale car elle doit amener les pauvres à restreindre leur descendance et on peut même les inciter à ne pas procréer en supprimant toutes les formes d'assistance publique aux pauvres. L'élévation du niveau de vie dans les pays industrialisés a en fait entraîné la diminution de la fécondité, les pays nouvellement industrialisés commencent à connaître une évolution de leur population dans ce sens et beaucoup des pays arrivés à l'ère post-industrielle (affaiblissement du poids de l'industrie et tertiarisation de l'économie) ont même une population en diminution. Dans les pays développés, la population vieillit car la fécondité diminue et l'espérance de vie augmente d'environ trois mois par an. La proportion de personnes âgées dans l'ensemble de la population augmente. Alors qu'après la deuxième guerre mondiale les pays développés ont connu une période de forte natalité appelée baby-boom pendant laquelle les femmes ont en moyenne trois enfants, la baisse de la fécondité a débuté en 1965 dans les pays européens, suivant de près l'Amérique du Nord. Les taux de fécondité diminuent jusqu'en 1978 et se situent au dessous du seuil de remplacement des générations de 2,1 enfants par femme dans les pays développés. Certains pays européens et le Japon connaissent aujourd'hui un phénomène de dépopulation car il y plus de décès que de naissances. Dans certains cas la population d'un pays peut alors diminuer (dans certains cas les flux migratoires vont alors permettre à la population de rester dynamique). Par contre, dans les pays en développement, on constate qu'un poids relatif trop important des jeunes dans la population empêche souvent le financement de l'investissement éducatif en même temps que le financement de l'investissement dans la production. Dans ces cas le néo-malthusianisme préconise une action de l'Etat pour développer la contraception. T. R. Malthus écrit les dangers d'une surpopulation et définit la "loi de la population": "lorsque la population n'est arrêtée par aucun obstacle, elle double tous les vingt-cinq ans, et croît selon une progression géométrique" (les moyens de subsistance augmentent selon une suite arithmétique). La 18

ration alimentaire par habitant diminue et peut devenir inférieure au minimum vital entraînant la famine. Pour les économistes classiques, le rendement de la terre diminue quand s'accroît le nombre des paysans qui la travaillent: c'est la loi des rendements décroissants. Le partage des ressources encourage la natalité et crée les conditions d'une famine future. La solution préconisée par T. R. Malthus est la "contrainte morale" c'està-dire l'abstinence sexuelle pour limiter l'accroissement démographique excessif par rapport aux possibilités de croissance de la production. Le néo-malthusianisme actualise la pensée de Malthus pour le XXème siècle et adapte ses modalités d'exécution à la réalité du moment: - La contrainte morale est remplacée par les moyens de contraception qui permettent de limiter les naissances. - La diminution du nombre d'enfants permet d'améliorer le niveau de vie des familles. - Une croissance démographique faible permet d'accumuler une épargne importante nécessaire à l'investissement. - La terre étant un ensemble fini de ressources naturelles, il faut donc arrêter la croissance démographique (rapport du club de Rome 1972). 1.5 En fait, dans les pays développés, ce sont les catégories sociales les plus basses qui ont tendance à avoir le plus grand nombre d'enfants par femme, environ trois car les femmes de ces catégories sont moins diplômées que celles des autres catégories, sont très touchées par le chômage et sont plus nombreuses à rester à la maison. Ces catégories (agriculteurs et ouvriers) sont aujourd'hui en forte diminution car les sociétés développées deviennent des sociétés post-industrielles basées sur le secteur tertiaire et ce sont alors les catégories moyennes qui se développent et deviennent majoritaires dans ces sociétés. Il s'agit des employés, des artisans-commerçants et des professions intermédiaires, qui contrairement aux catégories basses (manuelles et quasiexclusivement masculines), sont majoritairement composées de femmes et le travail y est un travail de bureau non physique et qui convient tout à fait aux femmes. Les femmes qui travaillent ont tendance à avoir moins d'enfants que les autres et c'est dans ces catégories moyennes que l'on trouve le moins d'enfants par femme. La moyennisation des sociétés actuelles, le regroupement d'une part sans cesse plus importante de la population active dans ces catégories crée et renforce la tendance à la baisse de la fécondité dans les pays développés. Aujourd'hui, seuls les Etats-Unis et la France ont un nombre d'enfants par femme supérieur au seuil de renouvellement, la plupart des autres sont en dessous de ce seuil et leur population vieillit ou même diminue. La catégorie des cadres a par contre tendance à avoir un peu plus d'enfants car les femmes de cette catégorie sont plus nombreuses à travailler à temps partiel ou à ne pas travailler. 19

Le minimum de fécondité rencontré dans les catégories moyennes est lié à leurs possibilités d'ascension sociale. Un petit nombre d'enfants leur permet de concentrer leurs efforts d'investissement dans l'éducation pour leur permettre de faire des études longues qui les rendront employables et adaptables dans le secteur tertiaire. La baisse de la fécondité a entraîné une diminution de la taille moyenne de la famille (moins de frères et de sœurs) alors que la baisse de la mortalité (augmentation de l'espérance de vie c'est-à-dire la durée de vie moyenne de vie restant à vivre à un âge donné) permet à plus de générations d'une même famille d'être en vie au même moment. L'âge moyen de la population a tendance à s'élever et la population peut ensuite décroître, pour tenter d'endiguer ce phénomène, les gouvernements prennent des mesures pour inciter les femmes à avoir plus d'enfants (allocations diverses, aides financières, déductions fiscales...) car aucune société ne peut laisser les modalités de sa reproduction dépendre des arbitraires individuels: il y va de sa survie. Selon C. Lévi-Strauss la famille est tout à la fois fondée sur des nécessités biologiques et soumise à des contraintes d'ordre social, ainsi les gouvernements peuvent-ils agir en desserrant ces contraintes en favorisant d'autres "réseaux artificiels de défenses et d'obligations" (F. Héritier Auge) autour de la reproduction biologique. J. Bodin disait en 1576: « il n'est de richesses que d'hommes », en effet, les hommes représentent la force de travail et la force de l'armée, la richesse et la puissance d'un pays ne peuvent être assurés que par une population nombreuse. Les populationnistes en déduisent qu'il faut favoriser la croissance de la population. Les physiocrates aussi, étaient favorables à la croissance démographique car elle fait progresser la consommation et donc la production, mais ils privilégient les "lois naturelles" de l'économie plutôt que des incitations du gouvernement et pensent que c'est d'abord le progrès agricole qui permettra la croissance démographique. Au XIXème siècle, K. Marx considère qu'il n'existe pas de loi de population qui soit naturelle (deconnectée du temps et valable pour toutes les sociétés). Le niveau et le rythme de progression de la population et de la production sont le résultat de rapports sociaux qui évoluent dans le temps. C'est le système capitaliste qui est responsable de la surpopulation car il est incapable de répondre aux besoins. La surpopulation permet aux capitalistes de diminuer les salaires grâce à la présence de "l'armée industrielle de réserve". Plutôt que d'empêcher les plus pauvres de se reproduire, on résoudra les problèmes résultant de la croissance démographique par un changement de société après une révolution. Au XXème siècle, les keynésiens considèrent qu'une faible croissance démographique entraîne la stagnation économique car elle limite les débouchés, les entrepreneurs investissent moins, la production diminue et le chômage augmente. Pour Boserup, la pression démographique exercée par la croissance de la population génère une pression créatrice qui amène l'utilisation de 20

techniques plus appropriées dans l'agriculture permettant l'augmentation de la production agricole par des rendements croissants. Aujourd'hui, on constate que la part de la population des pays occidentaux dans la population mondiale diminue. Face à ce déclin démographique, le tiers-monde connaît une forte expansion de sa population. Seule la Chine a réussi, grâce à une politique antinataliste d'Etat à limiter la forte progression de sa population, cela lui a permis de réaliser une transition démographique forcée passant d'un ancien régime démographique ne permettant que la survie d'une population confrontée au manque de subsistances à une démographie permettant l'accroissement des richesses par habitant et favorisant ainsi l'essor du pays. Il y a de plus en plus d'habitant dans les pays pauvres où les conditions de vie sont très difficiles alors que les pays développés n'arrivent plus à remplacer leurs populations par des moyens naturels. L'augmentation des populations pauvres accroît leur pauvreté et les met dans des conditions telles que les jeunes préfèrent risquer leurs vies en émigrant clandestinement pour trouver de meilleures conditions économiques à l'étranger. Ces flux migratoires augmentent et posent des problèmes aux pays vers lesquels ils se dirigent. - Une migration est le passage d'individus d'un pays à un autre. - L'émigration consiste à quitter son pays d'origine pour aller s'établir dans un autre. - L'immigration consiste en l'arrivée dans un pays d'individus étrangers. L'amélioration des moyens de communication a accru les migrations internationales à des niveaux sans précèdent. C'est tout d'abord l'émigration partant de presque tous les pays du monde vers les Etats-Unis, puis c'est plus généralement l'émigration venue des pays pauvres vers les pays développés et cela s'est avéré dès que l'on a pu constater un différentiel de développement entre les pays. Actuellement, les populations immigrées dans les pays développés s'accroissent tellement que les gouvernements n'ont plus la capacité de les gérer et périodiquement des immigrés sans papiers parce que clandestins sont régularisés en masse (en Espagne et aux Etats-Unis par exemple) cela améliore leurs conditions de vie et permet à une partie de l'économie de régulariser certaines activités et participe à la diminution du secteur informel pour un temps car cela donne aussi encore plus d'espoir aux candidats à l'émigration s'ils savent qu'après quelques années de clandestinité ils seront régularisés. La proportion d'immigrés augmente dans les pays développés et génère des tensions entre les communautés qui entraînent des conflits politiques à l'intérieur des pays d'accueil Les questions relatives aux liaisons que l'on peut faire entre l'évolution de la population et l'évolution de la richesse par habitant dans un pays ont conduit certains à parler d'un optimum de population. Selon A. Sauvy, il y a peu de rapports entre la croissance de la population et la croissance du revenu par habitant. Parfois, l'insuffisance de la population peut nuire au dynamisme économique (dans les pays développés 21

où la demande int érieure est importante par exemple) et il convient de s'opposer à toutes les formes de malthusianisme, parfois c'est le contraire, une population trop nombreuse empêche le développement des investissements et toute amélioration du niveau de vie (dans les pays pauvres où la population croît parfois plus vite que le PIB, cette explosion démographique augmente la pauvreté et les famines). Pour chaque situation, il y a donc un optimum de population qui dépend d'une part, des ressources naturelles, économiques et techniques de chaque pays et d'autre part, des objectifs poursuivis par le gouvernement qui arbitre entre bien-être et puissance. Selon les cycles d'Easterlin, la fécondité serait un phénomène cyclique et endogène car elle est directement fonction du rapport entre le nombre d'adultes âgés et le nombre d'adultes jeunes. Quand le rapport actifs âgés sur actifs jeunes augmente, les jeunes couples considèrent que leur situation matérielle s'améliorera dans le futur car les travailleurs âgés partiront à la retraite et libèreront de nombreux postes de travail, ce qui diminuera les risques d'être au chômage. Cette anticipation positive décide les jeunes adultes à avoir plus d'enfants. Quand le rapport actifs ages sur actifs jeune s'inverse, les anticipations négatives conduisent les jeunes adultes à avoir moins d'enfants. Cette théorie se vérifie dans des pays comme les Etats-Unis ou la France, toutefois, si ce cycle d'Easterlin était structurel, la population ferait en sorte que ses comportements de fécondité correspondent au maximum de bien-être social. La révolution industrielle a aussi entraîné la modification de l'organisation des sociétés. 1.6 Le capitalisme est une économie industrialisée caractérisée par la propriété privée des moyens de production (souvent ceux qui ont le pouvoir économique ont aussi le pouvoir politique et culturel). Le système capitaliste recherche l'accumulation du capital grâce au réinvestissement des bénéfices réalisés. Selon F. Perroux «tout système économique tend au progrès économique. Tout progrès économique dépend de l'accumulation de capital efficient ». Le rôle du marché est fondamental pour mettre en présence les agents économiques: - Le marché est le lieu de confrontation entre l'offre et la demande où se fixent les prix et les quantités échangées. - Les agents économiques sont les entreprises, les ménages, institutions financières, administration et reste du monde; ils peuvent remplir plusieurs fonctions économiques: épargne, consommation, investissement. .. L'initiative individuelle est aussi très importante car il s'agit d'une économie d'entreprise:

22

L'entreprise produit des biens et des services marchands grâce à la combinaison de facteurs de production. Elle entre en concurrence avec d'autres entreprises lorsqu'elle propose ses produits sur le marché. - Les facteurs de production sont les éléments que l'entreprise combine pour obtenir un produit (capital, travail, capital technique, savoir, matières premières). La régulation du système par le marché assure une bonne répartition des ressources et l'initiative individuelle engendre le développement économique et le progrès. Cependant les marxistes insistent sur des contradictions internes du système tenant à la propriété privée des moyens de production et à l'appropriation systématique de la plus-value (différence positive entre le prix d'achat d'un bien et son prix de revente) qui spolie les prolétaires. En fait, la plus-value issue du progrès technique et des gains de productivité (amélioration de l'efficacité des facteurs de production) est d'une certaine façon répartie entre les capitalistes et les salariés. La production de masse nécessite une consommation de masse (dernière étape du développement d'une société selon W. Rostow) qui ne peut émerger qu'avec l'augmentation des revenus et du pouvoir d'achat du plus grand nombre. Avec la révolution industrielle, le capitalisme se répand et devient dominant en Europe de l'ouest. La mécanisation de la production, l'exode rural, le développement des échanges internationaux ont aussi amené des changements sociaux et politiques. Si l'initiative individuelle et la propriété privée des moyens de production sont toujours prépondérantes, l'Etat peut jouer un rôle plus ou moins important en intervenant dans le fonctionnement de l'économie. La concentration croissante des entreprises a conduit à la constitution de firmes multinationales et la propriété du capital n'est plus aux mains d'un seul entrepreneur mais diluée entre un grand nombre d'actionnaires et le pouvoir n'est donc plus exerce par un propriétaire de l'entreprise mais par des technocrates salariés spécialisés dans la gestion d'affaires. La mondialisation des économies rend les économies des différents pays de plus en plus dépendantes les unes des autres et les crises qui secouent périodiquement l'économie capitaliste rappellent que le marché ne s'autorégule pas toujours. Un système économique est déterminé par plusieurs éléments: - les finalités de l'activité économique - les aspects sociaux et politiques qui déterminent les relations entre les agents économiques - le niveau technique Deux systèmes économiques ont coexisté au XXème siècle, un seul demeure mais il a évolué dans le temps: - Le système économique socialiste recherchait l'égalité et la stabilité économique. Il préconisait aussi de supprimer la propriété privée des 23

moyens de production pour parvenir à la société d'abondance que devait représenter le communisme. L'appropriation collective des moyens de production de base devait se faire par l'appropriation étatique ou par l'appropriation par des coopératives. La propriété privée se réduisant aux biens de consommation et à la résidence principale mais doit être réservée à la satisfaction des besoins personnels et ne pas servir à s'enrichir. L'Etat a un rôle prédominant au niveau politique, économique et social notamment par l'intermédiaire de la planification (objectifs macroéconomiques fixés par périodes). Le niveau technique est élevé et on ne recherche pas la rentabilité immédiate. - Le système économique capitaliste a pour but la recherche du plus grand profit possible en vue de réaliser une accumulation du capital. La plus grande partie des profits ne doit pas être consommée mais épargnée et réinvestie dans l'entreprise pour augmenter les moyens de production. Ce système est basé sur la propriété des biens de production qui donne le droit de gérer ces biens, le droit de les vendre et le droit d'en recevoir des revenus. Le travailleur est libre (le travail est considéré comme une marchandise) ; l'entrepreneur a un rôle central, il combine les facteurs de production. L'essor du capitalisme va de pair avec le mouvement de rationalisation du travail et de la production lié à la recherche de l'amélioration de la productivité et à l'évolution des entreprises à travers la concentration de celles-ci. L'Etat ne doit pas participer directement à l'activité économique. La technique est dominée par le machinisme et la grande industrie. Les économistes classiques (A. Smith, D. Ricardo, J. B. Say.. .) montrent que cette organisation économique permet l'enrichissement. Pour A. Smith, "l'opulence naît de la division du travail" (exemple de I' épingle) et "la somme des intérêts individuels forme l'intérêt général". Dans une économie capitaliste, la nature et le niveau de la production sont en grande partie déterminés par le marché mais l'Etat joue un rôle important dans certains domaines et il intervient parfois directement dans le fonctionnement de l'économie soit en modifiant les règles soit par l'intermédiaire d'entreprises publiques soit par les administrations publiques. Il existe aussi une économie sociale qui regroupe les activités économiques qui n'ont pas le profit pour objectif principal (associations, coopératives, mutuelles...) et une économie informelle qui échappe au contrôle de l'Etat (activités légales ou illégales). Dans une économie socialiste ou planifiée, des mécanismes de marché se développent à côté du plan et les économies socialistes deviennent des économies socialistes de marché, c'est le cas de la Chine par exemple et cela lui permet de conserver ses caractéristiques politiques tout en permettant l'enrichissement de sa population par des mécanismes de marché fortement encadrés par l'Etat. Pendant longtemps, certains pays sous-développés (l'Inde, par exemple) ont recherché leur propre voie économique et politique et pour ne pas être dépendants d'un des deux blocs, ils n'optaient ni pour le capitalisme ni pour 24

le socialisme en recherchant une troisième voie. Mais aujourd'hui, leurs économies sont le plus souvent des économies de marché. La révolution industrielle a entraîné des modifications dans l'organisation des sociétés. Selon J. P. Rioux, la révolution industrielle est l'étape décisive de transition à partir d'un stade incomplet, précapitaliste vers un stade où les caractéristiques du capitalisme s'imposent: - progrès technique continu - capitaux utilisés en vue de réaliser un profit - séparation nette entre bourgeoisie et prolétariat Dès les XVème et XVlème siècles le progrès technique s'accélère et des transformations du mode de production vont aboutir à l'industrialisation. La production augmente, et doit encore augmenter nécessitant plus de main d'œuvre, celle-ci viendra des campagnes, provocant un exode rural qui modifiera les mentalités et augmentera le nombre des ouvriers dans la population active donnant à croire en l'émergence d'une classe ouvrière. Pour les marxistes, un mode de production est l'organisation des forces productives et des rapports de production d'une société. On peut alors distinguer quatre modes de production successifs: - esclavagisme (le maître domine l'esclave) - féodalisme (le suzerain domine le vassal) - capitalisme (le capitaliste domine le prolétaire) - socialisme (serait une société égalitariste qui aboutirait à l'abolition des classes sociales) Il s'agit donc d'un rapport conflictuel entre deux groupes et cela doit, à terme, entraîner une révolution sociale. Deux groupes vont prendre une place prépondérante dans la société lors de la révolution industrielle: il s'agira des entrepreneurs ou patrons (aussi appelles bourgeois ou capitalistes) et des ouvriers (aussi appelés prolétaires). L'organisation sociale d'un pays ou d'une culture est composée de groupes sociaux différents les uns des autres, des rapports sociaux apparaissent entre ces groupes et les hiérarchisent. Certains parlent alors de domination d'un groupe par un autre, d'autres parlent de complémentarité. Dans tous les types de société existent des hiérarchies, des différences tant au niveau politique (pouvoir) qu'économique (revenus) ou social (statut). Les individus qui ont des caractéristiques similaires dans ces domaines sont regroupés dans des groupes sociaux relativement stables qui peuvent aussi être hi érarchisés en fonction d'un système de valeurs qui permet d'observer la constitution d'une société en fonction de ses strates sociales. 1.7 Avant l'industrialisation, les sociétés étaient structurées en castes et ordres: - Le système des castes existe encore en Inde. Les castes sont des groupes sociaux héréditaires et fermés, elles sont rangées et délimitées selon une hiérarchie stricte reposant sur un système de valeurs allant du pur à 25

l'impur (critère lié à la religion). L'appartenance à une caste permet d'exercer certaines professions et il est très difficile de sortir de sa caste car cela pourrait remettre en cause la hiérarchisation séculaire de la société. - Dans d'autres sociétés il peut s'agir d'un groupe de personnes détenant certaines positions de pouvoir ou de prestige (officiers supérieurs dans l'armée par exemple). - Le système des ordres vient de la société féodale, c'est le prestige qui détermine le degré de puissance et de richesse. Jusqu'à la fin du XVIIIème siècle en France, on définissait trois ordres: la noblesse, le clergé et le tiers état qui donnaient droit à plus ou moins de privilèges. Il s'agit d'un système basé sur l'hérédité mais moins rigide que le système des castes. - L'ordre maçonnique des francs-maçons est répandu dans toutes les parties du monde. Historiquement son but était "la recherche de la vérité, l'exercice de la bienfaisance, l'étude de la morale universelle, des sciences et des arts, et la pratique de toutes les vertus". Organisée en loges, il n'est possible d'y être admis qu'après une initiation rigoureuse. Les loges admettent, à titre de membres honoraires, les personnes riches et puissantes qui peuvent protéger la corporation et servir ses intérêts. Aujourd'hui la devise est "la fraternité universelle" et l'ordre maçonnique a pénétré partout et surtout dans les sphères de pouvoir. Avec l'industrialisation, les rapports sociaux ont évolué et certains parlent de classes sociales alors que d'autres parlent de strates sociales: - Au sens marxiste, il n'y a que deux classes: les propriétaires du capital (capitalistes ou bourgeois, propriétaires des moyens de production), et les ouvriers (prolétaires qui ne possèdent que leur force de travail). Les prolétaires sont donc obligés de vendre leur force de travail contre un salaire pour vivre. Le salaire ne représente pas la totalité de la valeur produite par le prolétaire et le capitaliste empoche la différence appelée plus-value Entre ces deux classes s'installe un rapport conflictuel appelé lutte des classes car le capitaliste exploite le prolétariat en lui extorquant la plus-value (profit résultant de la différence positive entre le prix d'achat et le prix de revente) la lutte des classes (qui suppose que chacun ait le sentiment d'appartenir à une classe, conscience des intérêts communs des membres de la classe et des solidarités qui débouchent sur des actions collectives: c'est la conscience de classe) doit permettre, après une révolution, l'avènement de la dictature du prolétariat. "les classes sont des groupes d'hommes dont l'un peut s'approprier le travail de l'autre par suite de la différence de place qu'ils tiennent dans un régime déterminé de l'économie sociale" Lénine. Les rapports sociaux de production sont basés sur l'exploitation et la domination. La classe dominante détient le pouvoir économique et le pouvoir politique. Les classes ont une tendance à la reproduction héréditaire. - Pour M. Weber, la différenciation sociale est basée sur la place de chacun dans une hiérarchie de prestige (fonction du statut social), de sa place dans la hiérarchie du pouvoir politique (partis politiques...) et un classement en 26

classes sociales en fonctions de similitudes de situations économiques et qui peuvent organiser une action collective pour défendre leurs intérêts. - D'un point de vue plus libéral, les classes sont des groupes d'individus présentant une certaine homogénéité par rapport à des critères tels que: la profession, le prestige social, le pouvoir, le type d'habitat... Elles se différencient et s'ordonnent mais ne sont pas fondamentalement antagonistes, ce sont plutôt des groupes d'individus ayant les mêmes caractéristiques et les mêmes comportements, agissant ou réagissant souvent de la même façon avec des conditions matérielles et un mode de vie similaires. L. Warner aboutit à un classement de catégories dans une échelle de prestige: classe supérieure, classe moyenne, classe inférieure, chacune étant divisée en partie supérieure et partie inférieure. Il s'agit de six strates superposées, fondées sur des distinctions sociales (revenu, activité professionnelle, niveau d'études...) et n'entretenant pas d'antagonisme entre elles. Cette analyse utilise des critères objectifs avec la création d'un index statutaire et des critères subjectifs basés sur la perception des individus. - 1.8 Les catégories socioprofessionnelles: la liste des CSP a été établie par l'INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) et chaque catégorie doit présenter une certaine homogénéité. Il s'agit de "classer l'ensemble de la population, ou tout au moins l'ensemble de la population active, en un nombre restreint de grandes catégories présentant chacune une certaine homogénéité sociale. C'est-à-dire que "les personnes appartenant à une même catégorie sont présumées susceptibles d'entretenir des relations personnelles entre elles, avoir souvent des comportements ou des opinions analogues, se considérer elles-mêmes comme appartenant à une même catégorie et être considérées par les autres comme appartenant à une même catégorie". La classification en CSP tient des éléments les plus caractéristiques de la notion de profession (métier, qualification, position sociale, statut...). Cela détermine des groupes de personnes présentant de nombreuses similitudes de conditions de vie et de travail et ayant des comportements quasiment identiques. Depuis 1982, les CSP sont devenues les PCS (professions et catégories socioprofessionnelles comprenant: les agriculteurs exploitants, les artisans, et chefs d'entreprise, les cadres et professions intellectuelles supérieures, les professions intermédiaires, les employés, les ouvriers puis deux catégories d'inactifs: les retraités et les personnes sans activité professionnelle. Cette catégorisation permet d'étudier les comportements économiques, sociaux et démographiques des individus. Ces catégories ne sont pas hiérarchisées et ne cherchent pas à se substituer à d'autres types de stratification sociale. - Aujourd'hui, les différenciations sociales basées sur des inégalités (savoir, pouvoir, richesse...) font place, dans les pays développés, à une stratification sociale fondée sur une hiérarchisation de groupes en fonction de critères économiques (structure du revenu et du patrimoine), du mode de vie (pratiques culturelles et implication sociale) et de plus en plus les normes et les valeurs (références) ainsi que le sentiment d'appartenance à un groupe. Il s'agit alors d'une juxtaposition de groupes sans oppositions 27

entre eux, voire même sans relations hiérarchiques très affirmées. Ces groupes sociaux résultent de la stratification sociale (classe, strate...) et d'une différenciation socioculturelle plus communautaire renforçant leur hétérogénéité. Les différences entre groupes sociaux s'atténuent, les inégalités de revenu diminuent, les consommations s'uniformisent, l'école cherche moins à inculquer qu'à socialiser (c'est ce que certains appellent la moyennisation de la société), les individus ont moins conscience d'appartenir à une catégorie en fonction des critères économiques mais privilégient des caractéristiques transversales liées aux modes de vie ou à des aspirations profondes. - L'exemple de la classe moyenne qui est un groupe social hétérogène contenant ceux qui n'appartiennent ni aux catégories supérieures intellectuelles-dirigeantes, ni aux catégories inférieures manuellesexécutantes, ils occupent une place intermédiaire ou moyenne sur le plan du prestige, du revenu, de la formation... ce qui en fait une catégorie regroupant des individus très différents au niveau professionnel et statutaire. On peut alors considérer non pas la classe moyenne mais plutôt des classes moyennes permettant de traiter à part des classes moyennes salariées et des classes moyennes non salariées. La tertiarisation de l'économie et la féminisation de la population active ont fait augmenter les effectifs de ces catégories, l'amélioration générale des conditions de vie et la modification de la structure des emplois ont aussi amené de plus en plus de personnes dans ces catégories moyennes révélant une moyennisation de la société car l'augmentation de ces catégories moyennes s'est faite grâce à une certaine mobilité sociale favorisée par les mutations politiques, économiques et sociales engendrées par les périodes de croissance économique. La mobilité sociale consiste en un changement de position sociale c'est-àdire un changement de statut socioprofessionnel selon la nomenclature des PCS. Le passage d'un individu dans un groupe social supérieur correspond à une mobilité ascendante. Si ce passage s'effectue dans un groupe social inférieur il s'agit d'une mobilité descendante. Mobilité ascendante et mobilité descendante composent la mobilité verticale. En cas de changement de profession vers une autre considérée comme équivalente on parle de mobilité horizontale. La mobilité sociale peut se mesurer à l'intérieur d'une génération c'est la mobilité intergénérationnelle, elle peut aussi être mesurée entre les générations, c'est la mobilité intergénérationnelle qui s'apprécie par les tables de mobilité. Dans les sociétés développées, la mobilité sociale vient surtout des transformations de la structure des emplois (le prestige de telle ou telle catégorie évolue dans le temps, de nouveaux métiers apparaissent, de nouvelles technologies modifient les professions) il s'agit de la mobilité structurale.
28

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.